Vernis & Sécateur

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Tag - psychiatrisation

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mercredi, décembre 23 2009

Les psys et moi

La première fois que j'ai rencontrée une psy - une psychologue, je crois, un truc comme ça, mais je n'en suis pas sûre - je devais avoir neuf, dix ans. Je ne sais pas exactement les raisons qui ont motivé ça (on n'a pas trop pris la peine de m'expliquer, ou alors j'ai oublié) mais il me semble que c'était parce que je ne jouais pas assez avec les autres enfants, des trucs comme ça. Dans l'ensemble, ce n'était pas très pénible : ça se passait à l'école, pendant les heures de cours et heureusement c'était plutôt ludique et pas «mon enfant, veux-tu faire le test de Rorschach ?». Je me rappelle qu'il y avait une histoire où il fallait que j'arrête de dire «je ne sais pas» et plus exprimer ce que je voulais. J'ai jamais été trop douée pour ça, je dois dire.

La deuxième fois, c'était un peu après, et c'était vachement plus chiant, notamment parce que ça me bouffait une partie du mercredi après-midi au lieu du cours de français. Là encore, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que c'était un mec et que je ne l'aimais pas trop. J'ai arrêté d'aller le voir assez rapidement, et c'était très bien comme ça.

La troisième fois, je devais avoir quinze ans, et là ça prenait vraiment la forme d'une «vraie» psy qui ne faisait pas le minimum d'effort pour qu'un enfant fasse un peu d'attention à lui. Résultat : je me contentais surtout de rester silencieuse, sans trop savoir quoi dire, et on se regardait en chien de faïence pendant une demi heure. C'était assez pénible, l'un dans l'autre. Pourquoi est-ce que j'avais été envoyée là ? À cause de mes problèmes de poids, parce que ça devait forcément venir d'un malaise dans ma tête. Peut-être, je n'en sais rien, mais du coup je ne suis pas persuadée que m'imposer une psy ait été vraiment le meilleur moyen de résoudre ça. Un peu après, ma médecin généraliste a constaté qu'effectivement, ça ne marchait pas, et a décidé de plutôt me prescrire des anti-dépresseurs (du prozac). Ben ouais, y'avait pas encore la pillule Alli, elle faisait comme elle pouvait.

La quatrième, c'était il n'y a pas si longtemps, quand j'ai commencé ma transition. En soi, c'était toujours quelque chose d'imposé - je m'en serais bien passée si j'avais pu faire autrement - mais c'était quand même moi qui avait fait la démarche (même si c'était dans l'objectif avoué d'avoir une autorisation pour des hormones), ce qui était une première. Dans l'ensemble elle était relativement cool et assez à l'écoute, même si par moments elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir ses conseils destinés à la transsexuelle type qui, la plupart du temps, tombaient à plat[1]. Le truc dommage c'est qu'il y a plein de choses dont je n'osais pas parler parce que je savais qu'elle était dans une certaine position de pouvoir par rapport à l'obtention ou non d'un traitement hormonal[2].

La cinquième, c'était celle de l'équipe auto-proclamée officielle de Marseille, spécialiste ès transsexualité, qui était un sacré numéro (dont j'ai un peu parlé ici). Je ne l'ai vu qu'une fois, mais elle a eu le temps de me dire que j'étais trop «énorme» pour être trans et que j'allais devenir une créature de la nuit[3].

Dans l'ensemble, toutes ces personnes étaient sans doute plutôt différentes les unes des autres et n'avaient pas grand-chose en commun. Certaines étaient cools, d'autres moins. Dans l'ensemble, je continue à penser qu'aller voir un psy peut parfois aider, mais je ne peux toujours pas m'empêcher de trouver craignos que leur seul point commun ait été que j'ai été d'une façon ou d'une autre, obligée d'aller les voir.

Notes

[1] Par exemple, elle m'a expliqué plusieurs fois que les femmes, dans la vraie vie, ne portaient pas des talons aiguilles tout le temps, mais uniquement par exemple pour les soirées ou les trucs comme ça. Je me contentais d'hocher la tête, en m'abstenant de répondre que ma philosophie, dans la vie, c'était que les rangers allaient avec tout et que, par conséquent, je ne voyais pas pourquoi j'aurais mis autre chose.

[2] Ne serait-ce que par rapport au fait d'être gouine, même si elle avait l'air assez cool, ben je savais quand même que beaucoup de psy refusaient encore aux trans homo d'avoir des hormones.

[3] D'accord, techniquement, en ce moment je regarde des Buffys jusqu'à quatre heures du mat, alors j'imagine qu'elle n'avait pas complètement tort

lundi, mai 18 2009

Communiqué de Chrysalide, OUTrans, Pink Freak'x et la LGP Lyon concernant la déclaration de Bachelot

Comme les médias du Kapital relayent majoritairement les euphoriques de la dernière déclaration de Bachelot concernant la soi-disant déclassification comme maladie mentale de la transsexualité, je relaye un communiqué que j'ai eu et qui est plus critique :

Communiqué de presse Roselyne Bachelot : des associations « troublées » par sa déclaration.

Chrysalide de Lyon , OUTrans de Paris , Pink Freak’X de Montpellier et la Lesbian and Gay Pride de Lyon prennent acte de la volonté du Ministère de la Santé de retirer enfin la transidentité de la liste des maladies mentales. Il s’agit d’une revendication portée par nos associations depuis de nombreuses années, et qui a été relayée à l’occasion de la 5e Journée Mondiale de lutte contre l’Homophobie et la Transphobie.

En revanche, nous sommes étonnés que le ministère persiste à définir les trans comme des personnes « qui souffrent de trouble précoce de l’identité de genre », ce qui demeure une présentation pathologisante de la transidentité , à l’instar de l’homosexualité qui était autrefois définie comme « un trouble de l’orientation sexuelle ».

Par ailleurs, le ministère précise également que « Cette déclassification ne veut pas dire renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ». Ceci signifie que dans la pratique, l’avis d’un psychiatre restera nécessaire dans la plupart des situations pour qu’une personne trans puisse obtenir un traitement hormonal.

Rappelons que les critères utilisés actuellement par de nombreux psychiatres qui se présentent comme « spécialistes » excluent notamment les personnes mariées, ayant des enfants mineurs, n’étant pas hétérosexuelles dans le genre revendiqué, séropositives, refusant d’être stérilisées chirurgicalement, etc. Ces personnes doivent pouvoir choisir des médecins qui ont une vision plus humaine de la transidentité . Ils sont heureusement nombreux, mais pas assez entendus, y compris dans le récent rapport de la Haute Autorité de Santé. En effet, ce dernier ne présente qu’une vision pathologisante et stigmatisante des personnes transgenres et transsexuelles.

Nos associations attendent du ministère qu’il rencontre les associations trans pour parler des perspectives d’évolutions de la prise en charge médicale et qu’il traduise par des mesures concrètes ce souhait de retirer la transidentité des maladies mentales : le recours à la médecine doit être facilité et non conditionné à un avis psychiatrique. Les personnes trans doivent avoir le droit de disposer librement de leur corps.

Plus que jamais, nos associations invitent toutes et tous à rester mobilisé-e-s, pour défendre les droits des personnes trans. Ce sera l’objectif de la 14e marche lyonnaise des fiertés Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans du 20 juin prochain, dont le mot d’ordre sera « Respectons la transidentité , Refusons la transphobie ! ».

PS: Et le communiqué d'OUTrans:

Ceci n’est pas une dépsychiatrisation

OUTrans reconnaît le caractère symbolique de l’annonce de Roselyne Bachelot-Narquin du 16 mai 2009.

Cependant cette déclaration ne va pas dans le sens d'une dépsychiatrisation de la transidentité, il s'agit simplement d'une reclassification de l'ALD 23 (affections psychiatriques de longue durée) vers une autre ALD. En effet, la ministre de la Santé a annoncé qu’elle venait de saisir la Haute Autorité de Santé (HAS) «afin de publier un décret déclassifiant la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée».

En pratique, rien ne change pour les personnes trans qui restent considérées comme des malades devant être soumises à un suivi psychiatrique, puisque comme le rappelle le Ministère de la Santé, « cette déclassification ne veut pas dire absence de recours à la médecine, ni renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ou abandon du parcours de prise en charge ».

OUTrans regrette que cette déclaration ne soit pas accompagnée d'autres mesures qui auraient, elles, un impact réel sur la vie des trans, comme :

-la dépsychiatrisation effective de la transidentité,

-la reconnaissance de la transphobie comme discrimination au même titre que le racisme ou l’homophobie, et par conséquent, la prise en compte de la transphobie par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE),

-en partenariat avec le Ministère de la Justice, une facilitation d’accès au changement d’état civil, c’est-à-dire la suppression des obligations de traitement hormonal, de suivi psychiatrique, d’opérations chirurgicales,

-la suppression immédiate de la stérilisation forcée des personnes trans réclamée par les tribunaux,

-la suppression du recours aux expertises médicales, humiliantes et souvent vécues comme des viols, et ce y compris pour les personnes ayant été opérées à l’étranger.

Par ailleurs, puisque Roselyne Bachelot-Narquin semble si soucieuse du bien-être des trans, OUTrans espère qu’elle travaillera à la dépathologisation de la transidentité et à son retrait des listes internationales de maladies mentales (DSM IV et CIM 10) ; et qu’elle encouragera un réel échange entre les pouvoirs publics et les trans, et notamment en ce qui concerne le rapport de la HAS sur la prise en charge de la transidentité en France.