Je ne sais pas si vous suivez Yagg ou d'autres médias LGBT, mais si c'est le cas, vous êtes peut-être au courant de cette information capitale : Cynthia Nixon, qui avait déclaré être lesbienne par choix, est revenue dans la doxe LGBT. Ouf, ce n'est pas un choix, ouf, en fait elle est bi, ouf, j'ai pas tout suivi, mais apparemment ça va mieux.

Ouais, on n'en a rien à caguer, mais ça me questionne toujours cette discussion sur le «choix». Comme si, en disant qu'on fait le choix de quelque chose comne ça (être homo, être trans...), c'était absolument pas bien et dramatique, parce que, quelque part, il fallait l'excuse de «c'est pas ma faute». Et puis, comme si le «choix» c'était quelque chose de complétement tranché entre «je choisis absolument sans aucune pression parmi tout ce qui est possible et en me basant sur rien de mon vécu, de mon environnement, etc.» ou «je ne choisis absolument rien».

Ce qui est drôle, c'est qu'on ne se pose pas ce genre de questions pour d'autres sujets. Par exemple, en ce moment, j'ai fait le choix de passer mon temps à regarder la série télé «The Wire».C'est un choix, non ? Sauf qu'on pourrait tout aussi bien dire que ce n'est jamais que le fruit d'un parcours de vie qui a construit mes goûts de telle ou telle manière, de mon côté feignant qui fait que je passe mon temps à glander, et de concours de circonstances qui font que mon coloc les a en DVD et que l'attaque du FBI sur Megavideo a compliqué mes perspectives de regarder les autres séries que je voulais voir. Du coup, patatra, ce n'est pas du tout un choix, en fait, juste les aléas de la vie.

Ou alors, quand je «choisis» un pantalon à C&A : d'un côté, c'est un choix, mais de l'autre on pourrait dire que ce choix provient directement de mon identité de Butch, que je n'ai évidemment pas pu «choisir», cela va sans dire, vu qu'alors, ce serait «ma faute». Peut-être qu'il faudrait que je fasse gaffe quand je dis que j'ai choisi de prendre un pantalon, du coup, si je ne veux pas subir un procès de Moscou par la communauté LGTeuBé.

Tiens, sur le choix, il y a cette petite phrase que j'aime bien, même si elle vient d'un keuf, le commissaire Adamsberg des romans de Fred Vargas, (L'armée furieuse en l'occurrence) :

On connaît toujours sa décision bien avant de la prendre. Depuis le tout début en fait.

Des fois, je trouve que ça correspond assez à des choix que j'ai eu l'impression de faire à un moment donné, alors que, quelque part, je les avais déjà fait avant, en un certain sens. Ou peut-être que ce n'était pas un choix, évidemment.

D'un point de vue purement physique, de toute façon, le «choix» n'est jamais que le résultat de l'activité de milliards de neurones, activité qui est déterministe puisque dépendant de lois de la physique basiques. Du coup, le «choix» peut-il tout simplement exister ? Question qui relève sans doute de la philosophie de comptoir, ou peut-être de la physique quantique de comptoir, parce que celle-ci introduit justement une dose de non-déterminisme dans les lois de la physique qui pourrait remettre en cause tout cela.

Moralité : être lesbienne peut-il être un choix ? Ça dépend, je suppose, si on estime qu'un neurone est déjà un amas de molécules trop important qui a une décohérence quantique instantanée.

Alors, si vous vous dites que ce billet est tout moisi, eh bien, ma foi, je suis désolée, mais ce n'est pas ma faute, je n'avais pas le choix de l'écrire. Ou alors, peut-être bien que si, mais vous n'aviez qu'à être dans un univers parallèle où je ne l'ai pas fait.