Ça fait un bout de temps que je voulais faire un article sur ces trois mots, et qu'en même temps je repoussais parce que, franchement, c'est un peu un coup à se prendre la tête (ou à se la faire casser par des gens pas d'accord avec les définitions).

Mais là, ce soir, je suis motivée, alors je me lance. Je précise néanmoins que le sens que je mets derrière des mots relève de ma vision personnelle et n'est pas forcément universel.

Par ailleurs je pense qu'au delà d'une définition "globale", la part d'autodétermination peut jouer un rôle. J'avais vu une citation (que j'aime beaucoup, parce qu'il y a le mot "dialectique" dedans et que je kiffe trop ce mot) de quelqu'une qui disait «les identités sont la dialectique entre la façon dont quelqu'un-e s'identifie et la façon dont il-elle est traité-e».

Trans

Le mot trans est en général présenté comme étant uniquement un diminutif, qu'il s'agisse du mot «transgenre» ou «transsexuel·le» selon les gens. Pourtant il me semble qu'il a suffisamment évolué pour pouvoir être considéré comme un mot en tant que tel dont le sens n'est pas nécessairement réductible à transgenre ou transsexuel·le.

Pour moi, une personne trans est simplement une personne qui a fait, est en train de faire ou projette de faire une transition ; et pour moi cela veut dire avoir été considéré·e à un moment de sa vie comme étant dans un des deux genres reconnus (masculin ou féminin) et qui n'est plus dans le même, ou refuse d'être dans aucun des deux.

Autrement dit une femme trans, une lesbienne trans, ou une gouine trans sont une femme, une lesbienne ou une gouine qui a été assignée dans le genre masculin[1]. Un homme trans ou un pédé trans sont un homme ou un pédé qui a été assigné dans le genre féminin.

Comme pour toutes les définitions la frontière peut ne pas toujours être très clair, cela dit j'ai l'impression que globalement quand on parle des trans on sait à peu près de qui et de quoi on parle, même s'il y aura toujours des gens pour jouer aux excommunicat·eur·ice·s et dire que telle personne qui a fait ci ou n'a pas fait ça n'est pas «vraiment» trans, et des gens parfaitement cisgenres qui s'amuseront à lancer un «tu sais, baby, je suis un peu trans aussi, moi» dans les soirées fashion.

Il me semble aussi qu'il y a un certain nombre de choses qui sont partagées en terme de vécu commun, même si c'est évidemment à des degrés différents, qu'il s'agisse de la façon dont notre genre peut perpétuellement être remis en cause par les cisgenres, ou encore du rapport à la médecine et à l'administration.

Transsexuel·le

Personnellement, dans l'absolu, j'utiliserais transsexuel·le de la même manière que le mot «trans» au-dessus, même si j'ai conscience que ce n'est pas franchement consensuel, notamment parce que le mot "transexuel-le" a des connotations un peu plus pourries.

Ce mot a souvent été utilisé de manière beaucoup plus excluante, c'est-à-dire en ne considérant que les personnes qui prenaient des hormones, voire uniquement celles qui subissaient une chirurgie génitale. Pour ma part je trouve que cette distinction revient vraiment à «biologiser» le sexe et à considérer qu'il s'agit d'hormones et d'apparence des organes génitaux, alors que je considère qu'il s'agit uniquement de catégorie sociale. Par conséquent ça me paraît logique que «transsexuel·le» désigne les personnes ayant changé de cette catégorie sociale.

Cela dit, le fait que ce mot ait une origine très médicalisante et psychiatrisante me pousse plutôt à éviter de l'utiliser, et à préférer le mot «trans» à la place, qui est en plus plus court. À noter qu'il y a l'alternative «transsexe» que j'ai déjà vu quelques fois sur Internet mais qui me semble très peu utilisée. J'ai aussi déjà croisé le mot "transsexué-e", qui me semble aussi plus sympathique, mais également peu usité[2].

Certaines personnes font aussi remarquer que ce mot est très mal choisi à cause du suffixe «sexuel». Ce qui est assez légitime, puisque d'un point de vue pseudo-étymologique ça devrait plutôt désigner une personne ayant changé de sexualité qu'une personne ayant changé de genre. (Du coup, avec cette définition, je me considère comme transsexuelle.)

Transgenre

Le mot transgenre est pour moi à la fois le meilleur et le pire.

Le meilleur parce qu'il est basé sur le mot "genre" plutôt que sur le mot "sexe", et le pire parce qu'il est utilisé de manière assez ambigu.

Transgenre : qui a changé de genre

Un des usages du terme transgenre est pour désigner, là encore, les personnes trans, puisqu'il s'agit de considérer qu'il sagit des "personnes qui ont changé de genre" (ou changent de genre, ou vont changer...). Ce qui explique que, pour les non-initié-e-s, les termes trans, transgenre et transsexuel-le soient vus comme un tout petit peu synonime et toutes les discussions "transgenre vs transsexuel-le" comme un tout petit peu débiles.

Certaines personnes font la disctinction entre "transgenre" et "transsexuel-le" parce qu'elles veulent absolument faire la distinction entre trans qui se font opérer et trans qui ne se font pas opérer. On pourrait se demander «opérer de quoi ?», mais vu que ces personnes ont un peu tendance à estimer que ce qui se trouve dans nos culottes est le fondement de notre identité, on peut deviner la réponse.

Transgenre : qui transgresse le genre

Une autre utilisation du terme transgenre est en utilisant une notion plus large de transgression. Ainsi, le mot peut s'appliquer à toutes les personnes qui transgressent le genre, qu'il s'agisse de travestis, de folles, de butches et de fems, etc. A l'inverse des personnes trans qui se reconnaissent assez dans les normes de leur genre peuvent ne pas être particulièrement transgenre.

La confusion des genres

Si dans l'absolu ces défintitions sont toutes deux légitimes, le problème me semble être que ça engendre parfois de la confusion. Et, dans les milieux LGBT et féministes (et ailleurs), on réalise rapidement que si les mots "confusion" et "conflit" commencent pareil, ce n'est pas pour rien.

Et de fait autant je trouve entièrement légitime qu'on utilise "transgenre" de manière large, et ça ne me pose pas de souci, autant c'est assez chiant quand des personnes cis estiment que, parce qu'elles rentrent dans cette catégories assez large, elles ont le droit de parler au nom des trans et d'estimer que c'est exactement pareil (et souvent de se poser en donneuses de leçons). A l'opposé des personnes trans qui ne se sentent pas du tout transgenre peuvent mal prendre d'être "amalgamées" (et vouloir reconnaitre la différence des situations est légitime) et ont parfois tendance à réagir de manière assez violente (et souvent à jouer les excommunicatices).

Personnellement je rentre à peu près dans les deux catégories, et cette confusion ne me va pas non plus, parce que j'ai l'impression que ça invisibilise des parties de mon identité. Concrètement, ça me gonfle vachement qu'on considère que je suis "transgenre" parce que je suis trans, alors que si je me définis comme "transgenre" ce n'est uniquement parce que j'ai été un garçon dans une autre vie, mais parce que je me sens proche des identitiés butch et fem et que je ne rentre pas dans le modèle de la fille normée. Et ça me fait profondément chier qu'on invisibilise cette partie là de mon identité parce que je suis trans.

Du coup j'aurais tendance à penser que ce serait plus simple d'uitliser "transgenre" comme un mot assez large, "trans" pour les personnes faisant ou ayant fait une transition, de respecter qu'on puisse etre dans une catégorie sans etre dans l'autre et vice-versa, mais c'est juste mon avis.

Ah, et sinon, vous, vous comprenez pourquoi on met deux "s" à "transsexuel-le" et un seul à "transylvanie" ?

Notes

[1] Au départ j'avais précisé «à la naissance», mais au final je pense que quelqu'une pour qui ça aurait été plus tardif aurait aussi la légitimité à revendirquer le terme trans.

[2] Vu que par ailleurs le terme "bio" est le plus utilisé pour parler des personnes non-trans, je serais assez tentée d'émettre une théorie selon laquelle, dans le domaine des transidentités, c'est les mots les plus pourris qui ont le plus de succès. Bref.