Vernis & Sécateur

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dimanche, novembre 20 2011

Journée du souvenir trans

Aujourd'hui, c'est le 20 novembre, journée du souvenir trans (Trans Day Of Remembrance en anglais), pour se rappeler de toutes les personnes trans assassinnées.

Pas le courage de faire un vrai billet cette année, alors juste une petite image :

tdor2011-small.png

Et, plus sérieusement, un morceau d'un texte que j'avais écrit il y a maintenant trois ans ; je l'écrirais peut-être un peu différemment maintenant, mais vu que maintenant tout de suite je suis un peu trop blasée pour écrire, c'est mieux que rien.


Les meurtres des personnes trans' ne sont pas des évènements isolés, mais sont révélateurs de l'omniprésence de la transphobie. Alors qu'une étude aux USA montre que les trans' ont 18 fois plus de chances que la moyenne de se faire assassiner, les peines obtenus pour les meurtriers sont souvent légères : ainsi le 14 août 2008, au Royaume-Uni, le meurtrier présumé de Kellie Telesford était acquitté après que la défense soit parvenue à jeter le discrédit sur la victime ; le 23 août, aux États-Unis, le meurtrier d'Alexis King obtenait des circonstances atténuantes ; un an plus tôt, dans le même état, le meurtre d'Erica Keel, heurtée à quatre reprises par la voiture de son assassin, était considéré comme un accident, tandis qu'au Portugal en 2006 les meurtriers de Gilberta Salce avaient été condamnées à des peines légères de 11 à 13 mois.

S'il ne s'agit que d'exemples, ces jugements affirment que les trans' n'ont pas les même droits que les autres être humains, qu'assassiner une personne parce qu'elle est trans' n'est pas un crime de haine mais une circonstance atténuante. La défense place le blâme sur les victimes, qui «se font passer pour ce qu'elles ne sont pas» et l'ont forcément un peu cherché. La majorité des médias va également dans ce sens, s'acharnant à utiser les prénoms et le genre assignés à la naissance pour parler des personnes trans', légitimant ainsi la défense des meurtriers.

Mais le vecteur principal de transphobie vient encore des états eux-mêmes, qui, en plus de ne pas reconnaître la transphobie comme une discrimination, rendent généralement extrêmement difficile le changement d'état-civil, requiérant, pour changer la mention du sexe, des opérations chirurgicales de «réassignation sexuelle»ou, comme en Belgique, la stérilisation. En plus de mettre des bâtons dans les roues des trans', ce refus de changer l'état-civil peut avoir des conséquences catastrophiques, en risquant de les «outer» dans un milieu transphobe ; un autre exemple dramatique où l'état est directement complice des violences transphobes est la situation dans les prisons, où les femmes trans' sont enfermées avec des hommes, en faisant des cibles privilégiées d'humiliations, de violences et de viols.

La médecine n'est pas en reste puisque, la transsexualité étant considérée comme une maladie mentale, l'accès pour les trans' aux hormones ou à la chirurgie dépend du bon vouloir des psychiatres et des médecins, tandis que les trans' subissent également des discriminations dans les accès aux soins.

Les trans' sont aussi des victimes particulières du capitalisme puisque, discriminé-e-s à l'embauche, ils et elles sont souvent dans des situations précaires. Un nombre important de femmes trans' doit ainsi recourir à la prostitution, ce qui les expose encore plus particulièrement aux risques de violence.

Même dans les espaces progressistes et de soutien, la transphobie est parfois présente : par exemple, si les femmes trans' subissent, autant que les autres femmes, le sexisme et la misogynie, les espaces réservés aux femmes (qu'il s'agisse d'espaces militants ou de centres d'accueil ou d'écoute pour des femmes ayant subi des violences) leur sont parfois fermés, les placant dans des situations de vulnérabilité accrue et les privant d'un soutien vital.

Pourtant, même les violences spécifiques aux trans' ne concernent pas qu'eux et elles : donner des circonstances atténuantes à un meurtrier parce que sa victime l'a «trompé» sur son «vrai sexe» ou parce qu'elle avait «une force d'homme» lui permettant de se défendre, c'est aussi légitimer les argumentations patriarcales rendant responsables les victimes de violences et de viols ; permettre à des psychiatres de donner ou pas leur feu vert en fonction de l'«adéquation» au genre désiré, c'est légitimer les normes de genre pour tout le monde ; exclure une trans' d'un espace non-mixte parce qu'elle a un pénis, c'est légitimer le fait de réduire les femmes à leurs organes génitaux ; refuser aux trans' l'accès à des traitements hormonaux ou chirurgicaux, ou au contraire leur en imposer pour obtenir un changement d'état-civil, c'est attaquer le droit de tou-te-s à disposer de son corps.

La haine des trans' ne nait pas de rien ; elle est le fruit du système patriarcal qui impose à tout le monde, en fonction d'un détail anatomique, un genre rigide qui doit déterminer toute notre vie : rose ou bleu, jupe ou pantalon, attirée par les hommes ou attiré par les femmes, opprimée ou privilégié. La lutte pour la libération des trans', comme celle des homosexuel-le-s ou des intersexes, n'est par conséquent pas dissociable du combat féministe et doit être pleinement prise en compte dans le combat pour un monde sans oppressions.

jeudi, octobre 6 2011

Réflexion post-existrans

Ce week-end, j'étais à l'Existrans. C'était plutôt chouette, et il y avait pas mal de monde, plus que d'habitude, j'ai trouvé. Mais ce n'est pas vraiment le sujet de ce post.

Non, le sujet c'est qu'il y avait aussi pas mal d'appareils photos.

C'est pas un secret, que j'ai du mal à ce que des gens que je connais pas me prennent en photo. Après, voilà, c'est une marche de visibilité, et en général dans les marches de visibilité je suis prête à faire des concessions, comme :

  • accepter que les gens prennent des photos des pancartes et des banderoles que je porte
  • tolérer que les gens me prennent, moi, en photo, quand j'ai une pancarte ou une banderole, tant qu'il y a pas un truc particulièrement relou[1]

Il y en a d'autres que je ne suis pas prête à faire, comme :

  • accepter de poser comme ils en ont envie pour que leur photo soit «mieux» (surtout gratuitement) ;
  • accepter que des gens viennent me photographier avant ou après la manif, alors que je suis posée tranquillement.

Maintenant, tout ceci étant dit, pendant toute l'Existrans, selon un calcul pifométrique mais réalisé sur un nombre néanmoins important de photographes, je suis amenée à constater que :

  • environ 90% étaient des mecs ;
  • dont une très grande majorité de cisgenres.

Bon, alors voilà, assumer de faire de la visibilité, je veux bien, être prête à être photographiée à cause de ça, pourquoi pas, mais, juste, je suis féministe et je suis gouine, et je crois que ça me le fait pas, mais alors vraiment pas, qu'il y ait ce putain de regard masculin magnifié par la lentille et le mitraillage. Et à un moment, quand le cinquantième gars que je ne connais pas me prend une fois de plus en photo, j'en ai plus rien à foutre de savoir s'il me cadre moi ou s'il cible la banderole, de savoir si c'est quelqu'un de chouette ou pas, j'ai juste envie de lui prendre son appareil photo et de lui faire bouffer.

Et j'ai pas de solution miracle (à part peut-être n'autoriser un port d'appareil photo qu'en non-mixité à définir, ou venir à ce genre de manif avec une bombe EMP), mais je crois que là, je me dis que la «nécessité de visibilité» ne justifie pas que non seulement je me tape une saleté de regard lubrique masculin encore amplifié par rapport à d'habitude, mais surtout que je l'accepte sans rien dire et avec le sourire.

Y'a juste plus moyen.

Notes

[1] Tolérer, et pas accepter, ça veut dire que les rares fois où on me demande, ben je dis non. Ce qui permet de réaliser que les rares photographes qui demandent ne sont pas prêts à ce qu'on leur dise non...

samedi, mai 21 2011

De l'incapacité à donner dans le constructif

Ça fait un certain temps que j'ai pas écrit ici. Non pas qu'il n'y ait pas des sujets qui auraient mérité que je le fasse ou sur lesquels j'aurais envie de parler. Au rang de ce qui m'écoeure et me donne envie de réagir, il y a notamment toutes les réactions pro-viol suite à l'inculpation de DSK, ou encore cette agression hyper-violente d'une prostituée trans suivie de sa réassignation dans son genre de naissance par les médias transphobes, (au rang desquels le Parisien, le Figaro et Têtu).

Seulement, je me rends compte que je suis incapable de faire dans le constructif, l'argumenté, etc. en ce moment. Alors, du coup, je me contente de mettre un petit morceau de musique :

(Otep - Menocide)

No compassion ! Kill your masters ! Menocide !

mardi, février 1 2011

Ça me rappelle quelque chose...

Je ne sais pas si vous avez vu, mais je suis tombée via internet sur l'information, relayée de façon plus ou moins exotisante et transphobe selon les médias, qu'une compagnie aérienne thaïlande aura des hotesse de l'air trans.

Ce qui est drôle, c'est que les quelques liens que j'ai vus présentaient ça comme un truc super cool, une avancée pour les droits des trans, youpi, tralala.

Et puis je tombe sur la même news en anglais, et là je lis la chose suivante :

The transsexual staff will wear a special gold ’3rd sex’ name tag that will help other PC Air workers and travelers identify their gender.

Le personnel transsexuel portera une étiquette de nom spéciale dorée «3ème sexe» pour aider les autres travailleurs de PC Air et les voyageurs à identifier leur genre.

Ou, autrement dit, pour ne pas que des cisgenres puissent par erreur les confondre avec des «vraies fâmes» et risquer d'être «trompé sur la marchandise»...

Bref, si t'es trans et que tu veux bosser, il faut que tu sois clairement stigmatisable comme trans, et c'est une super avancée sociale, youpi.

Enfin bon, on m'objectera que ça pourrait être pire : ils auraient pu choisir le triangle rose.

mercredi, novembre 24 2010

Journée du souvenir Trans & Rassemblement Pro-IVG : ma journée du samedi 20 novembre

Samedi 20 novembre dernier, il y avait deux évènements militants, sur Lille comme dans d'ailleurs pas mal d'autres régions de France. La Journée du souvenir trans, ou Transgender day of remembrance, d'un côté, histoire de se rémémorer et de visibiliser les personnes trans assassinées ; de l'autre côté, des rassemblements anti-avortement organisés par «Sos Tout Petits», association d'extrême droite catholique qui aime prier les fétus morts, et du coup des contre-rassemblemens organisés pour défendre le droit à l'avortement.

D'un point de vue chronologique, c'était la journée du souvenir trans qui arrivait en premier, avec un rassemblement organisé par les Flamands Roses à midi, au marché Sébastopol. Déploiement d'une grande banderole «La transphobie tue», ainsi qu'une plus petite des Flamands Roses, diffusion de tracts dont je vous avais fait suivre le contenu il y a quelques jours ; c'est pas énorme, mais on est quand même entre dix et vingt[1], ce qui, sur ce genre de rassemblement, me paraît plutôt pas mal.

Petit détour pour manger un casse-croûte léger[2] avant d'aller au deuxième rassemblement, cette fois-ci pour défendre l'avortement, à 13h30 devant le Parvis Saint-Maurice.

Après environ une demi-heure à poirauter et à entendre la même question revenir dans la bouche de plein de militantEs : «ils sont où, les autres ?» (c'est-à-dire, rappelons-le, les cathos intégristes de SOS Tout Petits), on finit par apprendre qu'ils se sont réunis devant le planning familial. Du coup on finit par aller les «rejoindre», tout de même séparés par une centaine de mètres et pas mal de flics. On peut tout de même apercevoir la petite vierge qu'ils ont mis sur un tabouret, c'est-y-pas mignon.

Et du coup, pour couvrir leurs prières et leurs paroles anti-IVG, on [3] gueule des slogans féministes et humoristiques comme (oui, j'aime bien faire les listes de slogans) :

  • Avortement, contraception, libres, gratuits, et accessibles !
  • Ah si Marie avait connu l'avortement, on aurait pas tous ces emmerdements !
  • Moins de dieu, plus de godes !
  • Jouir, jouir, plutôt que reproduire !
  • Phallus partout, jouissance nulle part !
  • C'est l'orgasme final, Fistons-nous et demain, Les trans, les gouines et les pédales, Seront le genre humain (sur l'air de l'Internationale)
  • Le lesbianisme est une solution à la reproduction !
  • Mon corps m'appartient, que votre Christ garde le sien !
  • Si votre dieu engrosse nos copines, on lui coupera la pine, à ce vieux misogyne
  • Face aux machos, ni oubli ni pardon
  • Première, deuxième, troisième aspiration, nous sommes toutes, des salopes avortées !

Un groupe plutôt dynamique et avec une visibilité féministe bien présente (notamment grâce aux mégaphones prêtés par Sud, si je ne me trompe pas), ce que j'ai trouvé plutôt classe. J'avais un peu peur que, comme ça se passe quelques fois, les slogans se centrent sur l'antifascisme et «zappent» la thématique féministe (surtout vu les tensions qu'il y a concernant le féminisme dans le milieu libertaire Lillois actuellement, mais ça mériterait un autre billet) mais au final on a pu prendre la parole et se faire entendre et c'était plutôt chouette, même si ça fait chier que les fachos aient pu s'installer devant le planning familial au lieu de devant leur église.

Voilà, et oui, c'est tard pour en parler, et non, j'ai pas de photos.

Notes

[1] Avertissement : ne travaillant pas aux Rassemblements Généraux et ayant tendance à estimer que «les mathématiques, c'est pas une science exacte», les estimations du nombre de militantEs peuvent être plus qu'approximatives.

[2] Je sais, s'il y a des personnes qui lisent mon blog et qui ont vu le casse-croûte en question, elles vont se dire qu'on n'a pas la même notion de «léger».

[3] C'est-à-dire, un groupe de féministes, certains slogans étant plus ou moins repris par les autres militantEs.

vendredi, novembre 19 2010

La transphobie tue ! T-DOR, 20 novembre 2010 (Lille)

(Pour continuer dans le copié/collé de tracts, voici l'appel des Flamands Roses pour la journée du souvenir trans de 2010)

La transphobie tue

T-DOR, 20 novembre 2010

Rassemblement marché Sébastopol à Lille samedi 20 novembre 2010 à midi

Nous sommes ici aujourd'hui car le 20 novembre 2010 a lieu pour la douzième fois le «Transgender Day Of Remembrance», journée du souvenir trans, dont l'objectif est de se souvenir et de visibiliser les personnes trans assassinées.

Organisé pour la première fois pour dénoncer le meurtre de Rita Hester en 1998, cet événement est devenu international et est l'occasion de rassemblements dans de multiples pays. En France, des événements ont notamment lieu à Paris, Strasbourg...

Les personnes trans ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été attribué à la naissance. Les hommes trans sont des hommes assignés à la naissance dans le genre féminin, effectuant une transition du féminin au masculin, et les femmes trans sont des femmes assignées à la naissance dans le genre masculin, effectuant une transition du masculin au féminin. Certaines personnes trans se reconnaissent aussi hors des identités "homme" et "femme". Ils et elles sont contraintes à la fois par l'Etat, la médecine et les normes sociales. Ce système de normes entraîne et légitime la violence à l'égard des personnes trans.

Les meurtres des personnes trans ne sont pas des événements isolés, mais sont révélateurs de l'omniprésence de la transphobie. Alors qu'une personne trans est assassinée tous les trois jours dans le monde, les peines obtenues par les meurtriers sont souvent légères : ainsi le 14 août 2008, au Royaume-Uni, le meurtrier présumé de Kellie Telesford était acquitté après que la défense fut parvenue à jeter le discrédit sur la victime ; le 23 août, aux États-Unis, le meurtrier d'Alexis King obtenait des circonstances atténuantes ; un an plus tôt, dans le même Etat, le meurtre d'Erica Keel, heurtée à quatre reprises par la voiture de son assassin, était considéré comme un accident, tandis qu'au Portugal en 2006 les meurtriers de Gilberta Salce avaient été condamnés à des peines légères de 11 à 13 mois.

S'il ne s'agit que d'exemples, ces jugements affirment que les personnes trans n'ont pas les mêmes droits que les autres être humains, qu'assassiner une personne parce qu'elle est trans n'est pas considéré comme un crime de haine mais comme une circonstance atténuante. La défense fait peser la culpabilité sur les victimes, prétendant qu'elles se «feraient passer pour ce qu'elles ne sont pas» et l'auraient forcément un peu cherché. La majorité des médias va également dans ce sens, s'acharnant à utiliser les prénoms et le genre assignés à la naissance pour parler des personnes trans, légitimant ainsi la défense des meurtriers.

Mais le vecteur principal de transphobie vient encore des Etats eux-mêmes, qui, en plus de ne pas reconnaître la transphobie comme une discrimination, rendent généralement extrêmement difficile le changement d'état-civil, requérant la stérilisation pour changer la mention du sexe. En plus de mettre des bâtons dans les roues des personnes trans, ce refus de changer l'état-civil peut avoir des conséquences catastrophiques, en risquant de les «outer» dans un milieu transphobe ; un autre exemple dramatique où l'Etat est directement complice des violences transphobes est la situation dans les prisons, où les trans sont placé·e·s quasi-systématiquement en isolement, et où les femmes trans sont enfermées avec des hommes, devenant des cibles privilégiées d'humiliations, de violences et de viols.

La prétendue « dépsychiatrisation » des trans clamée par le gouvernement n'est qu'un effet d'annonce : seul le nom de catégories de remboursement ALD change, et non pas l'obligation d'être « diagnostiqué » par un psychiatre pour avoir accès aux hormones et aux opérations, tandis que les trans subissent également des discriminations dans les accès aux soins. De plus, le non-remboursement de certains actes liés à la transition, ainsi que les discriminations à l'embauche ou encore dans l'accès au logement exposent particulièrement les trans à la précarité. Ainsi, un nombre important de femmes trans ont recours à la prostitution, et sont par conséquent encore plus exposées aux risques de violence.

Les violences spécifiques aux personnes trans ne concernent pas qu'eux et elles : donner des circonstances atténuantes à un meurtrier parce que sa victime l'a «trompé» sur son «vrai sexe» ou parce qu'elle avait «une force d'homme» lui permettant de se défendre, c'est aussi légitimer les argumentations patriarcales rendant responsables les victimes de violences et de viols ; permettre à des psychiatres de donner ou pas leur feu vert en fonction de l'«adéquation» au genre désiré, c'est légitimer les normes de genre pour tout le monde ; refuser aux trans l'accès à des traitements hormonaux ou chirurgicaux, ou au contraire leur en imposer pour obtenir un changement d'état-civil, c'est attaquer le droit de tou-te-s à disposer de son corps.

La haine des trans ne naît pas de rien ; elle est le fruit du système patriarcal qui impose à tout le monde, en fonction d'un détail anatomique, un genre rigide qui doit déterminer toute notre vie : rose ou bleu, jupe ou pantalon, attirée par les hommes ou attiré par les femmes, opprimée ou privilégié. La lutte pour la libération des trans, comme celle des homosexuel-le-s ou des intersexes, n'est par conséquent pas dissociable du combat féministe et doit être pleinement prise en compte dans le combat pour un monde sans oppressions

Nous exigeons :

  • la dépsychiatrisation des trans, sans expertEs censéEs séparer les vraiEs trans du reste de la population ;
  • Arrêt des traitements imposés aux intersexes, accès libre et remboursé aux actes liés à la transition, contraception et avortement libres, gratuits et accessibles ; l'arrêt des pressions exercées par la médecine et l’Etat pour imposer la chirurgie génitale ;
  • l’accès à une véritable information sur les traitements, pour permettre aux trans d'être acteurICE de leur suivi médical ;
  • la dissolution des équipes officielles et le libre choix des médecins ;
  • la prise en charge des soins par la Sécurité Sociale ;
  • la reconnaissance officielle et légale de la transphobie et la mise en place de réelles campagnes de prévention contre les discriminations sexistes et LGBTIphobes ;
  • la suppression de la mention du sexe à l’état-civil et le droit pour chacunE de modifier son identité légale s’il ou elle le désire.

Rassemblement marché Sébastopol à Lille samedi 20 novembre 2010 à midi

mardi, novembre 9 2010

Dans la série «devinettes»...

Je suis une militante connue dans les années 1970 et 1980 notamment pour mes écrits transphobes : j'ai écrit un livre entier pour dénoncer l'infamie des personnes «transsexuelles», en me centrant sur les meufs trans et en invisibilisant les mecs trans. J'ai également pratique l'outing non-consentant de personnes trans et le lobbying contre l'accès des personnes trans à des traitements hormonaux ou chirurgicaux.

Sur une autre thématique, mais qui rejoint le droit à disposer de son corps, j'ai également attaqué au début des années 90 la pilule RU-486 qui permet l'avortement médicamenteux.

Je suis, je suis, je suis...

  1. invitée à un congrès du Front National
  2. invitée à un «congrès international féministe» sur les 40 ans du MLF, de manière assez drôle dans la thématique «Notre corps nous appartient-il vraiment ?». Là, c'est sûr que la réponse risque d'être non...

lundi, août 9 2010

Quelques conseils pour les auteurs cisgenres qui font des blagues sur les trans

Il y a une série américaine qui avait été critiquée il y a quelques semaines/mois par la «communauté LGBT» parce que ce qui était pensé par l'auteur comme un portrait «sympathique» d'une personne trans n'était pas vu comme tel par la communauté en question.

Notamment parce qu'il y avait le bon vieux cliché un peu éculé «le mec hétéro qui découvre qu'il a couché avec une trans et qui vomit».

Au passage, c'est marrant, mais autant je peux tout à fait comprendre ça comme une blague transphobe sur le fait que les corps trans soient dégueulasses, LOL !, moi ça me fait surtout l'effet d'une blague qui que les mecs hétéros sont très cons, LOL.

Comme souvent dans ce genre de choses, l'auteur s'est vaguement justifié, et comme souvent dans ce genre de justifications, il aurait mieux fait de se taire, puisqu'il explique :

Brian happens to be a heterosexual character, as I am. If I found out that I had slept with a transsexual, I might throw up in the same way that a gay guy looks at a vagina and goes, “Oh, my God, that’s disgusting.” It’s just the way we’re biologically wired.

Brian se trouve être un personnage hétéro, comme moi. Si je découvrais que j'avais dormie avec une transsexuelle, je pourrais vomir de la même façon qu'un mec gay regarde un vagin et fait «Oh mon Dieu c'est dégoûtant». C'est juste la façon dont nous sommes branchés biologiquement.

Bon, on ne va pas analyser ces propos plus en détail, ça n'en vaut pas la peine, si ce n'est qu'apparemment, ce n'est pas une histoire de blague, les mecs hétéros sont cons, ils sont branchés comme ça.

Ceci étant dit, le but de ce billet n'est pas de discuter de transphobie, ni de féminisme ; je ne me positionne ici pas en tant que militante, mais simplement en tant que moi aussi auteure de certains textes où il y a des blagues, et parfois avec des trans.

Ceci est donc un message qui vise à rehausser un peu le niveau de production d'humour à ce sujet parce que bon, en dehors de l'aspect transphobe, il y a quand même un truc fondamental qui doit être dit :

LE PERSONNAGE DE MEC HÉTÉRO QUI VOMIT PARCE QU'IL A APPRIS QU'IL AVAIT COUCHÉ AVEC/EMBRASSÉ/FANTASMÉ SUR (RAYEZ LES MENTIONS INUTILES) UNE FILLE TRANS, C'EST COMPLÈTEMENT ÉCULÉ.

Alors pitié, si vous vous sentez vraiment obligé de caser une blague avec la révélation de la transidentité et du vomi, essayez au moins de faire vaguement original.

Quelques variantes possibles (bon du coup dans les médias classiques c'est genré avec le mec hétéro cisgenre et la fille hétéra trans, mais comme ça aussi c'est éculé on n'est pas obligé de reproduire ça, du coup j'utilise un féminin neutre) :

  • A est trans et l'annonce en voiture à B. B le prend bien mais est malade en voiture et du coup vomit quand même, et doit donc expliquer à A qu'en fait ce n'est pas ça.
  • A est trans et C vient l'annoncer à B histoire de la discréditer auprès d'elle. B vomit donc sur C.
  • B flashe sur A, parce qu'elle croit qu'elle est trans. A annonce qu'elle est cisgenre à B, qui vomit.
  • A est trans et l'annonce à B. B le prend mal et pour le montrer veut vomir, mais n'y arrive pas, et a donc simplement l'air pathétique (on me fera remarquer qu'on n'a pas vraiment l'air moins pathétique en vomissant vraiment, mais bon)
  • A est trans et l'annonce à B. B lui répond «ah, c'est ouf, moi aussi !». A vomit.
  • A est trans et ne veut pas que B le sache. B sait en fait qu'A est trans mais fait semblant de ne pas savoir pour ne pas gacher le moment de la révélation dans l'histoire. (Bon ça a l'inconvénient que personne ne vomit et qu'il faut donc utiliser le quiproquo comme figure humoristique au lieu de la gerbe, ce qui n'est pas complétement évident pour tout le monde).
  • A est trans et le dit de façon un peu masquée à B. B fait genre qu'elle a compris mais n'a pas compris. (Là encore on utilise plutôt le ressort du quiproquo que du vomi, mais on peut aussi utiliser le vomi à la fin).

Voilà, amiEs scénariste, j'espère que vous serez maintenant capable d'écrire des scénarios avec des personnages trans un tout petit peu moins déjà-vus. La prochaine fois, nous verrons pour quelles raisons un personnage trans peut bien vouloir économiser de l'argent en dehors de l'Opération (il risque d'y avoir un certain nombre de photos de Harleys).

jeudi, juin 10 2010

Le courage des connards de rue (suite)

Un petit billet un peu à chaud que je vais peut-être regretter de poster, mais bon... (MàJ: maintenant en fait un petit billet un peu moins à chaud et écrit avec un style un peu moins pourri.)

Je me suis faite agresser physiquement tout à l'heure par environ huit connards qui se trouvaient sans doute par un pur un hasard être tous des mecs.

Ça a d'abord commencé par des insultes verbales alors que je rentrais chez moi en passant par l'avenue du peuble belge ; j'avais croisé un groupe de jeunes mecs, autour de huit, dont l'un d'eux a cru fort intelligent de me lancer au passage «oh, tu prends combien».

Alors certes, c'est une rue où il y a du tapin mais estimant que :

  • les putes tapinaient rarement en se déplaçant à allure relativement rapide et avec un sac à dos ;
  • quand bien même, on peut parler de manière polie aux prostituées ;
  • le sourire goguenard et le déplacement en bande ne faisait pas croire à une proposition de sexe tarifée mais plus un truc du genre «aha, les nanas on peut les traiter de pute de manière fort subtile, c'est trop drôle et ça prouve qu'on est des mecs virils» ;

je me suis retournée vers lui et lui ai rétorqué que, pour eux il n'y aurait pas moyen et qu'ils n'auraient pas assez, n'ayant pas tellement plus de répartie sur le coup.

Ils se sont alors mis à m'insulter : «connasse», «pute» aussi je crois (visiblement c'est le summum de l'insulte), et j'ai répliqué en les traitant de connards, ce qui n'était toujours pas la preuve d'une grande répartie, mais on fait avec ce qu'on a.

Un des types a alors demandé quelque chose comme «c'est un travelo ?» à ses camarades, tandis qu'un autre s'approchait de moi et jouait au gars viril dans la façon de s'avancer menaçante, tout en demandant «oh tu veux quoi» en prenant une voix grave. Je lui ai répondu que ça me soulait qu'on agresse les nanas et que ça me gonflait les mecs qui faisait chier avec leur testo de merde. Après en vrai je suis pas d'accord pour dire «c'est la faute de la testo», et je trouve ça un peu essentialiste et facile puisque ça donne des excuses aux mecs, mais sur le coup c'est ce qui m'est venu.

Un autre gars s'est alors approché de moi et m'a traité de pédé - peut-être était-ce le même qui demandait à ses potes si j'étais un «travelo», je ne sais pas trop. J'ai répondu en le traitant je crois de «connard», avec peut-être un «va chier», je ne sais pas trop, et c'est là qu'il m'a craché dessus.

Et là, j'ai fait ce qui était absolument intolérable et, vu sa tête, absolument inimiginable. J'ai répliqué en pratiquant le même mode de communication, c'est-à-dire en lui crachant aussi dessus à mon tour, parce qu'il n'y a pas de raison.

Là, étonnamment, j'ai réalisé qu'autant une meuf qui se faisait cracher dessus était censée rester impassible ou au pire s'éloigner d'un pas vif, autant l'inverse était absolument intolérable et méritait sanction. Le type m'a alors foncé dessus et m'a donné un coup de pied un peu au dessus du genou, dans un geste qui était, je dois dire, assez impressionnant - avec un bond et tout - quoique assez peu efficace.

J'ai essayé de me défendre en sortant un objet contondant de mon sac à main (eh oui, même les sacs à mains roses avec des petits dessins rigolos peuvent contenir des objets contondants), ce qui a fait reculer le bonhomme, pendant qu'un de ses copains me cognait dans la tempe sans que je ne pût le voir venir - sans doute un coup de poing.

Le coup sur la tempe m'a assommée un peu et je crois que j'ai titubé, à moins que mon manque d'équilibre n'ait été dû aux coups que les acolytes du bonhomme me donnaient dans le dos (et c'est là que j'étais contente d'avoir mon sac à dos, et surtout de ne pas avoir mis de trucs fragiles dedans).

J'ai, à ce moment là, rangé mes lunettes dans mon sac à main parce que je sentais que ça allait mal se finir et que c'est cher les lunettes et que vu comme je suis myope je suis mal barrée pour vivre en attendant de faire refaire les verres.

Je me suis encore pris quelques coups pendant que les voitures passaient avenue du peuble belge. Aucune ne s'est arrêtée.

Finalement, les types se sont mis à se barrer. Je les ai suivis un peu en sortant un téléphone pour essayer d'appeler le 112 (ou éventuellement leur cogner dessus à mon tour, j'avoue que ça m'a traversé l'esprit), mais ils couraient plus vite que moi et je me voyais mal continuer l'opération sans mes lunettes (oui, je suis vraiment myope).

Finalement je suis rentrée chez moi sans savoir trop quoi faire (porter plainte pour me taper la transphobie des policiers en plus de la transphobie, du sexisme, et de l'homophobie de ces connards ?), envisageant l'achat d'une bombe lacrymo.

Heureusement, je vais bien, mes lunettes aussi, j'ai donc pu faire ma redescente d'adrénaline en bouffant de la junk food et en regardant un épisode d'une série télé quelconque.

(Et sinon, parce que la pub éhontée ce n'est jamais déplacé, même sur un sujet comme ça, dans ce que j'écris, il y a aussi des fois où certes c'est un peu de la fiction mais où on peut voir de la gouine latter du connard de manière autrement plus convaincante que dans mes compte-rendus d'agressions : c'est sur Enfants de Mars et de Vénus.)

mercredi, avril 21 2010

Les trans renforcent les normes de genre, #2 : les trans sont des caricatures de masculinité/féminité

(Note : c'est un billet qui était en attente depuis beaucoup beaucoup de temps, et du coup même s'il y aurait encore des choses à revoir et que je trouve que c'est un peu nawak, je le publie quand même, parce que j'en ai marre de le voir traîner.)

Dans les épisodes précédents :

Pour continuer dans la série «la transphobie dans les milieux féministes et queer pourtant hyper trop trans-friendly, cools et subversifs», je voudrais parler aujourd'hui de l'expression de genre des trans, toujours passée sous l'oeil scrutateur des personnes cisgenres, parce que suspectes d'être soit «trop maculine» (pour les garçons), soit «trop féminine» (pour les filles).

La féministe transphobe Julie Bindel le résume bien :

Imagine a world inhabited just by transsexuals. It would look like the set of Grease.

Imaginez un monde habité uniquement par des transsexuel·le·s. Ça ressemblerait au plateau de Grease.

Après moi je trouve qu'elle aurait pu aussi dire :

Imaginez un monde où toutes les lesbiennes seraient trans. Une série télé sur les lesbiennes ressemblerait à The L Word.

mais du coup ça se serait peut-être un peu plus vu que les personnes cisgenres n'avaient jamais eu besoin des trans pour être capable d'ériger des normes de genre et de rentrer dedans en partie ou en totalité.

Plus sérieusement, je pense qu'on peut répondre à cet argument (les trans sont des caricatures de masculinité/féminité, pas «quel film représente le plus ce que serait une planète trans?») de deux façons différentes :

  1. les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre ;
  2. quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde.

Et donc du coup je vais faire deux parties distinctes.

Les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre

Le problème dans l'idée que les trans sont plus masculins/féminines que les personnes cis, c'est qu'en général il y a une sorte de deux poids, deux mesures, comme si, pour reprendre les exemples cinématographiques donnés plus haut, les personnes cisgenres avaient eu besoin de trans pour tourner Grease. De fait, quand je marche dans la rue, je trouve que je croise un paquet de mecs (a priori pas tous trans) qui sont quand même indiscutablement masculins, qu'il s'agisse de la masculinité du skinhead ou de celle du cadre en costard-cravate. De la même manière un certain nombre de nanas (certainement pas toutes trans non plus) sont aussi indubitablement féminines, qu'elles soient en mini-jupe et talon aiguille ou en tailleur et escarpin.

Je pense que la plupart des trans s'insèrent là-dedans sans détonner particulièrement ; au contraire, j'ai plutôt eu l'impression durant ma transition que les conseils de pas mal d'autres filles trans étaient de ne surtout pas en faire trop, histoire de ne surtout pas ressemble à «une pute» ou à «un travelo», ce qui, pour une fâme, est la déchéance absolue.

Par ailleurs, la féminité et la masculinité ne me semblent pas vues de la même manière : le masculin, comme dans la grammaire, est neutre, alors que le féminin est la spécificité, la différence, artificielle. Par exemple, à part dans quelques milieux féministes, j'ai rarement vu un mec se faire reprocher d'être trop masculin (trop féminin, oui, pas de problème, par contre). Par contre, une fille trop féminine va facilement se le voir reprocher en se faisant traiter de pute, de salope, ou encore lorsqu'en en cas d'agression on va lui dire qu'elle l'a cherché.

Il me semble aussi que chez les filles trans (je parle que des filles parce que je sais pas si ça se passe d'une façon comparable pour les FtM).), j'ai l'impression que dans beaucoup de cas le postulat «les filles trans sont des caricatures de féminité» continue en bonne partie à fonctionner parce que c'est surtout les filles trans qui rentrent dans ce modèle qui vont être perçues comme trans[1] (par exemple si je suis habillée de manière masculine, on va me prendre soit pour un mec cis, soit pour une fille cis, mais jamais pour une travelotte). Avec l'effet pervers que si on rentre pas dans le cliché de la trans on est du coup assez invisibilisée.

Quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde

Cela dit, je ne vais pas développer le premier argument plus que ça, parce qu'en fait, finalement, je trouve qu'on (c'est-à-dire, on va dire, les militant·e·s trans et trans-friendly) le fait assez, et qu'au final on en arrive parfois un peu à reprendre la logique comme quoi ce serait extrêmement mal d'être féminine ou masculin, et que bien sûr il y a des trans «binaires» qui sont un peu bêtes et rentrent dans ce jeu, mais nous, quand même, on vaut mieux que ça.

Et franchement, ça me gonfle aussi.

Parce que je me rends compte qu'à cause de cette espèce de «contre-norme», je me suis vachement censurée, à me dire qu'il fallait pas que je sois trop féminine pour pas faire «cliché» [2], à me dire que c'était très mal de porter des jupes pendant un mois de suite sans alterner avec des pantalons, et tout ça.

Bref.

Ce qui me gonfle avec tout ça, c'est d'une part que finalement ça revient à ériger des contre-normes qui ne sont pas moins absurdes que les normes dominantes, et d'autre part l'impression que son «féminisme» est jugé en fonction de sa tenue vestimentaire.

Ce qui est idiot : je ne suis pas moins féministe si je mets une mini-jupe et du maquillage «de fille» que si je mets un treillis et que je me dessine des faux poils pour me kinguer (surtout que pour les deux j'utilise le même maquillage..). Pourtant, et j'admets que j'ai vachement intériorisé ça, je trouve qu'on reproduit dans certains milieux le truc de considérer que c'est super plus subversif d'oser affirmer une forme de masculinité qu'une forme de féminité (en tout cas quand on est une fille, j'imagine que pour les mecs ça se pose pas de la même manière).

Je pense qu'il y a de ma part aussi une intériorisation de la transphobie, une nécessité de vouloir montrer que je suis pas comme la trans typique, que je suis «acceptable» dans les milieux féministes et queer où on ne brille pas toujours par notre visibilité. Et de fait j'ai l'impression d'être parfois mieux accueillie quand je suis catégorisée «gouine qui n'a pas peur de mettre des fringues masculines» que comme «transgirl» (même si les gens savent que je suis trans, là n'est pas la question).

Et par ailleurs là où c'est compliqué c'est que je ne fais pas ça que pour être bien perçue, et qu'il y a une sincérité dans le fait que j'aime porter des fringues catégorisées comme masculines ; mais d'un autre côté ça m'emmerde d'avoir dans certains cadres l'impression d'être mieux acceptée parce que je peux être vue comme «pas comme ces autres transgirls hyper-féminines» et de me dire que j'ai vachement eu tendance à reprendre ça.

Pour moi ça rejoint vachement les reproches qui sont faits (à l'intérieur de nos «communautés» toujours, je m'attaque pas aux milieux ouvertements misos qui sont de toute façon, ben, misos) aux lesbiennes Fems, qui sont soit accusées d'être trop soumises à l'ordre hétéropatriacal (alors qu'en fait, ben non), perçues comme moins féministes, moins méchantes avec les mecs, etc., soit présupposées comme un peu inférieures et pas capable de faire du bricolage, plus sexualisées, prises moins au sérieux...

Et du coup tous ces discours pour dire qu'il faut pas être trop féminine, pas de manière trop vulgaire, trop suspecte, trop salope, trop pute, trop travelotte, ben ça me gave vraiment, parce qu'en fait autant c'est bien de critiquer les injonctions à la féminité, autant quand on en vient à valoriser le masculin et à dévaloriser le féminin dans nos milieux, ben je trouve que ça reproduit un tout petit peu la misogynie globale.

Et je trouve aussi qu'il y aurait vachement à discuter sur les similarités qu'il peut y avoir entre la marginalisation des Fems et des transgirls (et des Fems transgirls) dans certains milieux militants. En tout cas j'ai vraiment l'impression que les identités Fems et Butches m'ont vraiment permis de développer mon identité à moi (qui est je pense un peu Fem et aussi un peu Butch - j'aime bien le terme butch travelotte - mais en tout cas pas trop respectable ni franchement «ni trop féminine, ni trop masculine») et que ça résonne pour moi vachement avec mon parcours en tant que trans et tout ça.

Notes

[1] Et aussi parce que les nanas trop féminines risquent assez de se voir traiter de travelos, même sans être trans.

[2] Bon et aussi des fois à ne pas être trop masculine pour pouvoir «passer» un minimum, mais ça pour le coup ça mériterait un billet à part sur la difficulté d'être butch et transgirl.

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