La première fois que j'ai rencontrée une psy - une psychologue, je crois, un truc comme ça, mais je n'en suis pas sûre - je devais avoir neuf, dix ans. Je ne sais pas exactement les raisons qui ont motivé ça (on n'a pas trop pris la peine de m'expliquer, ou alors j'ai oublié) mais il me semble que c'était parce que je ne jouais pas assez avec les autres enfants, des trucs comme ça. Dans l'ensemble, ce n'était pas très pénible : ça se passait à l'école, pendant les heures de cours et heureusement c'était plutôt ludique et pas «mon enfant, veux-tu faire le test de Rorschach ?». Je me rappelle qu'il y avait une histoire où il fallait que j'arrête de dire «je ne sais pas» et plus exprimer ce que je voulais. J'ai jamais été trop douée pour ça, je dois dire.
La deuxième fois, c'était un peu après, et c'était vachement plus chiant, notamment parce que ça me bouffait une partie du mercredi après-midi au lieu du cours de français. Là encore, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que c'était un mec et que je ne l'aimais pas trop. J'ai arrêté d'aller le voir assez rapidement, et c'était très bien comme ça.
La troisième fois, je devais avoir quinze ans, et là ça prenait vraiment la forme d'une «vraie» psy qui ne faisait pas le minimum d'effort pour qu'un enfant fasse un peu d'attention à lui. Résultat : je me contentais surtout de rester silencieuse, sans trop savoir quoi dire, et on se regardait en chien de faïence pendant une demi heure. C'était assez pénible, l'un dans l'autre. Pourquoi est-ce que j'avais été envoyée là ? À cause de mes problèmes de poids, parce que ça devait forcément venir d'un malaise dans ma tête. Peut-être, je n'en sais rien, mais du coup je ne suis pas persuadée que m'imposer une psy ait été vraiment le meilleur moyen de résoudre ça. Un peu après, ma médecin généraliste a constaté qu'effectivement, ça ne marchait pas, et a décidé de plutôt me prescrire des anti-dépresseurs (du prozac). Ben ouais, y'avait pas encore la pillule Alli, elle faisait comme elle pouvait.
La quatrième, c'était il n'y a pas si longtemps, quand j'ai commencé ma transition. En soi, c'était toujours quelque chose d'imposé - je m'en serais bien passée si j'avais pu faire autrement - mais c'était quand même moi qui avait fait la démarche (même si c'était dans l'objectif avoué d'avoir une autorisation pour des hormones), ce qui était une première. Dans l'ensemble elle était relativement cool et assez à l'écoute, même si par moments elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir ses conseils destinés à la transsexuelle type qui, la plupart du temps, tombaient à plat[1]. Le truc dommage c'est qu'il y a plein de choses dont je n'osais pas parler parce que je savais qu'elle était dans une certaine position de pouvoir par rapport à l'obtention ou non d'un traitement hormonal[2].
La cinquième, c'était celle de l'équipe auto-proclamée officielle de Marseille, spécialiste ès transsexualité, qui était un sacré numéro (dont j'ai un peu parlé ici). Je ne l'ai vu qu'une fois, mais elle a eu le temps de me dire que j'étais trop «énorme» pour être trans et que j'allais devenir une créature de la nuit[3].
Dans l'ensemble, toutes ces personnes étaient sans doute plutôt différentes les unes des autres et n'avaient pas grand-chose en commun. Certaines étaient cools, d'autres moins. Dans l'ensemble, je continue à penser qu'aller voir un psy peut parfois aider, mais je ne peux toujours pas m'empêcher de trouver craignos que leur seul point commun ait été que j'ai été d'une façon ou d'une autre, obligée d'aller les voir.
Notes
[1] Par exemple, elle m'a expliqué plusieurs fois que les femmes, dans la vraie vie, ne portaient pas des talons aiguilles tout le temps, mais uniquement par exemple pour les soirées ou les trucs comme ça. Je me contentais d'hocher la tête, en m'abstenant de répondre que ma philosophie, dans la vie, c'était que les rangers allaient avec tout et que, par conséquent, je ne voyais pas pourquoi j'aurais mis autre chose.
[2] Ne serait-ce que par rapport au fait d'être gouine, même si elle avait l'air assez cool, ben je savais quand même que beaucoup de psy refusaient encore aux trans homo d'avoir des hormones.
[3] D'accord, techniquement, en ce moment je regarde des Buffys jusqu'à quatre heures du mat, alors j'imagine qu'elle n'avait pas complètement tort