Vernis & Sécateur

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vendredi, février 5 2010

Questions idiotes

Bon, vous aurez difficilement raté le «buzz médiatique» autour d'une candidate du NPA pour les élections régionales qui, horreur, porte un foulard.

Et le traitement médiatique me pose quelques questions, comme par exemple :

  • lorsque Jean-Luc Mélenchon dit : «On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale», considère-t-il que l'on peut se dire féministe lorsqu'on est un homme cisgenre hétérosexuel[1] et que globalement dans ce système on est un peu dans le camp des privilégiés ? Si oui, est-ce vraiment féministe de la part d'un homme cisgenre hétérosexuel d'expliquer à une nana qui affiche peut être un «signe de soumission patriarcale», mais subit directement cette oppression, qu'il est mieux placé qu'elle pour déterminer si elle est féministe ?
  • pourquoi est-ce que ce n'est jamais la tenue des mecs qui est passée sous le crible de toutes les analyses, plutôt que celle des nanas, pour changer ? Et de même, pourquoi est-ce que ce n'est jamais la tenue des cathos plutôt que celle des musulman·e·s ?
  • les personnes qui dénoncent le port d'un signe de soumission patriarcale dénoncent-elles aussi les personnalités politiques qui portent des alliances au doigt ?
  • est-ce que chacune des personnes qui se sent obligée de demander si la camarade qui porte le foulard est pour ou contre l'IVG a aussi le réflexe de demander aux camarades mecs hétéros s'ils sont des violeurs ou battent leur compagne, sachant qu'étant donné les chiffres sur le nombre de nanas victimes de ces violences, c'est quelque chose qui est sans doute plus probable ?

Notes

[1] Je suis désolée, c'est un présupposé, et si Mélenchon fait son coming-out de pédé et/ou de transboy je suis prête à revoir en partie ce billet.

samedi, juin 6 2009

NPA, élections européennes et luttes LGBTI

Bon, avec mon plus ou moins désengagement temporel-ou-définitif-je-sais-pas-trop-et-je-me-tate du NPA, vous croyiez peut-être que vous échapperiez à de la propagande pour les élections européennes.

Ben non, mais comme je suis gentille, que c'est le sujet principal de ce blog, et tutti quanti, je vais juste vous embêter avec le contenu lié aux luttes lesbiennes, gaies, bis, trans, et intersexes.

Blog

On commencera par rappeler l'adresse du blog de la commission LGBTI du NPA, pour celles que ça intéresse.

Programme

Sur le site de campagne pour les élections europénnes, on peut consulter tout le programme du NPA, et donc notamment ce qui concerne les questions LGBTI et féministes.

Même si y'a une petite phrase qui me pose problème : «Certes, l’homophobie et la transphobie sont aujourd’hui reconnues comme des discriminations» (depuis quand la transphobie est reconnue comme une discrimination ?), je trouve ça cool que les revendications soient assez... explicites :

- Égalité des droits entre homos et hétéros, une directive cadre sur le mariage, la filiation, la procréation médicalement assistée  ;

- égalité des droits entre les différents statuts fiscaux : couples mariés, pacsés, concubins ou célibats  ;

- droit à disposer de son corps et autodétermination : le refus d’autoriser le changement du sexe sur l’état-civil pour les trans, à moins d’avoir subi une chirurgie génitale, conduit à la négation des personnes intersexes par leur mutilation pour rentrer dans la norme. Nous demandons donc la facilitation du changement d’état-civil (nom et prénom)et la suppression de la mention de sexe  ;

- arrêt des mutilations des enfants intersexes  ;

- application du droit d’asile pour les personnes victimes de LGBTI-phobie  ;

- production et distribution de médicaments génériques contre le sida à travers l’abolition de la propriété privée des brevets médicaux  ; - mise en oeuvre d’une éducation non homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobe. Cela veut dire informer les jeunes en questionnant leur identité, mener des actions collectives au sein des établissements scolaires, et plus largement sur les lieux de travail et de vie  ;

- création de structures d’accueil, d’écoute, d’assistance des victimes de l’homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie, avec un financement public et incluant la participation des associations LGBTI ;

- application des lois contre les discriminations au travail, en soutenant le travail des syndicats et des associations engagées dans ce combat.

Interview

Têtu propose une interview d'Omar Slaouti, tête de liste de la région île de France, qui reprend grosso-modo les points du programme.

Meeting

Enfin, pour terminer, voici le texte d'une intervention au meeting de Gardanne (dans les bouches du rhône)

Voilà, je dis ça, je dis rien, juste pour info pour les personnes qui sont en capacité de voter dimanche.

vendredi, avril 10 2009

Tout est aux mecs ?

Voilà, pour celles qui n'auraient pas suivi, le nouveau journal du Nouveau Parti Anticapitaliste, qui remplace Rouge, qui était le journal de la LCR, est sorti depuis trois semaines. Il s'appelle Tout est à nous et les deux premiers numéros sont téléchargeables en PDF ici et . Le troisième numéro doit être disponible dans quelques kiosques et dans les boites aux lettres des abonnées (sauf la mienne, où il arrive toujours vers lundi ou mardi, fin bon).

Alors je laisse les personnes juger si ce journal est plutôt bien ou pas, je me sens pas super apte à juger, même si je trouve les codes couleurs un peu agressifs, mais bon, c'est un point de détail.

Par contre, ce qui me gave un peu, c'est la représentation dans les petits dessins qui illustrent le journal, majoritairement faits par Faujour, et qui correspondent à ce qu'on pouvait retrouver dans Rouge jusqu'à il y a quelques mois.

Par exemple si on regarde les deux premiers numéros, on voit :

  • pour le premier, 5 illustrations représentant uniquement des mecs, 0 illustrations représentant des groupes mixtes, 0 illustrations réprésentant uniquement des nanas ;
  • pour le second, 6 illustrations représentant uniquement des mecs, 1 illustrations représentant un groupe mixte (avec 5 mecs et 1 nana) et 0 illustrations représentant uniquement des nanas.

Certes, déterminer le genre de petits personnages dessinés relativement sommairement (c'est des caricatures, quoi) n'est pas vraiment évident et peut-être que leur identité de genre n'est pas si évidente, mais il n'empêche qu'il y a beaucoup plus de personnages présentant des traits «masculins» que de traits «féminins». Bref, dans les illustrations on fait comme dans la grammaire : le masculin est neutre.

Certes aussi, les petits dessins humoristiques ne font pas l'ensemble du journal et il y a aussi d'autres illustrations (notamment photos) qui correspondent plus à la réalité, et ça ne reflète pas forcément le contenu des articles.

N'empêche, je trouve que ça pourrait être cool si, y compris dans les illustrations, on faisait attention pour ne pas faire passer l'idée que le/a militant/e ou le/a prolo est par défaut UN militant et UN prolo (à la limite pour les patrons ça me gêne moins, vu que de toute façon on va les pendre).

mardi, février 10 2009

Adieu LCR, bonjour NPA (... et au revoir)

Voilà, pour celles qui ne seraient pas au courant, c'était le week-end dernier la dissolution de la LCR et la création du NPA.

Je n'ai pas encore eu accès à tous les textes tels qu'ils ont été amendés au final ; j'espère que cette fois-ci, n'en déplaise à certaines camarades, comme CSP, ils seront correctement féminisés[1], et surtout que les amendements LGBTI et féministes auront été adoptés. J'imagine.

À part ça, on garde le nom : Nouveau Parti Anticapitaliste, ce qui n'est peut-être pas franchement génial, mais pas dramatique non plus. Pour le reste, si ça vous intéresse je vous conseille par exemple le compte-rendu de John Mullen, qui me paraît celui de plus intéressant sur la blogosphère (quoique je ne suis pas forcément au courant de toute la blogosphère, Dieue m'en préserve).

Quant à moi, ça peut paraître étrange au moment de cette création, mais j'ai décidé de prendre du recul par rapport au NPA. Non pas que je trouve qu'il y ait eu quoi que ce soit de très dommageable à ce congrès qui me vaudrait de partir en claquant la porte, mais comme j'ai moi-même une ligne politique assez fluctuante, il se trouve que je ne me retrouve plus vraiment dans la logique «NPAesque», que ce soit pour des questions un peu générales sur l'organisation, la politique, le fait que porter des drapeaux noirs dans les manifs ben au final ça me plaît bien, et puis bien sûr par rapport au féminisme, entre le côté «parité homme/femme» dans laquelle je suis incapable de me retrouver, l'obsession à demander le «sexe» sur les documents malgré tous mes cris d'hystérique, le rapport aux travailleuses du sexe, le côté pas très pris en compte des trans' et lesbiennes, etc.

Alors voilà, je sais pas encore si c'est une démission franche ou juste un break, et puis peut-être que dans deux jours je vais changer d'avis et essayer de lancer une fraction «translesbianisme et anarchie», mais en attendant, ben j'ai envie d'aller tester un peu d'autres choses, et même si ça me fait un peu un vide, l'idée m'excite bizarrement.

Notes

[1] Mise à jour : eh bien pour les statuts au moins, la réponse est non. Prochaine fois, virez la parité homme/femme et envoyez quelques personnes pas trop binaires : qui seront un peu habitué-e-s à être féminisé-e-s quand ils/ellent parlent. Bon, blague à part, je trouve plus gênant que mon joli amendement (et y'avait pas que le mien, mais le mien était objectivement le meilleur) sur la non-mixité ait pas été intégré. Peut-être que je devrais plus en avoir grand-chose à foutre, mais ça me fait quand même chier. Re: Mise à jour : en fait, bien que cela n'apparaisse pas dans les statuts, un amendement permettant la non-mixité «des femmes» a bien été adoptée. Par contre mon amendement permettant la non-mixité de toute personne subissant une oppression spécifique a été rejeté.

lundi, janvier 19 2009

Anticapitalisme, féminisme, et patriarcat

En lien avec le billet précédent : je suis tombée sur un article du blog de John Mullen (camarade du NPA et de la future-ex-LCR), datant de décembre, intitulé «Le Nouveau Parti Anticapitaliste et le féminisme».

Dans cet article, il estime positif que les documents fondateurs du NPA parlent un peu de féminisme (j'imagine que c'est le verre à moitié vide ou à moitié plein, enfin bon, moi je trouve que c'est léger quand même), mais aussi se félicite que ça ne parle pas de patriarcat :

La théorie du patriarcat est simple - il y a deux versions. Version féministe radical : la contradiction première dans notre société, qui fait évoluer la société, est le conflit d'intérêts entre hommes et femmes. Version socialiste-féministe (très répandue au sein de la LCR) : la société avance selon deux principes parallèles : la lutte des classes, et le patriarcat ("rapports sociaux de genre"). Selon cette théorie, il faut lutter contre les deux en même temps, et ils ont une influence comparable sur l'évolution de la société.

Contre ces idées s'élève une version du marxisme (auquel je souscris) qui maintient que les contradictions de classe sont premières, que ce sont ces seules contradictions qui impulse les changements massifs dans notre société (guerres, crises économiques, désastre environnemental).

Il y a aussi le lien vers un article (qu'il a écrit) intitulé «Vivons nous dans une société patriarcale ?», qui est intéressant et que je vous invite à lire (je précise que contrairement à ce que mes citations tronquées pourraient éventuellement laisser croire, il ne s'agit pas de dire que le féminisme ne sert à rien et attendra la révolution).

En tout cas ça m'a fait réfléchir, et, même si je ne suis pas une grande lectrice de théories et serait incapable d'expliquer très en détail ma théorie à moi, je livre ici quelques réflexions.

Il me semble qu'il y a des choses sur quoi je suis au final assez d'accord sur le fond, mais que j'aurais plutôt des divergences de vocabulaire : par exemple la notion de «patriarcat» me semble assez étriquée, puisqu'il considère que comme le pouvoir n'appartient pas aux hommes en général, mais à une minorité de ceux-ci, on ne peut pas parler de patriarcat.

Ce sur quoi je suis en désaccord total : les hommes ont toujours (même si c'est moins qu'à une certaine époque) un certain pouvoir sur les femmes, particulièrement au sein du couple hétérosexuel, ce qui justifie qu'on parle de patriarcat.

Il y a un élement de son texte sur lequel je suis en partie d'accord, qui dit que les discriminations sexistes avantagent la bourgeoisie (qui paye la moitié des travailleuses[1] moins cher, qui n'a pas besoin de fournir un service public pour s'occuper des enfants, etc.) et que les hommes ont aussi intérêt à lutter contre le sexisme :

Quant aux hommes, il est évidemment plus mobilisateur de pouvoir dire « Agissez contre l’oppression des femmes dans tous les domaines - c’est dans votre intérêt » plutôt que « ce n’est pas dans votre intérêt de combattre l’oppression des femmes, mais faites-le quand même ! ».

Le propre du marxisme - le matérialisme militant - parmi toutes les visions de ceux qui veulent changer le monde, est que nous voulons construire un paradis sur terre en partant des intérêts réels de groupes sociaux existants, et pas en partant simplement d’une vision morale, éthique ou volontariste. Ainsi il est crucial de ne pas faire dépendre notre lutte contre l’oppression des femmes sur une vision non- matérialiste qui espère voir les hommes œuvrer contre leurs intérêts. Une telle vision prépare trop souvent l’abandon de la lutte en période de recul.

Je suis donc d'accord avec ça, puisque je trouve un peu irréaliste de demander aux hommes de lutter contre le sexisme même si ce n'est pas leur intérêt, au nom d'idéaux («personne ne sera vraiment libre tant que la moitié de l'humanité sera opprimée»). Pourtant il me semble que c'est là un peu l'excès inverse, et que ça nie le fait que les hommes ont aussi des intérêts au système sexiste.

Il me semble qu'en ce sens il y a un aspect contradictoire : les hommes ont intérêt à la disparition du système sexiste, non seulement pour permettre aux femmes (et aux autres) de lutter avec eux et donc d'avoir une chance de renverser le capitalisme, mais aussi parce que le système sexiste (et patriarcal) est aussi oppresseur envers les hommes. Cependant ils ont aussi un intérêt immédiat à garder certains privilèges : et autant ils ont un intérêt à long terme à la disparition du système sexiste et éventuellement parfois des intérêts à courts termes sur certaines revendications féministes, il n'en reste pas moins qu'ils n'ont pas un intérêt à court terme à abandonner leur statut d'homme. (Et je pense que ça se voit aussi dans les milieux militants : il y a des tas d'hommes qui parlent en se disant féministes, etc, mais qui sont parfois plus réticents lorsqu'il ne s'agit plus de parler mais au contraire de se taire pour ne pas monopoliser la parole).

C'est cette donnée, qui n'est pas un élément complètement séparé du capitalisme (qui a tout intérêt à diviser pour mieux régner, en offrant un peu de pouvoir des hommes sur les femmes, des travailleuses un peu mieux formées sur les travailleuses moins formées, etc.) qui fait que j'estime qu''il y a non seulement une pertinence à parler de patriarcat, non pas en tant que système parallèle mais imbriqué au capitalisme (j'aime bien le terme hétéropatriarcapitalisme, qui est barbare mais met tout ensemble), mais aussi à parler par exemple de «classe de genre», pas forcément au sens marxiste du terme, non seulement pour garder en tête qu'il peut tout de même y avoir des intérêts contradictoire et une nécessité d'avoir une certaine autonomie (notamment non-mixité), mais aussi parce qu'il me semble important de mettre en avant que c'est le sytème de domination patriarcal qui crée les deux catégories hommes et femmes, et pas le sexe biologique[2]

Notes

[1] Féminin neutre.

[2] Et je pense que le fait de ne pas mettre ça en avant fait que certaines revendications légitimes peuvent se retrouver à flirter avec l'essentialisme et à proner la nature différente des fâââmes ainsi que l'injonction à la binarité (par exemple, la parité).

dimanche, janvier 18 2009

Anticapitalisme, féminisme, et narcissisme

Hier, j'étais à une AG pour le congrès de fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste. Donc voilà, depuis le temps qu'on en parlait à la LCR[1], de ce parti anticapitaliste, le voilà sur le point de devenir réalité.

Et, malgré les quelques articles qu'il y a eu dernièrement expliquant que la LCR ne voulait pas filer son «magot» (en réalité, le seul problème est qu'il faut légalement conserver une structure pour redonner les subventions au NPA) ou encore qu'il n'y aurait que 7000 cartes au lieu des 10000 attendues (on verra bien le compte au jour J, étant donné qu'on est assez réputées pour mal centraliser cartes, signatures, etc. et les envoyer au dernier moment ; cela dit, je pense pas que ce soit le plus important), je pense que ça s'annonce plutot pas si mal.

L'AG était assez intéressante. J'ai un peu fait ma transpédegouinofeministe chieuse en monopolisant les votes sur les amendements en reprenants ceux qui étaient proposés par les commissions LGBTI et le secrétariat femmes (ça m'a même value d'être mentionnée dans un article de la Voix du Nord, même si le journaliste m'a orthographiée «Élie»).

Et sur ce sujet, je pense qu'il y besoin de prendre ces questions un peu plus en compte, vu par exemple comment les mecs monopoliser la parole (sauf, donc, pour faire voter les amendements >:) ). J'étais aussi un peu frustrée de me retrouver à défendre certains amendements féministes derrière lesquels je me retrouvais pas complètement puisque je les trouvais assez cishétéroscentrés, mais d'un autre côté c'était sans doute mieux que rien. Frustrée aussi par le fait que le seul engagement féministe soit la parité en interne, et que pour moi la parité homme/femme ça veut bien dire que, si je ne me considère pas comme homme ou femme, je peux toujours me brosser pour être élue un jour.

Prochaine fois, en plus des amendements, je candidaterai rien que pour foutre la merde, tiens.

Il y avait aussi un petit questionnaire anonyme qui demandait différentes informations pour faire une étude sociologique. Une fois encore, ça demandait le sexe. Cela dit, c'était mieux que la dernière fois (en juin dernier), ils demandaien juste "Sexe: ..." au lieu de "Sexe: homme/femme". Du coup, au lieu de me contenter de barrer le formulaire avec "QUESTIONNAIRE TRANSPHOBE = POUBELLE", je me suis contentée de mettre "Shemale" et quelques petits trucs en plus (détail du sexe génétique ("analysez la salive que j'ai déposée ici"), anatomique ("Shemale", donc, qui il me semble est encore ce qui décrit le mieux mon corps actuellement[2]), hormonal ("oestrogéné") et légal ("demandez à sarkozy") ) mais j'ai rempli le reste.

Et du coup il y avait une question que j'ai trouvé interéssante, qui était : «avez vous le sentiment de faire partie d'une classe sociale ? si oui, laquelle ?».

Évidemment, en tant que marxiste, j'ai coché «oui» et «travailleuse». Et puis j'ai hésité un peu, et j'ai timidement ajouté : «femme(oïde)».

Parce qu'autant je n'ai pas clairement une identité de genre «femme», je ne me considère pas forcément comme tel et je trouve ça plutôt aliénant, je dirais que j'ai quand même une «conscience de genre» femme : c'est-à-dire que j'estime que je partage certains intérêts communs avec le groupe (ou la classe) «femme».

Tout comme j'ai des intérêts avec la classe des travailleurs tout en ne me définissant pas vraiment travailleuse, mais plutôt grosse branleuse feignasse.

Du coup je me suis aussi demandée pourquoi, si je me considérais vaguement femme, je ressentais toujours qu'il y ait la parité ou la simple mention «homme/femme» comme une violence. Peut-être que je suis trop chiante ? (Et puis bon, c'est chaud d'expliquer à des gens qui disent le bon pronom sans avoir besoin de leur expliquer qu'en fait oui, tu veux qu'on utilise «elle» pour parler de toi mais que tu ne te définis pas comme femme même si en fait si un peu mais pas vraiment).

Et à la réflexion, je me suis aussi dit que c'était vaguement ironique que ce soit moi qui propose un amendement pour légitimer la non-mixité dans le NPA, alors que pour l'instant ma seule vraie expérience de non-mixité à l'intérieur[3]de la LCR c'était quand même «ce que tu nous demandes en définitive c'est de choisir ton oppression contre celles des femmes».

Après tout, c'était la vieille ligue, ça, il faut tourner la page.

Notes

[1] Et même avant, puisque j'avais auparavant brièvement fait partie d'un petit groupuscule trotskyste, Socialisme par en bas, qui avait plus ou moins intégré la ligue sur ces bases là.

[2] Après c'est connoté porno, mais si on veut savoir ce que j'ai sous mes fringues il me semble assez logique de lier ça au porno.

[3] Avec une expérience très différente et beaucoup plus sympa dans un collectif avec une bonne partie de liguard/e/s, je tiens à le préciser

mardi, novembre 18 2008

Transgender Day Of Remembrance

Le 20 novembre aura lieu le Transgender Day Of Remembrance, ou journée de souvenir trans', qui vise à se souvenir et à visibliser les personnes trans' assassinées.

J'ai écrit un article qui a été mis en ligne sur le blog de la commission LGBTI du Nouveau Parti Anticapitaliste et je vous invite à le lire, en espérant que ce ne soit pas trop mauvais :) En particulier, j'ai essayé d'expliquer pourquoi, à mon avis, les droits des trans' sont une partie intégrante du féminisme :

Pourtant, même les violences spécifiques aux trans' ne concernent pas qu'eux et elles : donner des circonstances atténuantes à un meurtrier parce que sa victime l'a «trompé» sur son «vrai sexe» ou parce qu'elle avait «une force d'homme» lui permettant de se défendre, c'est aussi légitimer les argumentations patriarcales rendant responsables les victimes de violences et de viols ; permettre à des psychiatres de donner ou pas leur feu vert en fonction de l'«adéquation» au genre désiré, c'est légitimer les normes de genre pour tout le monde ; exclure une trans' d'un espace non-mixte parce qu'elle a un pénis, c'est légitimer le fait de réduire les femmes à leurs organes génitaux ; refuser aux trans' l'accès à des traitements hormonaux ou chirurgicaux, ou au contraire leur en imposer pour obtenir un changement d'état-civil, c'est attaquer le droit de tou-te-s à disposer de son corps.

Voilà, le reste de l'article est ici. Une liste des trans' assassiné-e-s en 2008 est consultable ici.

Sinon, il y aura aussi, le 25 novembre, la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Je ne sais pas si j'aurai le temps/courage de faire un billet là-dessus d'ici la semaine prochaine mais, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à l'heure où l'assemblée nationale décrète une minute de silence pour quelqu'un qui a abattu une femme (et pas, mettons, pour cette femme), il y a encore du boulot à faire sur ce sujet.

dimanche, juin 29 2008

Réunion nationale NPA 28-29 juin

Ce week-end j'ai participé à la réunion nationale des comités pour un Nouveau Parti Anticapitaliste.

D'abord il y a eu des réunions plénières à 800 le samedi de 10h à 16h (je n'ai assisté que le matin, puisque de 13h à 16h30 j'étais partie à la marche des fiertés), plutôt intéressantes mais qui à mon avis étaient plus faites pour se "donner la pêche" que pour permettre de vraiment discuter.

Ensuite, réunion en commissions de 16h30 à 20h. Personnellement j'ai suivi la commission féministe. C'est triste de constater qu'alors qu'il n'y a que 35% de femmes dans le NPA, dans les réunions féministes pourtant non-mixtes on atteint les 80%... Bien sûr c'est normal que les femmes se sentent plus concernées, mais que les mecs le soient si peu ?

Cela dit, cette commission a été riche en débats, qui ont porté sur des sujets comme permettre aux femmes de militer plus facilement, notamment en abordant des questions pratiques comme les gardes d'enfants, mais aussi des questions de la construction du genre. J'ai d'ailleurs fait une petite intervention qui reprenait les grandes lignes de mon billet précédent sur le lien entre LGBTI et féminisme et la necessité de mettre en avant la question des genres.

Le dimanche matin, nouvelle réunion en commission, cette fois-ci je vais dans la commission LGBTI (pas réunie la veille, notamment vu qu'il y avait la marche des fiertés). Questions sur l'état de mobilisation dans le parti, assez faible, même si on peut quand même se lancer des fleurs : la LCR a, parait-il, été le premier parti à se doter d'une commission homosexualités ; et, plus récemment, c'est à ma connaissance également le premier à avoir une commission LGBTI.

Là encore j'ai poussé pour un lien avec les questions féministes pour un antisexisme large, mais les camarades n'étaient pas très convaincu/e/s, argumentant du fait qu'une commission séparée augmentait la visibilité alors que sinon on se dissolvait. Personnellement, j'estime que c'est vrai pour les gays, mais que les lesbiennes, trans et intersexes sont invisiblisé/e/s dans les deux groupes. Je pense qu'il y aurait plus de chose à dire sur le lien entre mouvements lesbiens et trans' avec mouvements LGBT et féministes, mais ça demanderait un peu plus de recherche vu que je connais assez peu (je commence à un peu mieux comprendre l'histoire du mouvement trans', mais je ne suis pas une historienne non plus).

Après ces débats, nouvelle réunion plénière jusqu'à 13h pour exposer les conclusions des commissions. Notamment un appel a été rédigé et communiqué (je l'ai uniquement en version papier, et j'ai la flemme de le taper, donc désolée vous ne pourrez pas le lire ici).

Donc globalement un week end fatiguant mais intéressant et riche en débats. Et puis j'ai pu croiser des copains très geeks mais très sympas à Paris, ce qui est d'autant plus cool :)

Quelques points négatifs quand même :

  • grrrrr j'en ai marre de devoir expliquer sur les formulaires que si on veut demander le genre on peut mettre autre chose que "sexe: homme/femme", vu que ça revient à dire qu'on ne peut être qu'homme ou femme, d'une part, et d'autre part que c'est la même chose que le sexe biologique. Je pense donc que c'est binaire, essentialiste et transphobe. Du coup ça m'a un peu enervée et comme j'en avais marre de griffoner deux pages d'explications sur le formulaire pour que ça ne change rien, j'ai juste barré et écrit en gros : "Questionnaire transphobe = poubelle". Quitte à ce que les choses avancent pas, autant faire comprendre que je suis en colère, merde.
  • je suis passée en vitesse à la marche des fiertés, et je n'ai pas pu voir les camarades d'act-up bloquer le char de gaylib, ou, mieux, y participer, ce qui est décevant.
  • En 48h de non accès au net, le moins qu'on puisse dire en voyant les journaux est qu'ils se lachent contre le NPA, entre le fait que Besancenot serait "manipulé par la droite" et Jean-Marc Rouillan qui s'intéresse au NPA, ce qui prouve bien qu'on est des sales terroristes. (Moi perso je suis pas fan des méthodes, même si j'en ai déjà eu envie, mais avoir un camarade qui pourrait nous parler de la prison je trouve vraiment ça intéressant et à mon avis là dessus on a de grosses lacunes là-dessus. Ce qui me fait penser, pour passer du sérieux au divertissement, qu'il faut que je m'achète la saison 5 de Oz.)

Post-scriptum: ah, en fait je viens de recevoir la déclaration par mail, alors je vais vous la mettre.

Appel de la coordination nationale des comités d’initiatives pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

Le Nouveau parti anticapitaliste est en marche !

Nous sommes des milliers de travailleur-s-es, des villes et des campagnes, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, des jeunes, des retraité-e-s, des précaires, des militant-e-s politiques, associatifs, syndicaux, nouveaux ou anciens, en train de concrétiser ce projet.

Il regroupe aujourd’hui plus de 300 comités et la dynamique se renforce. Elle est le résultat d’une prise de conscience : on ne peut plus laisser faire un système capitaliste mondialisé qui conduit le monde dans le mur ! Entré dans une crise économique, financière, énergétique, alimentaire dont nul ne peut prédire les conséquences, ce système met plus que jamais la seule recherche du profit au centre de ses décisions au mépris de millions de vies. Les grands équilibres écologiques sont menacés. Parce qu’il est à la source du problème, le capitalisme, comme tous les systèmes productivistes, est incapable d’y apporter une solution. Dans un monde où les inégalités se creusent, les émeutes de la faim se généralisent, conséquence de la politique des grandes puissances impérialistes, des institutions à leur service (FMI, OMC...) et de la spéculation honteuse sur les produits de première nécessité.

La guerre « sans limites » décrétée par Bush et ses alliés dont la France, étend ses horreurs à travers le monde.

Ici, Sarkozy et le Medef multiplient les attaques qui traduisent l’arrogance des puissants. Rarement la politique de la droite a été aussi ouvertement agressive envers l’immense majorité de la population. Rarement les possédants, les actionnaires, le patronat se sont montrés aussi avides de profits au mépris du bien-être élémentaire des populations. Oui, l’exaspération est partout, contre la mise en cause des acquis, des solidarités, des services publics, la difficulté à « joindre les deux bouts », contre la dégradation des conditions de vie et de logement, le racisme et les discriminations, les politiques sécuritaires… Il ne faut pas gaspiller les potentialités de cette exaspération en se prêtant au jeu de dupes du « dialogue social » avec le gouvernement, par la division, les journées de grève saucissonnées, secteur après secteur. Ici et maintenant, nous pouvons réagir ! Un « tous ensemble » déterminé et unitaire, la généralisation des luttes et des grèves, voilà ce qu’il faut pour battre le gouvernement et ses contre-réformes !

Pour peser dans ce sens, il faut regrouper nos forces dans un parti qui ne lâche rien, n’abandonne personne. Il n’est pas possible de rassembler dans un même parti ceux qui veulent en finir avec le capitalisme et ceux qui s’en accommodent. Il n’est pas possible de rassembler dans un même gouvernement ceux qui défendent les droits des travailleurs et ceux qui défendent le pouvoir des actionnaires, ceux qui veulent rompre avec les politiques libérales et ceux qui les mettent en pratique, ceux qui veulent construire une Europe des travailleurs et les plus zélés artisans de l’Europe de la libre concurrence et du profit. C’est pourquoi nous voulons un parti totalement indépendant du Parti socialiste, un parti qui défende jusqu’au bout les intérêts de tous les exploité(e)s.

Nous vous appelons à construire toutes et tous ensemble une gauche qui ne renonce pas, une gauche de combat, anticapitaliste, internationaliste, antiraciste, écologiste, féministe, révoltée par toutes les discriminations. Pour changer le monde, il nous faut un parti qui se bat jusqu’au bout contre le système, pour la transformation révolutionnaire de la société. La gauche que nous voulons doit s’organiser à l’échelle internationale et notamment européenne, être présente aux élections sans jamais oublier que ce sont les mobilisations sociales, culturelles et écologistes qui imposeront le changement.

Avec la mémoire des expériences passées, nous allons élaborer ensemble, en prenant le temps du débat, une nouvelle perspective socialiste démocratique pour le 21ème siècle. Nous n’avons pas de modèle, et surtout pas les régimes prétendument « communistes » du siècle dernier, mais nous avons des objectifs. En finir avec la dictature que le capital impose à l’économie et à la société toute entière, pour construire la démocratie la plus large que l’humanité ait jamais connu, où la « main invisible du marché » sera remplacée par des décisions collectives.

Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir répondre à ce défi. Individus, équipes militantes, courants politiques révolutionnaires, libertaires, communistes, socialistes, écologistes, antilibéraux, continuons à nous rassembler !… Dans son village, son quartier, son entreprise, son lieu d’étude, chacune, chacun peut et doit apporter, à son rythme, sa pierre à la construction de cet outil pluraliste et démocratique. La réussite est à notre portée.

En avant !

St Denis, le dimanche 29 juin 2008.

dimanche, juin 1 2008

10 heures pour un nouveau parti anticapitaliste le 7 juin

Un billet qui concerne surtout les personnes habitant à Marseille ou dans les bouches du rhône : le samedi 7 juin à partir de 14h aux docks des suds à Marseille auront lieu les «10 heures pour un nouveau parti anticapitaliste». R Au programme, des forums (écologie, internationalisme, anticapitalisme, quel parti), des espaces de discussion (jeunes, antiracisme, antisexisme), un meeting d'Olivier Besancenot puis un concert avec Duval MC et Dubmood.

Pour un programme plus détaillé vous pouvez regarder la page sur le site du NPA 13.

lundi, mai 26 2008

Adresse de la LCR concernant les luttes LGBTI et le nouveau parti anticapitaliste

Je ne le fais pas trop d'habitude mais, exceptionnelement, je vais profiter de ce blog pour relayer un texte adopté il y a une ou deux semaines par la Direction Nationale de la LCR. Il concerne les luttes des lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes et le nouveau parti ; il peut aussi être consulté sur le blog de la commission LGBTI de la LCR.


En 2007, la LCR a initié un projet de nouveau parti anticapitaliste. Cela n'est pas le projet d'une LCR élargie, mais l'ambition de se doter d'un nouvel instrument, utile pour les luttes et pour révolutionner la société. Ce nouveau parti anticapitaliste est porteur d'un projet d'émancipation. La lutte contre les oppressions hétéro-patriarcales fait partie intégrante de ce projet et ce nouveau parti sera ce que nous en ferons ! Ce texte entend être un base de discussion autour des luttes pour l'émancipation des personnes L.G.B.T.I.

Pourquoi des luttes LGBTI?

L'histoire des LGBTI est une histoire politique, celle de leur oppression et celle de leurs luttes. Il n’y a pas de « nature » homosexuelle ou trans, ni de « gène » de l’homosexualité, mais des catégories historiquement construites et socialement définies, tant au travers des représentations hétérosexuelles et patriarcales dominantes, que des oppositions et à ces formes d'oppression pour les personnes s'écartant de la norme. Plutôt qu'une « nature » clairement définie, c'est une multitude d'identités qui existe, elles sont fruits de la contradiction entre poids de l'oppression et possibilités d'émancipation.

Dans le sillage de mai 68 et de la révolte de Stonewall en 1969 au États-Unis, une contestation significative de l'ordre hétéro-patriarcal vue le jour, articulant émancipations personnelles et collectives. Le développement de l’État-providence et des solidarités collectives, l’accès à des emplois correctement rémunérés et l'apparition de mouvements de lutte, ont créé les conditions d'une autonomie affective et sexuelle des individu-e-s, favorisant notamment l’affirmation des gays et des lesbiennes. Dans les années 1980, l’épidémie de Sida oblige à redéfinir les revendications LGBTI. Ainsi l'émergence de la question de l’égalité des droits correspond au refus d'être traité comme des sous-citoyens.

Aujourd’hui, quel bilan ? Des droits ont été gagnés et la situation des LGBTI en France a profondément changé depuis que l'homosexualité n'est plus considérée comme « fléau social ». Affirmer son orientation sexuelle est à présent plus simple pour certain-e-s, même si l’hétérosexualité reste la norme dominante et en tant que telle une source de violence et d'oppression. Cependant, cette nouvelle « tolérance » a des contreparties économiques et politiques. Les personnes LGBTI sont devenues un électorat à conquérir; les partis politiques institutionnels, homophobes aux pouvoirs, les courtisent pendant les campagnes électorales. Elles sont aussi conçu-e-s comme une clientèle, ce qui génère une marchandisation excluante et discriminante et uniformise les désirs, les corps et les sexualités.

Les oppressions vécues par les personnes LGBTI sont multiples et diverses. Elles ont toutes cependant pour point commun d’être politiques, de s’appuyer sur des systèmes de domination dont elles sont tout à la fois les conséquences et les instruments. Ces oppressions n’ont rien d’inéluctables. Elles appellent la construction de résistances et de luttes collectives. Il est urgent et nécessaire de s'atteler à la construction de nouveaux rapports de force pour conquérir de nouveaux droits pour enfin changer ce monde injuste. D'ores et déjà nous proposons cinq pistes d'élaboration et des revendications pour un nouveau parti, parce que la LGBTI-phobie opprime, discrimine et tue.

Un plan d'urgence

1) L'égalité est un principe fondamental.

Le vote du PaCS, en 1999, a constitué une étape dans cette direction, mais demeure largement insuffisant. En voulant créer un contrat spécifique, la gauche plurielle a institué l'inégalité dans la loi. C'est le même type de logique avec le contrat civil que Sarkozy prépare. Ce qui est inacceptable pour les gardiens de l'ordre moral, c'est que le mariage ouvre le droit à la filiation!

  • Égalité des droits entre homos et hétéros: mariage, filiation, Procréation Médicalement Assistée
  • Égalité des droits entre les différents statuts fiscaux: couples mariés, pacsés, concubins ou célibats

Le refus d'autoriser le changement du sexe sur l'état-civil pour les trans, à moins d'avoir subi une chirurgie génitale, est l'instrument d'une vision essentialiste et binaire du genre qui vise à n'accepter les personnes trans que si elles sont stérilisées. Cette même logique, conduit à la négation des personnes intersexes par leur mutilation pour rentrer dans la norme.

  • Facilitation du changement d'état-civil (nom et prénom), suppression de la mention de sexe
  • Arrêt des mutilations des enfants intersexes.
  • Droit à disposer de son corps et autodétermination

2) L'internationalisme est une nécessité dans un monde LGBTI-phobe.

Être internationaliste c'est refuser les rhétoriques racistes du choc des civilisations. Dans le contexte international de guerre impérialiste et d'opposition idéologique entre «Civilisations», les questions LGBTI se retrouvent parfois bien malgré elles être un enjeu politique, dans lequel certains États se réclamant de valeurs libérales instrumentalisent hypocritement l'homosexualité comme symbole des valeurs occidentales. Pourtant, l'homophobie n'a ni frontières ni religion favorite : de la Pologne aux États-Unis, de l'Iran au Zimbabwe, les LGBTI et leurs mouvements ne sont bien souvent que les boucs-émissaires de politiques réactionnaires. Être internationaliste c'est penser le soutien avec ceux et celles qui luttent dans leurs pays, c'est combattre les politiques impérialistes de nos États, qui maintiennent une partie de l'humanité dans la pauvreté et la misère et soutiennent les pires dictatures quand leurs intérêts sont en jeu. Pour nous, lutter contre la LGBTI-phobie et construire une véritable solidarité internationale consiste à prendre en compte les situations locales. Il ne s'agit pas d'imposer un modèle d'émancipation «occidental», mais de soutenir les formes de luttes et d'affirmation dans leur diversité. Être internationaliste c'est exiger la liberté de circulation des personnes et lutter contre les politiques racistes d'immigration et d'asile dont le durcissement démagogique privent les LGBTI d'un repli vital en cas de répression.

  • Application du droit d'asile pour les personnes victimes de LGBTI-phobie
  • Régularisation de tous les sans-papiers, en couple ou célibataires
  • Abrogation des lois racistes sur l'immigration et l'asile

3) Le droit à la santé et l'accès aux soins est non-négociable.

L'épidémie du Sida démontre à nouveau combien la santé est une arme au service d'une projet inégalitaire et hétéro-patriarcale. La santé est une arme géo-politique, elle permet de maintenir des populations entières dans un état de dépendance, et de soumission vis-à-vis des pays dits du « Nord ». La santé est une arme politique qui fait le tri entre les « bons » et les « mauvais » malades en fonction de critères racistes, sexistes, classistes et LGBTI-phobes. Elle ne leur donne pas le même accès aux soins et à la prévention et révèle combien l'universalisme affiché ne bénéficie en réalité qu'à quelques-uns. Ces politiques inspirées et/ou secondées par les religions jettent l'anathème sur des groupes ciblés (trans, toxicomanes, prostitué-e-s, prisonniers) et des populations entières. La santé est une arme économique, car la logique du profit l'emporte toujours sur la vie des personnes. Cette logique est rendue possible par la propriété privée des brevets médicaux, et induit la privatisation toujours plus grande des services publics de santé. La politique de santé est une arme hétéro-patriarcale, qui assigne les identités de sexes et de genres, qui pathologise, psychiatrise, généticise ceux et celles qui se retrouvent hors des normes.

  • Dépathologisation des trans et accès libre aux traitements médicaux
  • Arrêt des mutilations des enfants intersexes et autodétermination
  • Santé gratuite pour tous et toutes
  • Développement et financement public de la recherche sur la prévention et les traitements
  • Production et distribution de médicaments génériques contre le sida à travers l'abolition de la propriété privée des brevets médicaux

4) Le droit à disposer de son corps et de son existence est un droit imprescriptible.

Le droit à disposer de son existence, c'est avoir la possibilité de s'assumer en dehors du cadre familial, car cela peut être l'un des premiers vecteurs de l'oppression. Lorsque leur entourage n'accepte pas leur identité et/ou leur sexualité, les individu-e-s sont contraint-e-s à l'enfermement dans la sphère familiale, à l'invisibilité, ou à des situations de précarité parfois dramatiques.

  • Droit au logement
  • Allocation d'autonomie
  • Droit à une protection sociale

Le droit à disposer de son existence, c'est le droit à assumer son identité, à changer de genre et/ou de sexe.

  • Dépathologisation des trans.

Le droit à disposer de son existence, c'est lutter contre les oppressions spécifiques des femmes et des lesbiennes. Moins payées, plus précaires, plus touchées par le chômages, elles sont soumises à la violence des normes patriarcales, mais aussi à la violences des normes hétérosexuelles qui assujettissent les corps et les vies des femmes aux désirs des hommes.

  • A travail égal, salaire égal
  • Droit à disposer de son corps et de sa sexualité

Le droit à disposer de son existence suppose de vivre dans une société affranchie des diktats religieux et moralistes.

5) La fin de l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie implique une transformation radicale de la société.

Pour nous, l'homo/lesbo/trans/bi/intersexo-phobie comporte deux facettes indissociables: c'est aussi la haine des sexualités non hétéronormées, tout un ensemble de violences verbales et/ou physiques que subissent les LGBTI et les personnes considérées comme tel-le-s, car pas assez « viriles » ou pas assez « féminines »; c'est enfin un outil de la police des genres, servant à maintenir une prétendue frontière naturelle et hiérarchique entre les sexes. Articuler ces deux dimensions, concrètes et symboliques, est essentiel pour mieux combattre la LGBTI-phobie, à travers un travail d'éducation et de prévention.

  • Mise en œuvre d’une éducation non homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobe. Il faut interroger les représentations et les stéréotypes, informer les jeunes en questionnement leur identité, mener des actions collectives au sein des établissements scolaires, et plus largement sur les lieux de travail et de vie. Il convient aussi de former les personnels et de dégager les moyens pour le faire.
  • Création de structures d'accueil, d'écoute, d'assistance des victimes de l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie avec un financement public, incluant la participation des associations LGBTI.
  • Application des lois contre les discriminations au travail, en soutenant le travail des syndicats et des associations engagées dans ce combat.

S'organiser pour lutter

Cependant, si ces mesures sont urgentes et nécessaires, elles ne régleront pas en profondeur la question des oppressions que subissent les LGBT. Celles ci trouvent leurs racines dans les structures du système hétéropatriarcal et capitaliste qui se fonde sur des principes inégalitaires : normes de genre, sexisme, violences dans la sphère privée, violences au travail, précarité, destruction des solidarités collectives, marchandisation des existences et des corps, mise en concurrence de tous avec tous... Ce système inégalitaire structure et traverse tous les pans de la société. A l’échelle de l’histoire, la division originelle et inégalitaire de la société entre deux sexes, fondée sur la famille, offre une assise idéologique et socio-économique fondamentale pour le capitalisme. « Homme » et « femme » sont présenté-e-s comme des catégories stables, complémentaires, indépassables … et forcément inégales. Derrière ces fausses évidences qui cachent de profonds préjugés, les normes de genre réduisent la complexité des êtres humains à des catégories binaires et assurent la reproduction des dominations. Cette division sexiste a contribué à justifier l’oppression des formes de vie, de sociabilité et d’érotisme non « hétérosexuels ». Ce sexisme structurel a des conséquences très directes pour les personnes intersexes et trans : l’existence des premières est niée, les secondes sont pathologisées.

Remettre en cause l'hétéropatriarcat implique de l'attaquer de manière globale, en articulant les luttes contre les oppressions et les luttes contre l'exploitation. Notre émancipation exige la destruction du patriarcat et du capitalisme !

Un nouveau parti !

Nous ne devons pas être dépossédés du débats sur nos devenirs. Deux logiques incompatibles s'affrontent : la nôtre qui s'appuient sur l'égalité et l'émancipation; la leur, celle inégalitaire et criminelle du capitalisme et de l'hétéropatriarcat. Il faut organiser une réponse collective à l'oppression et construire un rapport de force pour faire valoir nos existences et nos revendications, résister à la logique de l'isolement et de la fatalité, et imposer de nouveaux droits et de nouvelles conquêtes politiques. Créer un rapport de force, c'est considérer que nous n'avons pas à être dépossédé du débat sur nos propres existences, c'est commencer à expérimenter avec d'autres le combat pour l'émancipation. Aujourd'hui, la LCR s'est engagée dans un processus de construction d'un nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Pourquoi un nouveau parti ?

Le 6 mai 2007, l’échec de la gauche gouvernementale a laissé le champ libre à la droite la plus réactionnaire et homophobe incarnée par Sarkozy, ami des patrons et des milliardaires. La guerre sociale qu’ils mènent, c’est la violence quotidienne et la répression, la casse des acquis sociaux. La politique de la gauche gouvernementale est impuissante parce qu’elle accepte la logique du profit, de la concurrence et la remise en cause des services publics. Pour mener son offensive en rafale contre la majorité de la population, Sarkozy a le pouvoir, les patrons ont le MEDEF. Et nous, qu’avons-nous d’efficace pour porter nos aspirations sur le terrain politique ? Qu’avons-nous pour construire les mobilisations capables de remettre en cause la logique du profit ? Comment imposer l’égalité des droits entre homos et hétéros ? Comment refaire du droit à disposer de son existence un droit imprescriptible ? Comment débarrasser la société de l’oppression des LGBTI ?

Nous l’avons vu, ces oppressions sont ancrées en profondeur dans les structures du système hétéropatriarcal et capitaliste. S’attaquer aux racines de ce système inégalitaire nécessite de mener un combat global : seul un parti, une organisation politique regroupant des militants impliqués sur différents terrains de lutte, permet de mener ce combat de manière conséquente.

Aujourd’hui, il manque cruellement un outil qui aide à la convergence des luttes en un mouvement d’ensemble capable de faire reculer le pouvoir et de changer le rapport de force. L’espoir a aussi besoin d’imaginer qu’un autre monde est possible. Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir cet outil : un parti utile aux mobilisations d’aujourd’hui. Un parti pour préparer un changement radical, révolutionnaire de la société c’est-à-dire la fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production, la fin de l’oppression des femmes et des LGBTI, du pillage de la planète et de la destruction de la nature.

Quelle place pour les LGBTI dans le NPA ?

Un parti anticapitaliste, internationaliste et féministe conséquent doit être porteur des combats contre toutes les oppressions. Mais ce parti ne se substitue évidemment pas aux associations LGBTI : leur mobilisation est essentielle pour construire des revendications, créer des espaces de solidarité, mener les luttes au quotidien ! Ce que nous proposons, c’est un outil collectif et démocratique, qui permette de s’attaquer aux racines des problèmes et des oppressions. Un parti qui n’abandonne aucune lutte, qui soit toujours aux côtés des opprimé-e-s et des exploité-e-s. Car nous voulons une société capable de satisfaire les besoins sociaux, débarrassée de toutes les formes d’exploitation et d’oppression de classe, de genre, d’orientation sexuelle, d’âge ou d’origine. Une société où la démocratie ne s’arrête pas au droit de vote et permette à toutes et tous de décider.

Le congrès national de la LCR s’est adressé à toutes celles et tous ceux, individu-e-s, militant-e-s associatifs, équipes syndicales, courants politiques, qui veulent se regrouper dans un cadre politique organisé, militant, national et démocratique, un parti tissant des liens internationaux avec les forces qui défendent une telle perspective. Ce parti appartiendra à toutes celles et ceux qui s’y engageront. C’est maintenant à celles et ceux qui veulent « prendre parti » de décider ensemble, de construire ensemble !

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