Dans la série Le mot du jour (alias «Comment faire un billet à peu de frais en copiant/collant des définitions»), j'avais envie de changer un peu du vocabulaire LGBT (enfin, surtout L et T, faut bien reconnaître) pour parler d'un mot plus courant que «cis», «shemale» et autre «butch» : salope. Et ses dérivés.
Salope, ça vient à l'origine du mot «sale», «malpropre», comme on peut l'apprendre sur le Wiktionnaire :
L’origine du mot « salope » reste incertaine. Même s’il apparaît clairement que le mot fut employé, dès le début du XVIIe siècle, pour désigner des personnes sales et malpropres, l’origine étymologique du mot est plus trouble.
La première trace écrite du mot remonte à 1607, sous la forme de salouppe, adjectif désignant l’extrême saleté, dans un texte tiré des Œuvres satyriques de Charles-Timoléon de Sigogne 1 :
Or, laissons paistre ceste trouppe de poux, Garnison du pauvre salouppe, En ce vieux haillon de pourpoint.
Il serait probablement composé de la juxtaposition des mots sale et hoppe, forme lorraine de huppe. La huppe ayant en effet la réputation d’être un oiseau sale, du fait de la forte odeur se dégageant de son nid, cet oiseau est dans la langue française synonyme de saleté, comme en témoigne le proverbe « sale comme une huppe », qui donne en lorrain « sale comme une hoppe ».
Étymologiquement parlant, salope n’est pas le féminin de salaud, mais c’est ce dernier, autrefois orthographié sous la forme de salop, qui serait une réfection masculine de salope (c’est-à-dire une modification de forme linguistique guidée par l’usage). En effet, salaude (qui ne s’emploie plus aujourd’hui) apparaît, en tant qu’adjectif, au XIIIe siècle, pour désigner une personne très sale 2, mais le substantif salaud, sous sa forme masculine, n’apparaît pas avant la fin du XIXe siècle 3.
Ce qu'il est intéressant de noter, c'est que la saleté n'a pas vraiment le même sens selon qu'on soit de genre masculin ou féminin.
Salope
Ainsi, la définition actuelle du mot salope est :
1. (Vulgaire) (Péjoratif) Femme de mauvaise vie, dévergondée, débauchée.
2. (Vulgaire) (Péjoratif) Femme méprisable, garce sans scrupules, aux mœurs corrompues et prête à tout pour réussir, avec, en général, une connotation sexuelle.
3. (Par extension) (Vulgaire) (Injurieux) Femme coupable de traîtrise. S’emploie également pour insulter violemment un homme ou pour décrire un individu ne respectant aucune loi ou aucun code.
Salaud et salopard
À l'inverse, salaud, qui est plus ou moins considérée comme la forme masculine de salope, a un sens un peu différent :
1.(Désuet) Celui, celle qui est sale.
2. (Vulgaire) (Injurieux) (Par extension) Personne sans morale, méprisable.
Ainsi, on notera que pour l'homme la saleté n'est pas trop précisée, tandis que pour la femme, il est clair que la saleté a une connotation sexuelle, liée à la «mauvaise vie» ou à la «débauche». Alors que l'amoralité du mot «salaud» n'est pas spécifiée, et donc pas spécialement sexuelle, c'est forcément le cas pour la «salope».
Cela dit, rassurons-nous : il est possible de traiter un homme de «salope». Pas vraiment dans une optique queer ou d'égalité des sexes, mais plutôt de l'insulter en le considérant comme une femme, mon Dieu, quelle horreur.
Un autre mot masculin partageant la même étymologie est salopard, qui là encore n'est pas spécialement connoté sexuellement.
(Familier) Salaud, homme abject, vil, sans scrupules.
Il y a par exemple
un film de guerre qui s'appelle «Les douze
salopards». Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que si un film intitulé «Les
douze salopes» existe, il n'est pas vraiment dans le même genre et que les
protagonistes seraient un peu plus sexualisées.
Réappropriation
Bref, je pense que rien qu'aux définitions on peut voir que «salope» est un mot éminemment sexiste et qui vise spécifiquement les femmes, en particulier celles qui sont «de mauvaise vie». (Être de mauvaise vie, pour un mec utilisant le mot «salope», voulant généralement soit dire «coucher avec d'autres personnes», soit «refuser de coucher avec lui».)
Comme un certain nombre d'autres insultes (pédés, gouines, etc.), «salope» est aussi un mot qui a été réapproprié (pour faire genre plus littéraire, on parlera plutôt d'antiparastase). Notamment par des nanas revendiquant ce terme et refusant par exemple la stigmatisation porté aux femmes n'ayant pas la «bonne vie sexuelle». Évidemment je ne vois pas grand-chose à redire là-dessus (même si personnellement j'aurais un peu de mal, mais bon c'est surtout parce que ça colle mal avec mon côté prude et victorienne).
Par contre, le truc qui m'avait fait vraiment bizarre en arrivant dans le milieu «ailegébété» (oui, dit comme ça, ça fait genre j'ai pris un avion et ai débarqué dans un nouveau pays, ce qui n'est pas tout à fait le cas non plus), c'était de voir à quel point c'était aussi repris par des gays. Le truc qui me mettait mal à l'aise, c'était que, même s'il y avait des exceptions, la plupart des gays qui l'utilisaient n'étaient jamais stigmatisés comme femme et n'avaient jamais été stigmatisés comme femme, et que ben du coup forcément c'est plus fun de se (ré)approprier une insulte sexiste quand on le subit pas vraiment, le sexisme...
Cela dit peut-être qu'en fait c'est très légitime et que c'est juste que je n'y comprends rien parce que je ne suis ni gay ni pédé, hein...