Comme vous l'avez peut-être remarqué, ce blog n'a pas été très mis à jour
ces derniers temps, principalement à cause des fêtes de fin d'année, de passage
chez mes parents, et tout ça.
J'imagine que je serais un peu censée faire un billet critique de la famille
cellule d'oppression, de la symbolique de Noël infâme récupération de la fête
païenne du solstice d'hiver, ou encore de l'aspect capitaliste de la chose,
mais je crois que, point de vue maturité, je n'ai pas encore tout à fait
dépassé le stade du «hiiiii, une occasion de claquer du fric dans des trucs
futiles et de se goinfrer de bûche», alors je vais laisser ces sujets là pour
les grandes personnes et je vais donc me contenter de parler de jeux
vidéos.
Entre parenthèses, c'était le grand désespoir de ma maman, quand je lui ai
annoncé que j'allais transitionner : elle pensait que j'allais enfin
laisser tomber tout ça.
Cela dit, il faut reconnaître que j'y joue vachement moins qu'avant, aux
jeux vidéos (enfin, déjà plus depuis que je n'ai plus de taf). Et que ça a pas
mal changé depuis la période où j'étais une sorte de vraie «gamer».
Par exemple, maintenant, on peut vachement plus customiser qu'avant. Du
coup, sur, mettons, un jeu de course, au lieu que tout le monde ait les mêmes
bagnoles, on peut enfin accomplir son rêve : conduire un gros camion
violet à motif panthère (d'accord, c'est peut-être pas le rêve de tout le
monde). Et ça c'est classe.

Ce qui est encore plus classe, c'est ce qu'on peut faire dans les (enfin,
certains) RPG de maintenant concernant la création du personnage :
maintenant, en plus de la classique articulation sexe/classe/race (entre
parenthèses, c'est quand même à ça qu'on voit comment le monde du jeu de rôle a
influencé les théories féministes... euh... non ?), il est possible de choisir
une myriade de trucs, comme le type de visage, la couleur des cheveux, la forme
des yeux, la taille du personnage, etcaetera.
Devant cette liberté absolue, je me dis que ça me permettra de sortir un peu
des personnages féminins de jeux vidéos habituels, et de me créer à la place
une grosse butch.
Alors on commence par choisir le nom, et je me décide, faisant preuve de
vachement de créativité, pour VonButch. Ensuite, il faut choisir la «race» et
le sexe.
Et déjà là on s'aperçoit d'un certain dimorphisme, du point de vue des
races : autant, chez les mecs, on a des trucs assez variés, du genre le
mec humain ressemble à un humain, soit, tandis que l'androïde mec est une
grosse boîte de conserve à tête de robot, la bestiole mec avec beaucoup en
attaque ressemble à une sorte de mi-humain, mi-nounours, et je dois en oublier.
Alors que chez les nanas, l'humaine ressemble assez logiquement à une humaine,
tandis que l'androïde ressemble... à une humaine avec des petites antennes, et
la bestiole qui frappe fort... à une humaine avec des oreilles bizarres.
Parce que quand même, pour les mecs on peut varier, par contre pour les
nanas il faut quand même qu'elle reste à peu près attirantes et n'aient ni une
grosse tête de robot, ni trop de poils, il faut pas déconner.
Bon, en même temps pour ce qui me concerne, je préfère autant avoir un
personnage humain, alors je continue sans faillir dans la création de ma grosse
butch.
Et là, je réalise que déjà, pour la partie «grosse», ça s'annonce mal
barré : si le jeu permet de choisir sa corpulence ainsi que sa taille, la
fourchette est un peu limité entre «position par défaut», «mince sans
poitrine», «mince avec poitrine» et «légèrement enrobée». Bon, j'exagère un
peu, mais moi je voulais une grosse butch qui soit vraiment grosse et butch, et
pas juste «un peu ronde» et butch.
Je continue néanmoins et passe à la création du visage, des yeux, et tout ça
qui ne me semblent pas hyper différents (chez les mecs j'ai l'impression qu'il
y a des différences dans l'âge apparent et la pilosité du visage, mais pour les
nanas on se contentera d'être jeune, belle, et parfaitement sans poil) et pour
lesquels j'ai un peu du mal à ne pas choisir complètement au pif.
Finalement, on passe aux cheveux, et là, on se rend compte qu'en plus de pas
être «grosse», la partie «butch» de ma grosse butch ne va pas être si facile à
remplir. Toutes les coupes sont vachement élaborées et vachement... ben, avec
des cheveux, pour commencer. Et pas hyper butch, quoi. Après avoir galéré un
moment, je me résigne à prendre le look «crête énorme qui ne tient pas sans un
kilo de gel», qui a l'avantage qu'elle est la seule qui permet d'avoir une
partie du crane tondue, et je passe enfin aux fringues.
Et là, c'est le drame. Parce que, ben quand même, il y a les fringues pour
hommes, et les fringues pour femmes, et ce n'est absolument pas concevable
qu'un personnage féminin porte des fringues pour hommes, et vice-versa. Et par
«absolument pas concevable», je ne veux pas dire que les autres personnages
nous regardent bizarrement, ce qui serait plutôt sympa, mais que c'est juste
techniquement impossible. T'as créé un personnage de fille, tu portes des
fringues de fille.
Alors, je veux pas parler au nom de toutes les butches, mais la plupart des
butches que je connais, et même moi malgré mon côté pintade travelotte quand il
me prend des envies de butchitude, ben c'est pas exactement toujours au rayon
«femmes» qu'elles trouvent leur bonheur et elles ont au moins quelques fringues
achetées en rayon mec.
Là,je raconte pas la galère pour essayer de trouver un haut pas trop
décolleté, un pantalon qui ne soit ni un short, ni une jupe (les deux montrant
la totale absence de poils aux pattes de mon personnage), ni un truc trop
féminin, etc.
Comme quoi, on voit que même dans les univers les plus «science-fiction» ou
«fantasy» censés faire appel à nos imaginations les plus débordantes, les
concepteurs ont un peu de mal à penser un tout petit peu en dehors des normes
de genre actuelles. Et encore, pour ce que j'en ai compris (oui, c'est le
problème de passer son temps à régler sa coiffure et chercher des fringues,
après 15h j'ai toujours pas compris grand chose à comment on jouait vraiment en
pratique) les armures ne sont pas représentées (juste les fringues), ce qui
évite d'avoir le truc classique ou, selon qu'on soit un mec ou une nana, la
même armure sera représentée comme un gros truc protégeant tout le corps ou un
petit bikini en côte de maille.
Après, ça n'empêche qu'honnêtement, j'aime bien ce genre de jeu, et que
j'avoue passer plus de temps à essayer de trouver des nouvelles fringues ou à
jouer sur le look de mon perso qu'à faire de l'expérience pour augmenter mon
niveau, mais quand même, c'est un peu frustrant.
Même si au final ça donne à ma grosse butch un petit côté pédée pas
complétement déplaisant.
Sinon, quand on a un vrai PC pas trop pourri ou une vraie console dernière
génération, il paraît qu'avec ce genre de jeux on peut jouer sur le grand
Internaitte avec plein d'autres gens, et qu'après on a plus de vraie vie.
Eh bien, il y a une étude réalisée sur des joueu·r·se·s d'Everquest qui montre
que, concrètement à l'image qu'on peut en avoir, les femmes passent en moyenne
plus de temps à jouer que les hommes. Par contre, bizarrement (ou pas), elles
ont tendance à mentir à leurs ami·e·s et conjoint·e·s en réduisant ce nombre
d'heures, parce qu'une fille qui joue beaucoup aux jeux vidéos, quand meme,
c'est pas bien.
Et toujours tant que j'y suis, j'en profite pour faire un peu de pub pour le
site anglophone The Iris
Network, que je trouve vraiment intéressant si on s'intéresse à la fois aux
jeux vidéos et aux questions féministes (et aux liens avec d'autres oppressions
comme le racisme ou l'homophobie, aussi).