Je ne le fais pas trop d'habitude mais, exceptionnelement, je vais profiter
de ce blog pour relayer un texte adopté il y a une ou deux semaines par la
Direction Nationale de la LCR. Il concerne les luttes des
lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes et le nouveau parti ; il peut aussi
être consulté sur le
blog de la commission LGBTI de la LCR.
En 2007, la LCR a initié un projet de nouveau parti anticapitaliste. Cela
n'est pas le projet d'une LCR élargie, mais l'ambition de se doter d'un nouvel
instrument, utile pour les luttes et pour révolutionner la société. Ce nouveau
parti anticapitaliste est porteur d'un projet d'émancipation. La lutte contre
les oppressions hétéro-patriarcales fait partie intégrante de ce projet et ce
nouveau parti sera ce que nous en ferons ! Ce texte entend être un base de
discussion autour des luttes pour l'émancipation des personnes L.G.B.T.I.
Pourquoi des luttes LGBTI?
L'histoire des LGBTI est une histoire politique, celle de leur oppression et
celle de leurs luttes. Il n’y a pas de « nature » homosexuelle ou
trans, ni de « gène » de l’homosexualité, mais des catégories
historiquement construites et socialement définies, tant au travers des
représentations hétérosexuelles et patriarcales dominantes, que des oppositions
et à ces formes d'oppression pour les personnes s'écartant de la norme. Plutôt
qu'une « nature » clairement définie, c'est une multitude d'identités
qui existe, elles sont fruits de la contradiction entre poids de l'oppression
et possibilités d'émancipation.
Dans le sillage de mai 68 et de la révolte de Stonewall en 1969 au
États-Unis, une contestation significative de l'ordre hétéro-patriarcal vue le
jour, articulant émancipations personnelles et collectives. Le développement de
l’État-providence et des solidarités collectives, l’accès à des emplois
correctement rémunérés et l'apparition de mouvements de lutte, ont créé les
conditions d'une autonomie affective et sexuelle des individu-e-s, favorisant
notamment l’affirmation des gays et des lesbiennes. Dans les années 1980,
l’épidémie de Sida oblige à redéfinir les revendications LGBTI. Ainsi
l'émergence de la question de l’égalité des droits correspond au refus d'être
traité comme des sous-citoyens.
Aujourd’hui, quel bilan ? Des droits ont été gagnés et la situation des
LGBTI en France a profondément changé depuis que l'homosexualité n'est plus
considérée comme « fléau social ». Affirmer son orientation sexuelle est à
présent plus simple pour certain-e-s, même si l’hétérosexualité reste la norme
dominante et en tant que telle une source de violence et d'oppression.
Cependant, cette nouvelle « tolérance » a des contreparties
économiques et politiques. Les personnes LGBTI sont devenues un électorat à
conquérir; les partis politiques institutionnels, homophobes aux pouvoirs, les
courtisent pendant les campagnes électorales. Elles sont aussi conçu-e-s comme
une clientèle, ce qui génère une marchandisation excluante et discriminante et
uniformise les désirs, les corps et les sexualités.
Les oppressions vécues par les personnes LGBTI sont multiples et diverses.
Elles ont toutes cependant pour point commun d’être politiques, de s’appuyer
sur des systèmes de domination dont elles sont tout à la fois les conséquences
et les instruments. Ces oppressions n’ont rien d’inéluctables. Elles appellent
la construction de résistances et de luttes collectives. Il est urgent et
nécessaire de s'atteler à la construction de nouveaux rapports de force pour
conquérir de nouveaux droits pour enfin changer ce monde injuste. D'ores et
déjà nous proposons cinq pistes d'élaboration et des revendications pour un
nouveau parti, parce que la LGBTI-phobie opprime, discrimine et tue.
Un plan d'urgence
1) L'égalité est un principe fondamental.
Le vote du PaCS, en 1999, a constitué une étape dans cette direction, mais
demeure largement insuffisant. En voulant créer un contrat spécifique, la
gauche plurielle a institué l'inégalité dans la loi. C'est le même type de
logique avec le contrat civil que Sarkozy prépare. Ce qui est inacceptable pour
les gardiens de l'ordre moral, c'est que le mariage ouvre le droit à la
filiation!
- Égalité des droits entre homos et hétéros: mariage, filiation, Procréation
Médicalement Assistée
- Égalité des droits entre les différents statuts fiscaux: couples mariés,
pacsés, concubins ou célibats
Le refus d'autoriser le changement du sexe sur l'état-civil pour les trans,
à moins d'avoir subi une chirurgie génitale, est l'instrument d'une vision
essentialiste et binaire du genre qui vise à n'accepter les personnes trans que
si elles sont stérilisées. Cette même logique, conduit à la négation des
personnes intersexes par leur mutilation pour rentrer dans la norme.
- Facilitation du changement d'état-civil (nom et prénom), suppression de la
mention de sexe
- Arrêt des mutilations des enfants intersexes.
- Droit à disposer de son corps et autodétermination
2) L'internationalisme est une nécessité dans un monde LGBTI-phobe.
Être internationaliste c'est refuser les rhétoriques racistes du choc des
civilisations. Dans le contexte international de guerre impérialiste et
d'opposition idéologique entre «Civilisations», les questions LGBTI se
retrouvent parfois bien malgré elles être un enjeu politique, dans lequel
certains États se réclamant de valeurs libérales instrumentalisent
hypocritement l'homosexualité comme symbole des valeurs occidentales. Pourtant,
l'homophobie n'a ni frontières ni religion favorite : de la Pologne aux
États-Unis, de l'Iran au Zimbabwe, les LGBTI et leurs mouvements ne sont bien
souvent que les boucs-émissaires de politiques réactionnaires. Être
internationaliste c'est penser le soutien avec ceux et celles qui luttent dans
leurs pays, c'est combattre les politiques impérialistes de nos États, qui
maintiennent une partie de l'humanité dans la pauvreté et la misère et
soutiennent les pires dictatures quand leurs intérêts sont en jeu. Pour nous,
lutter contre la LGBTI-phobie et construire une véritable solidarité
internationale consiste à prendre en compte les situations locales. Il ne
s'agit pas d'imposer un modèle d'émancipation «occidental», mais de soutenir
les formes de luttes et d'affirmation dans leur diversité. Être
internationaliste c'est exiger la liberté de circulation des personnes et
lutter contre les politiques racistes d'immigration et d'asile dont le
durcissement démagogique privent les LGBTI d'un repli vital en cas de
répression.
- Application du droit d'asile pour les personnes victimes de
LGBTI-phobie
- Régularisation de tous les sans-papiers, en couple ou célibataires
- Abrogation des lois racistes sur l'immigration et l'asile
3) Le droit à la santé et l'accès aux soins est non-négociable.
L'épidémie du Sida démontre à nouveau combien la santé est une arme au
service d'une projet inégalitaire et hétéro-patriarcale. La santé est une arme
géo-politique, elle permet de maintenir des populations entières dans un état
de dépendance, et de soumission vis-à-vis des pays dits du « Nord ». La
santé est une arme politique qui fait le tri entre les « bons » et
les « mauvais » malades en fonction de critères racistes, sexistes,
classistes et LGBTI-phobes. Elle ne leur donne pas le même accès aux soins et à
la prévention et révèle combien l'universalisme affiché ne bénéficie en réalité
qu'à quelques-uns. Ces politiques inspirées et/ou secondées par les religions
jettent l'anathème sur des groupes ciblés (trans, toxicomanes, prostitué-e-s,
prisonniers) et des populations entières. La santé est une arme économique, car
la logique du profit l'emporte toujours sur la vie des personnes. Cette logique
est rendue possible par la propriété privée des brevets médicaux, et induit la
privatisation toujours plus grande des services publics de santé. La politique
de santé est une arme hétéro-patriarcale, qui assigne les identités de sexes et
de genres, qui pathologise, psychiatrise, généticise ceux et celles qui se
retrouvent hors des normes.
- Dépathologisation des trans et accès libre aux traitements médicaux
- Arrêt des mutilations des enfants intersexes et autodétermination
- Santé gratuite pour tous et toutes
- Développement et financement public de la recherche sur la prévention et
les traitements
- Production et distribution de médicaments génériques contre le sida à
travers l'abolition de la propriété privée des brevets médicaux
4) Le droit à disposer de son corps et de son existence est un droit
imprescriptible.
Le droit à disposer de son existence, c'est avoir la possibilité de
s'assumer en dehors du cadre familial, car cela peut être l'un des premiers
vecteurs de l'oppression. Lorsque leur entourage n'accepte pas leur identité
et/ou leur sexualité, les individu-e-s sont contraint-e-s à l'enfermement dans
la sphère familiale, à l'invisibilité, ou à des situations de précarité parfois
dramatiques.
- Droit au logement
- Allocation d'autonomie
- Droit à une protection sociale
Le droit à disposer de son existence, c'est le droit à assumer son identité,
à changer de genre et/ou de sexe.
- Dépathologisation des trans.
Le droit à disposer de son existence, c'est lutter contre les oppressions
spécifiques des femmes et des lesbiennes. Moins payées, plus précaires, plus
touchées par le chômages, elles sont soumises à la violence des normes
patriarcales, mais aussi à la violences des normes hétérosexuelles qui
assujettissent les corps et les vies des femmes aux désirs des hommes.
- A travail égal, salaire égal
- Droit à disposer de son corps et de sa sexualité
Le droit à disposer de son existence suppose de vivre dans une société
affranchie des diktats religieux et moralistes.
5) La fin de l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie implique une
transformation radicale de la société.
Pour nous, l'homo/lesbo/trans/bi/intersexo-phobie comporte deux facettes
indissociables: c'est aussi la haine des sexualités non hétéronormées, tout un
ensemble de violences verbales et/ou physiques que subissent les LGBTI et les
personnes considérées comme tel-le-s, car pas assez « viriles » ou
pas assez « féminines »; c'est enfin un outil de la police des genres,
servant à maintenir une prétendue frontière naturelle et hiérarchique entre les
sexes. Articuler ces deux dimensions, concrètes et symboliques, est essentiel
pour mieux combattre la LGBTI-phobie, à travers un travail d'éducation et de
prévention.
- Mise en œuvre d’une éducation non homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobe. Il
faut interroger les représentations et les stéréotypes, informer les jeunes en
questionnement leur identité, mener des actions collectives au sein des
établissements scolaires, et plus largement sur les lieux de travail et de vie.
Il convient aussi de former les personnels et de dégager les moyens pour le
faire.
- Création de structures d'accueil, d'écoute, d'assistance des victimes de
l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie avec un financement public, incluant la
participation des associations LGBTI.
- Application des lois contre les discriminations au travail, en soutenant le
travail des syndicats et des associations engagées dans ce combat.
S'organiser pour lutter
Cependant, si ces mesures sont urgentes et nécessaires, elles ne régleront
pas en profondeur la question des oppressions que subissent les LGBT. Celles ci
trouvent leurs racines dans les structures du système hétéropatriarcal et
capitaliste qui se fonde sur des principes inégalitaires : normes de
genre, sexisme, violences dans la sphère privée, violences au travail,
précarité, destruction des solidarités collectives, marchandisation des
existences et des corps, mise en concurrence de tous avec tous... Ce système
inégalitaire structure et traverse tous les pans de la société. A l’échelle de
l’histoire, la division originelle et inégalitaire de la société entre deux
sexes, fondée sur la famille, offre une assise idéologique et socio-économique
fondamentale pour le capitalisme. « Homme » et « femme »
sont présenté-e-s comme des catégories stables, complémentaires, indépassables
… et forcément inégales. Derrière ces fausses évidences qui cachent de profonds
préjugés, les normes de genre réduisent la complexité des êtres humains à des
catégories binaires et assurent la reproduction des dominations. Cette division
sexiste a contribué à justifier l’oppression des formes de vie, de sociabilité
et d’érotisme non « hétérosexuels ». Ce sexisme structurel a des
conséquences très directes pour les personnes intersexes et trans :
l’existence des premières est niée, les secondes sont pathologisées.
Remettre en cause l'hétéropatriarcat implique de l'attaquer de manière
globale, en articulant les luttes contre les oppressions et les luttes contre
l'exploitation. Notre émancipation exige la destruction du patriarcat et du
capitalisme !
Un nouveau parti !
Nous ne devons pas être dépossédés du débats sur nos devenirs. Deux logiques
incompatibles s'affrontent : la nôtre qui s'appuient sur l'égalité et
l'émancipation; la leur, celle inégalitaire et criminelle du capitalisme et de
l'hétéropatriarcat. Il faut organiser une réponse collective à l'oppression et
construire un rapport de force pour faire valoir nos existences et nos
revendications, résister à la logique de l'isolement et de la fatalité, et
imposer de nouveaux droits et de nouvelles conquêtes politiques. Créer un
rapport de force, c'est considérer que nous n'avons pas à être dépossédé du
débat sur nos propres existences, c'est commencer à expérimenter avec d'autres
le combat pour l'émancipation. Aujourd'hui, la LCR s'est engagée dans un
processus de construction d'un nouveau parti anticapitaliste (NPA).
Pourquoi un nouveau parti ?
Le 6 mai 2007, l’échec de la gauche gouvernementale a laissé le champ libre
à la droite la plus réactionnaire et homophobe incarnée par Sarkozy, ami des
patrons et des milliardaires. La guerre sociale qu’ils mènent, c’est la
violence quotidienne et la répression, la casse des acquis sociaux. La
politique de la gauche gouvernementale est impuissante parce qu’elle accepte la
logique du profit, de la concurrence et la remise en cause des services
publics. Pour mener son offensive en rafale contre la majorité de la
population, Sarkozy a le pouvoir, les patrons ont le MEDEF. Et nous,
qu’avons-nous d’efficace pour porter nos aspirations sur le terrain
politique ? Qu’avons-nous pour construire les mobilisations capables de
remettre en cause la logique du profit ? Comment imposer l’égalité des
droits entre homos et hétéros ? Comment refaire du droit à disposer de son
existence un droit imprescriptible ? Comment débarrasser la société de
l’oppression des LGBTI ?
Nous l’avons vu, ces oppressions sont ancrées en profondeur dans les
structures du système hétéropatriarcal et capitaliste. S’attaquer aux racines
de ce système inégalitaire nécessite de mener un combat global : seul un
parti, une organisation politique regroupant des militants impliqués sur
différents terrains de lutte, permet de mener ce combat de manière
conséquente.
Aujourd’hui, il manque cruellement un outil qui aide à la convergence des
luttes en un mouvement d’ensemble capable de faire reculer le pouvoir et de
changer le rapport de force. L’espoir a aussi besoin d’imaginer qu’un autre
monde est possible. Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir cet
outil : un parti utile aux mobilisations d’aujourd’hui. Un parti pour
préparer un changement radical, révolutionnaire de la société c’est-à-dire la
fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production,
la fin de l’oppression des femmes et des LGBTI, du pillage de la planète et de
la destruction de la nature.
Quelle place pour les LGBTI dans le NPA ?
Un parti anticapitaliste, internationaliste et féministe conséquent doit
être porteur des combats contre toutes les oppressions. Mais ce parti ne se
substitue évidemment pas aux associations LGBTI : leur mobilisation est
essentielle pour construire des revendications, créer des espaces de
solidarité, mener les luttes au quotidien ! Ce que nous proposons, c’est
un outil collectif et démocratique, qui permette de s’attaquer aux racines des
problèmes et des oppressions. Un parti qui n’abandonne aucune lutte, qui soit
toujours aux côtés des opprimé-e-s et des exploité-e-s. Car nous voulons une
société capable de satisfaire les besoins sociaux, débarrassée de toutes les
formes d’exploitation et d’oppression de classe, de genre, d’orientation
sexuelle, d’âge ou d’origine. Une société où la démocratie ne s’arrête pas au
droit de vote et permette à toutes et tous de décider.
Le congrès national de la LCR s’est adressé à toutes celles et tous ceux,
individu-e-s, militant-e-s associatifs, équipes syndicales, courants
politiques, qui veulent se regrouper dans un cadre politique organisé,
militant, national et démocratique, un parti tissant des liens internationaux
avec les forces qui défendent une telle perspective. Ce parti appartiendra à
toutes celles et ceux qui s’y engageront. C’est maintenant à celles et ceux qui
veulent « prendre parti » de décider ensemble, de construire
ensemble !