Tiens, en fouillant dans mes billets pas validés, j'ai retrouvé celui-ci, que je ne me souvenais plus trop avoir écrit, sans doute parce que c'était un soir à 6h du mat après avoir un peu abusé de la vodka (ce qui m'arrive vraiment pas souvent). Du coup je crois qu'il manque une conclusion que j'avais prévue mais dont je n'ai plus la moindre idée de ce que c'était censée être, et le fil directeur est peut-être assez ténu, mais je me suis dit que c'était intéressant de le poster quand même.


C'est drôle, je me rends compte là, maintenant, peut-être parce que je suis un peu plus bourrée que d'habitude, que j'ai tendance à privilégier parfois certaines thématiques, ce qui en soit ne me pose pas plus de problème que ça (je ne peux pas tout faire, et je pense aussi que les choses se passent mieux si je fais avant tout ce qui me motive à peu près, y compris dasn les aspects militants). Sauf que des fois après coup je me rends compte que j'ai zappé des trucs.

Par exemple, mon rapport avec ma médecin actuelle (je ne sais pas comment on est censé féminiser «médecin», ni si on est censée le faire, donc dans ce billet je dirai «une médecin», parce que «une médecine, ça fait bizarre).

Dans l'absolu, je la trouve plutôt cool. Notamment, quand je suis arrivée à Lille et que je n'avais plus ni endocrinologue, ni psychiatre qui me suivaient, elle a accepté de me renouveler mes traitements hormonaux sans m'embêter. Elle est assez sympa, avec plutôt moins de rapport hiérarchiques que j'ai pu avoir chez certains autres de mes médecins. Elle ne me sort pas du «monsieur» toutes les vingts secondes, comme certains autres faisaient. Quand j'étais dans un super bad trip l'année dernière par rapport à mon taf et qu'elle m'a fait un arrêt maladie, elle ne m'a pas fait de grand jugement de moral ni posé plein de questions sur «pourquoi» en voyant que je m'étais fait quelques coupures sur les bras.

Mais je me rends compte que le fait qu'elle soit assez cool niveau «transidentité» m'a peut être conduit à zapper certains autres rapports qu'il peut y avoir, et qui ne sont certainement pas spécifiques à elle.

Par exemple, la dernière fois que j'étais allée la voir, je m'étais dit qu'il faudrait peut-être que je lui parle un jour, et peut-être même à cette séance-là, du fait que j'ai parfois tendance à me faire vomir.

Ce n'est pas un truc évident pour moi d'en parler, parce que, ben, j'en ai assez honte, et que c'est pas un sujet que j'aborde dans beaucoup de discussions et que finalement, parler de transidentité, de BDSM, de sexualité (peut-être pas d'absence de sexualité, par contre) me semblent encore beaucoup plus facile, pour moi, dans les milieux que je cotoye.

Je ne me fais pas vomir hyper souvent, ce n'est pas systématique. C'est rare que ça dépasse les quatre, cinq fois dans la semaine, et ça m'arrive de rester deux mois sans le faire. Mais je le fais quand même, et en dehors du fait qu'il faudrait peut-être que j'en parle à un·e psy un jour si j'en trouve un·e qui est cool sur mes identités gouine, trans, etc. et si la sécu daigne me renvoyer une carte de sécu, en attendant j'aimerais bien avoir une discussion relativement «sans jugement» pour connaître les risques concrets que ça peut entraîner pour moi avec la fréquence à laquelle je le fais.

Malheureusement, cette discussion que j'espérais n'a pas eu lieu, principalement parce qu'elle m'a demandée quel était mon poids actuel, que ça avait en gros carrément augmenté depuis un an, et en gros qu'elle m'a dit de manière gentille qu'il serait bien que j'en perde.

En soi, je pense qu'elle a été carrément moins pire que certains autres de mes docteurs, qui me faisaient passer sur la balance à chaque visite (le truc pas humiliant du tout) et m'expliquaient que, si je ne faisais rien, je mourrais d'un infarctus à 40 ans, ce qui me touchaist assez peu vu qu'après la plupart de ces séances d'humiliation j'avais plutôt envie de ne pas attendre 25 ans de plus et de me couper les veines tout de suite.

Bref, malgré qu'elle soit plus cool que les autres, je n'ai pas osé parler du fait que je me faisais vomir à ma médecin.

Et je ne pense pas que ce soit spécialement une mauvaise médecin, mais qu'elle se place dans un système où tout le monde - médecin ou pas, mais notamment les médecins - a toujours considéré que les choses étaient simples :

  • je perdais du poids, par tous les moyens nécessaires et quelques soient les circonstances, et c'était bien ;
  • j'en prenais, et c'était mal.

Quand on a passé deux semaines hyper malade et qu'on en sort à peine, et que la seule réaction qu'on a n'est pas «c'est cool que tu ailles mieux» mais «c'est bien, tu as perdu du poids» ; quand un médecin prescrit un régime que je lui dit ne pas me sentir capable de suivre, que mes parents arrivent finalement plus ou moins à imposer, et que le médecin trouve positif la séance d'après que j'ai perdu 1 kg, sans voir les traces d'auto-mutilation sur mes bras ; ce n'est pas trop dur d'imaginer pourquoi on en vient à avoir du mal à dire que certains des mécanismes qu'on met derrière le contrôle du poids ne sont pas super sains.

Et au final, ce que je réalise, c'est que ces derniers dix huits mois, j'ai pris plein de poids, pour différentes raisons liées à un changement de vie, de ville, de régime alimentaire, de régime hormonal, etc. C'est chiant. C'est dur à admettre. C'est hard quand on se rend compte qu'on ne rentre plus dans certaines de ses vieilles fringues.

Maintenant, est-ce que je vais vraiment plus mal parce que le nombre qu'indique la balance a augmenté ? Je n'en suis pas complètement sûre.