Vernis & Sécateur

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lundi, octobre 10 2011

Deux événements du collectif MTF (Misandres Terroristes Féministes)

Dans le cadre du Festival Ô Mots des Flamands Roses, dont le programme devrait être disponible en ligne incessamment sous peu.

Les deux événements auront lieu au J'en Suis J'y Reste, centre LGBTQIF de Lille/Nord-Pas-de-calais, 19 rue de Condé, Lille

Femmes trans en prison

Vendredi 21 octobre à 20h au J'en Suis J'y Reste

Présentation d’une brochure publiée récemment en français, où figurent des témoignages de femmes trans incarcérées ou ayant été incarcérées, ainsi que des textes relatant et analysant la situation des femmes trans incarcérées, les liens avec la justice, les responsabilités des activistes, etc…

Projection d’un film documentaire (60min – anglais sous-titré français) analysant la situation des femmes trans incarcérées aux USA…

Soirée proposée par le collectif MTF (Misandres Terroristes Féministes).

Le privilège cissexuel

Lancement de la campagne « Start Cis Pathologization »

Samedi 5 novembre à 18h au J'en Suis J'y Reste

Le collectif MTF (Misandres Terroristes Féministes) organise une discussion sur le privilège cissexuel, en se basant notamment sur le chapitre 8 du livre Whipping Girl de Julia Serano.

Dans ce chapitre, elle s'attarde sur les privilèges cissexuels ainsi que sur les mécanismes que les personnes cissexuelles mettent en place pour justifier et maintenir leurs privilèges. L'idée est de mettre en lumière un statut opprimant (en l'occurence, le statut cis), pour l'étudier et en comprendre les fonctionnements. Ce qui permet, pour une fois, de ne pas placer les personnes transsexuelles comme objets d'étude, mais à l'inverse de mettre les personnes cissexuelles et leurs comportements sous la loupe d'une analyse matérialiste visant à questionner la norme.

Lors de cette rencontre sera présentée une nouvelle brochure reprenant ce chapitre, pour la première fois traduit en français.

mardi, janvier 12 2010

Conseil mode : le maquillage

Voilà, comme ça faisait longtemps que je n'avais rien écrit sur ce blog, je me suis dit que j'allais me lancer dans un billet pour la rubrique Mode. Et comme je suis en ce moment vaguement en phase avec mon côté travelotte, je me suis dit que ça pourrait être bien d'avoir des conseils de maquillage.

Épilation des sourcils

Alors oui, je suis au courant que ce n'est pas vraiment du maquillage, mais tant qu'on en est là autant parler de l'ensemble de ce qui permet d'augmenter sa féminité et son passing.

Les sourcils, donc. Bien sûr, on est tentée de se dire : «à quoi bon, puisque ça repoussera ?», mais bon, hein, comme la plupart des gens ont tendance à vous regarder dans les yeux (sauf celles comme moi qui arrivent pas à fixer un regard plus de trois secondes), ben ils voient aussi les sourcils, qui sont pas très loin. Alors, voilà, c'est utile, quoi.

Globalement, moi je fais ça au pifomètre, mais il paraît quand même qu'il faut plutôt épiler les poils du dessous du sourcil que ceux du dessus. Me demandez pas pourquoi.

Ce qui est cool avec les sourcils, c'est que si on épile aussi quelques poils en rangée verticale (ou plutôt en diagonale), ça peut faire genre vieille cicatrice où les poils ne repoussent plus, pour vous donner un style bagarreur. Exemple en image avec l'illustration ci-jointe.spike3.jpg

Fond de teint / poudre

Le fond de teint est particulièrement utile quand on est trans et qu'on n'a pas encore procédé à l'élimination définitive des poils de barbe, c'est à dire quand on aimerait bien les dissimuler. (Une alternative étant de les laisser pousser et d'épiler uniquement ceux dans le prolongement de la «cicatrice» du sourcil sus-mentionnée pour en augmenter son effet. Malheureusement, si on y gagne en look «bagarreur», on y perd un peu en passing.)

Ma devise en la matière : «il faut ce qu'il faut». Plus sérieusement, je préfère utiliser une poudre compacte que du fond de teint, la première réagissant, d'après mon expérience, un peu moins mal aux doigts que je n'arrête pas de me passer sur le visage.

Une idée préconçue veut qu'il soit nécessaire d'en mettre sur tout le visage pour que ce soit homogène. Alors qu'en fait, si on met un petit coup de blush sur les joues, ça permet de séparer le visage en deux parties (au-dessus du blush et en-dessous du blush) et donc de n'avoir à en maquiller qu'une moitié.

Cela dit, il paraît que ça ne se fait pas du tout et que ce n'est pas bien, mais on économise du temps et du maquillage, donc à vous de voir.

Blush

En dehors de permettre des économies en poudre ou en fond de teint, le blush est quelque chose qu'on met sur les joues et qui permet d'avoir les joues roses.

Je n'ai jamais trop compris l'intérêt, mais bon, visiblement les joues roses sont associés à la féminité ou quelque chose dans le genre, parce qu'il parait que ça permet d'améliorer ses chances de passer pour une fille cisgenre.

Allez savoir.

En tout cas, je sais pas trop comment on est censée le mettre à la base, du coup je fais comme Shoshanna dans Inglourious Basterds, parce qu'elle a trop la classe : d'abord tracer deux traits vaguement symétriques, puis estomper ensuite (ou pas, mais ça fait un style assez particulier).

blush.jpg

Eyeliner

Alors, honnêtement, j'ai jamais compris les gens qui osaient vraiment approcher un crayon pointu de leurs yeux.

En revanche, je trouve ça plutôt pratique pour dessiner des faux tatouages, ou encore des faux poils de barbe.

Le truc qui se met au-dessus des paupières

Je ne me rappelle jamais de comment ça s'appelle, ce machin.

Bref, en tout cas ça peut être cool de constraster la couleur avec celle de ces yeux. Exemple : si vous avez des yeux, mettons, violets, ça peut être sympas de mettre du chapakoi jaune. Comme ça les deux couleurs contrastent, et en plus ça fait les couleurs du lesbianisme. Cool, non ?

Personnellement, j'ai des bêtes yeux marrons, du coup en général je mets du vert ou du bleu.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, mais retrouvez-nous le mois prochain pour un numéro spécial Saint-Valentin.

jeudi, juillet 30 2009

Transgirls VS féminisme

Comme promis dans le billet précédent, voici le texte de ma présentation pour l'atelier «Transgirls VS féminisme» aux Universités Euroméditerrannéennes d'Été des Homosexualités. Le texte est aussi disponible en PDF , avec une meilleure mise en page.


Cet atelier a pour objectif de discuter des rapports entre les MtF et le féminisme. Il abordera la question de l’intersection du sexisme et de la transphobie ainsi que les difficultés pour les femmes trans d’être incluses dans certains pans du féminisme, comme ont pu le montrer des conflits récurrents sur l’inclusion des trans dans les espaces non-mixtes.

Vocabulaire

Trans

désigne une personne qui ne vit plus dans son genre d’assignation à la naissance. Une femme trans (ou MtF, male-to-female, masculin-vers féminin) est donc une femme qui a été assignée «garçon» à la naissance, tandis qu’un homme trans (ou FtM, female-to-male, féminin vers masculin) est un homme qui a été assigné «fille» à la naissance. Des personnes trans peuvent aussi ne pas se reconnaître ou ne pas être catégorisées de manière claire dans un des deux genres reconnus.

Cis

«cis» étant le préfixe opposé à «trans», une personne cis désigne une personne qui n’est pas trans. Une femme cis est donc une femme qui a été assignée «fille» à la naissance, tandis qu’un homme cis est un homme qui a été assigné «garçon» à la naissance.

Féminisme

Monique Wittig oppose deux définitions possibles du mot féminisme : «Que veut dire “féministe” ? Féministe est formé avec le mot “femme” et veut dire “quelqu’un qui lutte pour les femmes”. Pour beaucoup d’entre nous, cela veut dire “quelqu’un qui lutte pour les femmes en tant que classe et pour la disparition de cette classe”. Pour de nombreuses autres, cela veut dire “quelqu’un qui lutte pour la femme et pour sa défense" - pour le mythe, donc, son renforcement.”» Si je me reconnais personnellement plutôt dans la première définition et que c’est celle que je privilégierai par la suite, la différence entre ces deux visions explique en partie la différence d’approche des mouvements féministes vers les trans.

Femme

pour éviter d’avoir à employer à répétition des termes comme «personne catégorisée femme», j’utiliserai ici le mot «femme» dans un sens relativement large, c’est-à-dire pour désigner toute personne globalement catégorisée, au quotidien dans le genre féminin. Par exemple, même si je ne me définis pas personnellement comme «femme», j’en serai une le temps de cet atelier. La même chose s’applique évidemment pour le mot «homme».

Transphobe

là aussi j’emploie ce mot au sens large, c’est-à-dire qu’un comportement que je catégorise comme «transphobe» ne veut pas forcément dire que la personne a une phobie irrationnelle des trans ou les déteste particulièrement, mais reproduit une oppression contre les personnes trans.

Transmisogynie

Le terme «transmisogynie» désigne l’intersection entre l’oppression sexiste et l’oppression transphobe et concerne particulièrement les femmes trans, de la même manière que la lesbophobie désigne le croisement entre oppression sexiste et oppression homophobe et concerne les lesbiennes. Et de même que la lesbophobie est en fait plus complexe qu’une simple addition de sexisme et d’homophobie, la transmisogynie est plus complexe qu’une addition de sexisme et de transphobie.

Pour simplifier, l’essentiel de la transphobie passe par la négation du genre de la personne : un homme trans reste une femme, une femme trans reste un homme, et ne parlons même pas des personnes qui revendiquent un genre non-binaire, qui n’existent tout simplement pas. De l’autre, la misogynie consiste à considérer les femmes comme inférieures, mais aussi à dévaloriser tout ce qui leur est lié, c’est-à-dire tout ce qui est «féminin».

La transmisogynie, de manière simpliste, c’est donc à la fois être considérée comme plus ou moins une femme — et infériorisée pour ça — et, paradoxalement, comme pas vraiment une vraie femme.

Un aspect important de cette oppression me semble être le refus de comprendre qu’un «homme» (puisqu’on refuse de considérer une femme trans dans son genre) puisse vouloir se «féminiser». Ce refus d’accepter les trans pour ce qu’elles sont et d’accepter comme légitime une aspiration «féminine» a des conséquences diverses :

  • une hyper-sexualisation et une exotisation des trans’ : si une personne ayant un corps soi-disant «masculin» porte des vêtements féminins, c’est forcément pour attirer les hommes dans un but sexuel ; de la même manière, les MtF transitionnant uniquement par fétichisation de la féminité. Cette hypersexualisation et cette exotisation sont particulièrement visibles dans l’industrie pornographique hétéro, qui fournit nombre de «shemales», «travelos» et autres «filles à queue» à une clientèle masculine qui ne demande rien tant qu’un peu de transgression tant qu’elle ne remet pas en cause sa suprématie.
  • les femmes trans étant vues commes des «fausses femmes», leur corps est aussi vu comme plus «faux» et donc soumis à disposition des personnes cis : par exemple, pour beaucoup de personnes il est normal de demander à une fille trans qu’elles ne connaissent pas si elle est «opérée» ou si ses seins sont «vrais», voire, pour les cas les plus désespérés, de vérifier directement avec les mains ;
  • la contrainte, d’un côté, à être très féminine, au risque de voir son genre nié parce que ne pas être féminine prouve que l’on est en réalité un homme, contrainte où la psychiatrisation joue un rôle particulier, puisqu’elle n’autorise les transitions que pour les personnes ayant des comportements correspondant parfaitement à des normes de genres qui sont encore bien plus réactionnaires que ce qui va être attendu d’une femme dans la vie de tous les jours ;
  • et, de l’autre côté, la contrainte de ne pas être trop féminine, parce que c’est caricatural, être soumise, anti-féministe, fort peu subversif, qu’on limite la femme à la féminité, ce qui prouve que l’on est en réalité un homme. Bref, pile tu perds, face tu ne gagnes pas.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que l’aspect hyper-sexualisation de la féminité — puisque si l’on est féminine c’est forcément pour plaire à un mec — ainsi que la double contrainte à ne pas être trop féminine (au risque d’être traitée de salope) et de l’être assez quand même (sinon, on n’est pas une «vraie» femme) ne sont pas spécifiques aux trans mais prennant un aspect particulier à cause de la «fragilité» du genre des femmes trans, c’est-à-dire de l’épée de Damoclès «cela prouve que tu es un mec, en réalité» qui plane toujours sur leurs tête.

Un autre aspect non négligeable de la combinaison entre sexisme et transphobie est le fait que l’oppression sexiste va passer inaperçue, va être plus excusable, parce qu’on n’est pas vraiment une femme. blessure sexiste.

  • Pour l’oppresseur, le fait de nier le genre de la personne permet de cacher l’aspect sexiste de l’oppression, et permet d’en rajouter dans les excuses classiques du type «c’est qu’elle le cherchait» (en lien notamment avec l’hyper-sexualisation évoquée précedemment) ou «elle ne s’est pas défendue» (cf le procès du meurtrier présumé de Kellie Telesford, où la défense argumentait que la victime, trans, aurait eu une force d’homme et aurait donc pu se défendre).
  • Une parenthèse particulière sur un élément souvent utilisé par les meurtriers de femmes trans, qui est la «trans panic», c’est-à-dire le fait pour un homme hétéro de considérer qu’il est légitime d’être violent envers une femme avec qui on flirtait parce qu’on a réalisé qu’elle n’était pas une «vraie» femme. Malheureusement c’est un argument qui a souvent permis à des meurtriers d’avoir des peines de prison réduites.
Tensions entre féminismes et trans

Un autre aspect de la négation de l’oppression sexiste vécue par les femmes trans passe aussi, malheureusement, par certains courants ou espaces féministes (ou simplement destinés aux femmes) qui excluent les femmes trans, empêchant l’accès à des espaces de protection ou d’émancipation permettant de lutter contre le sexisme.

Je vais m’attarder un peu plus particulièrement sur cet aspect.

Si l’exclusion des femmes trans de certains espaces féministes est une tendance qui est sans doute présente dans le monde entier, elle a surtout été théorisée dans le monde anglo-saxon, avec des féministes comme Sheila Jeffreys ou encore Janice Raymond, auteure de «L’empire transsexuel», brûlot contre les trans et qui contient des passages assez explicites :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la véritable forme féminine à un artefact, en s’appropriant ce corps pour eux-mêmes.

Il ne s’agit pas juste de théorie mais aussi de pratique, qui passe non seulement par exclure des trans d’espaces non-mixtes, mais aussi de pratiques beaucoup plus douteuses, comme des outings publics et des appels à boycott.

La tendance la plus virulente de cette transphobie féministe vient sans grande surprise de celles qui défendent «la-femme» et ce que Wittig appelle «son mythe», mais il serait réducteur de considérer que seul ce versant du féminisme a été hostile aux trans et que toutes les féministes critiques des trans sont essentialistes.

Par exemple, il me semble que deux arguments méritent d’être étudiés : le premier est que les trans, justement, renforcent le mythe de la femme, tandis que le second est que les femmes trans, de par leur éducation, ne sont pas, justement, dans la classe des femmes, conservant leur privilège masculin.

Le problème avec ces deux arguments est qu’ils ont une base légitime qui peut apporter une discussion intéressante, mais qu’en pratique ils sont souvent utilisés pour stigmatiser les trans.

Ainsi, la critique des discours de certaines trans, par exemple l’idée d’une âme de femme dans un corps d’homme ou l’idée que c’est en se faisant opérer qu’on devient une vraie femme est intéressante et a pu faire avancer le mouvement trans — d’ailleurs un nombre certain de trans critiquent ces conceptions — mais c’est aussi utilisé pour amalgamer toutes les trans dans le modèle de la bimbo plus fâme que fâme et donc forcément anti-féministes.

Concernant l’éducation en garçon qu’ont a priori reçu les femmes trans, c’est un peu pareil : on pourrait avoir des discussions intéressantes sur la façon dont les trans intégrent sans doute de manière très différente selon les personnes l’éducation genrée pendant leur enfance, on pourrait discuter de la notion d’éducation de fille et de garçon en ilen avec la différence de classe, d’âge, de race, de culture, d’orientation sexuelle, de modèles familiaux, etc. On pourrait aussi discuter de comment l’éducation se fait tout au long de sa vie, parler de ce que ça peut faire d’être brutalement confrontée au sexisme alors qu’on y échappait auparavant, etcaetera.

Malheureusement, en pratique, cet argument est souvent utilisé pour exclure ou dénigrer une trans — ou encore pour la faire taire — et par conséquent il devient très difficile de discuter de l’impact qu’a eu une enfance de garçon puisque ça peut être utilisé pour attaquer la légitimité de son genre.

C’est peut-être lié à une autre difficulté en tant que trans : la possibilité d’être acceptée à condition... de ne plus être trans, ou en tout cas de faire comme si on ne l’était pas. Ça implique une invisibilisation de son identité «trans» : pour beaucoup de personnes le fait d’accepter une trans comme «femme» ou «lesbienne» est suffisant et déjà un bel effort, et parfois avancer la spécificité de l’oppression en tant que trans est mal vu : «mais bon, je croyais que tu voulais être une femme comme les autres ?». De la même manière, mettre en avant les thématiques trans au sein du féminisme (par exemple concernant le droit à disposer de son corps) est parfois vu comme diviseur, une façon de diluer les «vraies» thématiques féministes.

Je pense par ailleurs que cette oppression est souvent intériorisée et qu’elle n’est pas juste l’oeuvre de quelques méchantes féministes : parfois l’exclusion c’est simplement l’auto-exclusion.

Même si, bien sûr, l’exclusion la plus visible est celle qui est formalisée, et notamment dans le cadre des espaces non-mixtes, qui ont pu cristallisé par conséquent un certain nombre de conflits.

Non-mixité

En effet, la question de l’inclusion ou de l’exclusion des femmes trans dans les espaces non-mixtes a été un sujet de conflit récurrent.

Il me semble qu’un aspect du problème est la façon de poser la question.

En effet, si on part sur des bases essentialistes, on risque d’opposer une non-mixité qui considère qu’il faut être «femme née femme» pour être une vraie femme, à une position qui considère que ce qui compte c’est d’avoir «une âme de femme» ou encore, pour les fans des organes génitaux, que le plus important est de ne pas avoir de pénis — les femmes trans opérées peuvent donc entrer, mais pas les autres.

Autant de positions qui reviennent finalement à se demander quel est le sexe des anges et n’ont au final pas grand intérêt.

Pour ma part, je pense que la non-mixité est une question politique et doit donc se baser sur le fait de partager une oppression commune ou pas.

Une trans a donc sa place dans un espace non-mixte, non pas parce qu’elle se sentirait «femme à l’intérieur», mais parce qu’elle subit une oppression en tant que femme qui vient, bien au contraire, de l’extérieur.

La question n’est donc pas de savoir si les MtF sont de vraies fâmes ou pas, puisqu’en général, contrairement à ce qu’on pourrait croire, elles ne veulent pas entrer dans les espaces non-mixtes pour se sentir vraiment fames.

En fait, elles y vont pour les mêmes raisons que les autres, c’est-à-dire participer à une lutte par laquelle elles sont concernées.

C’est pour ça que mon titre un peu provocateur n’a pas beaucoup de sens : les MtF qui s’engueulent avec les féministes s’engueulent souvent justemelnt parce qu’elles sont elles-même féministes ; et c’est bien pour cela qu’on est plus regardantes avec la non-mixité féministe que sur celle des bonne sœurs ou des clubs de fitness.

Bref, il ne s’agit pas d’attaquer le féminisme mais plutôt d’interroger les rapports de pouvoir et d’oppression qui s’exercent aussi au sein de la classe «femmes» ; et les rapports cis/trans sont des rapports de pouvoir, tout comme les rapports homo/hétéro, de classe, de race, d’âge, etc.

Et c’est pour cela que je pense qu’il est important de dire que la transphobie et la transmisogynie sont des oppressions et qu’être cis — ou bio, peu importe finalement le terme — c’est avoir une position dominante. Ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes qui ne sont pas trans sont des méchantes, mais simplement que cet axe d’oppression est souvent mal pris en compte, mal reconnu, mal étudié ; et pour que les trans soient vraiment inclues (et pas juste tolérées) dans le mouvement féministe, il me semble important que cela soit mieux pris en compte.

mardi, mai 26 2009

Porno trans

Je suis tombée sur un article sur le site américain Bilerico concernant un film pornographique impliquant des femmes trans.

Cela peut ne pas sembler très original, tant il est vrai que les shemales, filles à bites, travelos et autres termes péjoratifs sont présents dans le porno mainstream, c'est-à-dire, pour être claire, à destination des mecs hétéros (et peut-être pour quelques mecs gays sur ce coup-là, j'en sais trop rien).

Sauf que là, c'est un peu différent, puisque ça s'appelle «Doing it Ourselves: The Trans Women Porn Project». Et du porno impliquant des MtF écrit ou réalisé par des MtF, eh ben c'est plus rare. À vrai dire, c'est le premier film de ce genre dont j'entends parler (mais j'en ai sûrement raté, je suis pas non plus hyper calée sur le sujet du porno) ; j'avais d'ailleurs déjà fait un billet sur cette absence.

L'auteure présente ce film de la manière suivante :

In response to that, there is now a decent infrastructure for queer-woman-made porn that offers everything "girl-on-girl" does not. It has real people, real emotions, real sex. There is even a recent growth in trans men-made porn. Yet trans women in porn are still represented almost exclusively within mainstream porn production, which is constricted by unrealistic expectations about what a trans woman is and a society that regularly sees trans women only as a more objectifiable kind of woman.

(...)

Having connected with several other trans women who had been complaining about the same situation, I was determined to create something in which trans women were able to represent themselves how they wanted to be represented. After a year and a half of work and several setbacks, Doing it Ourselves: The Trans Women Porn Project is finally in the last stages of post-production. And I couldn't be prouder.

Soit, en français :

En réponse à ça (NdElly: la représentation des lesbiennes dans le porno mainstream), il y a maintenant une infrastructure décente pour du porno fait par des femmes homos qui offrent tout ce que le «girl-on-gil» n'offre pas. Il a des vrais gens, des vrais émotions, du vrai sexe. Il y a même un développement récent dans le porno fait par des hommes trans. Pourtant, les femmes trans dans le porno sont toujours représentées de manière quasiment exclusive à l'intérieur de la production pornographique mainstream, qui est contrainte par des attentes irréalistes sur ce qu'est une femme trans et une société qui voit régulièrement les femmes trans simplement comme un type plus objectifiable de femme.

(...)

Ayant rencontré d'autres femmes trans qui se plaignaient de la situation, j'étais déterminée à créer quelque chose dans lequel les femmes trans pourraient se représenter comme elles voulaient être représentées. Après un an et demi de travail et plusieurs revers,, Doing it Ourselves: The Trans Women Porn Project est finalement dans les dernières étapes de post-production. Et je ne pourrais pas être plus fière.

Même si la vidéo est pas le média qui m'attire le plus dans l'érotisme et la pornographie, je trouve vraiment intéressant que ce genre de projet existe et qu'il y ait une alternative à la vision standardisée des trans dans le porno qui donne parfois envie de se pendre (ou, en tout cas, de pendre les producteurs).

mardi, janvier 13 2009

Nouvelle : tragique nécessité

L'autre jour, je cherchais «mtf porn» sur google.fr (c'est forcément la peine que j'explique le genre de sites que je cherchais, du coup). Et j'ai eu la surprise de voir, en premier résultat... tadaaa! une page de ce blog.

La classe, hein ?

Du coup je me disais que c'était quand même un peu mensonger, et qu'il y avait tromperie sur la marchandise, alors je me suis décidée à publier un texte que j'avais écrit.

En fait c'est encore un de mes nombreux projets avortés que j'avais cette fois-ci sous un autre pesudo et qui consistait surtout à utiliser un personnage (une trans') pour faire un peu n'importe quoi, expérimenter (à la fois parce que je suis pas super habituée à écrire des textes sexuels, mais à la fois sur d'autres trucs), etc. Comme ça impliquait assez peu de relecture, la majorité de ce que j'ai fait sous ce pseudo est assez nul voire parfaitement douteux, mais ça m'amusait. Ce texte est un peu particulier puisque lui vire plus dans le n'importe quoi, du coup ça doit être un de ceux que je refoule le moins.

Bon, voilà, je crois que j'ai mis assez d'excuses préventives, je vais peut-être pas faire plus long que la nouvelle elle-même non plus, hein ?


Les deux soldats de l’armée rouge m’ont attrapée, chacun par un bras, et m’ont jetée à terre, dans la neige. Ils m’ont ensuite traînée jusqu’à leur chef.

C’était la déroute pour mes camarades de Cronstadt et le drapeau noir qui avait flotté sur la ville était maintenant tombé à terre, tandis que le rouge s’était répandu. Sur la neige, d’abord, qui était maculée de sang à divers endroits.

Pendant qu’on se prenait une branlée, l’armée rouge chantait « À l’appel du grand Lénine, se levaient les partisans ». Dans l’absolu, déjà, chanter au milieu du combat c’était un peu bizarre, mais j’aurais dû trouver anormal qu’ils le fassent en français. Cela dit je n’ai rien remarqué et je me suis contentée d’essayer de me mettre à genoux après qu’ils m’aient jetée devant un barbichu à lunettes qui portait un uniforme.

J’ai immédiatement reconnu Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom de Léon Trotsky.

« Tovaritch ! a fait un garde rouge. On a ramenée cette anarchiste pour que vous la punissiez ! »

Ou quelque chose comme ça, je ne sais plus exactement, mais ça faisait effectivement très dialogue de film de boules.

« Da, a répondu Trotsky. Je vais lui enseigner les préceptes de la révolution permanente. »

Il avait un horrible accent russe, mais il parlait français tout de même. Sur le coup, là non plus, je n’ai pas fait gaffe.

Ensuite, il m’a retournée et m’a mise la tête contre la neige, à quatre pattes et a relevé ma jupe, dévoilant mes fesses : je ne portais pas de culotte.

Ni de bas.

Oui, ça peut paraître bizarre vu qu’il devait faire -20˚C, mais c’est comme ça.

Il a posé sa main sur mes fesses et a soupiré.

« Da, ces fesses sont très blanches. Il va falloir les convaincre. »

Le Bolchevik s’est alors mis à m’administrer une mémorable fessée, au milieu de tous les « tovaritchs » de l’armée rouge qui me regardaient en riant.

Ils avaient tous des uniformes impeccables et rutilants très sexy, soit dit en passant.

Une fois que Trotsky a jugé qu’il m’avait assez rossé les fesses, il a regardé son œuvre et dit en souriant :

« Voilà, maintenant ce sont de vraies fesses de Rouge. »

Il a ensuite déboutonné son pantalon et a sorti son engin et me l’a enfourné directement.

J’ai serré les dents et écarté mes jambes au maximum tandis qu’il faisait des mouvements d’entrisme/exclusion dignes des meilleurs groupuscules devant plus tard se revendiquer de lui.

Ensuite, il a voulu me caresser aussi le vagin et a mis sa main devant, mais s’est rendu compte que j’avais un pénis.

« Da ! Qu’est-ce que c’est que cette déviance petite-bourgeoise ? »

Il m’a alors retournée sur le dos et a sorti une faucille et un marteau. Puis d’un coup brusque il a coupé mon petit oiseau, ce qui aurait sûrement dû m’arracher un cri de douleur, mais là non.

Ensuite, il a sorti un piolet et a commencé à me l’enfoncer dans mon nouveau vagin et c’est là que je me suis réveillée.

Parce que Trotsky, niveau piolet, il avait quand même plutôt le rôle passif, donc ça commençait à faire beaucoup d’incohérences.

J’ai d’abord entendu les paroles de « la Varsovienne » et j’ai réalisé que ça ne venait pas de soldats de l’armée rouge mais de l’appartement de mon voisin trotskyste. Je me suis levée en titubant, parce que j’avais la tête dans le cul, et je suis allée faire pipi. J’ai alors constaté que j’avais toujours un pénis et je n’ai pas trop su si je devais être déçue ou pas.

Ensuite je suis allée sonner chez mon voisin pour lui dire de baisser un peu le son, parce que c’était l’heure à laquelle les gens dormaient. Il a répliqué que onze heures du matin, ce n’était pas exactement le milieu de la nuit mais a quand même réglé le volume.

« Nan, je lui ai dit, parce que du coup j’ai rêvé que je me faisais violer par Trotsky. »

Il m’a regardée d’un air un peu gêné et a répondu :

« C’est promis, je penserai à rêver que je demande son exclusion de la Quatrième Internationale. »

vendredi, octobre 3 2008

MtFs et érotisme/pornographie

Je suis tombée sur un article intéressant d'Alma Cork intitulé Reclaiming Trans Sexuality, qui s'interroge sur l'absence de voix de trans' MtF dans le porno.

Coincidence, je m'étais posée un peu la même question juste avant en voyant la programmation du Paris Porn Film Fest, festival de films pornos «alternatifs» qui aura lieu du 9 au 12 octobre prochain. En effet, il y a un certain nombre de films mettant en scène ou réalisés par des trans' FtM, mais, de ce que j'en ai vu, nulle MtF à l'horizon.

Pourtant, on ne peut pas dire qu'il y a une absence de femmes trans' dans le porno, mais c'est toujours en tant qu'«objet», dans des films destinés avant tout aux hommes hétérosexuels.

Pour en revenir à l'article de départ, l'auteure parle de son enthousiasme à voir un livre érotique centré sur les personnes trans'... où visiblement aucune histoire n'est écrite par une femme trans'.

So why is it that there were no positive transwomen voices in this anthology? Maybe it's because many transwomen desire to distance themselves from any overt references to pornography or sex. I don't buy the oft-heard story that it’s just because we're pumped full of oestrogens and lacking testosterone, even though it certainly changes how you respond to certain stimuli. A more compelling explanation, I think, is that we're faced with a sex industry where we're not considered as potential consumers, even in erotica; we're usually the ones being sold.

Alors pourquoi n'y a-t-il pas de voix positives de femmes trans' dans cette anthologie ? Peut-être parce que beaucoup de femmes trans' désirent se distancier de toute référence ouverte à la pornographie ou au sexe. Je n'adhère pas à l'histoire souvent lue que ce serait juste parce que nous sommes chargées d'estrogènes et qu'on manque de testostérone, même si ça change cetrainement comment on répond à certains stimulis. Une explication plus convaincante, je pense, est que nous sommes en face d'une industrie du sexe où nous ne sommes pas considérées comme des clientes potentielles, même en érotique ; nous sommes habituellement celles qui sont vendues.