Rangers & Bas résille

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vendredi, août 13 2010

Le mot du jour : Identité de genre

Alors, je tiens à vous prévenir tout de suite : pour le mot d'aujourd'hui, je ne vais pas exactement être capable de faire une description très claire, puisqu'en fait je dois le confier : la notion d'identité de genre, c'est un truc que j'ai un peu de mal à capter.

Ma seule consolation, c'est que j'ai l'impression de ne pas être la seule.

En fait c'est quoi, officiellement, l'identité de genre ?

Wikipédia dit :

En sociologie, l'identité sexuelle (ou identité de genre ou identité sexuée) se réfère au genre par lequel une personne est socialement reconnue ; c'est-à-dire que certaines personnes parlent d'elles-mêmes comme étant un homme ou une femme ou se décrivent de façon moins conventionnelle

Ailleurs, on trouve :

"Sentiment profond d'individuation, de différenciation et d'appartenance à l'un ou à l'autre sexe qui s'élabore progressivement au cours du développement psychosexuel d'une personne." (Élysa, 1999)

Donc jusque là, ça paraît facile : l'identité de genre, c'est le genre dont on se ressent, si on utilise «il» ou «elle» pour parler de soi, et, en français, si on rajoute ou pas des e à la fin de certains mots. Du coup c'est différent (même si chez beaucoup de gens ça revient au même) du «genre» tout court, où là c'est plus comment les autres nous voient (même si la définition de Wikipedia ne me semble pas hyper claire sur le sujet puisqu'elle parle de «par lequel une personne est socialement reconnue» avant de définir ça selon la façon dont les personnes parlent d'elles-même).

Ça reste simple si on ajoute des identités qui sortent du système binaire homme/femme : on peut donc concevoir que quelqu'une ait une identité de genre «queer», «butch», «fem», «gouine», «pédale», etc.

Et du coup, je comprends complètement qu'on élargisse les revendications des luttes LGBT en ajoutant à l'orientation sexuelle l'identité de genre, puisqu'il y a clairement aussi un facteur de «genre» dans nos identités et dans les oppressions qu'on subit.

Ce que je ne comprends en revanche pas, et je tiens à mettre cette phrase en gras parce que c'est un peu un cri de désespoir, c'est pourquoi diable est-ce que le terme «identité de genre» est supposé inclure et se référer spécifiquement aux personnes trans ?

Je veux dire, on a quand même des communiqués qui arrivent à parler de «dépsychiatrisation de l'identité de genre» («revendication forte» du mouvement trans, carrément), c'est quand même fabuleux.

Bref, tout ça m'inspire un peu ce genre de réaction :

Je veux dire, si on est logique deux secondes, tout le monde a une identité de genre. Un homme cisgenre a une identité de genre «homme». Une femme cisgenre a une identité de genre «femme». Le fait d'être un homme ou une femme n'est, évidemment, pas psychiatrisé, et il n'y a pas eu besoin de l'intervention de Bachelot pour ça.

Et là où ça me gêne vraiment qu'on utilise le terme «identité de genre» avec une volonté de cibler spécifiquement les trans, c'est qu'un homme trans a une identité de genre «homme» et qu'une femme trans a une identité de genre «femme», et que du coup leurs identités de genre ne sont pas différentes de celles d'hommes et de femmes cisgenres.

Alors bien sûr, il y a aussi des personnes trans (tout comme des personnes pas trans) qui vont avoir des identités de genre non-binaires, et sans doute des personnes qui peuvent aussi avoir «trans» ou «transboy» ou «transgirl» comme identité de genre. Je ne leur dénie pas du tout ça, simplement partir du principe que les trans ont forcément une identité de genre différente des personnes cisgenres me semble un postulat tranphobe.

En fait, c'est la même logique qui dit que les hommes trans ne sont pas de «vrais» hommes et les femmes trans pas de «vraies» femmes.

Et même le fait de parler de «discrimination selon l'identité de genre» n'inclut pas toutes les discriminations transphobes ; ça peut en inclure certaines, tout comme ça peut inclure des discriminations homophobes (par exemple une butch qui se fait virer parce qu'elle est trop masculine, il me semble que ça peut être considéré comme une discrimination selon l'identité de genre, tout comme une femme trans qui se fait virer parce qu'elle «fait travelo» selon son patron), même si à la base il me semblerait que si on était vraiment logique ça devrait surtout désigner les discriminations hommes/femmes (les personnes ayant une identité de genre «femme» gagnant par exemple en moyenne 30% de moins que les personnes ayant une identité de genre «homme»).

Et ça ne couvre certainement pas tout : par exemple quand une femme trans se fait enfermer dans une prison pour mecs, ce n'est certainement pas en raison de son «identité de genre», puisque si c'était le cas on la foutrait chez les nanas. C'est parce qu'elle est trans. Quand une personne trans se voit refuser son changement d'état-civil, ce n'est toujours pas en raison de son identité de genre[1] ; c'est parce qu'elle est trans.

Ce qui aurait un sens, en fait, c'est d'avoir un mot qui serait vraiment l'équivalent d'orientation sexuelle pour désigner le fait d'être trans ou cisgenre (en référence à la façon dont «cis» et «trans» sont utilisés en chimie, je proposerais bien le terme «isomérie de genre», mais je ne suis pas sûre que ça parle à tout le monde). Mais je n'arrive vraiment pas à comprendre pourquoi on peut utiliser le mot «identité de genre» dans ce sens là.

Ou alors c'est, comme je l'ai dit, que la notion d'identité de genre, c'est vraiment un truc que je n'arrive pas à capter.

Notes

[1] Sauf à la limite si c'est une butch trans ou un pédé trans jugéEs trop «masculine» ou «féminin» pour avoir droit à ce chengement d'état civil, alors qu'une femme trans «féminine» et qu'un mec trans «masculin» y auraient droit dans les mêmes conditions.

mercredi, août 11 2010

Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 1)

J'avais un peu envie de reparler de choses plus lié à l'écriture sur ce blog, vu que j'ai moins pris le temps d'y mettre des (extraits de) nouvelles depuis le lancement d'Enfants de Mars et de Vénus. J'avais notamment envie d'aborder le sujet de mon rapport à mes personnages, à la fois de manière générale, et aussi en particulier en prenant quelques personnages en exemple.

D'abord, je pense qu'il y a un postulat qui me semble partagé par beaucoup de gens, c'est que la plupart des auteur·e·s mettent une part d'eux·elles même dans leurs personnages ; parfois de manière directe et évidente, et parfois de manière plus détournée (par exemple avec un personnage qui peut être l'antithèse de l'auteur·e mais qui de fait reflète aussi ce qu'est l'auteur·e).

Évidemment, c'est un truc que je fais aussi (comme, je suppose, à peu près tou·te·s les personnes qui créent des personnages de fiction), à la fois de façon consciente et inconsciente. Et du coup, le fait de mettre des trucs de manière un peu inconsciente, sans me rendre compte que ça correspond à un truc qui m'est propre, ça fait que des fois des personnages peuvent avancer des choses bien avant que moi je n'ose le formuler.

Et du coup je trouve que dans mon cas (c'est à dire en tant que gouine trans qui écrivait des fictions avant de me rendre compte que j'étais gouine ou trans) c'est intéressant de lier ça à la thématique placard, parce que je me rends compte qu'à la fois pour ce qui est du placard gouine ou du placard trans, mes personnages étaient «out» bien plus tôt que moi.

L'exemple le plus flagrant de ça c'est sans doute Alys, qui est un personnage qui a pas mal évolué mais dont j'ai globalement eu l'idée à l'origine en 2004 et qui a pris à peu près la forme qu'on lui connaît actuellement (c'est-à-dire celle d'une transgirl blonde avec rangers (aux lacets rouges) et bas résille, avec un côté que je qualifierais de «pseudo-sorcière bourrine»), quoique avec une orthographe légèrement différente (à l'époque c'était «Alysse») début 2006.

Ce qui est intéressant, c'est qu'à cette époque là, même si je commençais à poser le mot «trans» pour parler de moi, j'étais encore complètement dans le placard et je ne pensais pas vraiment que je ferais une transition un jour.

Un an plus tard, j'avais à peu près le même look que mon personnage (en tout cas quand je le pouvais), sauf pour la couleur des cheveux et la taille XXL, et ça m'a amenée des fois à plaisanter en disant qu'elle avait eu une mauvaise influence sur moi.

Évidemment c'est plutôt que j'avais osé mettre dans de la fiction ce que je n'osais pas encore affirmer dans la vie réelle, et écrire des textes avec Alys m'a sans doute aidée à m'affirmer, ou en tout cas à imaginer que ça pouvait être possible. À un moment elle était clairement pour moi un modèle positif de meuf trans que je n'avais pas vraiment réussi à trouver ailleurs dans la fiction.

Mon seul regret, c'est que du coup je n'ai jamais osé[1] prendre pour moi le prénom que je lui avais filé, alors que je l'aimais bien. Mais bon, Ellie c'est pas si mal non plus, finalement.

Notes

[1] J'ai toujours eu peur que commencer à me faire appeler pareil qu'un personnage (important) qui figurait dans ce que j'écrivais, ne m'entraine forcément dans une sorte de confusion entre réel et réalité où je croirais vivre dans mes propres fantasmes. On peut se dire que je n'ai pas une grande confiance dans ma santé mentale, mais le pire c'est que des fois je me demande si ce n'est pas déjà le cas...

lundi, août 9 2010

Quelques conseils pour les auteurs cisgenres qui font des blagues sur les trans

Il y a une série américaine qui avait été critiquée il y a quelques semaines/mois par la «communauté LGBT» parce que ce qui était pensé par l'auteur comme un portrait «sympathique» d'une personne trans n'était pas vu comme tel par la communauté en question.

Notamment parce qu'il y avait le bon vieux cliché un peu éculé «le mec hétéro qui découvre qu'il a couché avec une trans et qui vomit».

Au passage, c'est marrant, mais autant je peux tout à fait comprendre ça comme une blague transphobe sur le fait que les corps trans soient dégueulasses, LOL !, moi ça me fait surtout l'effet d'une blague qui que les mecs hétéros sont très cons, LOL.

Comme souvent dans ce genre de choses, l'auteur s'est vaguement justifié, et comme souvent dans ce genre de justifications, il aurait mieux fait de se taire, puisqu'il explique :

Brian happens to be a heterosexual character, as I am. If I found out that I had slept with a transsexual, I might throw up in the same way that a gay guy looks at a vagina and goes, “Oh, my God, that’s disgusting.” It’s just the way we’re biologically wired.

Brian se trouve être un personnage hétéro, comme moi. Si je découvrais que j'avais dormie avec une transsexuelle, je pourrais vomir de la même façon qu'un mec gay regarde un vagin et fait «Oh mon Dieu c'est dégoûtant». C'est juste la façon dont nous sommes branchés biologiquement.

Bon, on ne va pas analyser ces propos plus en détail, ça n'en vaut pas la peine, si ce n'est qu'apparemment, ce n'est pas une histoire de blague, les mecs hétéros sont cons, ils sont branchés comme ça.

Ceci étant dit, le but de ce billet n'est pas de discuter de transphobie, ni de féminisme ; je ne me positionne ici pas en tant que militante, mais simplement en tant que moi aussi auteure de certains textes où il y a des blagues, et parfois avec des trans.

Ceci est donc un message qui vise à rehausser un peu le niveau de production d'humour à ce sujet parce que bon, en dehors de l'aspect transphobe, il y a quand même un truc fondamental qui doit être dit :

LE PERSONNAGE DE MEC HÉTÉRO QUI VOMIT PARCE QU'IL A APPRIS QU'IL AVAIT COUCHÉ AVEC/EMBRASSÉ/FANTASMÉ SUR (RAYEZ LES MENTIONS INUTILES) UNE FILLE TRANS, C'EST COMPLÈTEMENT ÉCULÉ.

Alors pitié, si vous vous sentez vraiment obligé de caser une blague avec la révélation de la transidentité et du vomi, essayez au moins de faire vaguement original.

Quelques variantes possibles (bon du coup dans les médias classiques c'est genré avec le mec hétéro cisgenre et la fille hétéra trans, mais comme ça aussi c'est éculé on n'est pas obligé de reproduire ça, du coup j'utilise un féminin neutre) :

  • A est trans et l'annonce en voiture à B. B le prend bien mais est malade en voiture et du coup vomit quand même, et doit donc expliquer à A qu'en fait ce n'est pas ça.
  • A est trans et C vient l'annoncer à B histoire de la discréditer auprès d'elle. B vomit donc sur C.
  • B flashe sur A, parce qu'elle croit qu'elle est trans. A annonce qu'elle est cisgenre à B, qui vomit.
  • A est trans et l'annonce à B. B le prend mal et pour le montrer veut vomir, mais n'y arrive pas, et a donc simplement l'air pathétique (on me fera remarquer qu'on n'a pas vraiment l'air moins pathétique en vomissant vraiment, mais bon)
  • A est trans et l'annonce à B. B lui répond «ah, c'est ouf, moi aussi !». A vomit.
  • A est trans et ne veut pas que B le sache. B sait en fait qu'A est trans mais fait semblant de ne pas savoir pour ne pas gacher le moment de la révélation dans l'histoire. (Bon ça a l'inconvénient que personne ne vomit et qu'il faut donc utiliser le quiproquo comme figure humoristique au lieu de la gerbe, ce qui n'est pas complétement évident pour tout le monde).
  • A est trans et le dit de façon un peu masquée à B. B fait genre qu'elle a compris mais n'a pas compris. (Là encore on utilise plutôt le ressort du quiproquo que du vomi, mais on peut aussi utiliser le vomi à la fin).

Voilà, amiEs scénariste, j'espère que vous serez maintenant capable d'écrire des scénarios avec des personnages trans un tout petit peu moins déjà-vus. La prochaine fois, nous verrons pour quelles raisons un personnage trans peut bien vouloir économiser de l'argent en dehors de l'Opération (il risque d'y avoir un certain nombre de photos de Harleys).

jeudi, juin 17 2010

Relations avec ma grosseur

Voilà quelques réflexions en vrac sur la façon dont le fait que je sois grosse interagit avec d'autres aspects de ma vie, notamment le fait d'être une meuf, d'être gouine, d'être trans, etc. Ça n'a pas pour but d'énoncer des généralités, juste de dire comment, moi, je le vis...

Grosseur et... fringues

C'est peut-être parce que je suis une fashion-victim, mais je crois que c'est le truc qui me fait le plus chier en étant grosse : l'incapacité de trouver des fringues qui :

  1. sont à ma taille ;
  2. me plaisent.

Ça m'arrive hyper souvent de tomber sur des fringues que je kifferais trop d'avoir et 95 fois sur cent elles ne sont pas disponibles à ma taille, et c'est hyper frustrant.

Bien sûr, il y a des rayons grande taille, mais bizarrement on ne retrouve plus les fringues aussi sexy ou mignonnes que dans les autres rayons, mais plutôt des jupes longues dont le but avouer est d'«amincir», des tee-shirts amples qui «cachent les formes», etc. Et même si j'aime aussi les jupes longues et les trucs larges, ça me fait super chier de voir que mon choix est limité parce que les fabriquants de fringues estiment que je ne suis pas censée montrer mon corps.

Accessoirement, comme ça m'arrive aussi pas mal de fois d'aller regarder les fringues dans les rayons «homme», je ne peux pas m'empêcher de remarquer que chez les mecs il n'y a pas tout à fait le même clivage que chez les nanas. Je n'irais pas prétendre que pour les mecs qui sont gros c'est hyper facile de trouver des fringues sympas, mais j'ai tout de même l'impression que globalement le type de fringues qu'on voit dans le rayon «grande tailles» masculin reste à peu près le même genre de fringues qu'on va retrouver dans les autres rayons masculins et qu'il n'y a pas la même espèce de dichotomie «pour filles sexables/pour moches» qu'au rayon féminin.

Grosseur et... bouffe

Il y a un truc avec lequel j'ai un peu du mal dans certaines revendications de «fat acceptance» et tout ça, c'est les discous qui disent grosso-modo : «on peut être gros·se tout en mangeant de manière saine et en étant en bonne santé».

Ce n'est pas que je sois en désaccord avec cette phrase, je pense que c'est vrai, le truc qui me gêne c'est que du coup je ressens un peu en clivage entre «bon·ne·s gros·se·s dont ce n'est pas la faute» et «mauvais·es gros·se·s qui l'ont bien cherché à se bâfrer».

Parce qu'en fait, il faut être honnête, perso, je suis quand même une super adepte de la junk food, j'aime bien les pâtisseries et le sucré, ça m'arrive souvent de me prendre des kebabs, bref l'alimentation équilibrée et moi ça fait clairement deux. Et en fait c'est pas quelque chose dont je pense que je devrais avoir particulièrement honte et qui ferait que ma grosseur serait moins acceptable que celle d'une personne qui mange équilibré, végétarien, etc.

Grosseur et... pornographie

Je crois que, globalement, j'ai du mal avec le porno, y compris ses incarnations «queers», «lesbiens» et tout ça.

Et j'aimerais bien me dire que c'est juste parce que je n'aime pas le porno, que ce n'est pas fait pour moi, et voilà (même si déjà ça dans certains milieux je trouve que ce n'est pas évident à dire).

Sauf que je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que ce n'est pas mon truc, mais aussi parce que c'est présenté comme un truc vaguement «empowerant» (je parle d'un certain porno alternatif, hein, pas du porno industriel hétéro) où on est censée, pour une fois, être représentée.

Sauf que bon, en tant que gouine trans et grosse, ben j'ai quand même du mal à ne pas me dire que pour pouvoir vraiment être représentée, il faudrait que je sois vachement plus cisgenre et beaucoup plus mince...

Grosseur et... auto-défense

C'est con à dire, mais dans les rares cas où je me suis retrouvée face à de la confrontation physique (notamment au cours de l'agression que j'avais relatée récemment, mais aussi dans des cas où deux mecs voulaient m'empêcher de sortir du métro ou une autre fois où ça avait failli partir en baston avec un mec), j'ai eu l'impression qu'être grosse n'avait pas que des inconvénients, ne serait-ce que parce que quand il s'agit de passer alors que quelqu'un bloque le passage, ou encore de ne pas se casser la gueule quand quelqu'un te pousse, ben y'a l'inertie qui fait que les dizaines de kilos en trop ne sont pas forcément un point négatif.

Après ça n'a pas que des points positifs non plus, et par exemple j'aurais plus de mal à m'enfuire en courant, parce que ben voilà, je n'ai jamais été capable de courir vite et encore moins longtemps, et du coup je sais très bien que si un mec m'en veut vraiment il va me rattraper.

Cela dit, voilà, globalement j'ai l'impression que jusque là dans les agressions que j'ai vécu mes kilos en trop m'ont plutôt aidée à ne pas trop mal m'en tirer.

Par contre pour avoir participé de près ou de loin à des ateliers d'auto-défense féministes, je sais que le fait d'être grosse ne m'aide vraiment pas à me sentir bien dans ces espaces (lorsqu'il s'agit de pratique physique et pas de mises en situation verbales, en tout cas) parce que même quand c'est des potes que je connais et qui sont super cools, ben ça me renvoie à des trucs genre cours de sport où je me sentais hyper exclue.

Et je sais que j'en étais venue à me dire que ce qui me ferait le plus de bien, c'est pas ce genre d'ateliers en non-mixité meufs, ni en non-mixité gouines, ni en non-mixité trans, mais au final en non-mixité grosses.

Grosseur et... écriture

Je pense que je vais faire un billet plus détaillé sur mon rapport avec mes personnages dans l'écriture et les thèmes que j'y mets, mais je toruve quand même intéressant de noter que ma première protagoniste ouvertement trans, j'en ai eu l'idée environ 2 ans avant de démarrer une transition. De la même manière, j'ai créé ma première protagoniste lesbienne environ 4 ans avant de me considérer comme telle.

Tout ça pour dire que j'ai souvent mis dans l'écriture des choses que je n'assumais pas encore publiquement et que je n'acceptais pas encore tout à fait.

Par contre, ma première protagoniste grosse, je crois vraiment que ça date de l'année dernière avec Lev d'Enfants de Mars et de Vénus, soit environ 20 ans après avoir commencé à être grosse.

dimanche, mai 9 2010

Manif féministe de nuit à Lille le 29 mai

Youpi, voici le tract pour la manif féministe de nuit qui aura lieu à Lille le 29 mai que je ne peux m'empêcher de vous copier/coller (un tract au format Word est aussi disponible sur le site d'Indymedia)


MANIF DE NUIT FEMINISTE NON-MIXTE FEMMES, LESBIENNES, GOUINES, BISEXUELLES, ASEXUELLES, HETEROSEXUELLES, PANSEXUELLES (QUE NOUS SOYONS TRANS OU CISGENRES)

RENDEZ-VOUS LE SAMEDI 29 MAI 2010 A 21H DEVANT L’OPERA DE LILLE

Nous sommes diverses, multiples et mouvantes.

Nous sommes des féministes, femmes, lesbiennes, gouines, et/ou transgirls …

Nous sommes bisexuelles, hétérosexuelles, autosexuelles, asexuelles, homosexuelles…

Nous sommes précaires, pauvres, salariées, sans-papières, ouvrières, étudiantes, chômeuses, femmes au foyer, travailleuses du sexe, mères célibataires, organisées ou isolées…

Nous sommes noires, blanches, métisses, asiatiques, arabes, latinas, berbères…

Nous sommes grosses, maigres, fortes, minces, rondes, poilues, rasées, plates ou à gros seins, à cheveux longs ou crâne rasé, avec crête de punk ou raie sur le côté, avec un voile, une casquette ou un chapeau…

Nous aimons les mini-jupes et les caleçons, les baggys et les talons, les grosses godasses et les tops à paillettes…

Nous sommes jeunes, vieilles, avec handicap ou pas pour l’instant… Nous sommes féministes tant qu’il le faudra !

La nuit nous appartient !

En tant que personnes catégorisées femmes, nous sommes en permanence matraquées par des règles de conduites qui restreignent nos libertés : « Ne sors pas toute seule le soir », « Ne mets pas de mini-jupe, c’est de la provocation » ou encore « Fais-toi raccompagner par un homme ». Ces injonctions conditionnent nos agissements et ne nous donnent pas d’outils pour nous défendre. Et si on ne suit pas ces règles, on a encore plus peur, on est culpabilisées et rappelées à l’ordre.

La peur entretenue de la nuit fait de l’ombre aux violences de la journée. NON, les violences n’ont pas d’heure et elles sont partout : dans les maisons, dans la rue, au travail… En effet, les femmes sont majoritairement agressées par des hommes qu’elles connaissent (conjoint, collègue, voisin, patron, oncle, père…) dans un lieu qui leur est familier. Cependant, l’espace public reste majoritairement - voire exclusivement - le territoire des hommes, d’autant plus la nuit.

Pour les personnes catégorisées comme femmes, la rue est un espace où l’on est en permanence considérées comme disponibles sexuellement ; un espace de harcèlements, de reluquages, d’attouchements sexuels, d’injures, de sifflements et de peur des agressions masculines (qu’elles soient physiques, verbales, sexuelles, psychologiques).

Pour exprimer notre force et notre parole en autonomie par rapport aux mecs, cette manifestation est organisée entre féministes, femmes, filles, lesbiennes, gouines et/ou transgirls ; celles qui en ont marre de se faire mater comme un bout de viande ou d’être considérées comme des poupées gonflables, celles qui vivent dans la rue ou y travaillent, celles qui veulent embrasser leur copine dans le bus, celles à qui on dit qu’elles se sont trompées de chiottes, celles qui sont racisées et exotisées, celles qui en ont marre des mains au cul, celles qui veulent boire un coup sans se faire draguer… Cette manifestation est pour toutes celles qui reconnaissent des petits bouts de leurs vies dans ces violences et cette oppression.

Marre du contrôle de nos corps et de nos vies ! Marre de se prendre des claques dans la gueule (au propre comme au figuré) ! Marre d’être de la chair à viol ! Nous voulons que nos corps nous appartiennent enfin !
  • Parce qu’il n’est pas normal que nous ayons peur quand nous marchons seules la nuit.
  • Parce qu’on en a marre de ne croiser que des mecs dans la rue, les gares, les métros… après 23h
  • Parce que nos corps ne nous appartiennent toujours pas
  • Parce qu’on nous impose le modèle hétérosexuel et que toute autre sexualité est diabolisée ou invisibilisée
  • Parce que les canons de beauté qu’on nous impose (pubs, journaux, films, télé…) sont fixés par et pour les hommes.
  • Parce que les violences conjugales et intrafamiliales sont la première cause de mortalité et d’invalidité des femmes en Europe
  • Parce qu’une femme est violée toutes les 10 minutes ! Et parce qu’en face, la réponse des institutions (quand elles la croient !) n’est que demande de preuves et infantilisation.
  • Parce que ras-le-bol de l’obligation d’être polies, souriantes, douces et aimables.
  • Parce qu’être sans-papières, c’est travailler pour peu ou pas de rémunération et sans la protection du droit du travail.
  • Parce que la situation de semi-clandestinité dans laquelle sont placées les femmes sans-papiers, les empêche de porter plainte en cas d’abus ou d’agressions de peur de l’expulsion et les place à la merci de dominations patriarcale, capitaliste et raciste plus accrues.
  • Parce que parfois les seules sources lumineuses dans la rue sont des pubs de femmes à poil pour vendre du carrelage.
  • Parce que les lesbiennes sont victimes de lesbophobie (agressions physiques, verbales, viols, blagues, invectives, remarques…)
  • Parce que tous les trois jours une personne trans est assassinée dans le monde.
  • Parce que la transphobie n’est même pas reconnue par la loi française
  • Parce que les personnes bi vivent avec l’injonction permanente de choisir leur camp et que la biphobie n’est pas reconnue par les institutions
  • Parce que le caractère lesbophobe ou transphobe de certaines agressions est rarement reconnu ; et que le caractère sexiste des agressions sur les femmes trans est généralement nié
  • Parce que celles qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants vivent avec l’injonction d’en avoir, et parce que celles qui en ont vivent avec l’injonction d’être des "bonnes mères" (douces, entièrement vouées à leurs enfants, devant renoncer à la vie nocturne…)
  • Parce qu’en condamnant le racolage passif, l’État accroît la répression à l’encontre des prostituées et les met encore plus en danger
  • Parce que dans notre société binaire (masculin/féminin) et patriarcale, les dominations masculine et hétérosexiste continuent d’exister même dans les milieux « ouverts d’esprit ».
  • Parce qu’on est censées être baisables mais pas baiseuses.
  • Parce qu’on en a marre d’entendre « alors, vous êtes seules les filles ? » alors que non, on est quatre, « connard ! »
  • Parce qu’on a beau avoir beaucoup d’humour, les remarques, invectives et blagues sexistes ne nous font toujours pas rire !

Ainsi pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes dans la rue aujourd’hui et dans la lutte au quotidien. Nous ne souhaitons pas accéder aux privilèges des hommes mais abolir tous les privilèges et les systèmes de dominations qui les entretiennent ; nous voulons pouvoir nous définir par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Tant que nous ne serons pas considérées comme des individues à part entière, tant que nous serons des citoyennes de seconde zone, tant que nous n’aurons pas notre place dans la rue, tant que notre accès à l’espace public sera soumis à des conditions hétérosexistes, nous ne lâcherons pas l’affaire !

Nous continuerons à nous mobiliser, à investir l’espace, à exiger notre place et à combattre ce système patriarcal, capitaliste, raciste, classiste, binaire et hétéronormé.

ORGANISATION ! RESISTANCE FEMINISTE ! SOLIDARITE ! EMANCIPATION !

Marchons la nuit, pour ne plus jamais nous faire marcher dessus !

jeudi, avril 29 2010

Pourquoi je ne veux plus me définir trans

Encore un vieux billet que je ressors, qui est un peu dans la même lignée et date de la même époque que le précédent, du coup j'ai décidé de le publier aussi pour qu'ils soient «à côté» et parce qu'ils sont peut-être complémentaires d'une certaine manière. Comme pour le billet précédent, je sais pas si je l'écrirais comme ça actuellement, mais bon...


  • Parce que j'en ai marre qu'on me fasse comprendre que je ne suis pas biologique, pas génétique, pas bio ; même si en vrai je voudrais bien, moi, être une cyborg transgénique botteuse de culs.
  • Parce que je ne suis pas sûre de me retrouver tant que ça dans le «vécu trans».
  • Parce que je ne suis pas sûre de me retrouver tant que ça dans la «communauté trans», parce que j'ai l'impression qu'on part toujours du principe que je suis transgenre parce que j'ai été un garçon il y a des années, et jamais parce que que je suis une grosse butch travelotte maintenant. Comme si mes chromosomes étaient plus importants que mes rangers et mes bas résille...
  • Parce que je ne trouve pas, justement, que ces chromosomes et mon assignation de sexe à la naissance sont une part tellement importante de mon identité actuelle.
  • Parce que ça me gonfle qu'on me dise que je ne suis pas une femme parce que je suis trans, alors que je ne suis pas une femme parce que je suis gouine.
  • Parce que même les personnes pour qui l'autodéfinition des autres gens est importante me demandent rarement mon avis avant de me désigner trans, y compris quand elles-même ne veulent surtout pas se définir et qu'on les «traite» de cisgenre.
  • Parce que pas mal de gens pense qu'ils et elles auraient le droit de «savoir» si je suis trans.
  • Et puis parce que, merde, je fais ce que je veux...

J'ai décidé que je ne voulais plus être trans. Je rejette cette étiquette, pouf, poubelle. Je n'ai plus envie qu'on me désigne comme ça.

Bien sûr, j'ai conscience que je suis toujours étiquetée trans, parce que je n'ai pas le choix, parce que c'est un label qu'on m'impose de fait, souvent pour m'exclure ou me réduire à ça ; parce que le privilège de ne pas avoir à être définie est toujours réservé au groupe dominant.

Mais tout comme j'ai conscience que je suis étiquetée femme sans m'identifier ainsi, même si, par simplicité, je peux utiliser ce terme par moments, je rejette aussi l'identité de trans, même s'il est probable que, par simplicité, je continuerais à utiliser ce terme par moments.

Je rejette l'identité de trans mais je reste une travelotte parce que, pour moi, c'est lié à l'expression de genre plus qu'au sexe d'origine, et aussi lié à mon identité Fem. Je suis travelotte parce que je revendique une féminité suspecte et pas très respectable, une féminité avec du rose fluo et des bas résille et des rangers et des attitudes vulgaires aussi.

Je reste aussi une «dickgirl» ou une «shemale», parce que je n'ai pas envie de changer mon pseudo «d'Yckgirl», parce que même si ce que j'ai entre les jambes n'est a priori pas vos oignons, je n'en ai pas spécialement honte et je n'ai pas envie de jouer à en être dégoûtée pour rentrer dans le vécu de la trans acceptable. Parce que si ces termes ont été popularisés par des pornocrates pour désigner certains types de viande, au final j'ai envie de me les réapproprier pour dire «merde» à la stigmatisation de mon corps, considéré comme particulièrement non-désirable et affreux. Parce que je trouve que ce terme a un vrai sens pour moi par rapport au mot trans, surtout dans des milieux où on est trop cool parce qu'on est trans-friendly voire transloveuse, mais que l'idée de coucher avec une fille à bite c'est souvent «beurk».

Bref, cela faisait longtemps que je me définissais gouine et pas femme, maintenant j'ai aussi compris que j'étais dickgirl et travelotte, mais pas trans.

Traitre à son (trans)genre

Dans la série, «je ressors des vieux posts que j'avais pas publiés», en voilà un qui date d'il y a un certain temps, à un moment où je me posais pas mal de questions sur les articulations pas toujours évidentes entre identité trans, identité gouine, identité féministe et tout ça.

À vrai dire j'hésitais un peu à le publier parce que c'est plus tout à fait le sentiment que j'ai à l'heure actuelle et que ça parle pas de certains trucs sur lesquels j'ai pu mettre le doigt depuis et qui participaient au problème (notamment l'instrumentalisation des questions trans et queer par des personnes cisgenres et straights pour dénigrer un féminisme jugé trop radical, qui mériterait un billet à part). Cela dit j'ai décidé de publier ça quand même en me disant que ça pouvait toujours être intéréssant, même si je le trouve super négatif par rapport à ce que je vis actuellement.


Ça fait pas mal de fois, sur Internet, et notamment en commentaires sur des blogs féministes anglo-saxons, que des personnes trans me sortent en réaction à un truc que j'ai dit, quelque chose dans le genre : «on voit bien que t'es cisgenre». Ou un truc comme ça.

Au départ, ça m'amusait, surtout quand c'est à cause d'un quiproquo parce que je maîtrise pas hyper bien l'anglais ou parce que j'ai pas exactement la même vision des choses sur tel ou tel sujet trans. Un peu moins quand je me rends compte après coup que c'est parce que ce que j'ai dit suinte la transphobie intériorisée.

Dans la vraie vie, j'ai moins ce coup-là, parce que d'une part je ne passe pas forcément hyper bien (et le fait de vouloir «passer» pour une meuf cisgenre, en soi, suinte sans doute aussi pas mal la transphobie intériorisée) et d'autre part parce que les personnes me connaissent en général depuis un certain temps et savent que je suis trans.

Par contre, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais dernièrement j'ai quand même eu plusieurs fois l'impression d'un truc un peu similaire : c'est à dire qu'à défaut d'être une vraie gouine cisgenre approuvée©, je suis quand même considérée comme une bonne trans, ou qu'en tout cas j'ai tendance à vouloir me comporter comme tel.

Qu'est-ce qu'une bonne trans ? J'imagine que ça dépend, mais par exemple une nana m'avait expliqué que dans son groupe, qui est non-mixte, les filles trans pouvaient éventuellement envisagées d'être acceptées aux deux conditions suivantes qu'elle posait :

  1. passer à peu près ;
  2. ne pas trop prendre la parole, et en tout cas pas de manière affirmée (elle m'avait clairement expliqué que le fait d'avoir des bases politiques était un point négatif).

Et le verdict plus ou moins non-officiel, c'était que moi ça allait, parce que, en gros, je suis timide, je parle pas fort, et j'ai en général énormément peur de soulever des points dont j'ai peur qu'ils amènent au conflit.

Pour d'autres personnes, être une bonne trans c'est quand même pas mal lié à l'expression de genre. Et là aussi, autant je vais être surper mal vu par des psys, autant, parce que je ne suis pas trop «féminine mainstream», j'ai l'impression d'être plus acceptée dans des milieux plutôt féministes et lesbiens qu'une fille trans très féminine, ou qui a un certain type de féminité, ou plus vieille, etcaetera.

Bref, voilà, même si j'ai plein de trucs qui font que je suis loin d'être la transgirl parfaitement acceptée ni parfaitement acceptable (j'ai pas un méga passing, je suis pas opérée, etcaetera), j'ai quand même l'impression d'avoir accès à un certain degré de privilège que je n'aurais peut-être pas si j'étais plus vieille, si je parlais plus fort, etcaetera.

Accessoirement, dans la plupart des groupes non-mixtes de meufs où je mets les pieds en ce moment, ben même s'ils sont la plupart du temps super cools, en général je suis la seule fille trans. Et encore, je suis pas complètement sûre de vouloir me définir comme trans, et tout ça.

Et en fait, c'est ça qui me pose problème. Je veux dire, j'ai vraiment du mal à savoir si j'ai des questions d'identité qui me sont personnelles mais qui sont complètement légitimes, ou alors si c'est une façon d'intérioriser des trucs et de ne pas vouloir exprimer de «spécificité» trans ?

Et ce qui me fait vraiment chier, c'est quand, même dans ces espaces, sur des petits trucs pas graves, ben j'ose pas dire que ça me fait un peu chier ou que ça me renvoie des trucs pas cools, ou que j'ose pas demander des précisions sur ce que quelqu'une voulait dire, etc. Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et y'a même des chances assez fortes pour que je sois écoutée.

Je veux dire, c'est pas des gros trucs non plus qui me plombent le karma. Juste une succession de petits actes, ou plus exactement de petits non-actes, juste des «ne pas» : ne pas oser poser explicitement la question de comment dire que les gouines trans sont inclues dans un espace non-mixte lesbiennes ; ne pas oser demander si ça le fait de prendre telle brochure en diffusion «non-mixte» parce qu'on a l'impression que le groupe qui l'a éditée était pas trop trans-friendly à la base et me convaincre que, de toute façon, j'en voulais pas vraiment ; ne pas oser dire à une copine que je vis mal le fait qu'elle explique le fait qu'une nana trans soit relou et autoritaire par le fait qu'elle soit trans et que donc c'est forcément un comportement masculin, etc.

Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et parfois c'est elles-mêmes qui l'ouvrent, mais c'est juste que... ben, j'ai vachement de mal. Et parfois y'a juste rien et c'est juste moi qui me fait du mal toute seule à psychoter comme une conne ou à me dire que, même si j'ai beau être acceptée par les copines féministes du coin, ben, fondamentalement, je ne le mérite pas..

Et ça me fait chier autant de transphobie intériorisée, de fantasmer sur le fait que si j'arrive à passer un peu plus et si je change de ville pour trouver un boulot, je pourrais ne pas dire que je suis trans, être complètement stealth[1] et ne plus avoir à gérer ce côté là...

Et en même temps je me sens de moins en moins une identité en tant que «trans», et je vois pas pourquoi je devrais forcément m'imposer d'être hyper parfaite et de ne rien laisser passer.

Bref en ce moment j'ai l'impression que je suis partagée entre une envie de revendications trans et d'aller en profondeur sur des trucs, l'articulation avec le sexisme, la lesbophobie, d'un côté, et une forme de haine de soi et de sentiment d'illégitimité de l'autre,

C'est pas dramatique, mais ça là que je me rends compte que ça me manque vachement de ne pas avoir eu l'occasion de vraiment échanger en profondeur avec des gouines trans féministes impliquées dans les mêmes collectifs que moi et de me sentir un peu... seule, par moment.

Notes

[1] Non, ça ne veut pas dire porter du camouflage en permanence. Même si c'est aussi une tendance de mon côté obscur que je combats.

mercredi, avril 21 2010

Les trans renforcent les normes de genre, #2 : les trans sont des caricatures de masculinité/féminité

(Note : c'est un billet qui était en attente depuis beaucoup beaucoup de temps, et du coup même s'il y aurait encore des choses à revoir et que je trouve que c'est un peu nawak, je le publie quand même, parce que j'en ai marre de le voir traîner.)

Dans les épisodes précédents :

Pour continuer dans la série «la transphobie dans les milieux féministes et queer pourtant hyper trop trans-friendly, cools et subversifs», je voudrais parler aujourd'hui de l'expression de genre des trans, toujours passée sous l'oeil scrutateur des personnes cisgenres, parce que suspectes d'être soit «trop maculine» (pour les garçons), soit «trop féminine» (pour les filles).

La féministe transphobe Julie Bindel le résume bien :

Imagine a world inhabited just by transsexuals. It would look like the set of Grease.

Imaginez un monde habité uniquement par des transsexuel·le·s. Ça ressemblerait au plateau de Grease.

Après moi je trouve qu'elle aurait pu aussi dire :

Imaginez un monde où toutes les lesbiennes seraient trans. Une série télé sur les lesbiennes ressemblerait à The L Word.

mais du coup ça se serait peut-être un peu plus vu que les personnes cisgenres n'avaient jamais eu besoin des trans pour être capable d'ériger des normes de genre et de rentrer dedans en partie ou en totalité.

Plus sérieusement, je pense qu'on peut répondre à cet argument (les trans sont des caricatures de masculinité/féminité, pas «quel film représente le plus ce que serait une planète trans?») de deux façons différentes :

  1. les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre ;
  2. quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde.

Et donc du coup je vais faire deux parties distinctes.

Les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre

Le problème dans l'idée que les trans sont plus masculins/féminines que les personnes cis, c'est qu'en général il y a une sorte de deux poids, deux mesures, comme si, pour reprendre les exemples cinématographiques donnés plus haut, les personnes cisgenres avaient eu besoin de trans pour tourner Grease. De fait, quand je marche dans la rue, je trouve que je croise un paquet de mecs (a priori pas tous trans) qui sont quand même indiscutablement masculins, qu'il s'agisse de la masculinité du skinhead ou de celle du cadre en costard-cravate. De la même manière un certain nombre de nanas (certainement pas toutes trans non plus) sont aussi indubitablement féminines, qu'elles soient en mini-jupe et talon aiguille ou en tailleur et escarpin.

Je pense que la plupart des trans s'insèrent là-dedans sans détonner particulièrement ; au contraire, j'ai plutôt eu l'impression durant ma transition que les conseils de pas mal d'autres filles trans étaient de ne surtout pas en faire trop, histoire de ne surtout pas ressemble à «une pute» ou à «un travelo», ce qui, pour une fâme, est la déchéance absolue.

Par ailleurs, la féminité et la masculinité ne me semblent pas vues de la même manière : le masculin, comme dans la grammaire, est neutre, alors que le féminin est la spécificité, la différence, artificielle. Par exemple, à part dans quelques milieux féministes, j'ai rarement vu un mec se faire reprocher d'être trop masculin (trop féminin, oui, pas de problème, par contre). Par contre, une fille trop féminine va facilement se le voir reprocher en se faisant traiter de pute, de salope, ou encore lorsqu'en en cas d'agression on va lui dire qu'elle l'a cherché.

Il me semble aussi que chez les filles trans (je parle que des filles parce que je sais pas si ça se passe d'une façon comparable pour les FtM).), j'ai l'impression que dans beaucoup de cas le postulat «les filles trans sont des caricatures de féminité» continue en bonne partie à fonctionner parce que c'est surtout les filles trans qui rentrent dans ce modèle qui vont être perçues comme trans[1] (par exemple si je suis habillée de manière masculine, on va me prendre soit pour un mec cis, soit pour une fille cis, mais jamais pour une travelotte). Avec l'effet pervers que si on rentre pas dans le cliché de la trans on est du coup assez invisibilisée.

Quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde

Cela dit, je ne vais pas développer le premier argument plus que ça, parce qu'en fait, finalement, je trouve qu'on (c'est-à-dire, on va dire, les militant·e·s trans et trans-friendly) le fait assez, et qu'au final on en arrive parfois un peu à reprendre la logique comme quoi ce serait extrêmement mal d'être féminine ou masculin, et que bien sûr il y a des trans «binaires» qui sont un peu bêtes et rentrent dans ce jeu, mais nous, quand même, on vaut mieux que ça.

Et franchement, ça me gonfle aussi.

Parce que je me rends compte qu'à cause de cette espèce de «contre-norme», je me suis vachement censurée, à me dire qu'il fallait pas que je sois trop féminine pour pas faire «cliché» [2], à me dire que c'était très mal de porter des jupes pendant un mois de suite sans alterner avec des pantalons, et tout ça.

Bref.

Ce qui me gonfle avec tout ça, c'est d'une part que finalement ça revient à ériger des contre-normes qui ne sont pas moins absurdes que les normes dominantes, et d'autre part l'impression que son «féminisme» est jugé en fonction de sa tenue vestimentaire.

Ce qui est idiot : je ne suis pas moins féministe si je mets une mini-jupe et du maquillage «de fille» que si je mets un treillis et que je me dessine des faux poils pour me kinguer (surtout que pour les deux j'utilise le même maquillage..). Pourtant, et j'admets que j'ai vachement intériorisé ça, je trouve qu'on reproduit dans certains milieux le truc de considérer que c'est super plus subversif d'oser affirmer une forme de masculinité qu'une forme de féminité (en tout cas quand on est une fille, j'imagine que pour les mecs ça se pose pas de la même manière).

Je pense qu'il y a de ma part aussi une intériorisation de la transphobie, une nécessité de vouloir montrer que je suis pas comme la trans typique, que je suis «acceptable» dans les milieux féministes et queer où on ne brille pas toujours par notre visibilité. Et de fait j'ai l'impression d'être parfois mieux accueillie quand je suis catégorisée «gouine qui n'a pas peur de mettre des fringues masculines» que comme «transgirl» (même si les gens savent que je suis trans, là n'est pas la question).

Et par ailleurs là où c'est compliqué c'est que je ne fais pas ça que pour être bien perçue, et qu'il y a une sincérité dans le fait que j'aime porter des fringues catégorisées comme masculines ; mais d'un autre côté ça m'emmerde d'avoir dans certains cadres l'impression d'être mieux acceptée parce que je peux être vue comme «pas comme ces autres transgirls hyper-féminines» et de me dire que j'ai vachement eu tendance à reprendre ça.

Pour moi ça rejoint vachement les reproches qui sont faits (à l'intérieur de nos «communautés» toujours, je m'attaque pas aux milieux ouvertements misos qui sont de toute façon, ben, misos) aux lesbiennes Fems, qui sont soit accusées d'être trop soumises à l'ordre hétéropatriacal (alors qu'en fait, ben non), perçues comme moins féministes, moins méchantes avec les mecs, etc., soit présupposées comme un peu inférieures et pas capable de faire du bricolage, plus sexualisées, prises moins au sérieux...

Et du coup tous ces discours pour dire qu'il faut pas être trop féminine, pas de manière trop vulgaire, trop suspecte, trop salope, trop pute, trop travelotte, ben ça me gave vraiment, parce qu'en fait autant c'est bien de critiquer les injonctions à la féminité, autant quand on en vient à valoriser le masculin et à dévaloriser le féminin dans nos milieux, ben je trouve que ça reproduit un tout petit peu la misogynie globale.

Et je trouve aussi qu'il y aurait vachement à discuter sur les similarités qu'il peut y avoir entre la marginalisation des Fems et des transgirls (et des Fems transgirls) dans certains milieux militants. En tout cas j'ai vraiment l'impression que les identités Fems et Butches m'ont vraiment permis de développer mon identité à moi (qui est je pense un peu Fem et aussi un peu Butch - j'aime bien le terme butch travelotte - mais en tout cas pas trop respectable ni franchement «ni trop féminine, ni trop masculine») et que ça résonne pour moi vachement avec mon parcours en tant que trans et tout ça.

Notes

[1] Et aussi parce que les nanas trop féminines risquent assez de se voir traiter de travelos, même sans être trans.

[2] Bon et aussi des fois à ne pas être trop masculine pour pouvoir «passer» un minimum, mais ça pour le coup ça mériterait un billet à part sur la difficulté d'être butch et transgirl.

vendredi, avril 2 2010

Billets inachevés (partie 1)

Quand je commence à écrire un billet pour ce blog, ça m'arrive souvent de ne pas le publier tout de suite, et de le mettre dans le purgatoire des «en attente». Parfois, je le termine, et parfois non.

Du coup, j'ai un tas de billets inachevés, dont le plus vieux date de plus de deux ans et ne sera probablement jamais achevé. Et donc voilà, j'ai décidé de publier ceux que je trouvais encore un tant soit peu intéressant, même s'ils n'étaient pas finis, même si maintenant j'écrirais les choses différement. Donc forcément, ça fait un peu fonds de tiroir,..

Privilège cis

(écrit en mai 2009)

Sexualisation

Tu me considères comme un objet de fantasme.

Tu penses que si je m'habille en fille, c'est pour aguicher les mecs et pouvoir mettre des boulets dans mon lit et pas, évidemment, uniquement pour moi.

Tu veux de l'hyperfémininité, être avec plus femme qu'une femme. Ou alors c'est juste que ton trip, c'est les femmes à bite.

Objectification

Tu me considères comme un fantasme d'une nuit, poupée gonflable jetable que tu n'irais pas présenter à tes copains, et encore moins à ta femme.

Subversivisme

Tu penses que je ne fais que renforcer les codes du genre.

Tu estimes que tu peux me dire que je ne dois pas modifier mon corps.

Tu me reproches de ne pas être assez radicale, ou peut-être justement que tu me trouves super radicale, d'une manière exotique.

Tu t'exclames que toi, tu ne sens pas spécialement dans ton genre - un peu comme un poisson ne se sent pas spécialement dans l'eau - et que tu ne vois pas pourquoi je pique des crises quand tu ne respectes pas le mien.

Droit de nommage

Tu t'énerves quand j'utilise le terme cis, parce que ça devient n'importe quoi.

Le manifeste travelo

Un spectre hante le monde : le spectre du travelottisme. Toutes les puissances du vieux monde se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et les psys, Zemmour et Raymond, les «radicales» américaines et les policiers du monde entier.

Quelle est la féministe qui n'a pas été accusée d'être travelotte par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires butchs ou fems l'épithète infamante de travelotte ?

Il en résulte un double enseignement.

Déjà le travelottisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances du monde entier.

Il est grand temps que les travelottes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'elles opposent au conte du spectre travelo un manifeste travelo lui-même.

Statistiques bloguesques

(datant d'octobre 2009)

Bon, comme ça fait bien de montrer ses stats, voici mes stats sur le mois de septembre :

Visites : 630 (selon la police), 130000 (selon les organisateurs)

Et maintenant, passons à ce qui nous intéresse vraiment dans les stats (enfin moi, c'est mon trip) : les mots-clés ! Alors j'ai fait un petit pré-tri pour garder que le meilleur :

  • 1: transgirls vs féminisme. Alors je comprends pas trop, soit mon petit texte du même nom a eu un succès fou, soit il y a un nouveau courant dans le porno (qui m'apporte l'habitude l'essentiel de mes mots-clés), qui se base peut-être sur des combats dans la boue.
  • 2: porno trans. Eh oui, je suis quand même sixième sur google avec ce mot-clé, au milieu de plein de sites pornos, et c'est un peu ma fierté. Les mecs qui cherchent du porno trans et tombent sur des textes dogmatiques et illisibles payent pour toutes les fois où je suis tombée sur du porno quand je cherchais des textes militants trans. Nyark.
  • 4, 5 et 7: trans porn, porn trans, et trans porno, pour rester dans le même domaine
  • 6: masturbation feminine
  • 9: changer de sexe
  • 13: mtf porn : là c'est déjà les amateurs de porno plus raffinéEs, qui connaissent le terme «mtf».
  • 14 et 15: bas résille (avec ou sans accent)
  • 18: les lesbiennes ne sont pas des femmes (
  • 23: questions idiotes : c'est au bon endroit
  • 30: sarah connor : non, c'est à côté
  • 40: rangers fille
  • 51: gros culturiste
  • 53: transvestisme : yeah, ça fait tellement plus classe que "travestissement" ou "travelottage"
  • 70: travestissement : loser
  • 71: annonces parisiennes
  • 83: les lesbiennes c'est horrible : ben oui, on est sales, moches et méchantes
  • 87: operation de trans porno: euh... y'a vraiment des gens qui se branlent sur une vaginoplastie ?
  • 104: blague transsexuel : j'en ai une bonne. C'est quoi un queer édenté ? Un transcendant.
  • 109: castration
  • 112: castrer un mec
  • 117: comment mettre des lacets sur des rangers : euh... c'est vraiment si compliqué ?
  • 135: fessée déculottée
  • 151: ma femme est un trans
  • 178: rechche blog de filles nues à fortes poitrines avec des couches : hum, peut-être quand j'aurais des implants, hein ?
  • 193: transgenre cou : marrant, j'ai quand même vachement plus de requêtes pour d'autres parties du corps

Les gouines, les trans et la non-mixité, épisode 12

(écrit en novembre 2009, et non publié puisqu'il y a eu à la place une analyse sociologique des non-mixités par Vlad)

Non, ça ne va pas être un remake version lesbotrans de «le bon, la brute et le truand» (sinon, j'aurais appelé ça «The Good, The Butch and The Tranny», ça sonne quand même mieux[1]).

Bon alors, je sais ce que vous auriez envie de dire : encore un billet là-dessus ? T'en as pas un peu marre ?

Ce à quoi je répondrai d'abord que non, je ne m'en lasse pas, et ensuite que là, en fait, ça va être un peu différent puisque je ne vais pas dire du mal des mêmes personnes que d'habitude[2]

Ce qui est amusant, c'est qu'à première vue, les personnes dont je vais dire du mal aujourd'hui sont des mecs cisgenres (en général, peut-être pas tout le temps à 100%, mais assez souvent en tout cas pour que je ne m'emmerde pas à féminiser) qui, bizarrement, croient qu'on va être potes.

Bon, soit-dit en passant, la catégorie «mecs boulets qui pensent qu'on va être potes / coucher ensemble» est quelque chose d'assez vaste et mériterait sans doute un billet à part, voire un bouquin.

Ici, je me limiterai uniquement aux mecs qui te repèrent en tant que trans et qui, du coup, vont venir te confier sur un ton entendu que quand même, les gouines elles font un peu chier à se réunir en non-mixité, c'est du sectarisme de la ghettoisation, du communautarisme, une haine des mecs, bref tout le tintouin habituel, et qu'en plus c'est forcément transphobe.

Soit dit en passant, une parenthèse juste par mesquinerie, c'est le genre de trucs qui m'est pas mal arrivée avec des gays, non pas parce que les gays sont moins féministes que les mecs hétéros, mais parce qu'en général ces espaces ont plus souvent lieu à l'intérieur du vaste et grand «mouvement LGBT» que dans les milieux hétéros. Et ce qui est drôle, c'est que bien souvent, ces mêmes personnes qui n'ont pas de mots assez forts pour dénigrer la non-mixité des gouines passent quand même un certain temps dans des bars, saunas et autres back-rooms qui ne sont en fait pas tout le temps des supers exemples de mixité. Mais bon, hein, évidemment, ça n'a rien à voir. (Et bien sûr il va sans dire que ces endroits sont toujours hyper trans-friendly).

Mais revenons-ons à nos moutons. Alors, si on n'est pas rôdée, on peut se dire pendant un quart de fraction de seconde qu'au moins le souci que peuvent poser certains espaces non-mixtes pour les personnes trans a été entendu.

Et ensuite on se rend compte qu'en fait, ben non, on est juste instrumentalisée contre, non pas une éventuelle politique particulière qui exclurait les trans, mais la non-mixité de manière générale.

Ce qui est ironique, c'est que ces mecs en question font en fait exactement ce qu'ils reprochent aux espaces non-mixtes qui excluent les trans : c'est-à-dire qu'ils n'envisagent pas une seule demi-seconde que tu ne sois pas juste la trans de service pour justifier le «T» du «LGBT», et qu'en fait tu te reconnais aussi dans une identité gouine et que du coup, ben, tu te retrouves finalement pas trop mal dans cet espace[3].

Parce qu'en fait, ben oui, si je râle parfois contre l'exclusion ou le manque de clarté vis à vis des trans de certains espaces non-mixtes, c'est pas parce que je trouve que la non-mixité c'est pas bien, dangereux, anti-mecs, pouet-pouet, mais plutôt parce qu'il y a des momens où je n'ai pas envie d'avoir à me taper un espace où les mecs prennent toute la place, où il faut faire gaffe où on met ses pieds pour ne pas se faire marcher dessus, où quand t'es en train de discuter avec une copine faut qu'il y ait des mecs qui viennet se foutre au milieu pour toujours être le centre de l'attention.

Notes

[1] Mais c'est un titre que j'ai déjà réservé pour une potentielle future nouvelle, donc je ne vais pas le gâcher pour un billet de post vite fait, non mais.

[2] Enfin, par rapport à d'habitude si on se réfère aux fois précédents où j'ai parlé de gouines, de trans et de non-mixité (quoique, et encore) ; pas par rapport à d'habitude en général, vu qu'en fait je vais surtout dire du mal des mecs et que du coup c'est quand même pas spécialement rare. (Quoiqu'en fait je me trouve relativement modérée sur ce blog, l'air de rien)

[3] D'ailleurs je trouve ça drôle cette impression que pour certaines personnes je peux être catégorisée comme «gouine» ou comme «trans» mais difficilement les deux en même temps. Et bizarrement quand je suis catégorisée en tant que gouine j'ai l'impression d'être perçue comme vachement plus méchante par les mecs un peu misogynes, je trouve ça marrant ce qu'on associe à certaines identités.

lundi, mars 29 2010

En vrac : Cinéma / Enfants de Mars et de Vénus

Cinéma

Aujourd'hui, j'ai regardé Transamerica. En Version Française. Et je dois dire que j'ai pas franchement réussi à rentrer dans le film. J'avais beau faire des efforts, je voyais vachement une femme cisgenre qui s'amusait à jouer la trans. Il faut dire que le doublage n'aidait pas franchement, parce que bon, à force de se forcer à avoir une voix masculine pour «faire trans», j'avais juste l'impression d'entendre Marge Simpson.

Du coup voilà, pour l'immersion c'était un peu raté, et la seule chose que j'ai vraiment retenu du film c'est que c'est dommage que le gosse ne se soit pas appelé «Luc», parce que ça aurait revisité un peu le coup du «Luc, je suis ton père».

Et ça m'a un peu questionné sur les figures de filles trans que j'avais pu voir dans les films. Les figures un peu positives, genre pas la méchante dans Ace Ventura ou le tueur dans le Silence des Anneaux.

Et bizarrement je crois que c'est encore Hershe las Palmas, jouée par Pam Grier dans Los Angeles 2013, que je trouve la moins pire. Parce que d'accord, elle est aussi jouée par une femme cisgenre qui se force à prendre une voix grave, sauf qu'au moins elle a la classe. Bon OK, ça rentre dans la catégorie «trans qui meurt avant la fin du film», mais au moins y'a les deux tiers du casting qui meurt aussi, donc c'est moins pire. Et puis, bon, OK, c'est sans doute un traitement un tout petit peu exotisant de la transidentité, où le héros fouille entre ses jambes, sort sa rengaine «plus les choses changent et plus elles restent les mêmes» en sortant le flingue qu'elle cache sous sa jupe, continue à l'appeler par son ancien prénom, tout ça au milieu de célébrités obligées de voler des organes à cause d'excès de chirurgie esthétique, d'un ersatz de Che Guevara qui roule dans une décapotable ornée de têtes de poupées Barbie décapitées et d'une boule à facette, mais au moins c'est quand même une nana trans chef de gang, et ça ça a de la gueule.

Alors que le traitement des trans façon «on se la joue super authentique et proche de la réalité mais on va quand même pas confier le rôle à une trans», bizarrement, ça me botte moins.

(Les mauvaises langues diront que c'est aussi parce que je ne peux pas apprécier un film s'il n'y a pas d'armes à feu et au moins une explosion.)

Enfants de Mars et de Vénus

Juste pour signaler aux personnes qui ne suivraient pas qu'il y a des nouveaux épisodes d'Enfants de Mars et de Vénus, c'est-à-dire le chapitre 1 :

Et là encore, quelques commentaires après la séparation (qu'il vaut évidemment mieux lire après avoir lu les épisodes).

Lire la suite...

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