Quand je commence à écrire un billet pour ce blog, ça m'arrive souvent de ne
pas le publier tout de suite, et de le mettre dans le purgatoire des «en
attente». Parfois, je le termine, et parfois non.
Du coup, j'ai un tas de billets inachevés, dont le plus vieux date de plus
de deux ans et ne sera probablement jamais achevé. Et donc voilà, j'ai décidé
de publier ceux que je trouvais encore un tant soit peu intéressant, même s'ils
n'étaient pas finis, même si maintenant j'écrirais les choses différement. Donc
forcément, ça fait un peu fonds de tiroir,..
Privilège cis
(écrit en mai 2009)
Sexualisation
Tu me considères comme un objet de fantasme.
Tu penses que si je m'habille en fille, c'est pour aguicher les mecs et
pouvoir mettre des boulets dans mon lit et pas, évidemment, uniquement pour
moi.
Tu veux de l'hyperfémininité, être avec plus femme qu'une femme. Ou alors
c'est juste que ton trip, c'est les femmes à bite.
Objectification
Tu me considères comme un fantasme d'une nuit, poupée gonflable jetable que
tu n'irais pas présenter à tes copains, et encore moins à ta femme.
Subversivisme
Tu penses que je ne fais que renforcer les codes du genre.
Tu estimes que tu peux me dire que je ne dois pas modifier mon corps.
Tu me reproches de ne pas être assez radicale, ou peut-être justement que tu
me trouves super radicale, d'une manière exotique.
Tu t'exclames que toi, tu ne sens pas spécialement dans ton genre - un peu
comme un poisson ne se sent pas spécialement dans l'eau - et que tu ne vois pas
pourquoi je pique des crises quand tu ne respectes pas le mien.
Droit de nommage
Tu t'énerves quand j'utilise le terme cis, parce que ça devient n'importe
quoi.
Le manifeste travelo
Un spectre hante le monde : le spectre du travelottisme. Toutes les
puissances du vieux monde se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce
spectre : le pape et les psys, Zemmour et Raymond, les «radicales»
américaines et les policiers du monde entier.
Quelle est la féministe qui n'a pas été accusée d'être travelotte par ses
adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas
renvoyé à ses adversaires butchs ou fems l'épithète infamante de
travelotte ?
Il en résulte un double enseignement.
Déjà le travelottisme est reconnu comme une puissance par toutes les
puissances du monde entier.
Il est grand temps que les travelottes exposent à la face du monde entier,
leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'elles opposent au conte du
spectre travelo un manifeste travelo lui-même.
Statistiques bloguesques
(datant d'octobre 2009)
Bon, comme ça fait bien de montrer ses stats, voici mes stats sur le mois de
septembre :
Visites : 630 (selon la police), 130000 (selon les organisateurs)
Et maintenant, passons à ce qui nous intéresse vraiment dans les stats
(enfin moi, c'est mon trip) : les mots-clés ! Alors j'ai fait un
petit pré-tri pour garder que le meilleur :
- 1: transgirls vs féminisme. Alors je comprends pas trop, soit mon petit texte du
même nom a eu un succès fou, soit il y a un nouveau courant dans le porno
(qui m'apporte l'habitude l'essentiel de mes mots-clés), qui se base peut-être
sur des combats dans la boue.
- 2: porno trans. Eh oui, je suis quand même sixième sur google avec ce
mot-clé, au milieu de plein de sites pornos, et c'est un peu ma fierté. Les
mecs qui cherchent du porno trans et tombent sur des textes dogmatiques et
illisibles payent pour toutes les fois où je suis tombée sur du porno quand je
cherchais des textes militants trans. Nyark.
- 4, 5 et 7: trans porn, porn trans, et trans porno, pour rester dans le même
domaine
- 6: masturbation feminine
- 9: changer de sexe
- 13: mtf porn : là c'est déjà les amateurs de porno plus raffinéEs, qui
connaissent le terme «mtf».
- 14 et 15: bas résille (avec ou sans accent)
- 18: les lesbiennes ne sont pas des femmes (
- 23: questions idiotes : c'est au bon endroit
- 30: sarah connor : non, c'est à côté
- 40: rangers fille
- 51: gros culturiste
- 53: transvestisme : yeah, ça fait tellement plus classe que
"travestissement" ou "travelottage"
- 70: travestissement : loser
- 71: annonces parisiennes
- 83: les lesbiennes c'est horrible : ben oui, on est sales, moches et
méchantes
- 87: operation de trans porno: euh... y'a vraiment des gens qui se branlent
sur une vaginoplastie ?
- 104: blague transsexuel : j'en ai une bonne. C'est quoi un queer
édenté ? Un transcendant.
- 109: castration
- 112: castrer un mec
- 117: comment mettre des lacets sur des rangers : euh... c'est vraiment
si compliqué ?
- 135: fessée déculottée
- 151: ma femme est un trans
- 178: rechche blog de filles nues à fortes poitrines avec des couches :
hum, peut-être quand j'aurais des implants, hein ?
- 193: transgenre cou : marrant, j'ai quand même vachement plus de
requêtes pour d'autres parties du corps
Les gouines, les trans et la non-mixité, épisode 12
(écrit en novembre 2009, et non publié puisqu'il y a eu à la place une analyse sociologique
des non-mixités par Vlad)
Non, ça ne va pas être un remake version lesbotrans de «le bon, la brute et
le truand» (sinon, j'aurais appelé ça «The Good, The Butch and The Tranny», ça
sonne quand même mieux[1]).
Bon alors, je sais ce que vous auriez envie de dire : encore un billet
là-dessus ? T'en as pas un peu marre ?
Ce à quoi je répondrai d'abord que non, je ne m'en lasse pas, et ensuite que
là, en fait, ça va être un peu différent puisque je ne vais pas dire du mal des
mêmes personnes que d'habitude[2]
Ce qui est amusant, c'est qu'à première vue, les personnes dont je vais dire
du mal aujourd'hui sont des mecs cisgenres (en général, peut-être pas tout le
temps à 100%, mais assez souvent en tout cas pour que je ne m'emmerde pas à
féminiser) qui, bizarrement, croient qu'on va être potes.
Bon, soit-dit en passant, la catégorie «mecs boulets qui pensent qu'on va
être potes / coucher ensemble» est quelque chose d'assez vaste et mériterait
sans doute un billet à part, voire un bouquin.
Ici, je me limiterai uniquement aux mecs qui te repèrent en tant que trans
et qui, du coup, vont venir te confier sur un ton entendu que quand même, les
gouines elles font un peu chier à se réunir en non-mixité, c'est du sectarisme
de la ghettoisation, du communautarisme, une haine des mecs, bref tout le
tintouin habituel, et qu'en plus c'est forcément transphobe.
Soit dit en passant, une parenthèse juste par mesquinerie, c'est le genre de
trucs qui m'est pas mal arrivée avec des gays, non pas parce que les gays sont
moins féministes que les mecs hétéros, mais parce qu'en général ces espaces ont
plus souvent lieu à l'intérieur du vaste et grand «mouvement LGBT» que dans les
milieux hétéros. Et ce qui est drôle, c'est que bien souvent, ces mêmes
personnes qui n'ont pas de mots assez forts pour dénigrer la non-mixité des
gouines passent quand même un certain temps dans des bars, saunas et autres
back-rooms qui ne sont en fait pas tout le temps des supers exemples de mixité.
Mais bon, hein, évidemment, ça n'a rien à voir. (Et bien sûr il va sans dire
que ces endroits sont toujours hyper trans-friendly).
Mais revenons-ons à nos moutons. Alors, si on n'est pas rôdée, on peut se
dire pendant un quart de fraction de seconde qu'au moins le souci que peuvent
poser certains espaces non-mixtes pour les personnes trans a
été entendu.
Et ensuite on se rend compte qu'en fait, ben non, on est juste
instrumentalisée contre, non pas une éventuelle politique particulière qui
exclurait les trans, mais la non-mixité de manière générale.
Ce qui est ironique, c'est que ces mecs en question font en fait exactement
ce qu'ils reprochent aux espaces non-mixtes qui excluent les trans :
c'est-à-dire qu'ils n'envisagent pas une seule demi-seconde que tu ne sois pas
juste la trans de service pour justifier le «T» du «LGBT», et qu'en fait tu te
reconnais aussi dans une identité gouine et que du coup, ben, tu te retrouves
finalement pas trop mal dans cet espace[3].
Parce qu'en fait, ben oui, si je râle parfois contre l'exclusion ou le
manque de clarté vis à vis des trans de certains espaces non-mixtes, c'est pas
parce que je trouve que la non-mixité c'est pas bien, dangereux, anti-mecs,
pouet-pouet, mais plutôt parce qu'il y a des momens où je n'ai pas envie
d'avoir à me taper un espace où les mecs prennent toute la place, où il faut
faire gaffe où on met ses pieds pour ne pas se faire marcher dessus, où quand
t'es en train de discuter avec une copine faut qu'il y ait des mecs qui viennet
se foutre au milieu pour toujours être le centre de l'attention.