(Note préliminaire : ce texte a été écrit il y a un certain temps et je n'avais pas trop assumé de le publier. Du coup j'avais un peu hésité à le mettre sur le blog de Lev, pour faire genre «c'est pas moi», et puis finalement je me suis dit qu'il fallait que j'assume d'être anti-queer et anti-sexe, finalement.)
Et de temps en temps des personnes viennent m'expliquer à quel point il faut absolument assister à telle représentation queer, ou que telle ou telle chose est queer et donc géniale, voire me mettent dans le lot des queers'.
Bon, des fois, je comprends, on a parfois des vocabulaires différents, et même quand ce n'est pas le cas je respecte vachement l'origine du mot queer, qu'il s'agisse de la réappropriation d'une insulte proférée par des homophobes et transphobes (ou d'ailleurs de «bizarrephobes» de manière générale) ou de la référence à une théorie qui, à la base, analyse les rapports d'oppressions. Et j'aime bien le slogan «not gay as in happy, queer as in fuck you».
Le problème, c'est que ces derniers temps, et en tout cas dans certains espaces, c'est plutôt «queer as let's fuck now» et l'aspect «analyse des rapports d'oppressions» semble se transformer en «gommage des rapports d'oppressions».
Qu'est-ce qui est «queer» dernièrement ? Bizarrement, pas les personnes qui viennent pointer du doigt que ça, c'est une oppression, que là-dessus on invisibilise une catégorie de personnes, etc. Ça, c'est les chieuses. Ce n'est pas non plus les personnes qui essaient de pondre des analyses politiques des rapports d'oppression. Ça, c'est les frustrées. Et puis, quel besoin d'analyse politique ? La bible du «queer as in let's fuck now», c'est Butler, et comme personne ne comprend Butler parce que Butler est incompréhensible, on remarque qu'elle répète vachement le mot «performance» ou «performativité» et on se dit, du coup, que pour être vraiment «queer» il faut être «performeur» ou «performeuse», voire «performantE».
Et voilà l'essor du «queer» ces derniers temps : les «performances», comme les spectacles vachement subversifs parce qu'on joue sur le genre et que c'est trop révolutionnaire et qu'on n'a pas vraiment à s'emmerder avec des concepts chiants comme le féminisme, les rapports d'oppressions, la politique, etc. Ça, c'est chiant. Le queer, c'est fun.
Ça et la pornographie. Parce que le sexe, c'est tellement dévalorisé dans notre société qu'il faut pouvoir en parler. D'ailleurs, on ne parle jamais de sexe dans la vie courante, on n'a jamais personne qui se vante de son nombre effarant de partenaires, on valorise tellement l'absence de sexe que «puceau/pucelle» n'est jamais utilisé comme une insulte, on ne considère pas du tout qu'on est quelque part un peu défini par le nombre de personnes qu'on est capable de «pécho».
Et donc, de temps en temps, je me retrouve à devoir regarder un type qui n'a aucune analyse des rapports d'oppressions dans ce qu'il fait (par exemple du rapport à la misogynie quand t'es une meuf et du coup que tu dois te taper de l'«humour» ou des clichés sur certains trucs) et où c'est forcément hyper subversif parce qu'il est hyper maquillé et qu'il se fait appeler par un prénom féminin le temps du spectacle.
Alors oui, je suis trop queer, je le confesse : ça m'arrive d'écouter Marilyn Manson. Pour le reste, la soi-disant «subversion» à deux balle, les post-performances, la «visibilité» (des beaux/belles, en tout cas) par le porno, merci, mais non merci.