Voilà un autre extrait de nouvelle (où on retrouve certains personnage de
l'extrait précédent, d'ailleurs). Bon, c'est toujours un bout pas complet, mais
au moins c'est pas (encore) un texte avorté, alors vous aurez peut-être la
chance de voir la suite (et le début) un jour.
Il ne faisait pas encore nuit lorsque j’entrai dans l’appartement de Morgue
— elle m’avait donné un double des clés — et je m’attendais à ce qu’elle soit
encore endormie, mais elle était en train de jouer à la console sur un écran
géant.
Son appartement ne ressemblait pas à celui d’une vampire old-school :
il était moderne, bien équipé, décoré avec des affiches de film d’action
remplies de nanas avec des gros flingues. Il y avait pas moins de quatre
posters d’Ellen Ripley. Bref, l’appartement de Morgue faisait plus typiquement
gouine que vampire, du moins pour le salon ; sa chambre, en revanche,
semblait tout droit sortie de Dracula.
Physiquement, Morgue était grande — un peu plus que moi — et avait les
cheveux blonds et partiellement rasés. Elle portait essentiellement du noir et
ce soir n’était pas une exception : elle avait mis un débardeur sombre
avec une croix inversée, et une longue jupe en cuir qu’elle ne portait pas
souvent, préférant les pantalons.
« Salut, ma beauté mortelle, lança-t-elle en me voyant.
— Coucou, Morgue. Tu progresses bien ?
— J’ai eu une nouvelle épée et j’ai passé deux niveaux. Tes cours se sont
bien déroulés ? »
Je embrassai avant de lui répondre. Je ne voulais pas parler de la quête de
Billie tout de suite.
« Ceux auxquels j’ai été se sont bien passés.
— Tu as encore séché ? Vilaine, vilaine fille.
— Oui, fis-je en me collant contre elle. Je pense que je mérite d’être
punie. »
Morgue sourit, dévoilant ses canines proéminentes, et elle approcha sa main
de son visage. Je vis ses ongles noirs s’allonger avant qu’elle ne commence à
me caresser le cou.
J’attendis la fin de ma « punition » — qui se révéla loin d’être
désagréable — avant de lui demander pourquoi Billie m’avait fait sortir de
cours.
« Elle a reçu un message bizarre et part chercher un type qui a
disparu ? résuma-t-elle une fois que je lui eus expliqué.
— Et trois chats, ajoutai-je.
— Ça mérite d’annuler notre soirée en amoureuses, alors ? »
railla-t-elle.
C’est le moment que choisit son portable pour sonner, avec la musique du
générique de Buffy.
« Oui, Billie. Cassie m’a expliqué. D’accord. On se retrouve à la
friterie en bas de chez moi, d’ici une demi-heure ? À plus. »
Elle raccrocha ensuite, et haussa les épaules.
« On ferait mieux de l’accompagner. Ce n’est pas que ça m’enchante,
mais je me sentirais coupable si elle se faisait tuer.
— Je croyais que tu te moquais du sort des pathétiques humaines ?
— Billie n’a rien d’humain, répliqua-t-elle. C’est une geek. »
*****
Nous descendîmes les six étages qui nous séparaient du rez-de-chaussée et
nous retrouvâmes Billie qui nous attendait.
« Salut, Morgue, lança-t-elle en nous voyant. Tu as sorti une
jupe. »
La vampire jeta un air mauvais à son interlocutrice.
« Qu’est-ce que ça peut te foutre, la façon dont je m’habille ?
»
Billie eut un petit sourire gêné.
« C’est juste que j’ai cru remarquer qu’il y avait une certaine
corrélation entre certaines choses.
— Quel genre de choses ? demanda Morgue en allumant une cigarette.
— Tu as tendance à frapper plus de gens lorsque tu es en jupe, je ne sais
pas si tu as déjà remarqué ? »
La vampire soupira, et commença à se diriger vers la friterie. Billie et moi
lui emboîtames le pas.
« Tu n’avais jamais remarqué ? me demanda-t-elle. C’est comme si
elle devait compenser le léger surplus de féminité en étant encore plus
agressive que d’habitude.
— Peut-être que c’est juste parce qu’on se prend plus de remarques relous
quand on est en jupe, répliquai-je. Et Morgue n’est pas vraiment du genre à
laisser passer ça sans rien dire.
— Peut-être que t’as raison, admit Billie. En tout cas, on est d’accord, il
y a une corrélation. »
Quelques mètres devant nous, Morgue était en train de jeter sa cigarette,
pourtant seulement à moitié consumée, et elle entra dans la friterie.
Lorsque nous la rejoignîmes, elle était déjà en train de commander des
keftas crus avec des frites.
« Vous savez, plaisanta le serveur tandis qu’elle payait, vous êtes ma
seule cliente vampire.
— On est en 2010, répliqua-t-elle en souriant. Il faut bien s’intégrer à la
société humaine. »
Je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant dire ça, tellement c’était
éloigné de son mode de pensée.
« Hey, t’es un garçon ou une fille ? »
La remarque provenait d’une table à l’entrée, où trois jeunes hommes étaient
assis. Je ne sais pas à laquelle d’entre nous elle était destinée : Bille
était après tout on ne peut plus masculine, et je me faisais moi-même
régulièrement traiter de travelo. Mais Morgue décida que c’était pour elle, et
elle s’approcha à grand pas de leur table.
« Excusez-moi, demanda-t-elle en souriant, je n’ai pas bien pu
entendre, j’étais en train de payer. Vous pouvez répéter ? »
Je levai les yeux au ciel et décidai de passer ma commande pendant que
Billie regardait l’altercation. Moi, je savais déjà comment ça allait se
terminer.
« Je me demandais si tu es un gars ou une fille. Parce tu ressembles à
un gars, mais tu portes une... »
Le type n’eut pas le temps de terminer sa phrase, parce que Morgue avait
resserré sa main sur sa gorge et l’empêchait de respirer. Ses deux amis se
levèrent pour l’aider, mais il suffit à la vampire d’un regard lourd de
signification, avec ses canines sorties au maximum, pour les en décourager.
« Salade, tomates, oignons ? demanda le serveur, qui devait être
lui aussi habitué à ce genre de situation.
— Ouais. Avec un coca, s’il vous plaît. »
Pendant ce temps, à l’autre bout de la pièce, Morgue avait approché ses
canines à deux centimètres de la jugulaire de l’importun.
« Tu sais, espèce de poche à sang géante, la question que tu as posé
n’est vraiment pas polie. Ça fait un peu, genre, je veux savoir si tu es une
proie potentielle. C’est comme si je te demandais de quel groupe sanguin tu es.
Tu n’aimerais pas ça, hein ? »
Le type déglutit bruyamment, et je devinai que mon amie souriait.
« Vous savez quoi ? Je suis de bonne humeur. Alors vous allez
partir gentiment avant que je réalise que je n’ai pas la bonne sauce Ketchup
pour aller avec mes frites. »
Les trois hommes déguerpirent, pendant que Billie me jetait un regard
triomphant.
« Il y a définitivement une corrélation, nota-t-elle.
— Elle ne l’a pas frappé », protestai-je.