J'aime bien mes seins comme ils sont.
J'aime bien quand ils sont exposés par un décolleté, ou complètement cachés par un tee-shirt large ou une chemise de bûcheron.
J'aime bien pouvoir ne pas mettre de soutien-gorge sans en souffrir, et j'aime bien aussi mettre un soutien-gorge selon les jours, même si j'apprécierais que les vendeurs de soutien-gorge en vendent à ma taille et que je n'ai pas à faire du bricolage pour avoir à la fois le bon tour de poitrine et le bon bonnet.
J'aime bien m'amuser à les bander, même si c'est assez rare et que je suis assez nulle à le faire.
J'aime bien les deux poils juste à côté de mon aréole gauche et le grain de beauté dessus.
J'aime bien leur taille, parce que ce qui est petit est mignon.
J'aime bien leur forme, même si je la trouve un peu bizarre des fois, mais j'aime bien ce qui est bizarre.
Et j'aime bien les caresser, j'aime bien quand ils sont caressés, mordillés, léchés ou titillés.
Bref, et franchement je ne dirais pas ça de toutes les parties de mon corps, mais mes seins, je les aime bien.
Non, si j'ai envie de les faire siliconer, ce n'est vraiment pas parce que je ne les aime pas sous leur forme actuelle, même si je les aimerais sans doute tout autant sous une forme un peu plus proéminente.
Ce que je n'aime pas, c'est cette espèce de truc méprisant que je ressens dans certains milieux trans, LGBT, féministes, queer, etc. et qui me rend aigrie.
Ce que je n'aime pas, c'est que dans plein d'endroits, le fait que je veuille me «faire opérer» du bas, c'est-à-dire avoir une vaginoplastie, est présupposé d'avance, alors que parler de vouloir me «faire opérer» du haut suscite des remarques pourries.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on attende de moi que j'ai des seins assez développés, mais de manière «naturelle», comme si la nature faisait partie de ma culture.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on attende de moi que j'ai des seins «raisonnables», c'est-à-dire pas trop petits mais pas trop gros non plus, et pas trop aformes mais pas trop ronds non plus, comme si j'étais une fille vachement «raisonnable» par ailleurs.
Ce que je n'aime pas, c'est que des personnes låchent «oh non !» lorsque je leur dis que j'ai envie d'une mammoplastie, alors qu'elles catégoriseraient (légitimement) comme transphobe la même réaction sur d'autres opérations.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on estime avoir le droit de raconter n'importe quoi, y compris de manière complètement misogyne, à propos des seins «refaits» d'une copine.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on présuppose que si j'ai envie de me faire «refaire» les seins, c'est forcément pour rentrer dans certaines normes de genre et de beauté.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on considère que le droit à disposer de mon corps ne doit vraiment être respecté que lorsqu'il s'agit, justement, d'en disposer de manière respectable.
Bref, ce que je n'aime pas c'est cette espèce de situation où la mammoplastie est vu comme une opération un peu honteuse, symbole de vouloir «rentrer dans les normes», d'être une caricature, etc., alors que d'autres types d'opérations sont valorisées comme trop cool et subversives.
Et franchement, ça, ça me donne vraiment envie de me faire siliconer[1].
Notes
[1] Ou pochette-de-serum-physiologiquer, si je comprends bien comment ça marche, mais ça sonne moins bien.