Rangers & Bas résille

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lundi, mars 8 2010

Enfants de Mars et de Vénus : le premier épisode

Un petit billet pour annoncer la publication du premier épisode (ou plus exactement du zeroième épisode) d'Enfants de Mars et de Vénus, roman policier fantastique lesbien publié sous forme de feuilleton tous les lundis.

Pour celles et ceux qui voudraient avoir le résumé de l'intrigue :

Au départ, quand Lev se retrouve avec une jolie blonde dans son lit, elle est plutôt contente.

Manque de pot, ensuite, tout va de travers : non seulement elle apprend que la fille avec qui elle vient de coucher est une transsexuelle non opérée, mais il se trouve qu'en plus elle est suspectée d'être une tueuse en série.

Du jour au lendemain, Lev se retrouve alors recherchée par les forces de Police, une secte occulte, des skinheads nazis et des cauchemars bizarres.

Et, à force de la chercher, ils risquent bien de la trouver.

Comme vous l'aurez sans doute noté, j'ai décidé de publier ce roman sur un autre site plutôt qu'ici ; par contre j'ai aussi estimé que ça pourrait être cool de livrer quelques réflexions sur mes dilemnes d'écrivaine (d'un point de vue féministe, pas «alors, j'ai galéré niveau répétition parce que trouver des synonymes c'est pas mon truc»).

Et du coup, je commence tout de suite, mais comme ça peu gâcher un peu le suspens, je recommande de lire l'épisode avant de regarder la suite.

Lire la suite...

mardi, mars 2 2010

«La Femme» n'existe pas, reprenez votre journée, rendez-nous nos vies (manifestion 8 mars à Lille)

Pourquoi le 8 Mars ?

Nous en avions marre de voir le 8 mars célébré comme la journée de "La Femme", cette "Femme" n’existe pas. Nous avons décidé de manifester ce jour-là pour nous réapproprier cette journée, la re-politiser et porter nos revendications en dehors des soupes médiatique, institutionnelle et commerciale habituelles.

Quoi ?

Nos revendications et notre lutte dans le tract accompagnant l’article. Ce tract est le fruit d’une rédaction collective d’individuEs féministes et non le tract unitaire. Vous pouvez le télécharger, l’imprimer, le diffuser...

Qui sommes-nous ?

Des individuEs isoléEs ou organisÉes au sein de collectifs, groupes politiques, associations ou syndicats.

Pour qui ?

Pour toutes les personnes qui luttent contre ce système patriarcal, raciste, capitaliste, classiste, binaire et hétéronormé.

Où et quand ?

La manifestation aura lieu le lundi 8 mars. Rendez-vous est donné à partir de 18h Place de la République à Lille. Nous bougerons ensuite pour une petite ballade revendicative et bruyante dans les rues du centre-ville.

Manifestation à l’appel de (par ordre alphabétique) :

Chez Violette, Flamands Roses, GDALE-CGA, Idées à Coudre, Solidaires 59/62, Sud Education 59/62, Sud Etudiant-e Lille, UL CNT de Lille

Tract de la manifestation :

« LA FEMME » n’existe pas !

Nous sommes diverses, multiples et mouvantes.

Nous sommes femmes, lesbiennes, gouines, trans, féministes…

Nous sommes bisexuelles, hétérosexuelles, autosexuelles, asexuelles, homosexuelles…

Nous sommes précaires, pauvres, salariées, ouvrières, étudiantes, chômeuses, femmes au foyer, mères célibataires, organisées ou isolées…

Nous sommes noires, blanches, métisses, asiatiques, arabes, latinas, berbères…

Nous sommes grosses, maigres, fortes, minces, rondes, poilues, rasées, plates ou à gros seins…

Nous sommes jeunes, vieilles, avec handicap ou pas pour l’instant…

Reprenez votre journée, rendez-nous nos vies !

Aujourd’hui, c’est le 8 mars, la journée dite de « La Femme » ; demain, on sera le 9, et alors ? Rien n’aura changé. Nous ne voulons pas de vos fleurs alors que nous prenons des claques au quotidien. Nous ne sommes pas « La Femme » aimante, souriante et docile qui devrait être heureuse qu’on lui consacre une journée par an. Cette journée se référait au départ à des luttes de femmes pour leurs droits. Elle a été instrumentalisée pour nous enfermer, canaliser nos révoltes et porter nos revendications un seul jour dans l’année.

***

Marre de tout le travail gratuit qu’on fournit ! Marre de notre précarisation ! Pour l’égalité sociale et salariale !

  • Parce que le rôle maternel qui nous est imposé sert d’excuse pour nous éloigner de la vie sociale, politique et culturelle
  • Parce qu’on attend de nous qu’on console, qu’on cajole, qu’on panse les plaies des enfants, des amis, des parents, des partenaires et que ce travail n’est pas reconnu
  • Parce qu’on se fade toujours l’essentiel du travail domestique
  • Parce que même à travail égal, nous n’avons pas un salaire égal et que certains postes nous restent inaccessibles
  • Parce que le travail le plus précaire, c’est souvent pour notre poire surtout quand on n’est pas blanche (travail ingrat, travail invisible, contrats de merde, temps partiel imposé…)

Marre du contrôle de nos corps et de nos vies ! Marre de l’utilisation de nos corps pour vendre des chips ! Nous voulons que nos corps nous appartiennent enfin !

  • Parce que nos corps ne nous appartiennent toujours pas
  • Parce que le droit à l’avortement est constamment remis en cause et de plus en plus limité
  • Parce que ce sont toujours les médecins qui décident de ce qui nous convient le mieux (choix de la contraception, grossesse…)
  • Parce que le psychiatre reste une étape imposée lorsque des personnes trans veulent accéder à des traitements ou à un changement légal d’identité
  • Parce qu’on nous impose le modèle hétérosexuel et que toute autre sexualité est diabolisée
  • Parce que nous préférons vivre plutôt que d’attendre le prince charmant, et parce que des fois, nous préférons les princesses
  • Parce que les canons de beauté qu’on nous impose (pubs, journaux, films, télé…) sont fixés par et pour les hommes

Marre de se prendre des claques dans la gueule (au propre comme au figuré) ! Marre d’être de la chair à viol ! Pour l’autonomie et l’organisation de nos résistances !

  • Parce que les violences conjugales et intrafamiliales sont la première cause de mortalité des femmes en Europe
  • Parce qu’une femme est violée toutes les 10 minutes ! Et parce qu’en face, la réponse des institutions (quand elles la croient !) n’est que demande de preuves et infantilisation.
  • Parce qu’il n’est pas normal que nous ayons peur quand nous marchons seules la nuit
  • Parce que le caractère lesbophobe ou transphobe de certaines agressions est rarement reconnu
  • Parce qu’en condamnant le racolage passif, l’État accroît la répression contre les prostituées et les met encore plus en danger
  • Parce qu’en enfermant les personnes trans dans des prisons correspondant à leur sexe biologique et en leur refusant l’accès à leur traitement, l’État organise la violence contre elles (viols, agressions physiques, verbales…)
  • Parce que dans notre société binaire (masculin/féminin) et patriarcale, la domination masculine continue d’exister même dans les couples les plus sensibilisés à la question
  • Parce qu’on a beau avoir beaucoup d’humour, les remarques, invectives et blagues sexistes ne nous font toujours pas rire !

Ainsi pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes dans la rue aujourd’hui et dans la lutte au quotidien. Nous ne souhaitons certainement pas être l’égal de l’homme ; nous voulons pouvoir nous définir par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Tant que nous ne serons pas considérées comme des individues à part entière, tant que nous serons des citoyennes de seconde zone, tant que la seule journée pour nous sera le 8 mars, nous ne lâcherons pas l’affaire ! Nous continuerons à nous mobiliser, à investir l’espace, à exiger notre place et à combattre ce système patriarcal, capitaliste, raciste, classiste, binaire et hétéronormé.

Organisation ! Résistance Féministe ! Solidarité ! Émancipation !

Reprenez votre journée, rendez-nous nos vies !

dimanche, février 28 2010

Le(s) mot(s) du jour : Trans, Transgenre & Transsexuel·le

Ça fait un bout de temps que je voulais faire un article sur ces trois mots, et qu'en même temps je repoussais parce que, franchement, c'est un peu un coup à se prendre la tête (ou à se la faire casser par des gens pas d'accord avec les définitions).

Mais là, ce soir, je suis motivée, alors je me lance. Je précise néanmoins que le sens que je mets derrière des mots relève de ma vision personnelle et n'est pas forcément universel.

Par ailleurs je pense qu'au delà d'une définition "globale", la part d'autodétermination peut jouer un rôle. J'avais vu une citation (que j'aime beaucoup, parce qu'il y a le mot "dialectique" dedans et que je kiffe trop ce mot) de quelqu'une qui disait «les identités sont la dialectique entre la façon dont quelqu'un-e s'identifie et la façon dont il-elle est traité-e».

Trans

Le mot trans est en général présenté comme étant uniquement un diminutif, qu'il s'agisse du mot «transgenre» ou «transsexuel·le» selon les gens. Pourtant il me semble qu'il a suffisamment évolué pour pouvoir être considéré comme un mot en tant que tel dont le sens n'est pas nécessairement réductible à transgenre ou transsexuel·le.

Pour moi, une personne trans est simplement une personne qui a fait, est en train de faire ou projette de faire une transition ; et pour moi cela veut dire avoir été considéré·e à un moment de sa vie comme étant dans un des deux genres reconnus (masculin ou féminin) et qui n'est plus dans le même, ou refuse d'être dans aucun des deux.

Autrement dit une femme trans, une lesbienne trans, ou une gouine trans sont une femme, une lesbienne ou une gouine qui a été assignée dans le genre masculin[1]. Un homme trans ou un pédé trans sont un homme ou un pédé qui a été assigné dans le genre féminin.

Comme pour toutes les définitions la frontière peut ne pas toujours être très clair, cela dit j'ai l'impression que globalement quand on parle des trans on sait à peu près de qui et de quoi on parle, même s'il y aura toujours des gens pour jouer aux excommunicat·eur·ice·s et dire que telle personne qui a fait ci ou n'a pas fait ça n'est pas «vraiment» trans, et des gens parfaitement cisgenres qui s'amuseront à lancer un «tu sais, baby, je suis un peu trans aussi, moi» dans les soirées fashion.

Il me semble aussi qu'il y a un certain nombre de choses qui sont partagées en terme de vécu commun, même si c'est évidemment à des degrés différents, qu'il s'agisse de la façon dont notre genre peut perpétuellement être remis en cause par les cisgenres, ou encore du rapport à la médecine et à l'administration.

Transsexuel·le

Personnellement, dans l'absolu, j'utiliserais transsexuel·le de la même manière que le mot «trans» au-dessus, même si j'ai conscience que ce n'est pas franchement consensuel, notamment parce que le mot "transexuel-le" a des connotations un peu plus pourries.

Ce mot a souvent été utilisé de manière beaucoup plus excluante, c'est-à-dire en ne considérant que les personnes qui prenaient des hormones, voire uniquement celles qui subissaient une chirurgie génitale. Pour ma part je trouve que cette distinction revient vraiment à «biologiser» le sexe et à considérer qu'il s'agit d'hormones et d'apparence des organes génitaux, alors que je considère qu'il s'agit uniquement de catégorie sociale. Par conséquent ça me paraît logique que «transsexuel·le» désigne les personnes ayant changé de cette catégorie sociale.

Cela dit, le fait que ce mot ait une origine très médicalisante et psychiatrisante me pousse plutôt à éviter de l'utiliser, et à préférer le mot «trans» à la place, qui est en plus plus court. À noter qu'il y a l'alternative «transsexe» que j'ai déjà vu quelques fois sur Internet mais qui me semble très peu utilisée. J'ai aussi déjà croisé le mot "transsexué-e", qui me semble aussi plus sympathique, mais également peu usité[2].

Certaines personnes font aussi remarquer que ce mot est très mal choisi à cause du suffixe «sexuel». Ce qui est assez légitime, puisque d'un point de vue pseudo-étymologique ça devrait plutôt désigner une personne ayant changé de sexualité qu'une personne ayant changé de genre. (Du coup, avec cette définition, je me considère comme transsexuelle.)

Transgenre

Le mot transgenre est pour moi à la fois le meilleur et le pire.

Le meilleur parce qu'il est basé sur le mot "genre" plutôt que sur le mot "sexe", et le pire parce qu'il est utilisé de manière assez ambigu.

Transgenre : qui a changé de genre

Un des usages du terme transgenre est pour désigner, là encore, les personnes trans, puisqu'il s'agit de considérer qu'il sagit des "personnes qui ont changé de genre" (ou changent de genre, ou vont changer...). Ce qui explique que, pour les non-initié-e-s, les termes trans, transgenre et transsexuel-le soient vus comme un tout petit peu synonime et toutes les discussions "transgenre vs transsexuel-le" comme un tout petit peu débiles.

Certaines personnes font la disctinction entre "transgenre" et "transsexuel-le" parce qu'elles veulent absolument faire la distinction entre trans qui se font opérer et trans qui ne se font pas opérer. On pourrait se demander «opérer de quoi ?», mais vu que ces personnes ont un peu tendance à estimer que ce qui se trouve dans nos culottes est le fondement de notre identité, on peut deviner la réponse.

Transgenre : qui transgresse le genre

Une autre utilisation du terme transgenre est en utilisant une notion plus large de transgression. Ainsi, le mot peut s'appliquer à toutes les personnes qui transgressent le genre, qu'il s'agisse de travestis, de folles, de butches et de fems, etc. A l'inverse des personnes trans qui se reconnaissent assez dans les normes de leur genre peuvent ne pas être particulièrement transgenre.

La confusion des genres

Si dans l'absolu ces défintitions sont toutes deux légitimes, le problème me semble être que ça engendre parfois de la confusion. Et, dans les milieux LGBT et féministes (et ailleurs), on réalise rapidement que si les mots "confusion" et "conflit" commencent pareil, ce n'est pas pour rien.

Et de fait autant je trouve entièrement légitime qu'on utilise "transgenre" de manière large, et ça ne me pose pas de souci, autant c'est assez chiant quand des personnes cis estiment que, parce qu'elles rentrent dans cette catégories assez large, elles ont le droit de parler au nom des trans et d'estimer que c'est exactement pareil (et souvent de se poser en donneuses de leçons). A l'opposé des personnes trans qui ne se sentent pas du tout transgenre peuvent mal prendre d'être "amalgamées" (et vouloir reconnaitre la différence des situations est légitime) et ont parfois tendance à réagir de manière assez violente (et souvent à jouer les excommunicatices).

Personnellement je rentre à peu près dans les deux catégories, et cette confusion ne me va pas non plus, parce que j'ai l'impression que ça invisibilise des parties de mon identité. Concrètement, ça me gonfle vachement qu'on considère que je suis "transgenre" parce que je suis trans, alors que si je me définis comme "transgenre" ce n'est uniquement parce que j'ai été un garçon dans une autre vie, mais parce que je me sens proche des identitiés butch et fem et que je ne rentre pas dans le modèle de la fille normée. Et ça me fait profondément chier qu'on invisibilise cette partie là de mon identité parce que je suis trans.

Du coup j'aurais tendance à penser que ce serait plus simple d'uitliser "transgenre" comme un mot assez large, "trans" pour les personnes faisant ou ayant fait une transition, de respecter qu'on puisse etre dans une catégorie sans etre dans l'autre et vice-versa, mais c'est juste mon avis.

Ah, et sinon, vous, vous comprenez pourquoi on met deux "s" à "transsexuel-le" et un seul à "transylvanie" ?

Notes

[1] Au départ j'avais précisé «à la naissance», mais au final je pense que quelqu'une pour qui ça aurait été plus tardif aurait aussi la légitimité à revendirquer le terme trans.

[2] Vu que par ailleurs le terme "bio" est le plus utilisé pour parler des personnes non-trans, je serais assez tentée d'émettre une théorie selon laquelle, dans le domaine des transidentités, c'est les mots les plus pourris qui ont le plus de succès. Bref.

jeudi, février 25 2010

Raisons d'être féministe quand on est trans'

Tiens, voilà un vieux billet non publié (qui date d'avril 2009), concernant une ébauche de «bonnes raisons d'être féministes». Inspirée des 10000 raisons d'etre féministe et des 500 bonnes raisons d'en finir avec le patriarcat, on en avait aussi reprises/réinventées dans le cadre de prise de paroles des Flamands Roses, et je m'étais prises au jeu en cherchant des raisons spécifiques quand on est trans...

Du coup comme j'ai retrouvé ce brouillon, je me suis dit que ça n'était pas trop tard pour le publier, même si y'a des trucs que j'écrirais plus pareil (genre, maintenant, je suis super allergique au terme MtF/FtM, alors qu'à l'époque non).

  1. Parce que j'en ai marre d'être considérée comme «en réalité» un homme
  2. Parce qu'une MtF transitionne forcément «par masochisme», alors qu'un FtM le fait forcément «pour avoir plus de privilèges»
  3. Parce que ça me soule qu'on me demande si je suis opérée ou pas
  4. Parce que, non, le fait de porter des vêtements féminins alors que j'ai été un garçon ne veut pas dire que j'ai forcément envie de me taper n'importe quel mec, tout le temps, n'importe où
  5. Pour ne pas avoir à prétendre que je suis hétérosexuelle devant mon psychiatre ; et pour ne plus avoir à passer obligatoirement devant un psychiatre, d'ailleurs
  6. Parce que, non, ça ne me plaît pas spécialement que, pour respecter mon identité de genre féminine, on se sente obligé d'être sexiste avec moi
  7. Parce que les gens «tolérants» se remettent à parler de moi au masculin dès que je ne suis pas assez soumise à leur goût, ou lorsqu'ils ne sont pas d'accord
  8. Parce que quand on ne m'emmerde pas parce que je suis une fille, on m'emmerde parce que je n'en suis pas une vraie
  9. Parce qu'une personne trans' a environ 18 fois plus de chance de se faire tuer qu'une personne cis'
  10. Pour ne plus être considérée comme une malade mentale
  11. Pour ne plus être obligée d'être stérilisée pour changer d'état-civil
  12. Pour que les médecins arrêtent de m'expliquer qu'il ne peuvent pas me prendre en charge parce qu'ils ne gèrent pas les trans', même quand je viens pour une gastro
  13. Parce que, contrairement à une psychiatre d'une équipe officielle, non, je ne considère pas que pouvoir vivre dans le genre féminin ou pas est lié au fait de ne pas être trop «énorme»
  14. Parce que ça me gave que pour déterminer si j'ai «réussi» ma transition, la question la plus importante soit : «est-elle baisable ?»
  15. Parce que, non, je ne suis pas «plus femme que femme» ; je suis juste aussi infâme que les infâmes féministes

mardi, février 23 2010

Réflexion sur le passing et la transphobie

J'avais envie de développer un commentaire que j'avais fait ici sur la notion de passing.

J'ai l'impression que dans les milieux trans et avoisinants, le passing est lié en gros au fait de se faire appeler «madame» ou «monsieur» : si je veux me faire appeler «madame» et qu'on m'appelle «monsieur», je ne passe pas, si on m'appelle «madame», je passe. (Évidemment on peut passer auprès de certaines personnes et pas d'autres, avec des gens et pas d'autres, etc.)

Le mot passing vient de l'anglais (d'où la fin en -ing) et désignait au départ la capacité pour certaines personnes racisées d'être prises pour des personnes blanches, et donc d'éviter à subir le racisme. Et pour moi je trouve que ça a un sens d'élargir et de considérer le passing comme la capacité d'un groupe opprimé à pouvoir accéder aux privilèges d'un groupe dominant. Par exemple un homo pourra passer en tant qu'hétéro et accéder ainsi à certains privilèges, et de la même manière une personne trans peut passer en tant que cisgenre.

Et pour moi c'est le sens que ça peut avoir : passer, ça veut dire passer pour une personne cis et donc éviter de subir de la transphobie.

Du coup deux choses me gênent un peu dans le fait d'utiliser le terme «passer» pour, en gros «être lu comme du genre dont on se revendique» :

  • la première, c'est que ça donne l'idée que les hommes trans ne sont pas vraiment des hommes et les femmes trans ne sont pas vraiment des femmes, puisque la notion même de passing est lié à l'idée de se faire passer pour membre d'un groupe dont on ne fait pas partie. À la limite, pour ma part je pourrais considérer que je peux passer pour une femme hétéro alors que je suis une gouine qui ne se revendique pas femme, ou passer pour une femme cisgenre alors que je suis une gouine trans, mais l'idée qu'une femme trans aurait à «passer» pour une femme me paraît surtout révélateur du fait qu'on limite «femme» à «femme cisgenre», ce qui me semble pour le moins cis-centré, pour ne pas dire transphobe.
  • la seconde, c'est que le fait de «ne pas passer» est souvent utilisée pour désigner le fait que des personnes se trompent sur notre genre et disent madame au lieu de monsieur ou vice-versa. Or, pour moi ce n'est pas ça.

Je vais développer le second point. Pour reprendre les exemples que j'avais pris dans le commentaire en lien, qui sont en fait des choses qui m'arrivent assez souvent, il y a deux situations opposées où j'ai à «gérer» le fait qu'on se trompe sur mon genre.

  • Dans la première, j'arrive par exemple à un comptoir ou en face de quelqu'un, qui me regarde rapidement et m'appelle «monsieur». Je corrige en reprenant : «madame». Actuellement (ça n'aurait pas été pareil au début de ma transition), la réaction de la personne concernée est en général de s'excuser assez platement et d'avoir l'air très embêté de m'avoir humiliée avec une telle erreur. En général, ils ne la refont pas. Par exemple une fois je voulais commander un billet de train, et le guichetier m'avait répondu : «c'est fermé, monsieur». Je réponds que c'est madame, et visiblement très confus, il avait du coup accepté de me vendre un billet. Je ne sais pas si c'était vraiment pour se faire pardonner, mais en tout cas, clairement, les gens sont en général trop mal quand ils se trompent. En tout cas, quand ils ne me catégorisent pas comme «trans»...
  • ...Car dans la seconde situation, j'arrive en face de quelqu'un (souvent dans une administration) qui m'appelle «madame» sans problème. Malheureusement, lorsque je dois montrer mes papiers d'identité, même si j'ai beau dire très clairement que mon identité est féminine et que c'est «elle» et tout ça, la plupart du temps la personne va se mettre à m'appeler «monsieur» à un moment ou à un autre et là, même si je suis super féminine ce jour là, même si je corrige à chaque fois, rien ne va y faire. J'ai eu droit à certains cas où la personne considérait qu'elle savait mieux que moi ce que j'étais, ou avait besoin de détails supplémentaires pour bien vouloir m'appeler madame/mademoiselle. «Vous êtes opérée ? Mais alors, avec un sexe masculin, je ne peux pas vous appeler madame ?» (C'est bien connu, il y a des caméras et le ministère de l'identité de genre envoit des agents dès qu'ils se rendent compte que quelqu'un ne respecte pas le genre marqué sur l'État-Civil tout puissant).

Or, avec la définition «classique» du «passing», je serais censée passer dans le second cas, mais pas dans le premier. En pratique, j'ai en fait accès à un certain nombre de privilège cisgenre dans le premier cas (les personnes s'excusent platement de s'être trompée sur mon genre, ce qui est beaucoup plus rare face à une personne trans) mais absolument plus dans le second, en tout cas dès lors que les personnes savent que je suis trans.

De la même manière, en étant habillée de manière plutôt «masculine», si les gens peuvent se tromper plus souvent, ils ont aussi souvent tendance à respecter beaucoup plus ce que je leur dis et à s'excuser lorsque je les corrige. Lorsque je suis habillée de manière plus féminine, les gens vont m'appeler «mademoiselle» plus souvent, mais vont aussi être beaucoup plus inquisiteurs sur ce que j'ai entre les jambes ou sur des détails censés révéler le fait que je suis un «travelo» (d'ailleurs la façon dont le terme «travelo» peut être utilisé pour stigmatiser la «mauvaise» féminité de certaines nanas, trans ou pas, mériterait un billet à part), Là encore, je suis censée passer plus facilement dans le second cas que dans le premier, mais dans la pratique j'ai beaucoup plus accès au privilège cisgenre dans le premier cas (même si pour le coup quand quelqu'un vient faire chier parce que «je me prends pour un mec», c'est aussi une autre forme de «transphobie», ou en tout cas de façon de réprimer les transgressions de genre). .

Du coup voilà, ce que je dis est sans doute un peu long et un peu confus, et quelque peu jargonnant, mais tout ça pour dire que pour moi la notion de passing désigne avant tout l'accès à certains privilèges du groupe dominant (en l'occurrence cisgenre, mais aussi hétéro, blanc, riche, valide, etc. dans d'autres cas) plus que la façon dont les gens «lisent» spontanément notre genre.

samedi, février 13 2010

Transidentité et maladie mentale, suite : le DSM

Après la nouvelle annonce de soi-disant dépsychiatrisation, et au sujet duquel je vous invite à lire les communiqués d'associations directement concernées, (comme Outrans ou Support Transgenre Strasbourg), j'avais envie de continuer sur le sujet vaste de «maladie mentale et transidentité», en embrayant sur le DSM-V.

En effet, un draft de la version V du DSM (manuel diagnostic santé mental, un truc comme ça en tout cas... bref la bible ricaine - et pas mal influente dans le reste du monde, du coup -- concernant les maladies mentales) est disponible sur le site dsm5.org.

Concernant les trans là-dedans, sans vouloir gâcher tout le suspens, il semblerait que la campagne Stop Trans Pathologization 2012 (qui va devoir changer de nom maintenant que la révision définitive du DSM est prévue pour 2013) n'ait pas encore atteint tous ses objectifs, puisqu'on est toujours dedans. Avec une variante tout de même, puisqu'on ne parle plus de «Gender Identity Disorder», mais de «Gender Incongruence». Que le nom médical de la transidentité transitionne, c'était effectivement assez incongru.

Alors, d'après les réactions que j'en ai lu, il y a du bon et du mauvais, ou en tout cas du moins pire et du pire :

  • on parle de contradiction avec le «genre assigné» et non pas avec le «sexe», ce qui devrait permettre notamment de rendre compatible le fait d'être trans avec le fait d'être intersexe (et autrement dit, si je comprends bien, de pouvoir transitionner quand on est intersexe ?)
  • toujours d'après ce que j'ai lu (et en lien toujours je crois avec la notion de «genre assigné»), une personne qui aurait terminé sa transition ne serait plus considérée comme malade mentale, puisqu'il n'y aurait plus d'«incongruence de genre». Du coup, on est toujours malade, mais maintenant on peut guérir. Youpi.
  • la formulation dans les critères pour être «retenu·e» : a strong desire to be of the other gender (or some alternative gender different from one’s assigned gender) qme semble ouvrir la possibilité d'être «diagnostiqué·e trans» (ce qui peut sembler négatif dit comme ça, mais permet concrètement d'accèer aux traitemens hormonaux ou chirurgie) pour des personnes ne se reconnaissant dans aucun des deux genres binaires.
  • la notion d'autogynéphilie, chère au Dr Zucker et qui est misogyne en plus d'être transphobe (j'en ai brièvement parlé ici et ), apparaît dans le passage lié au «travestissement fétichiste». Travestissement fétichiste réservé aux mecs, parce que, bien évidemment, une nana ne peut pas prender de plaisir à se travestir en mec...

Pour le reste, ça n'a pas l'air d'être des changements révolutionnaires, mais honnêtement j'ai pas tout lu, alors j'en sais trop rien. C

vendredi, février 12 2010

Les news trans sur lesquelles je me sens obligée de réagir...

... et franchement, ça me gonfle, alors je garantis pas que je sois pas un peu aigrie.

Les trans ne sont plus psychiatrisé·e·s !

C'est ce qu'annonce certains journaux.

Moi, je ne suis pas journaliste, mais j'ai lu le décret, qu'on peut par exemple trouver là, et je vois qu'il instaure notamment, à l'article 2, un bilan annuel concernant «la prise en charge des patients atteints de troubles de l’identité de genre».

Donc, la transsexualité n'est plus une maladie mentale, mais les trans sont toujours des patiens atteints de troubles de l'identité de genre.

La guerre, c'est la paix.

La liberté, c'est l’esclavage.

L'ignorance, c'est la force.

Les trans ne sont plus psychiatrisé·e·s.

Maintenant, plus qu'à sortir les pop-corns et regarder toutes les déclarations de soi-disant «alliés» des trans qui vont lécher les bottes du gouvernement et expliquer que c'est un réel progrès, même si on doit toujours aller voir un psy et que ça change juste la catégorie de remboursements, mais bon, hein, ça montre que nos bons alliés ont fait beaucoup pour les trans, alors maintenant on va la fermer.

Nouveau : ouverture d'un camp prison pour trans

Vous avez peut-être vu la news sortie récemment en français (moins en anglais), concernant l'ouverture d'une prison spécialement pour trans. Alors bon, en soi je peux trouver ça cool que des personnes trans qui le désirent soient placées dans des prisons avec que des trans et avec un personnel un peu moins transphobe plus formé. Sauf que bizarrement, j'ai du mal à croire que ça sera vraiment fait sur la base du libre choix, et que ce qui motive ça ce soit pas l'argument «oui mais quand même, on peut pas mettre les femmes trans avec des vraies fâmes, c'est des mecs en réalité».

Par ailleurs c'est intéressant de noter que l'article en anglais (c'était moins le cas en français, ce qui explique que je vous impose la langue de Shakespeare) dit clairement que cette prison va accueillir des détenues condamnées pour des crimes liées à la prostitution et à l'usage de drogues.

Alors moi je suis un peu idiote, mais je me dis : peut-être que plutôt que construire des prisons pour séparer les vraies fâmes des trans infâmes, on pourrait virer des lois pourries, non ?

Ah, et sinon... purée, camarades trans, vous êtes obligé·e·s de relayer des articles qui sont pas capables de parler des trans dans le bon genre, sans même faire quelques corrections ou au moins une remarque ? Vous croyez pas que nos genres sont déjà assez remis en cause comme ça sans qu'on doive en plus devoir se taper ça quand on lit des sites trans ? Je sais bien que «détransphobiser» un texte ça peut être long, mais ne même pas mettre une phrase en prélude ça me donne vraiment l'impression que finalement le non-respect du genre des trans est normal et pas franchement grave, puisque même les militant·e·s trans s'en foutent.

mercredi, février 10 2010

Ce qui se cache sous ma jupe

À tous ceux qui estiment qu'ils ont le droit de savoir ce qui ce cache sous ma jupe qui pensent que c'est d'une importance vitale, voici enfin la réponse tant espérée.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre transphobie, qui vous permet de considérer que c'est comme ça que vous pourrez savoir ce que je suis dans votre soi-disant réalité étriquée.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre misogynie qui vous fait réduire les meufs à un vagin et par conséquent rend indispensable le fait de savoir si j'en ai un avant de pouvoir me draguer.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre femophobie qui vous fait voire certaines formes de féminités comme suspectes, douteuses, trop putes ou trop vulgaires pour être portées par de «vraies femmes» respectables.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre exotisme qui vous amène à considérer le corps des Autres comme des curiosités.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre normativité qui vous conduit à estimer que des nanas avec certaines caractéristiques du visage, de corpulence, de taille, de tour de poitrine, de pilosité ou de coiffure doivent nécessairement être «des mecs» ou «des travelos».

Sous ma jupe se cache ma haine de votre arrogance qui vous permet de croire que vous avez le droit de savoir ce qui ne vous regarde pas.

Alors à tous ceux qui ont peur de ce qui peut potentiellement se cacher sous ma jupe : peut-être que vous avez raison, parce que sous ma jupe se cachent toutes les raisons valables de vouloir votre anéantissement.

mardi, février 9 2010

Coming-in

Normalement, on dit «coming-out», ce qui veut dire en gros «dévoiler», «sortir du placard», ou quelque soit la façon dont on peut le traduire. Ça veut dire rendre son identité (qu'il s'agisse d'homosexualité, de trans-identité, d'addiction au BDSM, etc.) publique.

Bien sûr, c'est lié à des personnes, à un groupe, etc. : par exemple on fait son coming-out à ses parents, et/ou à ses ami·e·s, et/ou à ses collègues, etcaetera. À moins d'être une superstar, le fait d'avoir fait son coming-out une fois ne voudra pas dire que tout le monde sur la planète est au courant, et par conséquent on fait plutôt des coming-out.

L'outing est, par ailleurs, la pratique consistant à faire cette «révélation» concernant une personne sans demander l'avis de celle-ci, voir contre son gré. Ça peut être fait de façon volontaire (dévoiler que telle personnalité politique est homo) ou involontaire (par exemple en le disant à quelqu'un·e dont on pense qu'il·elle est au courant).

Le fait d'être out veut dire que son identité est publique : par exemple, sur le fait que je suis gouine, j'estime que je suis out et qu'il n'y a pas de problème à ce qu'on en informe une personne pas au courant. Là aussi, je pense que c'est quand même toujours lié à un certain milieu : ce n'est pas exactement pareil qu'on dise que je suis gouine d'un côté à des ami·e·s, à des «camarades de lutte», etcaetera, que, de l'autre, à mes parents, à mon employeur, ou encore à un inconnu dans la rue qui est en train de m'emmerder. En général cela dit dans la «communauté LGBT», j'ai l'impression que les gens sont capables de faire preuve d'un certain bon sens et comprennent que le fait qu'une personne soit «out» concernant son homosexualité ne veut pas forcément dire que c'est malin de fournir des munitions à des homophobes.

En général, dans le milieu LGBT, quelque soit le type de «coming-out», c'est vu comme quelque chose de plutôt positif, ce qui est assez compréhensible dans l'absolu : c'est mieux de pouvoir revendiquer et assumer son identité que d'avoir à la cacher.

Cela dit, j'ai du mal à considérer que ce soit exactement la même chose concernant l'identité trans, et en ce moment (et depuis un certain temps) j'ai vraiment envie de faire un «coming-in», c'est-à-dire de dire «le fait que je sois trans n'est pas (plus) public, je ne vous autorise absolument pas à le dévoiler à d'autres personnes».

La première raison, c'est que je trouve qu'y compris (et peut-être surtout, en fait) dans le milieu LGBT, mon identité «trans» a un peu trop souvent tendance à éclipser les autres. Ce n'est évidemment pas le cas de tout le monde, mais pour beaucoup de personnes je sais que le fait de savoir que je suis trans avant même de me connaître va faire que je vais être perçue comme «une trans» et pas grand-chose d'autre. Or, en vrai c'est pas l'identité qui a le plus d'importance pour moi actuellement, et quitte à choisir je préfererais plutôt être catégorisée comme «une gouine», ou «une féministe», etc. Parce que ce sont des identités qui sont importantes pour moi actuellement, qui correspondent à ce que je suis et à ce que je fais, alors que j'ai de plus en plus l'impression que l'identité «trans» correspond plus à ce que j'ai été.

La seconde raison, c'est que je ne fais absolument pas confiance à n'importe qui pour ne pas être un poil transphobe sur les bords, y compris dans le milieu LGBT (et particulièrement chez les LGB cis) et que quand il y a des gens que je ne sens pas, je préfère être en capacité de choisir de le dire ou pas plutôt qu'être devant le fait accompli. Un bon exemple de ça c'est toutes les personnes cisgenres qui se sentent légitimes à poser des tas de questions sur la vie privée des personnes trans, et dans certains cas le fait qu'une personne parle de moi à une autre en casant au passage le fait que je suis trans, ça veut dire que je vais devoir me coltiner un boulet.

Un autre exemple c'est le fait qu'un certain nombre de personnes ont beaucoup plus de mal à respecter ton genre et à ne pas se tromper quand ils savent que tu es trans. Évidemment le fait que j'ai un passing imparfait implique que je ne suis jamais complétement maîtresse de ce que les gens savent de moi ou pas, mais ce n'est pas une raison pour leur filer des munitions (et par ailleurs même si quelqu'un qui pense que je suis sûrement trans peut déjà être relou, le fait qu'il en soit sûr et qu'il ait l'impression que ce soit public ne peut faire que l'encourager à franchir le pas).

La troisième raison, c'est que j'ai quand même pas mal l'impression qu'il y a une logique qui voudrait que les personnes cisgenres aient, en gros, «le droit de savoir» qui est trans, histoire de ne pas risquer d'être «trompé·e sur la marchandise».

Bref, voilà, je crois que je n'ai plus envie d'être complètement «out» concernant ma transidentité. Ce qui ne veut pas dire le cacher, et de fait je pense que j'en parle assez ouvertement et régulièrement, en tout cas aux personnes en qui j'ai confiance ; ça veut simplement dire me donner à moi-même le droit de ne pas le dire, de ne pas avoir à mettre ça en préalable à toute interaction avec quelqu'un·e. Pour moi c'est refuser la transphobie intériorisée qui tend à me faire penser que si je ne «passe» pas parfaitement, je n'ai pas le droit à cette «intimité».

Du coup, je ne suis pas encore super au clair là-dessus, et je ne sais pas à quel point j'ai envie de demander aux gens que je connais de respecter certaines de ces choses ou pas, mais actuellement je crois que ce que je voudrais c'est :

  • ne plus considérer qu'une personne à qui je n'ai rien dit est en quelque sorte automatiquement au courant que je suis trans, ou doit l'être si par miracle elle ne l'était pas ;
  • ne pas répondre si on me demande si je suis trans ou pas* ;
  • ne pas me justifier en disant que je suis trans lorsqu'on se trompe sur mon genre ; ce que je fais déjà dans le milieu straight mais que j'ai encore parfois un peu tendance à faire dans le milieu LGBT ;
  • que les personnes qui savent que je suis trans ne le communiquent pas*, à moins que ce soit à des personnes/groupes pour qui je suis OK qu'elles le sachent ;
  • que les personnes qui savent que je suis trans ne répondent pas si on leur demande si je suis trans* ;
  • que les personnes à qui je n'ai jamais dit que je suis trans ne présupposent pas que je suis trans uniquement à cause de mon apparence et/ou de mes comportements, ou au minimum qu'elles se retiennent de faire comme si je les avais mises au courant et que c'est parfaitement OK d'en parler ;
  • que les personnes à qui je n'ai jamais dit que je suis trans ne présupposent pas que je suis cis uniquement à cause de mon apparence et/ou de mes comportements ;
  • que des personnes qui ne savent pas si je suis trans ne me le demandent pas*.

(*: Sauf circonstances particulières où ça a vraiment un sens pour la personne de le savoir. Par exemple si une fille trans ressent le besoin d'échanger avec une autre fille trans ça me pose moins de problème qu'on m'oute que si c'est uniquement pour satisfaire la curiosité d'une personne cisgenre. De la même manière dans les discussions je pense que ce qu'on dit peut ne pas avoir exactement le même sens selon la position sociale qu'on occupe, et dans certains cas ça peut être justifié de vouloir savoir si je suis cis ou trans.)

Voilà, c'est quelques réflexions en vrac sur mon rapport actuel avec le fait d'être «out» en tant que trans, sachant que je me pose aussi beaucoup de questions par rapport au fait de ne plus du tout me revendiquer du terme «trans», avec lequel j'ai de plus en plus de mal pour différentes raisons (que j'expliciterai sans doute dans un billet ultérieur). C'est pas un truc définitif, plus une réflexion en cours.

lundi, février 1 2010

Chronologie d'une transition

Même si ça apparaît parfois en filigrane, j'aborde quand même assez rarement sur ce blog des choses spécifiques liées à ma transition, en tout cas dans le vécu quotidien : je n'ai pas blogué mon premier rendez-vous psy (sauf celui avec une psychiatre d'une équipe officielle, parce qu'un truc comme ça, ne pas le bloguer, ça aurait été gâcher), ni ma première prescription d'hormones, ni ma première discussion avec mes parents, etc.

Ce qui n'est sans doute pas franchement un mal en soi, mais je me suis dit que ça pouvait intéresser éventuellement des gens d'avoir un condensé du vécu de ma transition jusqu'à l'instant T actuel (je sais que c'est le genre d'infos qui m'intéressait quand je me posais des questions).

Évidemment, ça reflète uniquement mon parcours personnel, mais ça peut donner peut-être une idée sur une façon possible dont peut «murir» l'idée d'une transition, puis comment ça peut se passer effectivement. Je n'ai pas hiérarchisé et ai parfois mis des trucs qui n'avaient pas grand chose à voir, et au contraire j'en ai oublié plein d'autres, mais voilà.

Pour être honnête, ça fait un peu trois mois que ce post est dans la file d'attente de ce blog et que j'hésite à le poster, à la fois parce que j'ai l'impression d'oublier plein de trucs et aussi parce que ça me fait un peu peur de parler de trucs persos, voire intime, en public et en ne sachant pas trop qui va bien lire ça. Mais bon, il paraît que le privé est politique...

J'ai séparé en deux parties : la seconde (2003-2009) concerne clairement la découverte, le questionnement du fait que je sois trans ainsi que le déroulement de ma transition, tandis que la première partie est préliminaire et correspond à des choses qu'on peut mettre en rapport mais qui, pour moi, ne veulent pas forcément dire que j'étais déjà trans à l'époque ou que j'allais forcément le devenir.

  • 1994/5 (?) : déjà en surpoids à l'époque, je vis assez mal (et en même temps... je ne sais pas, c'était assez ambivalent) le fait qu'un camarade de classe me dise que j'ai plus de poitrine qu'une fille. Pendant un moment, j'aurai une sorte de vague peur (honte ? culpabilité ?) de «devenir une fille», que je lie bizarrement avec une peur d'être «pédé». Ce qui est drôle c'est que ça correspond au vécu de certaines personnes trans qui disaient qu'à la puberté, elles pensaient que leur corps allaient se développer «naturellement» dans leur genre ressenti, sauf que pour moi c'était plus une peur qu'un espoir (même si, là encore, c'est pas forcément aussi clair).
  • 199? : premier rêve super réaliste où je fais l'amour en tant que fille (hétéro, mais bon, j'étais jeune). Gros sentiment de déception au réveil[1].
  • 199? : autre rêve, où je participe à l'anniversaire de quelqu'un. D'après mon souvenir (flou), je suis vaguement un garçon, mais je passe pour une fille et j'apprécie beaucoup ça, voire je voudrais le faire en permanence.
  • 199? : à cause de mes cheveux longs, quelques personnes se plantent parfois sur mon genre. J'aime bien.
  • 199? ou 200? : à la lecture du Silence des Agneaux, je me sens vraiment mal en lisant les passages où le méchant de l'histoire se cache le pénis entre les jambes sous la douche, vu que je le fais régulièrement aussi. J'ai un peu peur de devenir un tueur en série psychopathe.
  • 2003, juin : je commence à utiliser un pseudo féminin régulièrement sur Internet et à parler de moi au féminin via ce média.
  • 2003, ?: première expérience de plaisir anal, et je réalise que même sans forcément me définir clairement «gay», «bi», et peut-être encore moins «trans» à l'époque (quoique...), je ne suis pas un mec hétéro.
  • 2004, avril : première participation à une manifestation LGBT. J'ai le sentiment d'avoir quelque chose en commun avec les trans et travestis, même si je n'ose pas trop l'affirmer.
  • 2004, ? : je commence à lire des témoignages de trans sur Internet.
  • 2004, août : première idée de personnage trans (qui deviendra plus tard Alys) pour un premier projet de roman qui ne verra jamais le jour[2].
  • 2004, décembre : malgré mon apparence masculine, je corrigue vaguement des copains geeks qui me connaissent via Internet pour qu'ils parlent de moi au masculin.
  • 2005, ? : premiers essais de «féminisation», à coup de rouge à lèvre et d'épilation des jambes et bras.
  • 2005, juin : première participation à une marche des fiertés. Les gouines en moto qui ouvrent la marche ont vraiment trop la classe <3
  • 2005, ? : je suis de plus en plus mal à l'aise quand je dois me désigner «homme». Le problème se pose notamment lors d'une remise de carte de la LCR, que je ne prendrai finalement pas cette année[3].
  • 2006, février : premier contact (bref sur ce coup-là) avec deux copines de l'association Sans Contrefaçon
  • 2006, mars : je m'inscris sur le forum de Sans Contrefaçon et y lit avidemment témoignages et discussions.
  • 2006: je commence à être plus investi dans les milieux LGBT et féministes et je visibilise un peu plus le fait que je ne suis pas un mec hétéro (même si au début ça passe plus par de la visibilité pédée).
  • 2006, octobre : je prends la décision de transitionner. Ça vient comme ça, en quelques jours, après mal de temps à tergiverser. Il s'agit à ce moment là, pour moi, d'un choix conscient. Actuellement, je n'en suis plus si sûre.
  • 2006, novembre : je fais mon premier «coming-out» (peu assuré, plus en questionnement) sur le forum de Sans Contrefaçon
  • 2006, décembre : premiers achats de vêtements féminins et première (et courte) sortie en jupe, en écoutant Keny Arkana dans le baladeur pour me donner du courage.
  • 2006, ? : ma décision de prendre des hormones et de faire de l'épilation laser est prise, même si pas forcément claire.
  • 2006? 2007?: première rencontre et discussion sérieuse dans la vraie vie, avec une personne trans , sur ce sujet.
  • 2007, premier semestre : premières sorties en jupe chez des ami-e-s (hétéros).
  • 2007, juin : premier rendez-vous avec une psychiatre.
  • 2007, juillet : première participation aux UEEH, et premières occasions d'être considérée en tant que fille et en tant que trans, alors qu'avant je n'étais visible ni comme l'une ni comme l'autre.
  • 2007, juillet (pendant les UEEH, mais en dehors) : première véritable agression.
  • 2007, août: première participation à l'université d'été de la LCR, qui sont une autre occasion de vivre quelques jours en étant en fille/travelotte.
  • 2007, second semestre : premières sorties en jupe au travail.
  • 2007, octobre : première participation à l'Existrans.
  • 2007, décembre : coming-out à mes camarades loca-ux-les de la LCR, à la fin d'un mail sur le bilan des actions LGBTI.[4]
  • 2008, janvier : coming-out à ma mère.
  • 2008, février (?) : la psychiatre de l'équipe officielle de Marseille refuse de donner son feu vert à mon traitement hormonal : je suis trop «énorme»(sic) et trop timide.
  • 2008, mai : première ordonnance d'anti-androgènes, seuls (ce qui, je crois, n'est pas super recommandé, mais passons...) par un endocrinologue.
  • 2008, juin : première ordonnance d'estrogènes, par le même endocrinologue.
  • 2008, juin : premier dragueur hétéro bien relou.
  • 2008, juin : première paire de docs.
  • 2008 : à ce stade, je commence à être appelée «madame» ou «mademoiselle» relativement régulièrement, et à subir les emmerdes qui vont parfois (souvent) avec.
  • 2008, juillet : seconde participation aux UEEH. Première participation à un espace non-mixte lesbien, sans me sentir hyper à l'aise, surtout qu'à ce moment là je me définis pas encore tout à fait lesbienne (plutôt bi), mais ça m'aide vachement à réaliser que je suis gouine.
  • 2008, octobre : seconde participation à l'existrans.
  • 2008, novembre : déménagement à Lille, découverte des Flamands Roses et du Centre LGBT (dont j'avais déjà croisé quelques membres). Du coup je ne cotoye plus que des gens qui ne m'ont jamais connue avant ma transition.
  • 2008, novembre : achat de mon premier treillis.
  • 2008, novembre : première agression à caractère sexuel, même si j'ai du mal à mettre ce mot-là dessus.
  • 2008, décembre : achat de ma première paire de vraies rangers.
  • 2008, décembre : premier Noël familial où je suis «en fille». Mon oncle me sort «ah oui, j'ai vu qu'il y avait une association des hommes en jupe». Je réplique (trop) froidement : «je suis pas un homme».
  • 2008, ? : je prends plus conscience des identités Butch et Fem et du fait que je me reconnais dedans
  • 2009, janvier : première utilisation de prénom choisie sur des documents administratifs
  • 2009, février : je m'identifie comme «vaguement fem».
  • 2009, mars: première séance d'épilation au laser (non, j'ai pas exactement commencé tôt)
  • 2009, mars: je me mets en pause du NPA, ce qui de fait se traduit plutôt par un départ. Conséquence concrète, dans la majorité des lieux où je milite ou parmi les personnes avec qui je suis potes il y a maintenant une faible minorité de mecs hétéros.
  • 2009, juillet : troisième participation aux UEEH. J'apprends à faire un noeud de cravate et décapsuler les bières avec un briquet. Il y a deux ans, je me sentais «bébé trans» ; là, je me sens «bébé gouine» :o
  • 2009, décembre : j'ai un acte de notoriété qui me permet plus ou moins d'utiliser le prénom Élisabeth par les administrations. (Pour Pôle emploi, je suis ainsi «monsieur Élisabeth»).
  • 2010, janvier : je me définis maintenant comme «Butch travelotte» (en plus de Fem, qui a dit que c'était binaire ?). Par contre je suis de plus en plus ambivalente sur mon identité «trans».

Si je devais faire le bilan de tout ça, c'est qu'au départ je me projetais plus dans une identité transgenre/genderqueer, ni homme ni femme, je m'attendais à ne jamais «passer», etc., et qu'au final j'ai quand même l'impression de me retrouver un peu malgré moi catégorisée chez les nanas. Du coup, par rapport à ce que j'escomptais, j'ai l'impression d'avoir un peu moins subi de transphobie de la part de personnes dans la rue, de mes proches, etc, que prévu ; et par contre, beaucoup plus de sexisme (non pas que je pensais que le sexisme n'existait pas, mais que je ne m'attendais pas à en être victime aussi vite). Le fait d'être catégorisée en tant que «femme» a été d'un côté une source de satisfaction parce que c'était une façon de ne plus être reconnue comme un mec, mais aussi de l'autre une oppression et une source de violences assez hard à vivre, ce qui, paradoxalement, m'a rendue encore plus douloureux les moments où on me considérait comme un mec, parce que pour moi c'était (et c'est toujours) nier ce vécu.

L'identité gouine, ou les identités gouines, ça a été un peu la bouffée d'oxygène là-dedans et ça m'a permis de vivre des moments chouettes et de rencontrer des copines super cools qui m'ont vachement aidée à me construire dans un truc qui soit pas (trop) le modèle de la fâme®.

Voilà, j'espère que ce post n'était pas trop désordonné ni trop chiant, mais c'était aussi peut-être pour moi une façon de faire le point sur mon parcours :o

Notes

[1] Parce qu'à l'époque, je vivais encore en garçon, pas parce que je me suis réveillée en gouine, je précise.

[2] À cette date, je crois que j'en suis au quatrième.

[3] Pas pour cette raison, mais parce que c'était le boxon et que je démenage pour Marseille.

[4] Le mail disait : «Ah, et toujours tant que j'y suis. vu, que c'est un peu dans le sujet, j'en profite pour faire mon «coming-out» (vu que c'est pas aussi évident pour les autres que je le pensais et que c'est pas forcément facile de corriger quand quelqu'un parle, surtout que je parle pas assez fort) : je suis trans' et je prefère qu'on parle de moi au féminin. Voilà, merci,»

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