Rangers & Bas résille

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mardi, février 23 2010

Réflexion sur le passing et la transphobie

J'avais envie de développer un commentaire que j'avais fait ici sur la notion de passing.

J'ai l'impression que dans les milieux trans et avoisinants, le passing est lié en gros au fait de se faire appeler «madame» ou «monsieur» : si je veux me faire appeler «madame» et qu'on m'appelle «monsieur», je ne passe pas, si on m'appelle «madame», je passe. (Évidemment on peut passer auprès de certaines personnes et pas d'autres, avec des gens et pas d'autres, etc.)

Le mot passing vient de l'anglais (d'où la fin en -ing) et désignait au départ la capacité pour certaines personnes racisées d'être prises pour des personnes blanches, et donc d'éviter à subir le racisme. Et pour moi je trouve que ça a un sens d'élargir et de considérer le passing comme la capacité d'un groupe opprimé à pouvoir accéder aux privilèges d'un groupe dominant. Par exemple un homo pourra passer en tant qu'hétéro et accéder ainsi à certains privilèges, et de la même manière une personne trans peut passer en tant que cisgenre.

Et pour moi c'est le sens que ça peut avoir : passer, ça veut dire passer pour une personne cis et donc éviter de subir de la transphobie.

Du coup deux choses me gênent un peu dans le fait d'utiliser le terme «passer» pour, en gros «être lu comme du genre dont on se revendique» :

  • la première, c'est que ça donne l'idée que les hommes trans ne sont pas vraiment des hommes et les femmes trans ne sont pas vraiment des femmes, puisque la notion même de passing est lié à l'idée de se faire passer pour membre d'un groupe dont on ne fait pas partie. À la limite, pour ma part je pourrais considérer que je peux passer pour une femme hétéro alors que je suis une gouine qui ne se revendique pas femme, ou passer pour une femme cisgenre alors que je suis une gouine trans, mais l'idée qu'une femme trans aurait à «passer» pour une femme me paraît surtout révélateur du fait qu'on limite «femme» à «femme cisgenre», ce qui me semble pour le moins cis-centré, pour ne pas dire transphobe.
  • la seconde, c'est que le fait de «ne pas passer» est souvent utilisée pour désigner le fait que des personnes se trompent sur notre genre et disent madame au lieu de monsieur ou vice-versa. Or, pour moi ce n'est pas ça.

Je vais développer le second point. Pour reprendre les exemples que j'avais pris dans le commentaire en lien, qui sont en fait des choses qui m'arrivent assez souvent, il y a deux situations opposées où j'ai à «gérer» le fait qu'on se trompe sur mon genre.

  • Dans la première, j'arrive par exemple à un comptoir ou en face de quelqu'un, qui me regarde rapidement et m'appelle «monsieur». Je corrige en reprenant : «madame». Actuellement (ça n'aurait pas été pareil au début de ma transition), la réaction de la personne concernée est en général de s'excuser assez platement et d'avoir l'air très embêté de m'avoir humiliée avec une telle erreur. En général, ils ne la refont pas. Par exemple une fois je voulais commander un billet de train, et le guichetier m'avait répondu : «c'est fermé, monsieur». Je réponds que c'est madame, et visiblement très confus, il avait du coup accepté de me vendre un billet. Je ne sais pas si c'était vraiment pour se faire pardonner, mais en tout cas, clairement, les gens sont en général trop mal quand ils se trompent. En tout cas, quand ils ne me catégorisent pas comme «trans»...
  • ...Car dans la seconde situation, j'arrive en face de quelqu'un (souvent dans une administration) qui m'appelle «madame» sans problème. Malheureusement, lorsque je dois montrer mes papiers d'identité, même si j'ai beau dire très clairement que mon identité est féminine et que c'est «elle» et tout ça, la plupart du temps la personne va se mettre à m'appeler «monsieur» à un moment ou à un autre et là, même si je suis super féminine ce jour là, même si je corrige à chaque fois, rien ne va y faire. J'ai eu droit à certains cas où la personne considérait qu'elle savait mieux que moi ce que j'étais, ou avait besoin de détails supplémentaires pour bien vouloir m'appeler madame/mademoiselle. «Vous êtes opérée ? Mais alors, avec un sexe masculin, je ne peux pas vous appeler madame ?» (C'est bien connu, il y a des caméras et le ministère de l'identité de genre envoit des agents dès qu'ils se rendent compte que quelqu'un ne respecte pas le genre marqué sur l'État-Civil tout puissant).

Or, avec la définition «classique» du «passing», je serais censée passer dans le second cas, mais pas dans le premier. En pratique, j'ai en fait accès à un certain nombre de privilège cisgenre dans le premier cas (les personnes s'excusent platement de s'être trompée sur mon genre, ce qui est beaucoup plus rare face à une personne trans) mais absolument plus dans le second, en tout cas dès lors que les personnes savent que je suis trans.

De la même manière, en étant habillée de manière plutôt «masculine», si les gens peuvent se tromper plus souvent, ils ont aussi souvent tendance à respecter beaucoup plus ce que je leur dis et à s'excuser lorsque je les corrige. Lorsque je suis habillée de manière plus féminine, les gens vont m'appeler «mademoiselle» plus souvent, mais vont aussi être beaucoup plus inquisiteurs sur ce que j'ai entre les jambes ou sur des détails censés révéler le fait que je suis un «travelo» (d'ailleurs la façon dont le terme «travelo» peut être utilisé pour stigmatiser la «mauvaise» féminité de certaines nanas, trans ou pas, mériterait un billet à part), Là encore, je suis censée passer plus facilement dans le second cas que dans le premier, mais dans la pratique j'ai beaucoup plus accès au privilège cisgenre dans le premier cas (même si pour le coup quand quelqu'un vient faire chier parce que «je me prends pour un mec», c'est aussi une autre forme de «transphobie», ou en tout cas de façon de réprimer les transgressions de genre). .

Du coup voilà, ce que je dis est sans doute un peu long et un peu confus, et quelque peu jargonnant, mais tout ça pour dire que pour moi la notion de passing désigne avant tout l'accès à certains privilèges du groupe dominant (en l'occurrence cisgenre, mais aussi hétéro, blanc, riche, valide, etc. dans d'autres cas) plus que la façon dont les gens «lisent» spontanément notre genre.

mardi, janvier 12 2010

Conseil mode : le maquillage

Voilà, comme ça faisait longtemps que je n'avais rien écrit sur ce blog, je me suis dit que j'allais me lancer dans un billet pour la rubrique Mode. Et comme je suis en ce moment vaguement en phase avec mon côté travelotte, je me suis dit que ça pourrait être bien d'avoir des conseils de maquillage.

Épilation des sourcils

Alors oui, je suis au courant que ce n'est pas vraiment du maquillage, mais tant qu'on en est là autant parler de l'ensemble de ce qui permet d'augmenter sa féminité et son passing.

Les sourcils, donc. Bien sûr, on est tentée de se dire : «à quoi bon, puisque ça repoussera ?», mais bon, hein, comme la plupart des gens ont tendance à vous regarder dans les yeux (sauf celles comme moi qui arrivent pas à fixer un regard plus de trois secondes), ben ils voient aussi les sourcils, qui sont pas très loin. Alors, voilà, c'est utile, quoi.

Globalement, moi je fais ça au pifomètre, mais il paraît quand même qu'il faut plutôt épiler les poils du dessous du sourcil que ceux du dessus. Me demandez pas pourquoi.

Ce qui est cool avec les sourcils, c'est que si on épile aussi quelques poils en rangée verticale (ou plutôt en diagonale), ça peut faire genre vieille cicatrice où les poils ne repoussent plus, pour vous donner un style bagarreur. Exemple en image avec l'illustration ci-jointe.spike3.jpg

Fond de teint / poudre

Le fond de teint est particulièrement utile quand on est trans et qu'on n'a pas encore procédé à l'élimination définitive des poils de barbe, c'est à dire quand on aimerait bien les dissimuler. (Une alternative étant de les laisser pousser et d'épiler uniquement ceux dans le prolongement de la «cicatrice» du sourcil sus-mentionnée pour en augmenter son effet. Malheureusement, si on y gagne en look «bagarreur», on y perd un peu en passing.)

Ma devise en la matière : «il faut ce qu'il faut». Plus sérieusement, je préfère utiliser une poudre compacte que du fond de teint, la première réagissant, d'après mon expérience, un peu moins mal aux doigts que je n'arrête pas de me passer sur le visage.

Une idée préconçue veut qu'il soit nécessaire d'en mettre sur tout le visage pour que ce soit homogène. Alors qu'en fait, si on met un petit coup de blush sur les joues, ça permet de séparer le visage en deux parties (au-dessus du blush et en-dessous du blush) et donc de n'avoir à en maquiller qu'une moitié.

Cela dit, il paraît que ça ne se fait pas du tout et que ce n'est pas bien, mais on économise du temps et du maquillage, donc à vous de voir.

Blush

En dehors de permettre des économies en poudre ou en fond de teint, le blush est quelque chose qu'on met sur les joues et qui permet d'avoir les joues roses.

Je n'ai jamais trop compris l'intérêt, mais bon, visiblement les joues roses sont associés à la féminité ou quelque chose dans le genre, parce qu'il parait que ça permet d'améliorer ses chances de passer pour une fille cisgenre.

Allez savoir.

En tout cas, je sais pas trop comment on est censée le mettre à la base, du coup je fais comme Shoshanna dans Inglourious Basterds, parce qu'elle a trop la classe : d'abord tracer deux traits vaguement symétriques, puis estomper ensuite (ou pas, mais ça fait un style assez particulier).

blush.jpg

Eyeliner

Alors, honnêtement, j'ai jamais compris les gens qui osaient vraiment approcher un crayon pointu de leurs yeux.

En revanche, je trouve ça plutôt pratique pour dessiner des faux tatouages, ou encore des faux poils de barbe.

Le truc qui se met au-dessus des paupières

Je ne me rappelle jamais de comment ça s'appelle, ce machin.

Bref, en tout cas ça peut être cool de constraster la couleur avec celle de ces yeux. Exemple : si vous avez des yeux, mettons, violets, ça peut être sympas de mettre du chapakoi jaune. Comme ça les deux couleurs contrastent, et en plus ça fait les couleurs du lesbianisme. Cool, non ?

Personnellement, j'ai des bêtes yeux marrons, du coup en général je mets du vert ou du bleu.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, mais retrouvez-nous le mois prochain pour un numéro spécial Saint-Valentin.