Vernis & Sécateur

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, février 3 2010

Vampires & Loups-garous, ou : un peu de féminisme post-moderne

Bon, vous l'aurez peut-être remarqué, les vampires sont assez à la mode ces derniers temps, qu'il s'agisse du film Twilight, de la série télé True blood ou de tous les bouquins sur les vampires qu'on peut trouver à la Fnac.

Vous l'aurez peut-être remarqué aussi, mais je suis quand même un peu une fashion-victim (et accessoirement que si j'étais hétéra ou pédé que je serais plutôt attirée par Spike), et du coup j'avais un peu commencé moi-même à écrire une nouvelle (ou, car c'était plus ambitieux, une série de nouvelles) avec des vampires, dont le tout début est lisible ici.

Vous l'aurez peut-être également remarqué en constatant que les images très jolies de plans cadrés uniquement sur les lèvres ensanglantées ne concernaient que les vampires de genre féminin ou que les trucs du genre «dictionnaire amoureux des vampires» érotisaient à 95% les vampires femmes, le traitement des vampires n'est pas exactement dépourvu de sexisme.

Du coup ça me questionne un peu sur moi comment j'ai envie de traiter ça. De fait j'ai déjà eu plusieurs personnages vampiriques dans des textes, mais je me dis que les placer dans des univers contemporain pose les questions de façon un peu différente.

Ce qui me semble intéressant avec les vampires, c'est que l'acte du «buvage de sang» a souvent été très liée avec la sexualité, et notamment avec l'homosexualité, qu'il s'agisse des scènes lesbiennes de Carmilla ou de la relation entre Louis et Lestat dans Entretien avec un Vampire. Ça a souvent aussi été associée à l'idée de tabou et de désir subversif et pas acceptable par la société, ce qui pour moi peut aussi servir de métaphores à des pratiques BDSM ou considérées anormales ou «extrêmes».

Un autre aspect que je trouve intéressant c'est la notion de consentement et de responsabilité. Les vampires sont souvent présentés comme étant complètement rongés par le désir et incontrôlables, et du coup pas vraiment responsables de leurs actes. Quelque part si on se fait mordre parce qu'un vampire n'a pas pu résister à votre décolleté et au battement de votre coeur, c'est que vous l'avez un peu cherché. J'avoue que ce genre de portrait du vampire me questionne, surtout quand par ailleurs c'est dur de ne pas voir une analogie avec la justification des violences commises par des hommes : c'est la faute à la testostérone, ils ont été provoqués, le désir est incontrôlable, etc. Du coup le fait de présenter ce «désir incontrôlable» du vampire comme parfaitement naturel et une hypothèse de base non discutable de l'univers de fiction me pose problème.

Du coup c'est là-dessus que j'aurais envie de travailler dans mon univers à moi, même si j'avoue que je ne sais pas encore exactement sur quelles bases. Par ailleurs je trouve qu'il y aurait aussi un parallèle à faire entre le paradigme apparu dans certaines oeuvres récentes du vampire acceptable par la société tant qu'il ne boit pas de sang humain, et par exemple les homos accepté·e·s tant qu'ils et elles ne font pas trop folles ou trop gouines, les trans accepté·e·s tant qu'on les prend pour des cisgenres, ou encore des immigré·e·s qu'on tolère à condition qu'ils·elles oublient leur culture d'origine.

Concernant les loups-garous, j'ai un peu moins de réflexion, même s'il y a certains thèmes qu'il me semble qu'on retrouve en commun avec les vampires, notamment concernant l'aspect «incontrôlable», même si le loup-garou de base va plutôt être violent que sensuel. Par ailleurs, le loup-garou qui peut garder une conscience humaine le reste du temps va être plus prompt à soit regretter ses actes (mais avec la logique que, quand même, il n'est pas vraiment responsable), soit vivre complètement une double vie.

Un autre thème qui me semble abordé dans les oeuvres de fiction récentes c'est la question de la meute et des rapports de domination/soumission, non pas cette fois-ci dans un style BDSM mais comme un mode de fonctionnement naturel.

Bizarrement, il me semble qu'il y a moins de sexualisation de loups et de louves garous, alors que perso j'aurais tendance à trouver que le fait de pouvoir se retrouver à mi chemin entre humain et animal, avec plein de poils, des griffes et tout ça, peut donner des idées de butch-garou assez... hum, je m'égare... De fait, il me semble qu'il y a, à part dans quelques utilisations des changements à la pleine lune comme métaphore des règles, beaucoup moins d'imagerie de louves-garous qu'il ne peut y en avoir de femmes vampires. À croire que la butchitude est vue par les mecs hétéros comme moins sexy que des visages super féminins et parfaitements lisses.

Voilà, ça peut paraître un billet un peu décousu et hors-sujet, mais je trouvais intéressant pour une fois de ne pas partager uniquement la version complète et rédigée d'un texte de fiction, mais aussi les réflexions préliminaires sur la construction de l'univers. Autant j'admets complètement utiliser les vampires, les loups-garous et autres créatures surnaturelles avant tout comme une façon d'apporter quelque chose d'un peu fun, de, osons le dire, exotique et sexy, mais aussi (ça c'est mon côté flemmarde) pour rendre le côté «pas spécialement réaliste» plus claire dès le départ ; autant je pense que c'est quand même important de se questionner un peu sur les choses qu'on reproduit dans des textes de fictions, et de savoir si on veut les reproduire ou pas, plutôt que de se servir de la fiction surnaturelle pour, au final, «naturaliser» des comportements[1].

Notes

[1] Pour reprendre un exemple évoqué plus haut, le fait de dire «ben oui, dans mon univers les vampires sont incontrôlables et donc pas responsables, je dis pas que c'est pareil pour les humains mais dans mon univers c'est comme ça», ou dans un autre cadre de dire «ben oui, dans la Fantasy il y a des races bien clairement séparées, dont certaines sont par essences mauvaises et maléfiques, mais rien à voir avec le racisme dans le vrai monde» me paraissent pour le moins un peu facile et une façon de se dédouaner de sa responsabilité sous couvert de fiction.

samedi, décembre 12 2009

Extrait de nouvelle : Rouge

Un petit extrait d'une nouvelle en cours, qui reprend la thématique des vampires, puisque c'est à la mode. Le personnage principal ressemble pas mal à Lev ; c'est pas uniquement parce que j'aime le recyclage de perso en changeant juste le nom, mais aussi parce qu'au départ j'avais une idée d'un ensemble de nouvelles l'impliquant avec un gang de nanas[1], et que finalement je me suis rendue compte que ça rendait mieux de placer ça dans un univers fantastique/fantasy.


« Tu es sûre que tu veux venir ? » m’a demandée Sandy pour la quinzième fois, alors qu’on marchait dans une rue silencieuse.

Je me suis retenue de grogner. Ça ne lui plaisait manifestement pas que je l’accompagne à son petit meeting. Je ne savais pas trop si c’était par honte de moi ou parce qu’elle avait peur qu’en tant que simple mortelle je me fasse déchiqueter par un loup-garou ou un vampire.

À la réflexion, c’était peut-être un peu des deux.

Là, par une nuit sans lune, sous la seule lumière de l’éclairage public, Sandy ressemblait à une fille ordinaire. Cheveux châtains et longs, pantalon moulant, bottes montantes et manteau long. L’ensemble était noir, la couleur de reconnaissance des surnats. Je n’avais jamais trop su si c’était une question de style ou si c’était pour pouvoir se déplacer dans la nuit sans se faire repérer.

Les nuits de pleine lune, Sandy était en général différente. Plus poilue, pour commencer.

Ma copine était une louve-garou, même si on pouvait avoir tendance à l’oublier une bonne partie du mois. C’était aussi une gouine, et c’était comme ça qu’on s’était rencontrées.

Moi, j’étais pour le coup une fille on ne peut plus ordinaire. Une nat, comme on les appelait maintenant, comme diminutif de « naturelle », en opposition aux diverses créatures surnaturelles. C’était un terme que certaines personnes trouvaient problématique, parce qu’il revenait à poser un groupe comme « normaux » et l’autre comme... ben, autre. Quelques surnats utilisaient le mot infra, mais il était jugée insultants pour les pauvres humains normaux, qui ne voyaient par contre pas ce qu’il y avait d’insultant à se considérer comme seuls représentants de l’humanité et de la normalité.

Perso, ça m’amusait toujours qu’on me dise que j’étais naturelle. Comme si je vivais dans une petite cabane en forêt, ou je ne sais trop quoi, alors que je bossais toute la journée dans un garage et que je me nourrissais quasiment exclusivement de nourriture industrielle.

Quant à normale, n’en parlons même pas.

« Tu sais, a repris Sandy, il y a peu de chances pour qu’il y ait beaucoup de sauvages, mais je voudrais quand même que tu fasses un peu gaffe à ce que tu dis. »

Les sauvages, c’était comme ça qu’on appelait les surnats qui rejetaient leur humanité et préféraient, disons, chasser en forêt pour les loups-garous, et chasser en ville pour les vampires.

Du coup, d’un point de vue étymologique les sauvages étaient un peu à l’exact opposé des naturels, ce que j’avais toujours trouvé débile.

« Ça va, ai-je dit. Je ne vais insulter personne. Et j’ai pris mon crucifix pour éloigner les vampires qui voudraient me percer la carotide.

— Ceux qui sont là-bas ne boivent pas de sang humain. Seulement, Bull, sans vouloir te vexer, des fois, t’as un peu tendance à faire des gaffes.

— Ne t’en fais pas, ai-je répliqué. Avec un peu de chance, personne ne réalisera que je suis une nat. »

Après tout, j’étais tout en noir, moi aussi. Et en cuir : le blouson, les gants, le pantalon et les bottes. J’avais bien le look pour entrer dans ce genre de soirées, après tout.

Et dans les clubs de bikers, accessoirement.

Quand on est arrivée devant la salle, où des gens commençaient à entrer, la première chose que j’ai remarqué, c’est d’ailleurs la Harley-Davidson qui était garée un peu à côté de la porte.

« Waow, ai-je fait à Sandy. Regarde-moi ça. »

Ma copine a grogné en me voyant me diriger vers la moto d’un air hypnotisé.

« Purée, j’ai dit. Le dernier modèle Nighster.

— Bull, a fait Sandy. Il faut qu’on y aille.

— Arrête, regarde-moi ce moteur. Mille deux cents centimètres cubes, c’est quand même autre chose que ma pauvre 125.

— Bull ! » a-t-elle grogné en me tirant par le bras, et j’ai réalisé alors qu’elle jetait des coups d’œil pas très à l’aise autour d’elle.

« Putain, qu’est-ce qu’il y a ?

— C’est la bécane d’une suceuse, m’a-t-elle expliqué.

— Une suceuse ? Tu veux dire, une hétérosexuelle ? »

Elle a levé les yeux au ciel, en essayant toujours de m’éloigner de la moto. Je me disais bien que c’était pas ça. Ça faisait plus bécane de gouine que d’hétéra, quand même.

« Suceuse de sang. Une des vampires qui boit du sang humain et qui en est fière. Je ne comprends pas qu’on la laisse venir à ce genre d’évènements. On essaye de montrer qu’on n’est pas dangereux et... »

Elle s’est tue, et s’est immobilisée également un instant. J’ai cherché ce qu’elle regardait, et mes yeux se sont fixés sur une grande nana aux cheveux roux qui nous regardait en souriant.

J’étais hypnotisée par ses deux canines supérieures qu’elle découvrait légèrement. C’était la première fois que je voyais des dents de vampires. D’habitude, ils les cachaient.

« C’est elle ? ai-je demandé alors qu’elle recommençait à me traîner vers l’entrée.

— Oui. On y va. »

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la vampire, qui regardait Sandy essayait de m’éloigner d’elle. Elle devait trouver ça drôle.

« Hé ! Suceuse de sang ! ai-je soudainement crié dans sa direction. Jolie bécane ! »

Sandy m’a jeté un regard horrifié et m’a tirée plus fort. Je crois que c’était le genre de gaffes que j’avais promis de ne pas faire ce soir.


Je sais pas ce que je trouve le plus flippant : m'engager sur encore un autre projet de nouvelles alors que je n'arrive pas à avancer mes projets en cours, ou de réaliser que c'est le premier extrait depuis.... ouh, longtemps, qui ne contient aucune trans[2], ou encore de constater que les textes que j'écrits sont à 95% influencés par les séries que je regarde[3].

Notes

[1] Qui s'appelle provisoirement les Hell Butches, mais si quelqu'une a un meilleur nom, je suis preneuse.

[2] Et encore, le passage sur les termes surnats et nats est tout de même une métaphore pas très subtile sur l'ineptie du terme bio.

[3] En ce moment, c'est Buffy et Sons of Anarchy, d'où les vampires en Harley. Heureusement que je n'ai pas vu Twilight.