Bon, vous l'aurez peut-être remarqué, les vampires sont assez à la mode ces derniers temps, qu'il s'agisse du film Twilight, de la série télé True blood ou de tous les bouquins sur les vampires qu'on peut trouver à la Fnac.
Vous l'aurez peut-être remarqué aussi, mais je suis quand même un peu une fashion-victim (et accessoirement que si j'étais hétéra ou pédé que je serais plutôt attirée par Spike), et du coup j'avais un peu commencé moi-même à écrire une nouvelle (ou, car c'était plus ambitieux, une série de nouvelles) avec des vampires, dont le tout début est lisible ici.
Vous l'aurez peut-être également remarqué en constatant que les images très jolies de plans cadrés uniquement sur les lèvres ensanglantées ne concernaient que les vampires de genre féminin ou que les trucs du genre «dictionnaire amoureux des vampires» érotisaient à 95% les vampires femmes, le traitement des vampires n'est pas exactement dépourvu de sexisme.
Du coup ça me questionne un peu sur moi comment j'ai envie de traiter ça. De fait j'ai déjà eu plusieurs personnages vampiriques dans des textes, mais je me dis que les placer dans des univers contemporain pose les questions de façon un peu différente.
Ce qui me semble intéressant avec les vampires, c'est que l'acte du «buvage de sang» a souvent été très liée avec la sexualité, et notamment avec l'homosexualité, qu'il s'agisse des scènes lesbiennes de Carmilla ou de la relation entre Louis et Lestat dans Entretien avec un Vampire. Ça a souvent aussi été associée à l'idée de tabou et de désir subversif et pas acceptable par la société, ce qui pour moi peut aussi servir de métaphores à des pratiques BDSM ou considérées anormales ou «extrêmes».
Un autre aspect que je trouve intéressant c'est la notion de consentement et de responsabilité. Les vampires sont souvent présentés comme étant complètement rongés par le désir et incontrôlables, et du coup pas vraiment responsables de leurs actes. Quelque part si on se fait mordre parce qu'un vampire n'a pas pu résister à votre décolleté et au battement de votre coeur, c'est que vous l'avez un peu cherché. J'avoue que ce genre de portrait du vampire me questionne, surtout quand par ailleurs c'est dur de ne pas voir une analogie avec la justification des violences commises par des hommes : c'est la faute à la testostérone, ils ont été provoqués, le désir est incontrôlable, etc. Du coup le fait de présenter ce «désir incontrôlable» du vampire comme parfaitement naturel et une hypothèse de base non discutable de l'univers de fiction me pose problème.
Du coup c'est là-dessus que j'aurais envie de travailler dans mon univers à moi, même si j'avoue que je ne sais pas encore exactement sur quelles bases. Par ailleurs je trouve qu'il y aurait aussi un parallèle à faire entre le paradigme apparu dans certaines oeuvres récentes du vampire acceptable par la société tant qu'il ne boit pas de sang humain, et par exemple les homos accepté·e·s tant qu'ils et elles ne font pas trop folles ou trop gouines, les trans accepté·e·s tant qu'on les prend pour des cisgenres, ou encore des immigré·e·s qu'on tolère à condition qu'ils·elles oublient leur culture d'origine.
Concernant les loups-garous, j'ai un peu moins de réflexion, même s'il y a certains thèmes qu'il me semble qu'on retrouve en commun avec les vampires, notamment concernant l'aspect «incontrôlable», même si le loup-garou de base va plutôt être violent que sensuel. Par ailleurs, le loup-garou qui peut garder une conscience humaine le reste du temps va être plus prompt à soit regretter ses actes (mais avec la logique que, quand même, il n'est pas vraiment responsable), soit vivre complètement une double vie.
Un autre thème qui me semble abordé dans les oeuvres de fiction récentes c'est la question de la meute et des rapports de domination/soumission, non pas cette fois-ci dans un style BDSM mais comme un mode de fonctionnement naturel.
Bizarrement, il me semble qu'il y a moins de sexualisation de loups et de louves garous, alors que perso j'aurais tendance à trouver que le fait de pouvoir se retrouver à mi chemin entre humain et animal, avec plein de poils, des griffes et tout ça, peut donner des idées de butch-garou assez... hum, je m'égare... De fait, il me semble qu'il y a, à part dans quelques utilisations des changements à la pleine lune comme métaphore des règles, beaucoup moins d'imagerie de louves-garous qu'il ne peut y en avoir de femmes vampires. À croire que la butchitude est vue par les mecs hétéros comme moins sexy que des visages super féminins et parfaitements lisses.
Voilà, ça peut paraître un billet un peu décousu et hors-sujet, mais je trouvais intéressant pour une fois de ne pas partager uniquement la version complète et rédigée d'un texte de fiction, mais aussi les réflexions préliminaires sur la construction de l'univers. Autant j'admets complètement utiliser les vampires, les loups-garous et autres créatures surnaturelles avant tout comme une façon d'apporter quelque chose d'un peu fun, de, osons le dire, exotique et sexy, mais aussi (ça c'est mon côté flemmarde) pour rendre le côté «pas spécialement réaliste» plus claire dès le départ ; autant je pense que c'est quand même important de se questionner un peu sur les choses qu'on reproduit dans des textes de fictions, et de savoir si on veut les reproduire ou pas, plutôt que de se servir de la fiction surnaturelle pour, au final, «naturaliser» des comportements[1].
Notes
[1] Pour reprendre un exemple évoqué plus haut, le fait de dire «ben oui, dans mon univers les vampires sont incontrôlables et donc pas responsables, je dis pas que c'est pareil pour les humains mais dans mon univers c'est comme ça», ou dans un autre cadre de dire «ben oui, dans la Fantasy il y a des races bien clairement séparées, dont certaines sont par essences mauvaises et maléfiques, mais rien à voir avec le racisme dans le vrai monde» me paraissent pour le moins un peu facile et une façon de se dédouaner de sa responsabilité sous couvert de fiction.