Vernis & Sécateur

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samedi, septembre 25 2010

Liens en vrac

mardi, juin 2 2009

Mais pour le racisme, on laisserait pas faire ! (Ou : des Jeux Olympiques de l'oppression)

C'est une phrase qui revient souvent, quand on parle de sexisme par exemple (ou d'autres oppressions, d'ailleurs), comme façon de faire remarquer que c'est inadmissible : pour le racisme, on ne laisserait pas faire. Pour une phrase raciste, on réagirait. Si c'était un propos raciste au lieu d'un propos sexiste, on excluerait la personne. Etcaetera.

Ça ne marche, du reste, pas qu'avec le racisme, et ça peut aussi être vrai pour d'autres oppressions, comme l'homophobie. On en a vu quelques exemples dernièrement avec l'affaire Orelsan.

Par exemple, Valérie Létard :

les filtres appliqués quand il s'agit de pédopornographie, d'incitation à la haine raciale et d'homophobie ne sont pas applicables à l'appel au viol et au meurtre envers les femmes!

Par exemple, dans le communiqué du Nouveau Parti Anticapitaliste :

Lorsqu'il s'agit d'antisémitisme, de racisme, il n'y a pas tant de polémique, il doit en être pareil vis-à-vis du sexisme et de l'homophobie.

Ce n'est évidemment pas les seuls exemples, et, rien que concernant l'«affaire» Orelsan, j'en ai vu une pelletée sur des blogs ou d'autres sites, avec des exemples plus ou moins douteux[1].

Mais c'est aussi le cas dans la vraie vie : par exemple, je participais il y a quelques temps à une discussion sur les agressions sexistes, homophobes et transphobes dans les milieux alternatifs, et plusieurs personnes disaient que si les comportements racistes étaient combattus, ce n'était pas le cas des comportements sexistes.

Etcaetera, etcaetera.

Si ce genre de comparaison part souvent d'un bon fond - montrer que le sexisme (ou l'homophobie, la transphobie, etc.) - ne doit pas être ignorée et doit être critiquée, il y a quand même un léger petit détail.

Oh, rien du tout.

C'est que dans tous les cas où j'ai vu cette comparaison être faite (je pars dans la vraie vie, pas pour des blogs ou autres communiqués dont je ne connais pas les auteures), c'était par des blanc/he/s.

Autrement dit, des personnes qui sont assez peu enclines à subir le racisme et sont, au contraire, plutôt dans la catégorie dominante. Donc du coup faire la comparaison semble un peu douteux, puisqu'il s'agit de comparer d'un côté une oppression qu'on subit et de l'autre une oppression qu'on ne subit pas. Pas étonnant que la seconde semble moins présente, plus activement combattue, etc.

Par ailleurs, même lorsqu'une personne subit effectivement deux oppressions, le fait est qu'elles sont différentes et ont toutes deux leurs spécificités, et qu'elles peuvent s'appliquer de manière différente avec des aspects différents. Certes, on peut dire que dans certains cas précis on ressent plus l'une que l'autre, mais faire des généralités pour dire que l'une est plus tolérée que l'autre me parait compliqué.

Par exemple, moi, je subis la transphobie et la misogynie[2]. Et je n'ai pas peur de dire que dans certains cadres (par exemple certains milieux féministes), la transphobie me semble clairement moins combattue, voire acceptée, que la misogynie (cf par exemples tous les sites, vidéos, etc. féministes qui trouvent acceptables de diffuser Raymond ou Jeffreys). Et dans d'autres cadres (par exemple, certains milieux LGBT), ce sera l'inverse.

Donc du coup je ne pense pas que cela soit vraiment utile de jouer à qui a la plus grosse oppression et à les mettre en opposition.

Surtout que, de plus, les oppressions se cumulent de manière plus compliquée qu'une simple addition, et je pense que ce genre de propos (le racisme on n'accepte pas, alors que le sexisme oui) risque fort d'invisibiliser la situation des personnes qui subissent les deux oppressions. En l'occurrence, dans ce cas, sexisme et racisme, et même si en tant que blanche je suis mal placée pour en parler, il me semble que dire que le racisme est «bien dénoncé» par rapport au sexisme c'est rendre encore plus difficile de dénoncer la façon spécifique dont le sexisme s'applique aux femmes racisées (notamment, via une forme d'exotisation).

Notes

[1] Par exemple le fait que l'État français condamnerait le racisme mais subventionnerait le sexisme puisque les concerts où jouait ce chanteur avaient des subventions d'état. Alors que c'est bien connu, l'état ne subventionne pas du tout les flics qui effectuent des contrôles au faciès, envoient en centre de rétention et expulsent des gens dont le seul tort est de ne pas avoir les bons papiers.

[2] Je mets misogynie plutôt que sexisme parce que ce dernier terme me semble être plus large et engloberait aussi la transphobie, rendant la comparaison un peu absurde.

jeudi, mars 26 2009

Retour sur «l'affaire» Orelsan

Bon étant donné que j'en ai parlé et que, comme dirait le Web 2.0, ça «buzze» beaucoup sur le sujet, je voudrais revenir deux secondes sur le «cas» Orelsan, parce qu'évidemment ,quand les médias s'emparent d'un truc féministe, il faut qu'ils s'empressent de l'instrumentaliser à des visées plus ou moins racistes.

Ainsi de l'article «Des bloggeuses révoltées contre un rappeur», qui explique gentiment que c'est symptomatique du rap en faisant le lien avec les cités, mais explique aussi que sexisme, haine de la police et de Zemmour, meme combat :

Entre les appels à la haine de la police, les contrats mis sur la tête d’Eric Zemmour et OrelSan qui menace d’avorter sa copine à l’Opinel, on est ici dans une culture de la provocation très djeunes, peut-être même un canular. Les plus offensifs, diront même qu’on s’attaque à la culture des cités et que la jeunesse est décidément incomprise.

Valérie, sur son blog, a déjà dénoncé cet amalgame douteux, mais je tiens à y mettre aussi mon petit grain de sel, parce que c'est le genre de chose qui me gonfle.

Le problème n'est pas qu'un morceau de musique comme «Sale pute» d'Orelsan (qui est une liste des horreurs qu'il voudrait faire à la nana qui l'a trompé) serait une exception limitée aux «técis» dont sortiraient forcément tous les rappeurs. Bien au contraire. Le problème est, justement, qu'il ne s'agit en rien d'une exception, d'un accident, mais au final de ce qui relève de l'idéologie dominante, à savoir que n'importe qu'elle femme peut se faire traiter de «pute», que «pute» est censé être un qualificatif particulièrement infâmant, et surtout, surtout, qu'il est parfaitement légitime de se sentir le propriétaire de sa compagne, et donc que, si elle a le malheur de coucher ou d'échanger avec quelqu'un d'autre, il est parfaitement naturel de réagir et de vouloir la violer, la mutiler, la torturer.

Après tout, c'est normal, c'est la faute de la femme, elle avait qu'à rester fidèle, la chienne.

Et ce n'est pas propre au rap: quand Johnny Hallyday dit

Je l’aimais tant que pour la garder je l’ai tuée

c'est moins vulgaire, mais ça revient de fait au même : aimer une femme, c'est en faire sa propriété, et donc avoir le droit de la tuer pour la «garder».

De la même manière quand Orelsan est homophobe et dit :

Les mecs fashion sont plus pédés qu'la moyenne des phoques

ou encore

  Les mecs s'habillent comme des meufs

C'est exactement la même chose que justement défend Eric Zemmour, que l'article de France-Infos place en opposition : halte à la féminisation de la société ! Vive l'homme fort, pas, en gros, la tapette qui laisse sa femme le tromper. Et le morceau «Sale pute», qui glorifie le désir de violence masculine, n'est finalement pas si différent de phrases comme

Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d'homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité. De la différence des sexes. Il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l'homme est un prédateur sexuel, un conquérant.

Là encore, c'est moins vulgaire, mais finalement, c'est exactement la même idéologie.

Il ne s'agit donc pas, contrairement à ce que voudraient faire croire certains, de stigmatiser le rap parce qu'on n'y comprendrait rien, ou de considérer que le rap est particulièrement sexiste.

Il s'agit juste de dénoncer et de lutter contre le sexisme, l'homophobie et la transphobie, qu'ils viennent de rappeurs, mais aussi de chanteurs «classiques», de «philosophes», de députés, de sénateurs, du pape ou de n'importe qui d'autre.