Remarque numéro un : oui, y'a plus que des nouvelles ou des extraits sur ce blog. Ça changera peut-être, ou pas.

Remarque numéro deux : c'est un texte que j'ai écrit il y a quelques mois et que j'hésite à publier parce que j'ai un peu peur que ce soit mal interprété, donc je préfère préciser (surtout pour les gens qui me connaissent dans la vraie vie) : c'est de la fiction. De la fiction avec des éléments un peu autobiographiques, je veux bien l'admettre, mais vraiment pas que, et ça correspond pas du tout à mon humeur actuelle, donc voilà, allez pas vous dire que je déprime trop, en vrai, non, c'est juste que j'avais envie de le poster parce que ça ressemble pas trop à ce que j'écris d'habitude (enfin, je trouve).


Parfois, souvent à une heure avancée de la nuit, ou du petit matin, elle est prise d'une sorte de mélancolie violente. Elle ne sait pas trop pourquoi, ni comment exactement. Une vague impression de solitude, de ne pas être à sa place, mêlée à une angoisse liée à son absence de futur.

Alors, elle se met à taper au clavier, ou elle use un stylo sur un bloc-notes en s'énervant parce qu'il ne marche pas bien. Elle écrit, et elle se relit, et elle se dit que ça ne vaut pas grand-chose. Pire, elle trouve qu'elle a un aspect romantico-gothique qui lui déplaît profondément. Elle n'aime pas le coté poète tourmenté.

D'un autre côté, c'est toujours mieux que quand elle se lacère les bras en écoutant du KMFDM, se dit-elle. Niveau romantico-gothique, ça se pose là. Et puis au moins, quand elle écrit, il n'y a pas ces taches et surtout pas ces marques incommodantes sur les bras. Ces marques qui commencent par la faire angoisser lorsqu'elle se demande à chaque fois comment elle va faire pour qu'on ne les remarque pas, et qui finissent par la faire un peu déprimer lorsqu'elle réalise qu'il n'y a pas besoin de faire quoi que ce soit pour qu'on fasse semblant de ne rien voir.

Des fois, elle se dit qu'elle aimerait être capable d'enfoncer la lame plus profond dans sa chair, être capable d'atteindre les veines et de les couper en longueur pour mourir lentement (mais moins lentement tout de même qu'en fumant un paquet et demi de clopes par jour). Et puis elle se reprend, réalisant que sa niaiserie romantico-gothique dépasse vraiment les bornes. Sans compter qu'il y déjà eu un massacre à Columbine et un autre en Finlande par des types qui écoutaient KMFDM, elle ne peut pas se suicider sur cette musique, ce serait ridicule.

Cependant, quand elle écrit sur un bloc-notes ou qu'elle tape sur un clavier, le suicide n'est qu'une pensée lointaine. Une alternative, une possibilité, plutôt rassurante au final. Reposante, en tout cas. Elle lui enlève cette angoisse et ce sentiment d'impuissance face aux défaites quotidiennes dans le combat à mener pour le simple droit d'exister. Un combat qu'elle sait au fond d'elle-même qu'elle n'a aucune chance de gagner, parce que l'adversaire est légion et implacable ; et qui fait pourtant partie des rares moments où elle se sente vivante.

Ce qui explique sans doute que le suicide reste une pensée lointaine : un combat perdu d'avance duquel on est certaine de ressortir anéantie, c'est encore mieux, d'un point de vue romantico-gothique, que de se couper les veines toute seule dans sa baignoire, surtout quand on n'a pas de baignoire.

Et puis, il faut dire que, comme échappatoire, l'écriture reste plus accessible, au final. Moins définitif, certes, mais plus accessible. Cela demande moins de ménage, pour commencer.

Alors, parfois, souvent à une heure avancée de la nuit, ou du petit matin, prise d'une sorte de mélancolie violente, elle tape au clavier, ou elle use un stylo sur un bloc-notes en s'énervant parce qu'il ne marche pas bien. Elle écrit, et elle se relit, et elle se dit que tout cela ne vaut pas grand-chose.

Ensuite, le lendemain, elle finit par tout jeter, en brûlant d'un geste libérateur les feuilles sur lequelles elle a couché ses pensées (lorsqu'elle a écrit sur du papier) ou en supprimant d'un geste moins libérateur un fichier de son disque dur (lorsqu'elle a tapé au clavier).

Parfois, cela aide, et parfois non.