Et régulièrement, ils participeront à notre liquidation, notre humiliation,
notre invisibilisation, notre infériorisation, en nous expliquant qu'il ne
s'agit jamais que de «maladresse», d'acte légèrement «déplacé», mais qu'il n'y
a pas mort d'homme, que ce n'est pas un comportement de dominant, que ça
partait de bonnes intentions, qu'ils ne pensaient pas à mal ; et ils nous
reprocheront notre manque de politesse, notre hystérie, notre colère, notre
absence de compréhension, notre extrémisme et notre violence ; ils nous
expliqueront qu'avec un peu de douceur, de gentillesse, ils seraient plus à
même de se corriger et d'amender leurs «erreurs».
Qu'ils aillent se faire foutre.
Je pisse sur cette gentillesse et sur cette douceur. J'aimerais avoir le
privilège de pouvoir restes polie et calme et d'être écoutée et entendue, mais
dans un monde où ils ne comprennent que la douleur, je ne vais pas tendre
l'autre joue.
Jeudi dernier (je crois que c'était jeudi, en tout cas ; je suis plus
tout à fait sûre, moi et la mémoire des dates), je me suis fait tondre par des
copines gouines. J'ai pas le crâne complétement rasé, mais quand même vachement
plus qu'il l'était avant, puisque c'est à peu près une coupe Chelsea (la coupe
notamment pas mal portée par les meufs skins, avec une frange devant, des
pattes sur les côtés et tondu pour tout le reste), sauf que ça fait des mèches
au lieu d'une frange.
Au niveau du regard dans la glace, j'ai pas eu de mal à m'y habituer, vu que
de face j'ai presque la même tête qu'avant (pas de profil ou de dos, par
contre), mais c'est fou ce que ça change sur la confiance en moi et la peur du
regard des autres, d'avoir une nouvelle coupe que j'avais jamais assumé avant.
Entre la peur d'être prise pour une skinhead (enfin, plus exactement, la peur
d'être prise pour une skin nazie par des non-skins et la peur d'être prise pour
une skin antifa par les nazis), le questionnement sur «est-ce qu'on va encore
m'appeler Madame maintenant que j'ai le crane rasé à 90%?» (quoique dans
l'absolu j'aime pas spécialement qu'on m'appelle Madame, j'ai toujours
l'impression qu'on me prend pour quelqu'un de vaguement respectable ; mais
c'est toujours mieux que Monsieur), ben voilà, les premières sorties je me suis
pas trop sentie à l'aise.
Et puis je tiens des propos un peu contradictoires, du genre :
« J'ai peur qu'on m'appelle Monsieur» suivi deux minutes après de «En
fait je me raserais bien aussi les mèches de devant, ça fait trop féminin»
Bref, voilà, je mettrais bien une photo parce que je l'aime bien, ma
nouvelle coupe, mais comme je suis un peu parano là-dessus je vais
m'abstenir.
Pride and prejudice
Sinon, samedi dernier, c'était la marche des fiertés à Lille. Comme
d'habitude, c'est l'évènement où y'a plein de trucs que j'aime, et plein de
trucs que j'aime pas. Je trouve l'aspect visibilité super classe, le fait que
c'est une des rares manifs où tu peux marcher le soutif à l'air (voire les
seins à l'air, mais j'avais besoin du soutif pour ranger mon paquet de clopes)
sans que ce soit trop relou, le fait qu'il y ait un bon crew de
transpédébigouines et allié·e·s sur des positions politiques radicales, les
pancartes chouettes qu'on avait faites aux Flamands Roses. D'ailleurs, vu que
ma tradition dans mes compte-rendus de manifs, c'est de mettre les slogans que
j'ai bien aimés, en voici quelques uns (je mets que les nouveautés de
l'année) :
Voter pour un Parti Sexiste et raciste pour pouvoir me marier ?
Non !
Sauvez un-e trans, bouffez du bio
Nous ne marchons par pour devenir des hétéros comme les autres
Notre lutte ne passe pas par les urnes : lesbianisme et anarchie
En 2011 je marche, en 2012 je cours... après les illusions
Je ne pense pas que couper les couilles des machos les rendent moins
relous, mais au moins ça leur fait mal (avec un beau ciseau dessiné ; je
précise que c'était une pancarte strictement personnelle cautionnée par aucune
association)
Voilà ; les trucs moins chouttes, c'est les 90% de la manif composés de
chars qui passent de l'electro sans aucune revendication, la batucada devant
qui joue le même refrain pendant 3h et t'empêche de gueuler des slogans, les
organisateurs qui gueulent sur et poussent les militant·e·s pour que le camion
d'une radio de merde puisse passer...
Enfin bon, c'est important d'y être, ça reste plutôt sympa quand y'a un
cortège politisé et revencatif assez gros.
Une petite musique pour finir
Voilà, pour conclure, un petit morceau de musique pas du tout féministe ni
transpédégouine, mais franchement, après s'être tapée de la batucada pendant
toute la pride et même après, il faut bien ça :