Vernis & Sécateur

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vendredi, novembre 26 2010

Retour rapide sur la manif de nuit de Lille

Hier, je n'ai pas mis de jupe, puisque c'est visiblement la question qui suscite le plus d'interrogation dans le «féminisme» médiatique.

Par contre, il y a avait la manifestation féministe de nuit de Lille, en non-mixité gouines et meufs (que nous soyons trans ou cisgenres, quelles que soient nos sexualités, nos couleurs, nos cultures, nos classes sociales…)

On était une petite cinquaintaine et c'était plutôt chouette, surtout que cette fois-ci on a pu finir sans se faire arrêter par les policiers au bout de deux rues, ce qui est plutôt appréciable. Ce qui l'était moins, par contre, c'était la présence plutôt nombreuse des policiers qui nous «escortaient» et qui, eux, n'étaient évidemment pas en non-mixité gouines et meufs, loin s'en faut.

J'ai trouvé que c'était un petit cortège mais vachement dynamique, avec très peu de temps morts entre les slogans et une sorte d'«émulation» qui faisait qu'on s'appropriait vachement les slogans, surtout lorsqu'il s'agissait de répondre aux quelques mecs relous qui faisaient chier sur les côtés, ou qui gueulaient «sales gouines» depuis les fenêtres du troisième étage.

Bref, c'était ma première manif de nuit non-mixte que je faisais complètement et j'ai trouvé que c'était plutôt classe.

Quelques slogans (oraux et pancartes), parce que j'aime bien recopier les slogans que j'ai appréciés (vous avez peut-être remarqué) :

  • Tremblez, machos, les féministes sont dans la rue !
  • Je ne suis pas mal baisée, je suis féministe !
  • Trop d'hétérosexisme, protégeons les enfants
  • Un mari ça coûte trop cher, le vibro est une bonne affaire
  • Une femme sans homme, c'est comme un pays sans gouvernement : lesbianisme et anarchie
  • On est fières, on est gouines, on est moches et masculines
  • Le féminisme n'a jamais tué personne ; Andy Warhol a eu du bol
  • Face aux machos, ni oubli ni pardon ; on vous rendra les coups
  • Contre les violences sexistes, auto-défense féministe
  • Lesbienne de mon coeur, tu sais qu'on a raison
  • Cathos, fachos, machos, vous nous cassez l'clito
  • Il y a plus inconnue que la femme du soldat inconnu : l'amante de la femme du soldat inconnu

Et sinon, j'en profite pour rappeler qu'il y en a aussi une demain samedi 27 novembre à Paris à 17h devant l'hôpital Tenon, métro Gambetta. Plus d'informations sur le site Rage de Nuit.

dimanche, mai 9 2010

Manif féministe de nuit à Lille le 29 mai

Youpi, voici le tract pour la manif féministe de nuit qui aura lieu à Lille le 29 mai que je ne peux m'empêcher de vous copier/coller (un tract au format Word est aussi disponible sur le site d'Indymedia)


MANIF DE NUIT FEMINISTE NON-MIXTE FEMMES, LESBIENNES, GOUINES, BISEXUELLES, ASEXUELLES, HETEROSEXUELLES, PANSEXUELLES (QUE NOUS SOYONS TRANS OU CISGENRES)

RENDEZ-VOUS LE SAMEDI 29 MAI 2010 A 21H DEVANT L’OPERA DE LILLE

Nous sommes diverses, multiples et mouvantes.

Nous sommes des féministes, femmes, lesbiennes, gouines, et/ou transgirls …

Nous sommes bisexuelles, hétérosexuelles, autosexuelles, asexuelles, homosexuelles…

Nous sommes précaires, pauvres, salariées, sans-papières, ouvrières, étudiantes, chômeuses, femmes au foyer, travailleuses du sexe, mères célibataires, organisées ou isolées…

Nous sommes noires, blanches, métisses, asiatiques, arabes, latinas, berbères…

Nous sommes grosses, maigres, fortes, minces, rondes, poilues, rasées, plates ou à gros seins, à cheveux longs ou crâne rasé, avec crête de punk ou raie sur le côté, avec un voile, une casquette ou un chapeau…

Nous aimons les mini-jupes et les caleçons, les baggys et les talons, les grosses godasses et les tops à paillettes…

Nous sommes jeunes, vieilles, avec handicap ou pas pour l’instant… Nous sommes féministes tant qu’il le faudra !

La nuit nous appartient !

En tant que personnes catégorisées femmes, nous sommes en permanence matraquées par des règles de conduites qui restreignent nos libertés : « Ne sors pas toute seule le soir », « Ne mets pas de mini-jupe, c’est de la provocation » ou encore « Fais-toi raccompagner par un homme ». Ces injonctions conditionnent nos agissements et ne nous donnent pas d’outils pour nous défendre. Et si on ne suit pas ces règles, on a encore plus peur, on est culpabilisées et rappelées à l’ordre.

La peur entretenue de la nuit fait de l’ombre aux violences de la journée. NON, les violences n’ont pas d’heure et elles sont partout : dans les maisons, dans la rue, au travail… En effet, les femmes sont majoritairement agressées par des hommes qu’elles connaissent (conjoint, collègue, voisin, patron, oncle, père…) dans un lieu qui leur est familier. Cependant, l’espace public reste majoritairement - voire exclusivement - le territoire des hommes, d’autant plus la nuit.

Pour les personnes catégorisées comme femmes, la rue est un espace où l’on est en permanence considérées comme disponibles sexuellement ; un espace de harcèlements, de reluquages, d’attouchements sexuels, d’injures, de sifflements et de peur des agressions masculines (qu’elles soient physiques, verbales, sexuelles, psychologiques).

Pour exprimer notre force et notre parole en autonomie par rapport aux mecs, cette manifestation est organisée entre féministes, femmes, filles, lesbiennes, gouines et/ou transgirls ; celles qui en ont marre de se faire mater comme un bout de viande ou d’être considérées comme des poupées gonflables, celles qui vivent dans la rue ou y travaillent, celles qui veulent embrasser leur copine dans le bus, celles à qui on dit qu’elles se sont trompées de chiottes, celles qui sont racisées et exotisées, celles qui en ont marre des mains au cul, celles qui veulent boire un coup sans se faire draguer… Cette manifestation est pour toutes celles qui reconnaissent des petits bouts de leurs vies dans ces violences et cette oppression.

Marre du contrôle de nos corps et de nos vies ! Marre de se prendre des claques dans la gueule (au propre comme au figuré) ! Marre d’être de la chair à viol ! Nous voulons que nos corps nous appartiennent enfin !
  • Parce qu’il n’est pas normal que nous ayons peur quand nous marchons seules la nuit.
  • Parce qu’on en a marre de ne croiser que des mecs dans la rue, les gares, les métros… après 23h
  • Parce que nos corps ne nous appartiennent toujours pas
  • Parce qu’on nous impose le modèle hétérosexuel et que toute autre sexualité est diabolisée ou invisibilisée
  • Parce que les canons de beauté qu’on nous impose (pubs, journaux, films, télé…) sont fixés par et pour les hommes.
  • Parce que les violences conjugales et intrafamiliales sont la première cause de mortalité et d’invalidité des femmes en Europe
  • Parce qu’une femme est violée toutes les 10 minutes ! Et parce qu’en face, la réponse des institutions (quand elles la croient !) n’est que demande de preuves et infantilisation.
  • Parce que ras-le-bol de l’obligation d’être polies, souriantes, douces et aimables.
  • Parce qu’être sans-papières, c’est travailler pour peu ou pas de rémunération et sans la protection du droit du travail.
  • Parce que la situation de semi-clandestinité dans laquelle sont placées les femmes sans-papiers, les empêche de porter plainte en cas d’abus ou d’agressions de peur de l’expulsion et les place à la merci de dominations patriarcale, capitaliste et raciste plus accrues.
  • Parce que parfois les seules sources lumineuses dans la rue sont des pubs de femmes à poil pour vendre du carrelage.
  • Parce que les lesbiennes sont victimes de lesbophobie (agressions physiques, verbales, viols, blagues, invectives, remarques…)
  • Parce que tous les trois jours une personne trans est assassinée dans le monde.
  • Parce que la transphobie n’est même pas reconnue par la loi française
  • Parce que les personnes bi vivent avec l’injonction permanente de choisir leur camp et que la biphobie n’est pas reconnue par les institutions
  • Parce que le caractère lesbophobe ou transphobe de certaines agressions est rarement reconnu ; et que le caractère sexiste des agressions sur les femmes trans est généralement nié
  • Parce que celles qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants vivent avec l’injonction d’en avoir, et parce que celles qui en ont vivent avec l’injonction d’être des "bonnes mères" (douces, entièrement vouées à leurs enfants, devant renoncer à la vie nocturne…)
  • Parce qu’en condamnant le racolage passif, l’État accroît la répression à l’encontre des prostituées et les met encore plus en danger
  • Parce que dans notre société binaire (masculin/féminin) et patriarcale, les dominations masculine et hétérosexiste continuent d’exister même dans les milieux « ouverts d’esprit ».
  • Parce qu’on est censées être baisables mais pas baiseuses.
  • Parce qu’on en a marre d’entendre « alors, vous êtes seules les filles ? » alors que non, on est quatre, « connard ! »
  • Parce qu’on a beau avoir beaucoup d’humour, les remarques, invectives et blagues sexistes ne nous font toujours pas rire !

Ainsi pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes dans la rue aujourd’hui et dans la lutte au quotidien. Nous ne souhaitons pas accéder aux privilèges des hommes mais abolir tous les privilèges et les systèmes de dominations qui les entretiennent ; nous voulons pouvoir nous définir par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Tant que nous ne serons pas considérées comme des individues à part entière, tant que nous serons des citoyennes de seconde zone, tant que nous n’aurons pas notre place dans la rue, tant que notre accès à l’espace public sera soumis à des conditions hétérosexistes, nous ne lâcherons pas l’affaire !

Nous continuerons à nous mobiliser, à investir l’espace, à exiger notre place et à combattre ce système patriarcal, capitaliste, raciste, classiste, binaire et hétéronormé.

ORGANISATION ! RESISTANCE FEMINISTE ! SOLIDARITE ! EMANCIPATION !

Marchons la nuit, pour ne plus jamais nous faire marcher dessus !

vendredi, avril 2 2010

Billets inachevés (partie 1)

Quand je commence à écrire un billet pour ce blog, ça m'arrive souvent de ne pas le publier tout de suite, et de le mettre dans le purgatoire des «en attente». Parfois, je le termine, et parfois non.

Du coup, j'ai un tas de billets inachevés, dont le plus vieux date de plus de deux ans et ne sera probablement jamais achevé. Et donc voilà, j'ai décidé de publier ceux que je trouvais encore un tant soit peu intéressant, même s'ils n'étaient pas finis, même si maintenant j'écrirais les choses différement. Donc forcément, ça fait un peu fonds de tiroir,..

Privilège cis

(écrit en mai 2009)

Sexualisation

Tu me considères comme un objet de fantasme.

Tu penses que si je m'habille en fille, c'est pour aguicher les mecs et pouvoir mettre des boulets dans mon lit et pas, évidemment, uniquement pour moi.

Tu veux de l'hyperfémininité, être avec plus femme qu'une femme. Ou alors c'est juste que ton trip, c'est les femmes à bite.

Objectification

Tu me considères comme un fantasme d'une nuit, poupée gonflable jetable que tu n'irais pas présenter à tes copains, et encore moins à ta femme.

Subversivisme

Tu penses que je ne fais que renforcer les codes du genre.

Tu estimes que tu peux me dire que je ne dois pas modifier mon corps.

Tu me reproches de ne pas être assez radicale, ou peut-être justement que tu me trouves super radicale, d'une manière exotique.

Tu t'exclames que toi, tu ne sens pas spécialement dans ton genre - un peu comme un poisson ne se sent pas spécialement dans l'eau - et que tu ne vois pas pourquoi je pique des crises quand tu ne respectes pas le mien.

Droit de nommage

Tu t'énerves quand j'utilise le terme cis, parce que ça devient n'importe quoi.

Le manifeste travelo

Un spectre hante le monde : le spectre du travelottisme. Toutes les puissances du vieux monde se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et les psys, Zemmour et Raymond, les «radicales» américaines et les policiers du monde entier.

Quelle est la féministe qui n'a pas été accusée d'être travelotte par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires butchs ou fems l'épithète infamante de travelotte ?

Il en résulte un double enseignement.

Déjà le travelottisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances du monde entier.

Il est grand temps que les travelottes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'elles opposent au conte du spectre travelo un manifeste travelo lui-même.

Statistiques bloguesques

(datant d'octobre 2009)

Bon, comme ça fait bien de montrer ses stats, voici mes stats sur le mois de septembre :

Visites : 630 (selon la police), 130000 (selon les organisateurs)

Et maintenant, passons à ce qui nous intéresse vraiment dans les stats (enfin moi, c'est mon trip) : les mots-clés ! Alors j'ai fait un petit pré-tri pour garder que le meilleur :

  • 1: transgirls vs féminisme. Alors je comprends pas trop, soit mon petit texte du même nom a eu un succès fou, soit il y a un nouveau courant dans le porno (qui m'apporte l'habitude l'essentiel de mes mots-clés), qui se base peut-être sur des combats dans la boue.
  • 2: porno trans. Eh oui, je suis quand même sixième sur google avec ce mot-clé, au milieu de plein de sites pornos, et c'est un peu ma fierté. Les mecs qui cherchent du porno trans et tombent sur des textes dogmatiques et illisibles payent pour toutes les fois où je suis tombée sur du porno quand je cherchais des textes militants trans. Nyark.
  • 4, 5 et 7: trans porn, porn trans, et trans porno, pour rester dans le même domaine
  • 6: masturbation feminine
  • 9: changer de sexe
  • 13: mtf porn : là c'est déjà les amateurs de porno plus raffinéEs, qui connaissent le terme «mtf».
  • 14 et 15: bas résille (avec ou sans accent)
  • 18: les lesbiennes ne sont pas des femmes (
  • 23: questions idiotes : c'est au bon endroit
  • 30: sarah connor : non, c'est à côté
  • 40: rangers fille
  • 51: gros culturiste
  • 53: transvestisme : yeah, ça fait tellement plus classe que "travestissement" ou "travelottage"
  • 70: travestissement : loser
  • 71: annonces parisiennes
  • 83: les lesbiennes c'est horrible : ben oui, on est sales, moches et méchantes
  • 87: operation de trans porno: euh... y'a vraiment des gens qui se branlent sur une vaginoplastie ?
  • 104: blague transsexuel : j'en ai une bonne. C'est quoi un queer édenté ? Un transcendant.
  • 109: castration
  • 112: castrer un mec
  • 117: comment mettre des lacets sur des rangers : euh... c'est vraiment si compliqué ?
  • 135: fessée déculottée
  • 151: ma femme est un trans
  • 178: rechche blog de filles nues à fortes poitrines avec des couches : hum, peut-être quand j'aurais des implants, hein ?
  • 193: transgenre cou : marrant, j'ai quand même vachement plus de requêtes pour d'autres parties du corps

Les gouines, les trans et la non-mixité, épisode 12

(écrit en novembre 2009, et non publié puisqu'il y a eu à la place une analyse sociologique des non-mixités par Vlad)

Non, ça ne va pas être un remake version lesbotrans de «le bon, la brute et le truand» (sinon, j'aurais appelé ça «The Good, The Butch and The Tranny», ça sonne quand même mieux[1]).

Bon alors, je sais ce que vous auriez envie de dire : encore un billet là-dessus ? T'en as pas un peu marre ?

Ce à quoi je répondrai d'abord que non, je ne m'en lasse pas, et ensuite que là, en fait, ça va être un peu différent puisque je ne vais pas dire du mal des mêmes personnes que d'habitude[2]

Ce qui est amusant, c'est qu'à première vue, les personnes dont je vais dire du mal aujourd'hui sont des mecs cisgenres (en général, peut-être pas tout le temps à 100%, mais assez souvent en tout cas pour que je ne m'emmerde pas à féminiser) qui, bizarrement, croient qu'on va être potes.

Bon, soit-dit en passant, la catégorie «mecs boulets qui pensent qu'on va être potes / coucher ensemble» est quelque chose d'assez vaste et mériterait sans doute un billet à part, voire un bouquin.

Ici, je me limiterai uniquement aux mecs qui te repèrent en tant que trans et qui, du coup, vont venir te confier sur un ton entendu que quand même, les gouines elles font un peu chier à se réunir en non-mixité, c'est du sectarisme de la ghettoisation, du communautarisme, une haine des mecs, bref tout le tintouin habituel, et qu'en plus c'est forcément transphobe.

Soit dit en passant, une parenthèse juste par mesquinerie, c'est le genre de trucs qui m'est pas mal arrivée avec des gays, non pas parce que les gays sont moins féministes que les mecs hétéros, mais parce qu'en général ces espaces ont plus souvent lieu à l'intérieur du vaste et grand «mouvement LGBT» que dans les milieux hétéros. Et ce qui est drôle, c'est que bien souvent, ces mêmes personnes qui n'ont pas de mots assez forts pour dénigrer la non-mixité des gouines passent quand même un certain temps dans des bars, saunas et autres back-rooms qui ne sont en fait pas tout le temps des supers exemples de mixité. Mais bon, hein, évidemment, ça n'a rien à voir. (Et bien sûr il va sans dire que ces endroits sont toujours hyper trans-friendly).

Mais revenons-ons à nos moutons. Alors, si on n'est pas rôdée, on peut se dire pendant un quart de fraction de seconde qu'au moins le souci que peuvent poser certains espaces non-mixtes pour les personnes trans a été entendu.

Et ensuite on se rend compte qu'en fait, ben non, on est juste instrumentalisée contre, non pas une éventuelle politique particulière qui exclurait les trans, mais la non-mixité de manière générale.

Ce qui est ironique, c'est que ces mecs en question font en fait exactement ce qu'ils reprochent aux espaces non-mixtes qui excluent les trans : c'est-à-dire qu'ils n'envisagent pas une seule demi-seconde que tu ne sois pas juste la trans de service pour justifier le «T» du «LGBT», et qu'en fait tu te reconnais aussi dans une identité gouine et que du coup, ben, tu te retrouves finalement pas trop mal dans cet espace[3].

Parce qu'en fait, ben oui, si je râle parfois contre l'exclusion ou le manque de clarté vis à vis des trans de certains espaces non-mixtes, c'est pas parce que je trouve que la non-mixité c'est pas bien, dangereux, anti-mecs, pouet-pouet, mais plutôt parce qu'il y a des momens où je n'ai pas envie d'avoir à me taper un espace où les mecs prennent toute la place, où il faut faire gaffe où on met ses pieds pour ne pas se faire marcher dessus, où quand t'es en train de discuter avec une copine faut qu'il y ait des mecs qui viennet se foutre au milieu pour toujours être le centre de l'attention.

Notes

[1] Mais c'est un titre que j'ai déjà réservé pour une potentielle future nouvelle, donc je ne vais pas le gâcher pour un billet de post vite fait, non mais.

[2] Enfin, par rapport à d'habitude si on se réfère aux fois précédents où j'ai parlé de gouines, de trans et de non-mixité (quoique, et encore) ; pas par rapport à d'habitude en général, vu qu'en fait je vais surtout dire du mal des mecs et que du coup c'est quand même pas spécialement rare. (Quoiqu'en fait je me trouve relativement modérée sur ce blog, l'air de rien)

[3] D'ailleurs je trouve ça drôle cette impression que pour certaines personnes je peux être catégorisée comme «gouine» ou comme «trans» mais difficilement les deux en même temps. Et bizarrement quand je suis catégorisée en tant que gouine j'ai l'impression d'être perçue comme vachement plus méchante par les mecs un peu misogynes, je trouve ça marrant ce qu'on associe à certaines identités.

mercredi, janvier 27 2010

Étude sociologique des non-mixités du milieu LGBT

Note d'Ellie : étant quelque peu en panne sèche de billets en ce moment, je me permets de combler ce vide avec une contribution (à laquelle je n'ai pu m'empêcher de rajouter quelques notes personnelles) d'un de mes fidèles lecteurs, Vlad, qui se trouve être un sociologue étudiant la domination féminine à l'intérieur du mouvement LGBT.

La non-mixité, comme cela a été démontré[1][2][3], est communautaire et ghettoisante[4] et devrait être évitée absolument[5][6]. Pourtant, malgré tous les efforts de la communauté LGBT pour s'ouvrir et s'intégrer à la société hétéropatriarcapitaliste normale et respectable[7][8][9], des personnes que l'on ne peut que difficilement que qualifier d'autre chose que d'intégristes continuent à prôner non seulement un ghetto[10][11], mais même des non-mixités, autant-dire des sous-ghettos, à l'intérieur[12].

Cet article a pour objectif de les recenser d'une manière impartiale, ce qui est possible car, à la différence d'un certain nombre d'auteurs publiant sur le sujet, étant moi-même hétérosexuel j'ai l'avantage d'être neutre[13][14].

Non-mixité lesbienne

La non-mixité lesbienne[15] est basée sur une haine, refoulée ou assumée, des hommes[16]. Le succès de cette formule est assez incompréhensible de nos jours, puisque ce sont justement les hommes qui se sont démenés pour ouvrir aux lesbiennes le milieu LGBT[17][18], où elles sont, toujours grâce aux hommes gays, beaucoup plus nombreuses qu'avant[19], voire pour ne pas dire le nouveau groupe dominant (des études[20] avancent le chiffre élevé de jusqu'à 5% dans une soirée).

Peu reconnaissantes, les lesbiennes continuent pourtant à vouloir se retrouver entre elles, parfois pour parler politique[21], ce qui est d'autant plus ridicule. Politique féminazie[22] et totalitaire[23], cela va sans dire.

Par ailleurs, la non-mixité lesbienne est par essence[24] et dans toutes ses incarnations[25], transphobe[26], quoi que puissent en dire les différentes lesbiennes trans[27] qui se retrouvent dans ces espaces, à qui les hommes gays rendent d'ailleurs pourtant service en leur expliquant qu'on va les mettre dehors même si elles sont les bienvenues[1]. C'est en opposition complète à la communauté LGBT de manière plus large qui respecte pourtant toujours parfaitement les identités des homosexuels refoulés qui choisissent de devenir hétéros par facilité personnes trans[28][29].

Malgré cela, on retrouve tout de même parfois des espaces «femmes/lesbiennes/trans»[30], ce qui tend surtout à prouver que l'objectif de cette non-mixité est plus de dénigrer les véritables hommes biologiques que de se retrouver ensemble[31][32].

Non-mixité gay

À l'inverse, on ne peut pas vraiment parler de non-mixité gay[33][34]. On devrait plutôt, en fait, parler de pas-non-mixité[35] gay, puisque jamais un bar gay ne se revendique non-mixte, ce qui prouve bien qu'il est, lui, ouvert à tout le monde, et en particulier à la communauté LGBT[35].

Ainsi, les saunas, backrooms et certains bars ne sont pas une forme de non-mixité ghettoisante comme peuvent la pratiquer les lesbiennes[36], mais bien une forme d'ouverture à toute la communauté LGBT[37], même si en pratique seuls les hommes sont admis[38], ce qui est assez compréhensible étant donné l'effort qu'ils ont déjà fourni pour ouvrir le reste du mouvement LGBT aux femmes et aux trans (voir ci-dessus).

Non-mixité trans

La non-mixité trans est, elle, plutôt inspirée de la non-mixité lesbienne[39], sauf qu'au lieu de dire du mal des hommes, elle consiste à dire du mal des gens biologiques[40][41]. Cela dit, il est reconnu que la non-mixité trans est tout de même moins ghettoïsante[42], puisqu'en pratique n'importe qui peut y entrer, vu qu'on est finalement tous un peu transgenre[43].

L'intérêt principal d'un espace non-mixte trans est donc de venir débattre des thématiques concernant les gays normaux (enfin, biologiques, pas trans, quoi)[44][45][2], qui sont souvent malheureusement invisibles dans la communauté LGBT[46][47][48]. Certes, certains trans hystériques vont traiter les personnes biologiques de «cissegenre», ce qui relève de l'insulte, car consistant à coller une étiquette, ce qui ne se fait pas (qualifier une personne de trans sans lui demander son avis n'ayant évidemment rien à voir, puisque dans ce cadre il ne s'agit pas de coller une étiquette mais simplement de bon sens[49]).

Conclusion

Nous avons couvert de manière détaillée la façon dont la notion de non-mixité nuisait à l'idéal républicain d'universalisme blanc cisgenre hétéro masculin et avons prouvé à quel point elle était nuisible, sauf lorsqu'elle était abordée de manière plus objective par les hommes. Cet article soulève également la question encore taboue, que nous aborderons de manière plus approfondie lors d'un prochain papier, de l'oppression, à l'intérieur du mouvement LGBT, des hommes gays par les lesbiennes et les trans.

Notes

[1] NdEllie : C'est du vécu. Après, vu tous les billets que j'ai écrits sur la non-mixité, je vais pas prétendre que l'inclusion des trans est réglée et résolue, mais ça ne rend ni légitime qu'un mec instrumentalise ça pour son anti-féminisme, ni de créer un problème à des endroits où il n'y en a pas.

[2] NdEllie : C'est aussi du vécu... Cela dit, dans l'histoire, il y avait aussi une lesbienne cisgenre.

vendredi, mars 20 2009

Non-mixité

J'avais prévu depuis un certain temps d'écrire un petit article sur la non-mixité et comment je la voyais. Les discussions que j'ai pu (a)voir récemment sur le rapport entre féminisme et trans(phobie) m'ont poussée à m'y mettre enfin. Bien que je n'en sois pas entièrement satisfaite, j'ai décidé de le publier, parce que je ne me vois pas le reprendre dans deux mois.


J'avais prévu de citer des féministes réputées ; mais parfois, une petite anecdote vaut mieux que de longs discours.

Je participais, l'autre jour, à une soirée féministe fort sympathique organisée dans un local libertaire. Après une partie «slam» puis la projection d'une interview de Simone de Beauvoir, des copines présentaient un site pour coordonner des féministes. Ce site était non-mixte : pas destiné aux hommes.

Un homme dans la salle a inévitablement posé la question : mais pourquoi vouloir faire ça en non-mixité ? Alors que les personnes impliquées dans le projet lui expliquaient leur démarche, il reprenait à plusieurs reprises la parole, expliquant que ça excluait les hommes, était-ce vraiment nécessaire ?

Et il m'a semblé, à le voir, une bouteille de bière à une main, couper les personnes qui esssayaient de se justifier, que la réponse était dans la question ; ou, plus exactement, dans la façon de la poser, de monopoliser la parole, et de ne pas franchement écouter la réponse.

Oui, la non-mixité est nécessaire, parce que les mecs sont construits pour dominer, et les femmes pour être soumises. Les mecs pour s'affirmer, les femmes pour s'effacer. Ce n'est pas en le niant et en prétendant que ça n'existe pas qu'on pourra lutter contre.

La non-mixité est nécessaire pour ne pas avoir à se justifier en permanence : «oui, mais les mecs, là-dedans ?», bref, pour pouvoir s'organiser entre personnes partageant une même oppression ; mais aussi, tout simplement, pour pouvoir prendre confiance plus facilement.

Et puis, la non-mixité femmes, c'est aussi lutter contre quelque chose qui arrive souvent : une non-mixité entre mecs, c'est-à-dire que les femmes, à défaut d'être formellement exclues, sont de facto poussées dehors. Au final, c'est précisément grâce à la non-mixité choisie qu'il est envisageable d'avoir des instants de «mixité» réelles.

La question des trans' et de la non-mixité a souvent été source de débats, parfois houleux. Cette soirée en fournit, là encore, un bon exemple, puisqu'un homme est venu voir la copine qui récupérait les adresses e-mails des personnes intéressées en lui demandant : «et si un homme se considère femme à l'intérieur ?».

Ce qui est une façon particulièrement dramatique de poser la question qui, dans ce cadre, ne peut amener à mon avis qu'une seule réponse : «non».

Je ne sais pas ce que cette personne avait en tête en demandant cela : instrumentaliser les trans' pour «montrer» que la non-mixité est réactionnaire et excluante, ou un désir sincère de poser la question pour une hypothétique trans' ? Si c'est la seconde possibilité, en tant que trans' hypothétique située à moins de trois mètres pendant que le court débat que cela engendrait avait lieu (mais à qui personne n'a eu l'idée de demander l'avis), il me semble que c'est le genre d'alliés avec qui on se passe d'ennemis.

Parce qu'évidemment, considérer qu'une trans' est «un homme», même s'il se considère comme femme «à l'intérieur», est profondément transphobe et revient finalement à dire que les trans' vivent une sorte de fantasme bizarre mais restent des hommes.

En réalité, le genre n'est pas qu'une question d'organes génitaux ou de chromosomes. On est, dans la vie de tous les jours, catégorisée dans l'une des deux classes suivantes : homme, ou femme. Contrairement à ce que l'imagination des essentialistes pourraient laisser croire, cela se fait rarement sur la base de ce qu'on a entre les jambes, mais plutôt sur l'apparence et le comportement global.

Autrement dit, non, la présence d'un pénis entre les jambes ne permet pas, comme un crucifix porté autour du cou, de se protéger magiquement de la domination masculine. Les femmes trans' sont, en tout cas après une certaine période de transition, catégorisées dans la classe «femme» au quotidien.

Et la construction de genre est quelque chose qui se fait tous les jours, depuis la façon de se faire gentiment tenir la porte par galanterie en échange d'un sourire forcé à l'agression sexuelle, en passant par la drague «subtile» qui vous fait sentir que, XX ou XY, vous êtes avant tout un morceau de viande, par la façon de vous couper la parole systématiquement mais de vous sermonner si, par malheur, vous essayez de faire de même à un moment, ou encore par toute l'idéologie véhiculée par les télés, les journaux, les affiches et les «bonnes blagues» qui vous rappelle votre rôle en tant que «catégorisée femme».

Une trans' a donc sa place dans un espace non-mixte «femmes», non pas parce qu'elle se sentirait «femme à l'intérieur», mais parce qu'elle subit une oppression en tant que femme qui vient, bien au contraire, de l'extérieur (même si elle est aussi intériorisée, comme toute oppression).

Certaines féministes pensent qu'il faut exclure les femmes trans' des espaces non-mixtes parce qu'elles n'ont pas été éduquées, dès leur jeunesse, à ce rôle. Mais qu'elles se rassurent : le patriarcat n'est pas radin sur les cours de rattrapage.

Par ailleurs, s'il y a en commun une oppression de tous les jours à être catégorisée dans la mauvaise classe de sexe, l'expérience des «femmes» (au sens de personnes dans cette catégorie, qu'elles se revendiquent femmes ou pas) est très différente : cultures différentes, âges différents, orientations sexuelles différentes, façon d'exprimer un genre différents, etc.

Ce qui veut dire qu'il faut reconnaître que la non-mixité «femmes» n'est pas non plus un hâvre de paix, et qu'il y a encore des oppressions et des conflits en interne. Par conséquent des formes de non-mixité à l'intersection de plusieurs oppressions sont aussi légitimes : non-mixité lesbiennes, non-mixité femmes racisées, etc.

Mais il est nécessaire, à mon avis, de garder en tête qu'il s'agit d'un cadre de luttes et pas d'une fin en soi.

Pour moi, la non-mixité est donc avant tout une façon de lutter contre un système d'oppressions, et non pas d'espérer le fuire. C'est donc une non-mixité qui doit avant tout se baser sur le façon dont on est catégorisée par ce système, et non pas sur des caractéristiques, notamment biologiques, qui ne servent en fait que de prétexte à ce système pour justifier une classification et une domination. Si on se fait avoir à ce piège, il me semble qu'en prétendant combattre un système, on finit par le renforcer.