Vernis & Sécateur

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samedi, décembre 5 2009

En vrac : Zemmour et la domination masculine / Ma vie / Et vous, vous coucheriez avec une trans ?

Zemmour et la domination masculine

Je ne ferai pas de long commentaire détaillé sur le film la domination masculine, parce que même si je l'ai vu et qu'il est sans nulle doute intéressant, je suis vraiment nulle en critique cinéma, surtout pour les documentaires[1].

Zemmour, lui, par contre, il a pas aimé. Du tout[2]. Et on apprend même qu'il veut faire arrêter la diffusion de ce film.

Comme quoi, Zemmour contre la domination masculine, on aura tout vu.

C'est un mec ou une nana ? (ma vie)

Un petit schéma valant mieux qu'un long discours :

transphobie.png

Eh oui, comme je suis une fashion victim, la mode bûcheron a fait trois victimes :

  • mon porte-feuilles
  • mon identité Fem
  • mon passing[3]

(Et, non, les estrogènes n'ont pas un effet magique. C'est la différence entre corrélation et cause.)

Et vous, vous coucheriez avec une trans ?

C'est marrant, sur internet, notamment dans les forums, y compris ceux qui se veulent un peu progressistes, je suis tombée pas mal de fois sur des discussions du type «et vous, vous coucheriez avec une trans, hein ?». Je ne dégenre pas, parce qu'en général c'était surtout des mecs qui discutaient de savoir s'ils toléreraient une fille trans dans leur lit.

La question, en général, ne s'adressait pas vraiment aux nanas, pas plus qu'aux personnes trans. À chaque fois, les mecs hétéros cisgenres étaient les sujets de la discussion, tandis que les nanas et les trans ne pouvaient en être que le complément d'objet direct.

Bref, je n'ai pas fait de recensement à titre sociologique, mais il me semble que je peux tout de même formuler quelques questions :

  • est-ce que cette façon d'avoir une sorte de peur panique à l'idée que la fille qu'on drague n'ait, oh mon Dieu, pas de vagin, ne devrait pas être interrogée en parallèle de la tendance des mecs hétéros à réduire les nanas, précisément, à leur vagin ?
  • est-ce que ces mecs hétéros qui ont si peur que la fille qu'ils draguent soit trans ne pourraient pas, finalement, éviter les problèmes en évitant de se sentir obligés de draguer tout ce qu'ils rangent dans la catégorie «nana» ?
  • pourquoi, dans l'éventualité où la «révélation» de la transidentité de la nana a lieu alors que la relation est déjà bien engagée, on part du principe que c'est elle qui lui a «caché» qu'elle était trans et, pas que lui lui a caché qu'il était transphobe ?
  • et enfin, surtout, le truc que je ne comprends pas : pourquoi je vois tellement plus passer la question «et vous, vous coucheriez avec une trans ?» que celle, tout de même vachement plus pertinente à mon goût : «et vous, vous écraseriez des mecs hétéros cisgenres sous les chenilles de votre bulldozer, si vous en aviez un ?»

Notes

[1] Par exemple, j'ai l'impression que ce n'est pas forcément approprié de dire «ouais, ça manquait un peu de suspens quand même». Même si, honnêtement, c'est quand même un peu vrai.

[2] Ouais, là aussi le suspens est à chier, en fait.

[3] En fait, pas tant que ça chez les gens polis, par contre mon chez les mecs relous je suis passée de «sale pute» à «oh, on dirait un mec».

jeudi, mars 26 2009

Retour sur «l'affaire» Orelsan

Bon étant donné que j'en ai parlé et que, comme dirait le Web 2.0, ça «buzze» beaucoup sur le sujet, je voudrais revenir deux secondes sur le «cas» Orelsan, parce qu'évidemment ,quand les médias s'emparent d'un truc féministe, il faut qu'ils s'empressent de l'instrumentaliser à des visées plus ou moins racistes.

Ainsi de l'article «Des bloggeuses révoltées contre un rappeur», qui explique gentiment que c'est symptomatique du rap en faisant le lien avec les cités, mais explique aussi que sexisme, haine de la police et de Zemmour, meme combat :

Entre les appels à la haine de la police, les contrats mis sur la tête d’Eric Zemmour et OrelSan qui menace d’avorter sa copine à l’Opinel, on est ici dans une culture de la provocation très djeunes, peut-être même un canular. Les plus offensifs, diront même qu’on s’attaque à la culture des cités et que la jeunesse est décidément incomprise.

Valérie, sur son blog, a déjà dénoncé cet amalgame douteux, mais je tiens à y mettre aussi mon petit grain de sel, parce que c'est le genre de chose qui me gonfle.

Le problème n'est pas qu'un morceau de musique comme «Sale pute» d'Orelsan (qui est une liste des horreurs qu'il voudrait faire à la nana qui l'a trompé) serait une exception limitée aux «técis» dont sortiraient forcément tous les rappeurs. Bien au contraire. Le problème est, justement, qu'il ne s'agit en rien d'une exception, d'un accident, mais au final de ce qui relève de l'idéologie dominante, à savoir que n'importe qu'elle femme peut se faire traiter de «pute», que «pute» est censé être un qualificatif particulièrement infâmant, et surtout, surtout, qu'il est parfaitement légitime de se sentir le propriétaire de sa compagne, et donc que, si elle a le malheur de coucher ou d'échanger avec quelqu'un d'autre, il est parfaitement naturel de réagir et de vouloir la violer, la mutiler, la torturer.

Après tout, c'est normal, c'est la faute de la femme, elle avait qu'à rester fidèle, la chienne.

Et ce n'est pas propre au rap: quand Johnny Hallyday dit

Je l’aimais tant que pour la garder je l’ai tuée

c'est moins vulgaire, mais ça revient de fait au même : aimer une femme, c'est en faire sa propriété, et donc avoir le droit de la tuer pour la «garder».

De la même manière quand Orelsan est homophobe et dit :

Les mecs fashion sont plus pédés qu'la moyenne des phoques

ou encore

  Les mecs s'habillent comme des meufs

C'est exactement la même chose que justement défend Eric Zemmour, que l'article de France-Infos place en opposition : halte à la féminisation de la société ! Vive l'homme fort, pas, en gros, la tapette qui laisse sa femme le tromper. Et le morceau «Sale pute», qui glorifie le désir de violence masculine, n'est finalement pas si différent de phrases comme

Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d'homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité. De la différence des sexes. Il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l'homme est un prédateur sexuel, un conquérant.

Là encore, c'est moins vulgaire, mais finalement, c'est exactement la même idéologie.

Il ne s'agit donc pas, contrairement à ce que voudraient faire croire certains, de stigmatiser le rap parce qu'on n'y comprendrait rien, ou de considérer que le rap est particulièrement sexiste.

Il s'agit juste de dénoncer et de lutter contre le sexisme, l'homophobie et la transphobie, qu'ils viennent de rappeurs, mais aussi de chanteurs «classiques», de «philosophes», de députés, de sénateurs, du pape ou de n'importe qui d'autre.

vendredi, septembre 19 2008

Just say YES to castration

Il y a un reproche qui est couramment fait aux féministes, mais aussi de manière plus large dès qu'on pointe que tel ou tel comportement d'un mec est sexiste, c'est que c'est castrateur.

Autant dire que c'est immoral, parce que quand même, c'est une mutilation, et puis ça se fait pas, quoi.

Un bon exemple des hommes râlant sur la castration induite par le féminisme, c'est Éric Zemmour, qui vient pleurer (sans vraiment pleurer, parce que c'est pour les gonzesses) que les hommes ne sont plus assez hommes, qu'il n'y a plus d'autorité, et que tout se perd, ma bonne dame. Un petit exemple de sa prose, récupéré de Wikipédia :

Le Féminisme porte en lui comme tous les mots en « -isme », un totalitarisme. Les femmes ont revendiqué la liberté sexuelle comme les hommes, mais elles en sont revenues. Elles s’accrochent à leurs rêves romantiques et ne supportent pas la moindre infidélité. Comme elles n’ont pas réussi à se transformer en hommes, il faut donc transformer les hommes en femmes.

Ce qui est intéressant dans cette courte citation, c'est qu'elle regroupe différentes critiques (si on peut appeler ça des critiques) faites au féminisme :

  • le féminisme est un totalitarisme ;
  • le féminisme c'est faire des femmes des hommes (mais ça a raté) ;
  • et le féminisme, c'est donc, castrer les hommes pour en faire des femmes.

À cela on pourrait répondre «mon dieu, mais il n'a rien compris, on n'est pas du tout comme ça». Pourtant, personnellement, en toute sincérité, l'idée d'imaginer Zemmour, ou encore Alain Soral ou un de leurs compères, envoyé au goulag ou se faire couper les noix, je peux pas dire que ça me rebuterait vraiment.

Et de fait, je pense que le féminisme est castrateur. Non pas au sens physique du terme (ça n'aurait un intérêt que limité), mais métaphorique : oui, lutter contre une oppression revient à restreindre la liberté de l'oppresseur.

Et évidemment, quand on leur dit ça, les oppresseurs ne sont pas très contents. Surtout quand c'est formulé comme ça, parce que quand on parle d'oppression, ça les fait se sentir un peu coupables, les pauvres.

Du coup, la stratégie est facile : nier l'oppression, en disant que «les femmes ont atteint l'égalité» (quand bien même, par exemple, le salaire annuel moyen d'une femme est inférieur de près de 40% à celui d'un homme), ou encore que «oui, mais les femmes et les hommes sont complémentaires».

Et en parlant de castration, on fait même mieux que juste nier l'oppression : on inverse les rôles, les oppresseurs deviennent les pauvres petites victimes et les personnes qui pointent du doigt l'oppression les méchants bourreaux.

Pour reprendre la «définition de l'opprimé» de Christiane Rochefort que j'ai déjà citée dans un autre billet :

Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous à sa place.

Alors franchement, les types qui parlent de castration... ben je pense qu'en faisant ça, ils se mettent d'eux-même du côté des oppresseurs qui refusent d'écouter (et, c'est là où je suis en désaccord avec le texte que je cite, je ne pense pas que ce soit le lot de tous les hommes, heureusement). À partir de là, comme elle dit, il faut sortir les couteaux.

Pince Burdizzo à castrer les taureaux

Ou, puisqu'on parle de castration, la pince Burdizzo. Parce que franchement, le mot ne me fait pas peur. Je sais bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas que l'on nous fasse mais... il se trouve que moi, je suis castrée (chimiquement), alors j'ai le droit.