Vernis & Sécateur

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jeudi, avril 29 2010

Pourquoi je ne veux plus me définir trans

Encore un vieux billet que je ressors, qui est un peu dans la même lignée et date de la même époque que le précédent, du coup j'ai décidé de le publier aussi pour qu'ils soient «à côté» et parce qu'ils sont peut-être complémentaires d'une certaine manière. Comme pour le billet précédent, je sais pas si je l'écrirais comme ça actuellement, mais bon...


  • Parce que j'en ai marre qu'on me fasse comprendre que je ne suis pas biologique, pas génétique, pas bio ; même si en vrai je voudrais bien, moi, être une cyborg transgénique botteuse de culs.
  • Parce que je ne suis pas sûre de me retrouver tant que ça dans le «vécu trans».
  • Parce que je ne suis pas sûre de me retrouver tant que ça dans la «communauté trans», parce que j'ai l'impression qu'on part toujours du principe que je suis transgenre parce que j'ai été un garçon il y a des années, et jamais parce que que je suis une grosse butch travelotte maintenant. Comme si mes chromosomes étaient plus importants que mes rangers et mes bas résille...
  • Parce que je ne trouve pas, justement, que ces chromosomes et mon assignation de sexe à la naissance sont une part tellement importante de mon identité actuelle.
  • Parce que ça me gonfle qu'on me dise que je ne suis pas une femme parce que je suis trans, alors que je ne suis pas une femme parce que je suis gouine.
  • Parce que même les personnes pour qui l'autodéfinition des autres gens est importante me demandent rarement mon avis avant de me désigner trans, y compris quand elles-même ne veulent surtout pas se définir et qu'on les «traite» de cisgenre.
  • Parce que pas mal de gens pense qu'ils et elles auraient le droit de «savoir» si je suis trans.
  • Et puis parce que, merde, je fais ce que je veux...

J'ai décidé que je ne voulais plus être trans. Je rejette cette étiquette, pouf, poubelle. Je n'ai plus envie qu'on me désigne comme ça.

Bien sûr, j'ai conscience que je suis toujours étiquetée trans, parce que je n'ai pas le choix, parce que c'est un label qu'on m'impose de fait, souvent pour m'exclure ou me réduire à ça ; parce que le privilège de ne pas avoir à être définie est toujours réservé au groupe dominant.

Mais tout comme j'ai conscience que je suis étiquetée femme sans m'identifier ainsi, même si, par simplicité, je peux utiliser ce terme par moments, je rejette aussi l'identité de trans, même s'il est probable que, par simplicité, je continuerais à utiliser ce terme par moments.

Je rejette l'identité de trans mais je reste une travelotte parce que, pour moi, c'est lié à l'expression de genre plus qu'au sexe d'origine, et aussi lié à mon identité Fem. Je suis travelotte parce que je revendique une féminité suspecte et pas très respectable, une féminité avec du rose fluo et des bas résille et des rangers et des attitudes vulgaires aussi.

Je reste aussi une «dickgirl» ou une «shemale», parce que je n'ai pas envie de changer mon pseudo «d'Yckgirl», parce que même si ce que j'ai entre les jambes n'est a priori pas vos oignons, je n'en ai pas spécialement honte et je n'ai pas envie de jouer à en être dégoûtée pour rentrer dans le vécu de la trans acceptable. Parce que si ces termes ont été popularisés par des pornocrates pour désigner certains types de viande, au final j'ai envie de me les réapproprier pour dire «merde» à la stigmatisation de mon corps, considéré comme particulièrement non-désirable et affreux. Parce que je trouve que ce terme a un vrai sens pour moi par rapport au mot trans, surtout dans des milieux où on est trop cool parce qu'on est trans-friendly voire transloveuse, mais que l'idée de coucher avec une fille à bite c'est souvent «beurk».

Bref, cela faisait longtemps que je me définissais gouine et pas femme, maintenant j'ai aussi compris que j'étais dickgirl et travelotte, mais pas trans.

vendredi, avril 2 2010

Billets inachevés (partie 1)

Quand je commence à écrire un billet pour ce blog, ça m'arrive souvent de ne pas le publier tout de suite, et de le mettre dans le purgatoire des «en attente». Parfois, je le termine, et parfois non.

Du coup, j'ai un tas de billets inachevés, dont le plus vieux date de plus de deux ans et ne sera probablement jamais achevé. Et donc voilà, j'ai décidé de publier ceux que je trouvais encore un tant soit peu intéressant, même s'ils n'étaient pas finis, même si maintenant j'écrirais les choses différement. Donc forcément, ça fait un peu fonds de tiroir,..

Privilège cis

(écrit en mai 2009)

Sexualisation

Tu me considères comme un objet de fantasme.

Tu penses que si je m'habille en fille, c'est pour aguicher les mecs et pouvoir mettre des boulets dans mon lit et pas, évidemment, uniquement pour moi.

Tu veux de l'hyperfémininité, être avec plus femme qu'une femme. Ou alors c'est juste que ton trip, c'est les femmes à bite.

Objectification

Tu me considères comme un fantasme d'une nuit, poupée gonflable jetable que tu n'irais pas présenter à tes copains, et encore moins à ta femme.

Subversivisme

Tu penses que je ne fais que renforcer les codes du genre.

Tu estimes que tu peux me dire que je ne dois pas modifier mon corps.

Tu me reproches de ne pas être assez radicale, ou peut-être justement que tu me trouves super radicale, d'une manière exotique.

Tu t'exclames que toi, tu ne sens pas spécialement dans ton genre - un peu comme un poisson ne se sent pas spécialement dans l'eau - et que tu ne vois pas pourquoi je pique des crises quand tu ne respectes pas le mien.

Droit de nommage

Tu t'énerves quand j'utilise le terme cis, parce que ça devient n'importe quoi.

Le manifeste travelo

Un spectre hante le monde : le spectre du travelottisme. Toutes les puissances du vieux monde se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et les psys, Zemmour et Raymond, les «radicales» américaines et les policiers du monde entier.

Quelle est la féministe qui n'a pas été accusée d'être travelotte par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires butchs ou fems l'épithète infamante de travelotte ?

Il en résulte un double enseignement.

Déjà le travelottisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances du monde entier.

Il est grand temps que les travelottes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'elles opposent au conte du spectre travelo un manifeste travelo lui-même.

Statistiques bloguesques

(datant d'octobre 2009)

Bon, comme ça fait bien de montrer ses stats, voici mes stats sur le mois de septembre :

Visites : 630 (selon la police), 130000 (selon les organisateurs)

Et maintenant, passons à ce qui nous intéresse vraiment dans les stats (enfin moi, c'est mon trip) : les mots-clés ! Alors j'ai fait un petit pré-tri pour garder que le meilleur :

  • 1: transgirls vs féminisme. Alors je comprends pas trop, soit mon petit texte du même nom a eu un succès fou, soit il y a un nouveau courant dans le porno (qui m'apporte l'habitude l'essentiel de mes mots-clés), qui se base peut-être sur des combats dans la boue.
  • 2: porno trans. Eh oui, je suis quand même sixième sur google avec ce mot-clé, au milieu de plein de sites pornos, et c'est un peu ma fierté. Les mecs qui cherchent du porno trans et tombent sur des textes dogmatiques et illisibles payent pour toutes les fois où je suis tombée sur du porno quand je cherchais des textes militants trans. Nyark.
  • 4, 5 et 7: trans porn, porn trans, et trans porno, pour rester dans le même domaine
  • 6: masturbation feminine
  • 9: changer de sexe
  • 13: mtf porn : là c'est déjà les amateurs de porno plus raffinéEs, qui connaissent le terme «mtf».
  • 14 et 15: bas résille (avec ou sans accent)
  • 18: les lesbiennes ne sont pas des femmes (
  • 23: questions idiotes : c'est au bon endroit
  • 30: sarah connor : non, c'est à côté
  • 40: rangers fille
  • 51: gros culturiste
  • 53: transvestisme : yeah, ça fait tellement plus classe que "travestissement" ou "travelottage"
  • 70: travestissement : loser
  • 71: annonces parisiennes
  • 83: les lesbiennes c'est horrible : ben oui, on est sales, moches et méchantes
  • 87: operation de trans porno: euh... y'a vraiment des gens qui se branlent sur une vaginoplastie ?
  • 104: blague transsexuel : j'en ai une bonne. C'est quoi un queer édenté ? Un transcendant.
  • 109: castration
  • 112: castrer un mec
  • 117: comment mettre des lacets sur des rangers : euh... c'est vraiment si compliqué ?
  • 135: fessée déculottée
  • 151: ma femme est un trans
  • 178: rechche blog de filles nues à fortes poitrines avec des couches : hum, peut-être quand j'aurais des implants, hein ?
  • 193: transgenre cou : marrant, j'ai quand même vachement plus de requêtes pour d'autres parties du corps

Les gouines, les trans et la non-mixité, épisode 12

(écrit en novembre 2009, et non publié puisqu'il y a eu à la place une analyse sociologique des non-mixités par Vlad)

Non, ça ne va pas être un remake version lesbotrans de «le bon, la brute et le truand» (sinon, j'aurais appelé ça «The Good, The Butch and The Tranny», ça sonne quand même mieux[1]).

Bon alors, je sais ce que vous auriez envie de dire : encore un billet là-dessus ? T'en as pas un peu marre ?

Ce à quoi je répondrai d'abord que non, je ne m'en lasse pas, et ensuite que là, en fait, ça va être un peu différent puisque je ne vais pas dire du mal des mêmes personnes que d'habitude[2]

Ce qui est amusant, c'est qu'à première vue, les personnes dont je vais dire du mal aujourd'hui sont des mecs cisgenres (en général, peut-être pas tout le temps à 100%, mais assez souvent en tout cas pour que je ne m'emmerde pas à féminiser) qui, bizarrement, croient qu'on va être potes.

Bon, soit-dit en passant, la catégorie «mecs boulets qui pensent qu'on va être potes / coucher ensemble» est quelque chose d'assez vaste et mériterait sans doute un billet à part, voire un bouquin.

Ici, je me limiterai uniquement aux mecs qui te repèrent en tant que trans et qui, du coup, vont venir te confier sur un ton entendu que quand même, les gouines elles font un peu chier à se réunir en non-mixité, c'est du sectarisme de la ghettoisation, du communautarisme, une haine des mecs, bref tout le tintouin habituel, et qu'en plus c'est forcément transphobe.

Soit dit en passant, une parenthèse juste par mesquinerie, c'est le genre de trucs qui m'est pas mal arrivée avec des gays, non pas parce que les gays sont moins féministes que les mecs hétéros, mais parce qu'en général ces espaces ont plus souvent lieu à l'intérieur du vaste et grand «mouvement LGBT» que dans les milieux hétéros. Et ce qui est drôle, c'est que bien souvent, ces mêmes personnes qui n'ont pas de mots assez forts pour dénigrer la non-mixité des gouines passent quand même un certain temps dans des bars, saunas et autres back-rooms qui ne sont en fait pas tout le temps des supers exemples de mixité. Mais bon, hein, évidemment, ça n'a rien à voir. (Et bien sûr il va sans dire que ces endroits sont toujours hyper trans-friendly).

Mais revenons-ons à nos moutons. Alors, si on n'est pas rôdée, on peut se dire pendant un quart de fraction de seconde qu'au moins le souci que peuvent poser certains espaces non-mixtes pour les personnes trans a été entendu.

Et ensuite on se rend compte qu'en fait, ben non, on est juste instrumentalisée contre, non pas une éventuelle politique particulière qui exclurait les trans, mais la non-mixité de manière générale.

Ce qui est ironique, c'est que ces mecs en question font en fait exactement ce qu'ils reprochent aux espaces non-mixtes qui excluent les trans : c'est-à-dire qu'ils n'envisagent pas une seule demi-seconde que tu ne sois pas juste la trans de service pour justifier le «T» du «LGBT», et qu'en fait tu te reconnais aussi dans une identité gouine et que du coup, ben, tu te retrouves finalement pas trop mal dans cet espace[3].

Parce qu'en fait, ben oui, si je râle parfois contre l'exclusion ou le manque de clarté vis à vis des trans de certains espaces non-mixtes, c'est pas parce que je trouve que la non-mixité c'est pas bien, dangereux, anti-mecs, pouet-pouet, mais plutôt parce qu'il y a des momens où je n'ai pas envie d'avoir à me taper un espace où les mecs prennent toute la place, où il faut faire gaffe où on met ses pieds pour ne pas se faire marcher dessus, où quand t'es en train de discuter avec une copine faut qu'il y ait des mecs qui viennet se foutre au milieu pour toujours être le centre de l'attention.

Notes

[1] Mais c'est un titre que j'ai déjà réservé pour une potentielle future nouvelle, donc je ne vais pas le gâcher pour un billet de post vite fait, non mais.

[2] Enfin, par rapport à d'habitude si on se réfère aux fois précédents où j'ai parlé de gouines, de trans et de non-mixité (quoique, et encore) ; pas par rapport à d'habitude en général, vu qu'en fait je vais surtout dire du mal des mecs et que du coup c'est quand même pas spécialement rare. (Quoiqu'en fait je me trouve relativement modérée sur ce blog, l'air de rien)

[3] D'ailleurs je trouve ça drôle cette impression que pour certaines personnes je peux être catégorisée comme «gouine» ou comme «trans» mais difficilement les deux en même temps. Et bizarrement quand je suis catégorisée en tant que gouine j'ai l'impression d'être perçue comme vachement plus méchante par les mecs un peu misogynes, je trouve ça marrant ce qu'on associe à certaines identités.