Vu qu'aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, j'ai réussi à me motiver un peu pour écrire, j'avais envie de vous le faire partager. Pour situer, il s'agit a priori d'un roman, et ce sera la «suite» d'Enfants de Mars et de Vénus (en tout cas, Lev en est toujours l'héroïne, ou du moins la narratrice).

(Comme souvent, certaines de mes «lubies» du moment ont tendance à se retrouver dans ce que j'écris. Saurez-vous les retrouver ?)


L’informaticienne m’a ensuite rendu mon téléphone et on a encore discuté pendant une dizaine de minutes. Elle m’a expliqué qu’elle avait annoncé à son « amoureux » qu’elle était trans et qu’il avait très bien réagi, ce qui, selon elle, laissait présager une belle et longue histoire d’Amour. Ne pouvant plus supporter autant de gnan-gnan, je lui ai expliqué qu’il fallait que j’y aille et on est allées payer au comptoir avant de sortir.

À peine dehors, j’ai allumé une cigarette et m’apprêtais à dire au revoir à Mel lorsqu’un des étudiants en école de commerce s’est approché de nous. J’ai alors réalisé qu’eux aussi avaient pris le temps de se fumer une clope devant le bistro avant de partir.

Avant qu’il n’ouvre la bouche, j’avais déjà évalué la situation : ils étaient quatre, tous des mecs, dont un avait l’air potentiellement costaud. Les trois autres rentraient dans ce que je considère comme la catégorie « maigrichons ».

« Excuse-moi, a fait un des trois rachitiques en s’adressant à Mel. T’es quoi, un mec ou une fille ? T’es un travelo, ou quoi ? »

Il faut préciser quelque chose au sujet de mon amie : elle n’a absolument aucune répartie. Lorsqu’elle est confrontée à ce genre de situation, elle bloque en cherchant un truc à répondre, et se contente de regarder la personne avec un grand sourire idiot.

D’un autre côté, vu que son sourire fait peur à cause de ses dents pas droites, qu’elle mesure un mètre quatre-vingt-dix, qu’elle a le crâne rasé et une sale cicatrice sur le visage, elle n’a pas souvent besoin de répartie. Pourtant, je suis tout de même venue à sa rescousse.

« Qu’est-ce que ça peut te faire, connard ? ai-je demandé. Je te demande, moi, si t’es vraiment en école de commerce, ou alors si t’as juste la gueule de cul qui va avec ? »

Comme souvent dans ce genre de situations, les trois autres types, jusque-là restés spectateurs, se sont approchés, et c’est le plus grand qui s’est collé en face de moi.

« Ça va, pourquoi tu t’énerves ? » a-t-il demandé.

C’est ce que je trouve magnifique, avec les machos : leur tendance à te considérer comme de la viande (si t’es baisable) ou de la merde (si tu l’es pas), à estimer qu’ils ont le droit de venir t’emmerder, sans être le moins du monde capable de comprendre pourquoi cela peut t’énerver.

« Et toi, c’est pareil ! » a renchéri celui qui voulait absolument savoir qui était un garçon et qui était une fille. « T’es quoi, au juste ?

— Je suis Léviathan, ai-je répondu avec un grand sourire. La grande bête de l’apocalypse. Alors maintenant, si vous tenez à garder vos dents, vous fermez votre gueule et vous vous barrez en courant. »

À ma grande surprise, ils se sont concertés du regard et ont commencé à s’écarter, pas franchement en courant, mais au moins en trottinant.

« Hey, ai-je mollement protesté, vous êtes pas vraiment censés partir. Vous êtes censés joués aux durs et vous faire maraver la tête.

— Tu veux qu’on les course ? » a demandé Mel.

Je me suis alors tournée vers elle, et j’ai réalisé qu’elle avait sorti la triplex qui lui servait de ceinture. À ma grande déception, ce n’était pas tirade qui les avaient fait détaler, mais plutôt les trois chaînes de vélo soudées ensemble qu’agitaient mon amie.

« Non, ai-je soupiré. Je suis trop grasse pour courir. »