Et oui, c'est toujours la question, qui est particulièrement pénible quand elle vient d'un relou qui cherche en gros à classifier entre «disponible» ou «réservée». (Bizarrement quand tu réponds «mademoiselle», ça leur viendrait pas à l'idée que si tu t'es pas casée avec un mec après tout ce temps, c'est ptet parce que t'en as pas envie).

Et c'est aussi la plaie quand c'est sur les formulaires. Par exemple, pour mon adhésion à «Pôle emploi» (ça fait vachement plus classe que ANPE, il paraît, enfin bon), j'avais benoîtement choisi la case «mademoiselle» d'une parce que, ben non, j'ai jamais été à un mec, et je compte bien jamais l'être, et de deux parce que le «mademoiselle» fait un peu diminutif et donne un espèce de côté «madame en plus petite» qui je trouve va très bien avec ma corpulence (y'a pas encore la case «madamasse», dommage). Pis bon, je me dis toujours que quand je serais grande, je mettrais madame, mais j'ai vachement de mal à admettre que je commence à être supposée avoir entré l'âge adulte depuis un certain temps.

Bon et puis évidemment le jour même, tout se passe bien au début, «bonjour madame» à l'accueil (où on me demande pas pour le coup «c'est madame ou mademoiselle ?»), je patiente, ding, entretien.

Et là, c'est le drame.

Parce qu'en fait, bizarrement, on a beau dire «madame ou mademoiselle, ça a aucune valeur légale, tu mets ce que tu veux», ben quand t'es trans, t'as le système informatique qui te regarde de travers quand t'essaie de rentrer ton numéro de sécu qui commence par un "1"[1]. Et là, boum, l'inscription qui peut pas se continuer parce que la dame peut pas modifier, faut aller voir je sais pas qui pour faire je sais pas quoi...

Une demi-heure plus tard, ding, me voilà réassigné «monsieur» parce que c'est l'état qui l'a dit, c'est marqué sur la carte d'identité (alors que j'ai beau regarder la carte d'identité dans tous les sens, c'est marqué «monsieur» nulle part, mais bon), c'est comme ça, et ce n'est pas la faute de la dame (qui est très gentille, soit dit en passant), mais du système informatique.

Bref, je finis par ressortir (en ayant au passage appris que le pôle emploi ne me paierait pas mon chômage, vu que c'était l'éducation nationale, mais que par contre ça prendrait plus de temps...si c'ets aussi rapide que les remboursements de frais de transports, je suis mal barrée) avec un dossier «réassigné».

Prochain rendez-vous semaine prochaine (déjà), où j'aurais un numéro informatiquement correct mais où je vais sûrement devoir expliquer à la dame de l'accueil que, non, je viens pas pour mon frère ou mon mari. C'est les joies d'être trans : même si, par lassitude, tu finis par laisser tomber l'idée farfelue que ton identité de genre soit respectée, tu sais toujours très bien que cocher la case «M» ou «F» revient au final toujours à jouer à une version de pile ou face où tu ne peux gagner que si ça tombe sur la tranche.

Enfin, quand je serai grande, je mettrai «madame».

Notes

[1] Par contre dans l'autre sens, il y a la réponse ministérielle sur l'utilisation du «madame ou mademoiselle» qui dit que «personne -organisme ou individu - ne peut imposer à une femme la mention madame ou mademoiselle.» Donc je suis désolée, mais avec une vision logique du «ou», ça veut dire qu'une femme a légalement le droit de se faire appeler monsieur, Plus sérieusement, j'aimerais bien savoir s'il y a quoique ce soit dans la loi qui dit qu'on doit avoir comme civilité «monsieur» si on a un sexe masculin à l'état-civil, et «madame» ou «mademoiselle» si on a un sexe féminin. J'en suis pas persuadée.