Vernis & Sécateur

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samedi, janvier 28 2012

On ne peut pas faire confiance aux démons

Un peu de publicité pour soi-même ne faisant jamais de mal, j'en profite pour signaler qu'une nouvelle nouvelle[1] est disponible à la lecture sur mon site le site de Lizzie Crowdagger, RêveriesOn ne peut pas faire confiance aux démons. On y retrouve les personnages d'Alys et Lev, que vous avez peut-être déjà croisées si vous lisez ce blog régulièrement.

Bon, honnêtement, je ne trouve pas exactement que ce soit la meilleure nouvelle que j'ai jamais écrite, vu que notamment c'était censé être la scène d'ouverture pour un prochain roman, mais d'un autre côté c'est gratuit et vu que Megavideo a été fermé, il faut bien que vous vous occupiez, non ?

Notes

[1] Ouais, je trouve aussi que ça sonne mal comme formulation, «nouvelle nouvelle». Mais «nouveau texte court», ce n'est guère mieux.

jeudi, octobre 27 2011

Le contraire d'hystérique

À la base, ça devait être un monologue pour un personnage de roman, mais je n'ai pas trouvé où caser le passage, et comme je n'avais pas envie de l'avoir écrit pour rien, je me suis dit que je pouvais le faire partager.


Vous nous regardez avec un air plein de dédain et vous nous dites : vous n'êtes qu'une bande d'hystériques.

Vous n'avez aucune idée d'à quel point vous avez tort.

La vérité, c'est que nous n'avons rien d'«hystériques». La vérité, c'est que nous vous écraserons, nous vous réduirons en miettes, vous arracherons les testicules auxquels vous accordez tant de valeur, nous vous les ferons avaler de force, nous vous regarderons agoniser lentement et vous vider lentement de votre sang. Nous vous réduirons en cendres et nous les éparpillerons aux quatre vents.

Et tout cela, nous le ferons de sang froid, de façon calme, détendue et zen.

Vous nous regardez d'un air plein de dédain et vous nous dites : vous n'êtes qu'une bande d'hystériques, mais la vérité, c'est que vous ne méritez même pas notre hystérie. Uniquement l'élimination brutale, violente et on ne peut plus définitive.

mercredi, octobre 26 2011

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) – communiqué alternatif

Parce que, ouais, les espèces de «communiqués» sérieux c'est chiant, voilà une version un peu plus fun (en tout cas selon moi, vous avez le droit de ne pas être d'accord).


Vous avez toujours trouvé que les biographies trans manquaient de guns et de motos ? Vous n'avez jamais compris cette obsession pour la poésie chez les auteures lesbiennes ? Alors vous aimerez «Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», de Lizzie Crowdagger (et illustrée par Rose Butch), située entre «Buffy», «True Blood» et «Sons Of Anarchy», mais avec plus de gouines.

«Une parfaite illustration de la dialectique post-moderniste foucaldienne troublant le genre de manière subversivement queer.»

Butler (Gerard)

«Un torchon pire que le Hellfest et la Pride réunis.»

Christine Boutin

«Les lesbiennes ne sont pas des femmes. Et je ne parle même pas des vampires lesbiennes.»

Monique Wittig

«Ce roman montre à quel point le patriarcat nous aliène.»

Ellen Ripley


Et sinon, si vous avez du goût et que par conséquent ce bouquin vous intéresse, vous pouvez soit le commander sur le site TheBookEdition, soit en contactant l'auteure par mail (crowdagger at reveries point info), soit en passant au centre LGBTQIF de Lille, 19 rue de Condé, pendant le Festival Ô Mots des Flamands Roses (c'est-à-dire, jusqu'au 12 novembre).

samedi, octobre 22 2011

Sortie du livre «Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)»

Voilà le pseudo-communiqué vaguement «sérieux» copié/collé de Rêveries.info pour annoncer la sortie de mon nouveau livre, que vous pourrez trouver (en plus de sur Internet) au centre LGBTQIF de Lille, 19 rue de Condé, pendant toute la durée du neuvième Festival Ô Mots des Flamands Roses (c'est-à-dire, du 20 octobre au 12 novembre).


Lizzie Crowdagger a le plaisir de vous annoncer la sortie de son nouveau livre, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires). Constituée de trois histoires où l'on suit le parcours de la narratrice, Cassandra, et d'un gang de lesbiennes surnaturelles, cette oeuvre mélange thématiques féministes, lesbiennes et trans, avec une intrigue fantastique.

Afin d'avancer dans son parcours transsexuel, Cassandra décide de se procurer des hormones de manière illégale, sans se douter que l'association lesbienne à laquelle elle s'adresse sert en fait de couverture à un gang de motardes surnaturelles.

Depuis sa première sortie en Harley jusqu'à sa participation à des règlements de comptes, Cassandra nous raconte son histoire. Elle parle aussi de son combat et des différents obstacles auxquels elle a dû faire face dans sa quête d'identité :

Comment obtenir des hormones et trouver un médecin compréhensif ?

Peut-on être acceptée par des lesbiennes surnaturelles lorsqu'on est une pathétique mortelle ?

Comment faire comprendre à sa mère que son fils est en fait une fille ?

Et, surtout, que faire face à une vampire bikeuse qui a envie de vous pour son quatre heures ?

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Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) peut être commandée au prix de 12€ sur le site de l'auteure ou sur The Book Edition.

Illustrations par Rose Butch.

Extrait :

« C’est là », expliqua-t-elle.

Je me tournai et aperçus un bar plutôt voyant dont la devanture proclamait fièrement : « From L, pour les filles de la nuit ». Je trouvai étrange de ne l’avoir jamais remarqué jusqu’à ce qu’elle me le montre du doigt. Ce n’était pourtant pas un lieu discret.

« C’est là depuis longtemps ? demandai-je. Je passe dans cette rue régulièrement, et...

— Filtre perceptif, expliqua Valérie tandis qu’elle déverrouillait la porte. Ça pousse les esprits non entraînés à regarder ailleurs. Sauf si on sait ce qu’on cherche...

— Je comprends mieux l’expression « lesbienne invisible », maintenant... »

Elle me jeta un regard blasé avant de me faire entrer dans le bar.

« On est fermées aujourd’hui, dit-elle en allumant la lumière. D’habitude, l’ambiance est quand même un peu plus chaleureuse. »

Elle s’assit à une table et je la suivis, en prenant le temps de regarder la décoration. Le tout était très sombre et faisait un peu mélange entre bar gothique et hangar désaffecté : les têtes de mort et les bougies noires, ainsi qu’un impressionnant réfrigérateur relooké en cercueil, cotoyaient de gros tuyaux métalliques rouillés et des vieux barils qui servaient de tables.

« J’ai ce que tu veux », annonça-t-elle.

Elle sortit triomphalement un gros sachet en plastique de son sac à dos.

« Hormones féminines, modèle « gel à tartiner ». Rassure-toi, ça tache moins que le Nutella. »

La porte du bar s’ouvrit soudainement et une grande blonde aux cheveux courts et à l’allure de métalleuse — pantalon noir à sangles, blouson en cuir de la même couleur, croix inversée, tout y était — entra d’un pas rapide avant de refermer la porte brutalement.

Elle nous dévisagea ensuite tour à tour, s’attardant un peu trop longuement sur moi à mon goût.

« Salut, Morgue, lança Valérie.

— ’lut, Val », répondit la nouvelle venue.

Après quoi, elle se tourna à nouveau vers moi et me désigna du doigt. Je pus au passage constater qu’elle avait des ongles noirs suffisamment longs pour pouvoir prétendre au titre de griffes.

« C’est quoi, ça ? »

Valérie soupira, et je sentis le sang me monter aux joues. Je m’étais déjà fait traiter de travelo dans la journée, maintenant « ça » ? Je commençais à en avoir plus que marre.

« Vous avez un problème parce que je suis transsexuelle ? » demandai-je sur un ton agressif.

Morgue s’approcha de moi et retroussa ses lèvres, dévoilant des canines proéminentes.

« Non, j’ai un problème parce que tu es de la nourriture. Ce qui n’est pas un mal en soi, vu que j’ai méchamment la dalle. Seulement, on n’a plus le droit de manger les humains, de nos jours, quoique je suis en train de me dire que je pourrais faire une exception à mon régime. »

Valérie prit une grande inspiration et se tourna vers la vampire — cette fois-ci, je n’avais pas besoin de le demander pour n’avoir aucun doute sur le fait qu’elle en était bien une.

« Morgue, s’il te plaît...

— C’est un endroit secret ! Tu comprends ce que ça veut dire ? Ça veut dire : ne pas amener de putain d’humains !

— On n’est plus un endroit secret, protesta Valérie d’une voix calme. Nous sommes une association légale qui agit au grand jour.

— J’ai voté contre cette décision ! » cria Morgue.

Elle s’assit ensuite à côté de moi et s’intéressa de nouveau à ma personne.

« C’est quoi, ton nom ? demanda-t-elle.

— Cassandra.

— C’est un nom à chier », lâcha-t-elle, lapidaire.

Valérie lui lança un regard mauvais.

« Arrête d’être désagréable, s’il te plaît. Et puis, on était en train de discuter, toutes les deux. Tu ne veux pas nous laisser ?

— Oui, ajoutai-je. Accessoirement, dans la série « nom à chier », Morgue ? Sérieusement ? »

La vampire me regarda dans les yeux avec un air menaçant avant de me montrer ses dents une nouvelle fois.

« C’est bon, soupirai-je, j’ai compris, tu as les plus grandes canines. »

Comme pour me répondre, elle s’allongèrent encore de deux bons centimètres.

« Ouais, fit Morgue avec un sourire. Qu’est-ce que tu viens faire ici, Cassie ? »

Je lui montrai le sac avec les hormones qui traînait sur la table.

« Valérie m’aide à me procurer ce genre de choses. »

La vampire continua à sourire, et ses canines se rétractèrent pour retrouver leur taille normale.

« Alors, tu n’es pas une étudiante qui tient à faire un entretien avec une vampire pour rendre son mémoire un peu plus exotique ?

— Non, soupira Valérie.

— Juste une transsexuelle », ajoutai-je.

Morgue hocha la tête, avant de se lever.

« D’accord, je vous laisse. Je vais grailler. Si on me cherche, je suis dans le bureau. »

Elle allait partir, mais sembla hésiter. Elle me regarda finalement avec un air interrogatif.

« Ton histoire de transsexuelle, ça a quelque chose à voir avec la Transylvanie ?

— Vous ne savez pas ce qu’est une transsexuelle ? » demandai-je, étonnée.

Je réalisai après coup que j’avais pris un ton dédaigneux et que ce n’était peut-être pas la chose idéale à faire face à une vampire assoiffée.

Heureusement, Morgue se contenta de soupirer d’un air blasé.

« Bien sûr que je sais ce qu’est une transsexuelle. Tu crois que tu es la première à venir ici ? C’était simplement une façon, d’une part, de montrer mon dédain envers ces termes trop nouveaux par rapport à mon existence millénaire, et, d’autre part, de caser une anecdote croustillante racontant comment j’avais défait ce connard de Dracula. Mais apparemment, tu n’es pas intéressée par ce genre de choses, alors je laisse tomber. »

Elle commença à s’écarter, puis se tourna une nouvelle fois vers moi en se passant la langue sur les lèvres.

« Oh, et pense à lui filer de la progestérone, aussi. Ça donne ce petit arrière-goût au sang. »

mercredi, août 17 2011

Encore un extrait de nouvelle, sans nom pour l'instant

Voià un petit extrait d'un texte qui fera sans doute partie d'«Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», qui devrait – si tout va bien et que j'arrive à m'activer un peu (ce qui n'est pas complétement évident) – sortir pour le festival Ô Mots des Flamands Roses, c'est à dire courant octobre. Ce passage va sans doute être modifié substantiellement, mais je le trouvais sympa comme ça.


La docteur Steiner retira ses petites lunettes rondes et me dévisagea avec attention ; cela me mettait mal à l’aise à chaque fois qu’elle le faisait. C’était peut-être à cause de ses yeux injectés de sang. La plupart des vampires n’avaient pas des yeux qui sortaient de l’ordinaire, mais elle, si. C’était d’autant plus frappant que le reste de son apparence était plutôt banale : légèrement enrobée, les cheveux blancs et courts, une blouse sur les épaules et un stéthoscope — qui devait être inutile pour la majorité de ses patients — autour du cou, elle correspondait à l’image classique qu’on se faisait d’un médecin, et pas d’un suceur de sang.

Elle venait de me renouveler mon ordonnance pour les hormones qui permettaient de féminiser mon corps. J’en avais pris quelques mois de façon pas très légale, puis Rouge m’avais conseillé d’aller voir ce médecin qui exerçait dans une clinique privée, parce qu’elle était plutôt sympa avec ses patients. La plupart de ses patients étaient morts, mais elle avait accepté de me suivre également.

« Vous avez des bleus sur le visage, constata-t-elle. Et une ou deux coupures.

— Oui », admis-je.

Cela remontait à dix jours plus tôt, et ça ne me faisait presque plus mal.

« Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

— Je suis tombée dans les escaliers. »

Elle se recula dans son fauteuil et me jeta un regard désabusé.

« Vraiment ? demanda-t-elle.

— Oui. Il y a eu une légère altercation dans un bar et j’étais dans les escaliers. Il y avait le type, en dessous de moi et sur le coup, ça m’a paru une bonne idée de lui sauter dessus les deux pieds en avant. »

Steiner ne dit rien, et se contenta de secouer la tête d’un air blasé.

« J’avais vu ça dans un match de catch », argumentai-je.

Évidemment, se réceptionner sur des marches d’escalier était peut-être un peu plus douloureux que sur un ring conçu pour, mais dans l’euphorie du moment je n’avais pas eu le temps de réfléchir à ce léger détail technique.

« Cassandra, soupira mon médecin, votre corps est fragile et ne se remettra pas de tout aussi facilement. Vous devriez en prendre un peu plus soin. »

La vampire eut ensuite un léger sourire, dévoilant ses deux canines.

« Bien sûr, il y aurait une alternative qui vous permettrait de ne plus avoir à gérer les désagréments d’un corps mortel, si vous me suivez ?

— J’y réfléchirai », répliquai-je en attrapant l’ordonnance pour mes œstrogènes.

La plupart des personnes transsexuelles n’osaient pas aller chez le médecin parce que :

  • on les appelait dans le mauvais genre ;
  • on réduisait tous leur problème de santé à leur transsexualité ;
  • on leur demandait sans cesse ce qu’elles avaient entre les jambes ;
  • on les pousser à aller voir un psychiatre ;
  • etc.

Je devais être la seule qui repoussais mes rendez-vous parce que je savais très bien que mon médecin allait me faire remarquer que j’étais toujours mortelle, et que ce n’était pas quelque chose d’incurable.

samedi, juillet 16 2011

Un autre extrait de nouvelle : un étrange message

Voilà un autre extrait de nouvelle (où on retrouve certains personnage de l'extrait précédent, d'ailleurs). Bon, c'est toujours un bout pas complet, mais au moins c'est pas (encore) un texte avorté, alors vous aurez peut-être la chance de voir la suite (et le début) un jour.


Il ne faisait pas encore nuit lorsque j’entrai dans l’appartement de Morgue — elle m’avait donné un double des clés — et je m’attendais à ce qu’elle soit encore endormie, mais elle était en train de jouer à la console sur un écran géant.

Son appartement ne ressemblait pas à celui d’une vampire old-school : il était moderne, bien équipé, décoré avec des affiches de film d’action remplies de nanas avec des gros flingues. Il y avait pas moins de quatre posters d’Ellen Ripley. Bref, l’appartement de Morgue faisait plus typiquement gouine que vampire, du moins pour le salon ; sa chambre, en revanche, semblait tout droit sortie de Dracula.

Physiquement, Morgue était grande — un peu plus que moi — et avait les cheveux blonds et partiellement rasés. Elle portait essentiellement du noir et ce soir n’était pas une exception : elle avait mis un débardeur sombre avec une croix inversée, et une longue jupe en cuir qu’elle ne portait pas souvent, préférant les pantalons.

« Salut, ma beauté mortelle, lança-t-elle en me voyant.

— Coucou, Morgue. Tu progresses bien ?

— J’ai eu une nouvelle épée et j’ai passé deux niveaux. Tes cours se sont bien déroulés ? »

Je embrassai avant de lui répondre. Je ne voulais pas parler de la quête de Billie tout de suite.

« Ceux auxquels j’ai été se sont bien passés.

— Tu as encore séché ? Vilaine, vilaine fille.

— Oui, fis-je en me collant contre elle. Je pense que je mérite d’être punie. »

Morgue sourit, dévoilant ses canines proéminentes, et elle approcha sa main de son visage. Je vis ses ongles noirs s’allonger avant qu’elle ne commence à me caresser le cou.

J’attendis la fin de ma « punition » — qui se révéla loin d’être désagréable — avant de lui demander pourquoi Billie m’avait fait sortir de cours.

« Elle a reçu un message bizarre et part chercher un type qui a disparu ? résuma-t-elle une fois que je lui eus expliqué.

— Et trois chats, ajoutai-je.

— Ça mérite d’annuler notre soirée en amoureuses, alors ? » railla-t-elle.

C’est le moment que choisit son portable pour sonner, avec la musique du générique de Buffy.

« Oui, Billie. Cassie m’a expliqué. D’accord. On se retrouve à la friterie en bas de chez moi, d’ici une demi-heure ? À plus. »

Elle raccrocha ensuite, et haussa les épaules.

« On ferait mieux de l’accompagner. Ce n’est pas que ça m’enchante, mais je me sentirais coupable si elle se faisait tuer.

— Je croyais que tu te moquais du sort des pathétiques humaines ?

— Billie n’a rien d’humain, répliqua-t-elle. C’est une geek. »


*****

Nous descendîmes les six étages qui nous séparaient du rez-de-chaussée et nous retrouvâmes Billie qui nous attendait.

« Salut, Morgue, lança-t-elle en nous voyant. Tu as sorti une jupe. »

La vampire jeta un air mauvais à son interlocutrice.

« Qu’est-ce que ça peut te foutre, la façon dont je m’habille ? »

Billie eut un petit sourire gêné.

« C’est juste que j’ai cru remarquer qu’il y avait une certaine corrélation entre certaines choses.

— Quel genre de choses ? demanda Morgue en allumant une cigarette.

— Tu as tendance à frapper plus de gens lorsque tu es en jupe, je ne sais pas si tu as déjà remarqué ? »

La vampire soupira, et commença à se diriger vers la friterie. Billie et moi lui emboîtames le pas.

« Tu n’avais jamais remarqué ? me demanda-t-elle. C’est comme si elle devait compenser le léger surplus de féminité en étant encore plus agressive que d’habitude.

— Peut-être que c’est juste parce qu’on se prend plus de remarques relous quand on est en jupe, répliquai-je. Et Morgue n’est pas vraiment du genre à laisser passer ça sans rien dire.

— Peut-être que t’as raison, admit Billie. En tout cas, on est d’accord, il y a une corrélation. »

Quelques mètres devant nous, Morgue était en train de jeter sa cigarette, pourtant seulement à moitié consumée, et elle entra dans la friterie.

Lorsque nous la rejoignîmes, elle était déjà en train de commander des keftas crus avec des frites.

« Vous savez, plaisanta le serveur tandis qu’elle payait, vous êtes ma seule cliente vampire.

— On est en 2010, répliqua-t-elle en souriant. Il faut bien s’intégrer à la société humaine. »

Je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant dire ça, tellement c’était éloigné de son mode de pensée.

« Hey, t’es un garçon ou une fille ? »

La remarque provenait d’une table à l’entrée, où trois jeunes hommes étaient assis. Je ne sais pas à laquelle d’entre nous elle était destinée : Bille était après tout on ne peut plus masculine, et je me faisais moi-même régulièrement traiter de travelo. Mais Morgue décida que c’était pour elle, et elle s’approcha à grand pas de leur table.

« Excusez-moi, demanda-t-elle en souriant, je n’ai pas bien pu entendre, j’étais en train de payer. Vous pouvez répéter ? »

Je levai les yeux au ciel et décidai de passer ma commande pendant que Billie regardait l’altercation. Moi, je savais déjà comment ça allait se terminer.

« Je me demandais si tu es un gars ou une fille. Parce tu ressembles à un gars, mais tu portes une... »

Le type n’eut pas le temps de terminer sa phrase, parce que Morgue avait resserré sa main sur sa gorge et l’empêchait de respirer. Ses deux amis se levèrent pour l’aider, mais il suffit à la vampire d’un regard lourd de signification, avec ses canines sorties au maximum, pour les en décourager.

« Salade, tomates, oignons ? demanda le serveur, qui devait être lui aussi habitué à ce genre de situation.

— Ouais. Avec un coca, s’il vous plaît. »

Pendant ce temps, à l’autre bout de la pièce, Morgue avait approché ses canines à deux centimètres de la jugulaire de l’importun.

« Tu sais, espèce de poche à sang géante, la question que tu as posé n’est vraiment pas polie. Ça fait un peu, genre, je veux savoir si tu es une proie potentielle. C’est comme si je te demandais de quel groupe sanguin tu es. Tu n’aimerais pas ça, hein ? »

Le type déglutit bruyamment, et je devinai que mon amie souriait.

« Vous savez quoi ? Je suis de bonne humeur. Alors vous allez partir gentiment avant que je réalise que je n’ai pas la bonne sauce Ketchup pour aller avec mes frites. »

Les trois hommes déguerpirent, pendant que Billie me jetait un regard triomphant.

« Il y a définitivement une corrélation, nota-t-elle.

— Elle ne l’a pas frappé », protestai-je.

dimanche, mars 27 2011

Clair de lune

Voici un petit texte que j'avais déjà posté dans les bonus d'Enfants de Mars et de Vénus. À vrai dire, la raison qui fait que je le reposte ici est surtout bassement un test sur une façon d'intégrer des nouvelles sur blog sans trop m'emmerder et j'avais envie de voir le résultat.

Pour situer le contexte d'écriture, c'était vers la fin des UEEH 2010 où j'avais l'impression d'avoir trop de pulsions de violence féministe pour l'ambiance «oui mais il faut pas être violente, la paix sociale entre les communautés c'est important» et que du coup je me suis défoulée par l'intermédiaire de Lev, qui ne s'embarrasse pas de ce genre de considération. J'avais envisagé à un moment de caser ce passage dans la suite d'Enfants de Mars et de Vénus, mais finalement ce ne sera pas le cas.

Pour finir avant de mettre le texte, je signale que si vous aimez les montées de violence de Lev, elle a aussi écrit un nouveau billet sur son blog : De l'usage du mot «travelo».

Et maintenant, le texte en question :

samedi, août 21 2010

Le test de Rorschach

Voilà un texte que j'ai écrit rapidement et un peu pour «délirer» , entre trois et cinq heures du matin, et qui doit quand même être le troisième texte que j'écris où une trans va voir un psy. Il faudrait que je me renouvelle un peu.


La jeune femme ouvrit d’un geste timide la porte du psychiatre et s’installa en face sur le siège en face de lui.

« Hum, bonjour », fit-elle pour attirer son attention.

Il était effectivement en train de fouiller de façon agitée dans un tas de papiers et n’avait pas semblé se rendre compte de la présence de sa patiente.

« Un instant, madame...

— Dupond.

— Dupond », répéta le psychiatre en fouillant dans la pile de papiers. « Dupond, Dupond, Dupond, Dupond... Ah ! Dupond ! »

Il se tourna d’un air satisfait vers la jeune femme, lui montrant fièrement qu’il avait retrouvé son dossier.

Elle lui rendit son sourire par politesse. Visiblement, ce psy-là semblait encore plus à côté de ses pompes que les autres qu’elle avait eu l’occasion de croiser. Au moins, il avait l’air souriant et était plutôt sexy, avec ses rouflaquettes et son costume bleu. Un peu maigrichon, peut-être.

« Alys Dupond, lut le médecin.

— C’est moi, fit la jeune femme. Et vous êtes le docteur... ?

— Le docteur... répéta le psychiatre. Voyons, vous venez pour... « Dysphorie de genre ». C’est quoi, ça ? Dysphorie de genre ?

— C’est le nom médical pour la transsexualité.

— Oh !

— En fait, il faudrait que vous me signez un papier pour autoriser mon opération.

— D’accord. »

Alys sourit. Au moins, ce psy-là était cool.

« C’est bon ? demanda-t-elle. Vous êtes d’accord ?

— On va faire un test avant, quand même ? Allons, je suis sûr que je les ai vus par là... Ah ! Voilà ! »

Le psychiatre brandit triomphalement une série de planches et les tendit à sa patiente.

« C’est le test de Rorschach ? constata-t-elle. Vous allez vous baser là-dessus pour autoriser mon opération ou pas ? Tout le monde sait que c’est du flan !

— Il a de jolis images, répondit le docteur avec un air bête. J’aime bien les images. Vous voyez quoi ? »

Alys soupira et examina la première planche.

« On dirait une sorte de créature venue d’une autre dimension.

— Vraiment ? demanda le psychiatre en jouant avec le réglage de son fauteuil.

— Ou d’une autre planète, peut-être. Ensuite... Deux clones qui se tapent dans la main. Ou deux frères jumeaux. Sœurs jumelles. Deux personnages pareils, quoi. Rorschach_inkblots.jpg

— Hum-hum », répondit le docteur, qui avait entre temps abaissé le dossier de son fauteuil au maximum.

« Ensuite... Facile ! Deux sorcières transsexuelles ! »

Le psychiatre se redressa et fronça les sourcils, l'air étonné.

« Comment vous savez que ce sont des sorcières ?

— Le chaudron au milieu, montra Alys.

— Ah ! Oui ! Brillant ! fit-il avec un grand sourire.

— Ensuite, un vaisseau spatial rudimentaire. Et puis, un gros papillon. »

Alys reposait l’une après l’autre les planches qu’elle avait déjà examinées sur le bureau.

« Vous êtes sûre que ce n’est pas aussi une créature extra-terrestre ? suggéra le psychiatre.

— Peut-être, admit la jeune femme. Ça expliquerait pourquoi il tient deux fusils.

— Probablement. Vous voulez quel genre d’opération, exactement ?

— Ça ne vous regarde pas », rétorqua Alys sur un ton sec, avant de réaliser qu’elle parlait au psychiatre qui devait décider si, oui ou non, elle aurait droit à cette opération.

« Oh, fit le docteur. Désolé.

— La suivante, reprit Alys, espérant changer de sujet. Je suppose que c’est une sorte de fissure. Une faille. Avec quelque chose qui en sort.

— Vraiment ? demanda le psychiatre en attrapant la planche à son tour. Moi ce que je vois, c’est plutôt...

— Quoi ? demanda la jeune femme.

— Un... enfin... », fit le psychiatre, l’air embarrassé, avant de secouer la tête en grimaçant. « Non, ce n’est pas important. Continuez.

— Des dents. Avec des canines vraiment bizarres. Et la suivante... Hum, je dirais deux mondes qui se chevauchent. Deux mondes parallèles, en quelque sorte. Vous voyez ? »

Le docteur examina la planche et fit une grimace qui voulait sans doute dire non. En tout cas, c’est l’interprétation qu’Alys en fit.

« Vous devez avoir raison.

— Ensuite... Un peu la même chose, sauf que cette fois-ci ils se rentrent dedans. Comme si des bouts d’un monde passaient dans l’autre. Chaque monde étant identique à l’autre, mais en même temps différents.

— Oh, ça, fit le psychiatre sur un ton léger. Ça doit être parce que l’hôpital est bâtie sur une fissure dans le temps et l’espace.

— Vraiment ? demanda Alys.

— Ouais, fit le docteur en faisant tourner son fauteuil. Pas forcément hyper malin de la part des architectes, si vous voulez mon avis. Et cette dernière planche ? »

La jeune femme l’examina un instant, puis fronça les sourcils.

« L’explosion du vortex du temps.

— Quoi ? s’exclama le docteur en lui arrachant la planche des mains. Ce n’est pas possible. Le vortex du temps, c’est quelque chose de solide, de costaud. Il ne peut pas exploser comme ça ! »

Alys haussa les épaules.

« Ce n’est pas de ma faute. C’est ce que je vois.

— C’est mauvais, répondit le psychiatre en chaussant ses lunettes avec un air préoccupé. C’est très, très mauvais.

— Vous êtes vraiment psy ? demanda Alys alors qu’il sortait de la poche intérieur de sa veste un engin bizarre de la taille d’un gros stylo.

— Je suis le Docteur, répondit-il en brandissant devant lui son engin qui faisait maintenant des bruits étranges. Et je crois que nous devrions courir. »


Quelques remarques pour conclure : j'espère que ceux et celles qui connaissent l'auront compris et que ce n'est pas trop obscur pour celles et ceux qui ne connaissent pas, mais le Docteur est supposé être celui de Doctor Who - c'est à dire effectivement pas un psychiatre, mais un Seigneur du Temps.

Je ne pense pas faire de ce texte une vraie nouvelle complète, parce que je ne suis pas très «fanfiction», mais l'idée était évidemment que tout ce qu'Alys voit se produise ensuite.

Bref, je sais pas comment ça rend pour les lecteurs/ices, mais en tout cas moi ça m'a amusée de l'écrire.