Rangers & Bas résille

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lundi, mars 8 2010

Enfants de Mars et de Vénus : le premier épisode

Un petit billet pour annoncer la publication du premier épisode (ou plus exactement du zeroième épisode) d'Enfants de Mars et de Vénus, roman policier fantastique lesbien publié sous forme de feuilleton tous les lundis.

Pour celles et ceux qui voudraient avoir le résumé de l'intrigue :

Au départ, quand Lev se retrouve avec une jolie blonde dans son lit, elle est plutôt contente.

Manque de pot, ensuite, tout va de travers : non seulement elle apprend que la fille avec qui elle vient de coucher est une transsexuelle non opérée, mais il se trouve qu'en plus elle est suspectée d'être une tueuse en série.

Du jour au lendemain, Lev se retrouve alors recherchée par les forces de Police, une secte occulte, des skinheads nazis et des cauchemars bizarres.

Et, à force de la chercher, ils risquent bien de la trouver.

Comme vous l'aurez sans doute noté, j'ai décidé de publier ce roman sur un autre site plutôt qu'ici ; par contre j'ai aussi estimé que ça pourrait être cool de livrer quelques réflexions sur mes dilemnes d'écrivaine (d'un point de vue féministe, pas «alors, j'ai galéré niveau répétition parce que trouver des synonymes c'est pas mon truc»).

Et du coup, je commence tout de suite, mais comme ça peu gâcher un peu le suspens, je recommande de lire l'épisode avant de regarder la suite.

Lire la suite...

samedi, février 20 2010

Teaser

mars_venus.png

Voilà, ce petit teaser à la pertinence douteuse pour dire que, ça y est, je me suis décidée à publier Enfants de Mars et de Vénus sous forme de feuilleton en ligne avec un épisode hebdomadaire, sur le site http://enfants-terribles.net (j'ai hésité à prendre l'adresse www.mars-venus.net, mais je me suis dit que j'aurais tous les fans de John Gray et que ça allait me gaver).

Je vais peut-être regretter (parce que c'est quand même un engagement), mais en attendant ça me motivera sûrement à me booster un peu.

Le premier épisode sera donc publié le 8 mars, et ensuite ce sera tous les lundis. En attendant je devrais mettre un peu de contenu «bonus» si j'ai pas trop la flemme.

Voilà pour l'instant, je remettrai sans doute un peu plus d'infos d'ici quelques jours.

samedi, novembre 21 2009

Teaser : Tendrement dialectique

Comme promis, un teaser débile sur le matérialisme dialectique, après le post-modernisme.


Alys était en train de se maquiller avec concentration devant un gigantesque miroir. Elle avait déjà enfilé une robe de soirée et lissé consciencieusement ses longs cheveux blonds, et était actuellement occupée à se passer du mascara sur les cils.

« Le problème, avec la sorcellerie, a-t-elle commencé alors qu'elle me tournait toujours le dos, c'est que la plupart des gens qui en ont l'usage sont ancrés dans des conceptions complètement idéalistes. »

Elle s'est arrêtée de parler quelques instants alors qu'elle passait à la pose de son rouge à lèvres. Lorsqu'elle a eu fini, elle a repris la parole, tout en se passant du blush sur les joues.

« Ils croient que le pouvoir de la sorcellerie se situe dans les rêves et les fantasmes, sous le prétexte fallacieux que c'est là qu'elle est le plus spectaculaire. Ils s'imaginent pouvoir tout résoudre comme ça et en viennent à nier complètement la matérialité du monde réel.»

Elle s'est tournée vers moi et m'a regardée d'un air interrogateur.

« Je suis comment ? a-t-elle demandé.

- Pas mal, ai-je répondu. Cela dit, les chaussures, c'est pas encore trop ça. »

Elle a baissé la tête vers ses grosses bottes de paras et s'est assise sur un tabouret pour les enlever.

« Il n'y a qu'une seule possibilité pour une véritable sorcière, a-t-elle repris, si elle veut comprendre vraiment ce qu'elle fait plutôt que de tenter un dangereux aventurisme onirique. »

Elle a laissé tomber négligemment ses grosses godasses et a entrepris d'enfiler à la place des talons aiguille.

« Pour moi, il n'y a pas de doute, une sorcière digne de ce nom, se doit de maîtriser les rouages du matérialisme dialectique. »

Elle s'est levée et m'a à nouveau interrogée du regard. Je me suis approchée d'elle et ai légèrement soulevé sa robe, afin de remonter de quelques centimètres l'étui à pistolet qu'elle avait fixé contre la cuisse, histoire qu'on ne l'aperçoive pas lorsqu'elle marcherait.

« Ça va ? a-t-elle demandé.

- Tu ressembles à un loup déguisé en agneau. »

Elle a eut un petit sourire hautain.

« Bien sûr, a-t-elle dit. C'est dialectique. »


Bon d'accord, ça n'a pas beaucoup de sens, mais comme le passage précédent je l'avais écrit en étant un peu fatiguée après une discussion sur le post-modernisme et le matérialisme dialectique à laquelle, rappelons-le, je n'avais pas tout pané.

Et puis en plus c'est un teaser, et pour le coup les teasers c'est normal qu'on ne comprenne pas, c'est une copine qui me l'a dit.

Bref, ce coup-ci, contrairement avec le post-modernisme, je n'ai pas trouvé de moyen de retomber sur Buffy contre les vampires (j'ai cherché, pourtant), donc je ne vais pas vraiment parler de matérialisme dialectique.

À la place, je voudrais donc faire une sorte d'étude de marché concernant ce roman en cours : en fait, je commence à vraiment envisager de le publier en ligne en feuilleton (avec des petits épisodes posés régulièrement), histoire de donner un peu mieux que des extraits dans le désordre, et puis avec l'idée que ça me motiverait un peu plus à bosser dessus.

Du coup, ce que je me dis, c'est que je vois trois options :

  • le mettre ici, vu que j'ai déjà un blog ça m'évite de créer un autre endroit à mettre à jour. Le problème c'est que ça risque de «polluer» le reste et accessoirement de pas être super lisible (genre, si je lis un roman en ligne j'imagine que je pourrais trouver ça un peu relou d'avoir, au plein milieu d'une scène d'action, un tract des flamands roses ou une discussion sur comment cirer ses rangers) ;
  • créer un autre blog spécialement rien que pour ça, ce qui peut avoir ses avantages pour avoir un thème, une ambiance, un titre plus adapté[1]. D'un autre côté ça demande plus de boulot, et puis du coup y'aura peut-être moins de lect·eur·ice·s, et une fois que l'histoire est finie c'est un peu poubelle.
  • créer un autre blog, mais pour mettre tous les textes de fictions de manière plus large, tant qu'à faire. Du coup c'est un peu la solution bâtarde par rapport aux deux premières, avec certains avantages et inconvénients des deux (je vous laisse trouver lesquels).

Voilà, donc si vous avez un avis, ne vous gênez pas.

Par ailleurs j'hésite aussi sur le nom, genre «Enfants de Mars et de Vénus», y'a en fait une référence tordue que j'aime bien mais ça fait quand même un peu «Les butches viennent de Mars et les fems de Vénus» et du coup c'est pas vraiment ce que je veux renvoyer. Sinon je pensais à un truc du genre «Hystériques collectives», mais bof. Ou «The Good, The Butch, and The Tranny», mais il me manque un personnage, du coup.

En tout cas voilà, ce post est un peu inutile, mais c'est juste pour dire que si j'ai pas mis grand chose en vrais extraits de romans dernièrement, il devrait quand même y avoir du nouveau pour bientôt.

Notes

[1] Quoique Rangers & Bas résille ça irait aussi pour ça, c'est ça qui est bien avec mon côté monomaniaque.

samedi, novembre 7 2009

Violemment post-moderne

Il y a quelques temps, je faisais chier pas mal de mes potes à leur demander ce que ça voulait dire «post-moderne», parce que quelqu'une m'avait dit que j'étais post-moderne (genre façon insulte, j'étais la lie de l'humanité à cause de ça), et une autre que je l'étais pas (genre façon insulte et lie de l'humanité, aussi, bizarrement).

Résultat, quelqu'un a fini par m'expliquer ; j'ai pas tout compris, et j'ai un peu oublié le peu que j'avais compris, mais j'avais promis que je ferais un billet dessus.

Du coup comme j'étais inspirée, je me suis dit que ça serait peut-être plus facile de le faire de manière fictionnelle, par la voix de Lev, et qu'en même temps ça pourrait servir de teaser (ou pas) pour le roman que j'arrive pas à écrire en ce moment :


« Je dois bien admettre que je n'ai jamais compris grand-chose aux théories compliquées concernant le queer et autres sujets du même acabit. La déconstruction, la performativité et les trucs comme ça : jamais rien pané. La performance et la construction, je vois encore, mais là, c'était too much pour moi. »

J'ai tiré un coup sur le démarreur, et le moteur a rugi brièvement avant de s'arrêter. Il faut croire qu'il était un peu rouillé.

« Pareil, l'autre jour, il y a un type qui essayait de m'expliquer ce qu'était le post-modernisme. Moi, j'étais un peu à l'ouest. Forcément, j'ai déjà du mal avec les vieux téléphones et à aller sur Internet, je ne dois même pas être considérée comme moderne tout court. »

Nouveau coup sur le démarreur. Là encore, ça n'a pas été suffisant pour lancer le moteur.

« Cela dit, j'ai quand même décidé de faire des efforts et de m'y mettre sérieusement. »

J'ai tiré une nouvelle fois. Toujours pas la bonne, mais je sentais que la prochaine allait le faire.

« Sauf que moi, j'ai toujours été plus douée en pratique qu'en théorie. Alors on va faire de la pratique plutôt que de la théorie. Je vais tous vous déconstruire, bande de trous du cul.»

Nouveau coup sur la démarreur. Cette fois-ci, le moteur de la tronçonneuse est bien parti. J'ai souri en levant la lame qui s'agitait devant moi.

« Ça va être un putain de carnage. Il va y avoir du sang sur les murs et de la cervelle à terre. Ça va être violemment post-moderne. »


Voilà, même pas honte. La semaine prochaine, nous aborderons le matérialisme dialectique avec Alys.

Sinon, depuis, j'ai quand même appris (par des recherches google simples) que la plupart des auteurs ou des bouquins que j'avais un peu tendance à plagier quand j'écrivais (genre, Neil Gaiman, Buffy, ou plus récemment Kim Harrison) étaient qualifiés de post-moderne, j'en ai déduit :

  1. que vu que je pompais honteusement sur elles/eux, je devais être post-moderne moi aussi, en tout cas pour ce qui est de mes écrits fictionnels ;
  2. que le post-modernisme devait avoir quelque chose à voir avec le fait de contenir des vampires.

jeudi, septembre 10 2009

Extrait de roman : pas aujourd'hui

Toujours un extrait du roman «Enfants de Mars et de Vénus»[1] dont des extraits ont déjà été postés sur ce blog précédemment ici, ici, ici , et .


Alys et moi, on a fait la tournée de quelques bars ensemble avant de rentrer nous coucher. J’y suis allée mollo sur l’alcool, sachant que je conduirais la moto pour rentrer, mais on était quand même plutôt joyeuses lorsqu’on s’est dirigées vers elle, vers deux heures du matin.

C’était une putain de bonne soirée.

Une voiture chargée de mecs a entrepris de nuire à notre bonne humeur lorsqu’on a atteint la bécane.

« Hé ! a fait un mec par la fenêtre, alors que la voiture ralentissait. Le bois de Boulogne, c’est pas par là ! »

J’ai imaginé que cette remarque était destinée à Alys plutôt qu’à moi.

« C’est un mec ou une fille ? » a alors demandé un des potes au gars concerné. Là, je n’étais plus trop sûre de qui il parlait.

« Qu’est-ce que ça peut te foutre, trou du cul ? » a répliqué ma copine en lui faisant un doigt d’honneur.

Les mecs de la bagnole ont rigolé, alors que je faisais descendre mon sac à dos de mon dos.

« C’est un travelo, a repris le premier mec à avoir parlé. Allez, sucez vous bien, les pédés. »

J’ai grogné. Qu’on me prenne pour un mec, à la rigueur, j’étais habituée, mais qu’on insinue que je pouvais envisager de coucher avec un, ça avait le don de m’énerver.

Cela dit, je n’ai rien eu le temps de répondre, vu que la voiture a redémarré. J’étais toujours occupée à fouiller dans mon sac.

« Pfff, a soupiré Alys. Il y a des jours, on regrette de ne pas avoir un flingue sur soi.

— Ouais, mais pas aujourd’hui », ai-je répliqué en sortant le pistolet à gaz de mon sac.

Travelotte a ouvert de grands yeux alors que je visais la voiture qui s’était arrêtée à un feu rouge, une vingtaine de mètres plus loin.

« Tu ne vas quand même pas... », a-t-elle commencé, mais elle n’a pas ressenti le besoin de terminer sa phrase lorsqu’elle a vu un des pneus exploser.

J’ai eu le temps d’en faire deux autres avant que les mecs descendent de leur bagnole, à moitié effrayés, à moitié en colère. Du coup, j’en ai profité pour tirer quelques plombs sur leur plage arrière.

« Tu es complètement tarée », a commenté Alys alors que je rangeais l’arme et entreprenais de faire démarrer la moto.

Elle est ensuite montée derrière moi et a placé ses mains d’une façon sensuelle autour de mon corps.

« Je t’aime », a-t-elle ajouté à mon oreille.

C’était vraiment une putain de bonne soirée.


Voilà, et en fait pour être honnête ce qui m'a motivée à écrire ce passage c'est parce qu'aujourd'hui, c'est un de ces jours, et que moi, j'ai pas de flingue (et ça explique le manque de relecture /o\)

Notes

[1] Même si en fait je pense que je vais changer le titre, vu que je trouve que ça risque d'être lu comme assez binaire, Mars l'hôm et Vénus la fâme.

jeudi, août 27 2009

Extrait de roman : rencontre

Voilà un nouveau début du roman «Enfants de Mars et de Vénus» sur lesquel j'essaie vaguement de travailler en ce moment, et dont vous avez peut-être déjà pu voir des extraits ici, ici et , et . Le but de cette scène est en fait d'introduire l'aspect gouino-trans du roman de manière plus soft, afin d'être plus mainstream et donc d'accrocher les lectrices et lecteurs hétéros plus facilement lorsqu'il sera vendu à la FNAC. Donc ce sera censé être le début du roman si un jour j'arrive à le terminer.


La première fois que j’ai rencontré Alys, c’était dans une manifestation contre des anti-avortement. Je l’avais un peu regardée lorsqu’elle gueulait « fachos, cathos, machos, vous nous cassez l’clito », avec sa tenue hyper-féminine, exception faite de ses bottes de combat aux lacets rouges. Je n’avais pas fait plus attention que ça, à ce moment là. J’aimais bien ses pompes mais, à part ça, ce n’était pas vraiment mon style : j’avais du mal avec les filles plus grandes que moi. Une sorte de jalousie, je suppose.

C’est quand les choses ont dégénéré que je l’ai revue. Les flics avaient balancé des lacrymos parce qu’on refusait de se disperser et que deux anars avaient commencé à jeter quelques pierres sur les fachos, par-dessus les policiers qui faisaient barrage.

Classique.

J’étais restée un peu comme une conne, alors que tout le monde se barrait en courant, pas si affectée que ça par le gaz des grenades. Et puis, mon regard s’est fixée sur une silhouette, debout sur un camion de police.

J’ai observé ses longs cheveux blonds, sa mini-jupe et ses jambes interminables à travers le brouillard lacrymogène. L’espace d’un instant, j’ai cru que j’étais morte et qu’une Valkyrie était venue me chercher pour m’emmener au Walhalla.

Et puis, trois types de la brigade anti-criminalité ont violemment interrompu ma rêverie en me plaquant au sol.


***

Quelques heures plus tard, après un moment pénible passé dans une fourgonnette, puis dans une cellule de garde-à-vue, l’officier de police judiciaire qui m’interrogeait me dévisageait d’un air sévère.

J’ai baissé les yeux, embarrassée, vers les menottes qui m’entravaient les poignets.

« Mademoiselle Lætitia Saffi, a-t-il lu. Vingt-neuf ans, journaliste.

— Lev, ai-je corrigé.

— Pardon ?

— C’est mon prénom. Lev. Y’a que les cons qui m’appelle Lætitia. »

L’homme est resté silencieux quelques instants, l’air de ne pas savoir quoi faire de l’information, aussi ai-je décidé d’en rajouter une couche.

« Et je ne suis pas une « mademoiselle ». Je ne suis pas libre pour les mecs.

— Très bien, madame Saffi, a répondu l’officier avec un petit sourire. Est-ce qu’on peut en venir aux faits, s’il vous plaît ?

— Allez-y. Vous me reprochez quoi ? »

Le type a levé un sourcil en regardant mon dossier, puis m’a dévisagée d’un air interrogateur.

« Avant de commencer, il est dit ici que vous avez été dans la police ?

— Ouais, ai-je répondu.

— C’est drôle. Je ne suis pas habitué à voir des anciennes policières dans les manifestations d’anarchistes.

— Ce n’était pas une manifestation anarchiste, ai-je répliqué. Simplement pour la défense du droit à l’avortement. Pour lequel je ne me sens pas forcément directement concernée, mais qui me semble important pour les nanas qui commettent l’erreur de coucher avec des mecs. Manifester était juste un comportement citoyen.

— J’ai un témoignage d’un de mes hommes qui dit vous avoir vu participer aux jets de pierres, a froidement répliqué l’officier. Ce n’est pas exactement ce que je qualifierais d’un geste citoyen. »

Je me suis reculée dans ma chaise et ai souri. Techniquement, sur les fachos qui se mettaient à genoux pour faire des prières aux fœtus assassinés par les méchantes féministes, je pensais que le pire que pouvait faire une pierre était encore de reconnecter par miracle leur deux neurones.

« Ben, ai-je finalement répondu, quand j’étais flic, j’étais payée pour aller dans les manifs et jeter des pierres au bon moment. C’est pas de ma faute si j’y ai pris goût, hein ? »


***

Je suis finalement ressortie du commissariat vers onze heures du soir, avec la promesse d’être convoquée au tribunal d’ici quelques mois. Ça faisait longtemps que je n’étais pas allée faire un tour dans ce genre d’endroit, tiens.

J’ai allumé une clope lorsque je suis arrivée sur le trottoir et ai commencé à marcher vers l’endroit où j’avais laissé ma moto quand j’étais venue à la manif. J’avais de la chance : ça ne devait pas être à plus de dix minutes à pied.

Alors que j’avançais, j’ai reconnu la blonde qui se dirigeait vers moi. Elle venait d’un kebab et avait un sandwich à la main.

« Hé ! m’a-t-elle lancé. T’es sortie aussi ?

— Ouais. »

J’ai regardé son visage souriant, malgré l’hématome qu’elle avait à la lèvre. Elle était vraiment canon, en fait.

« Tu veux une frite ? » m’a-t-elle demandé en me tendant une barquette.

J’ai tendu la main vers un morceau de patate plein de graisse et ai souri à mon tour en me demandant furtivement s’il y avait une chance qu’elle soit gouine.

« Je m’appelle Alys, au fait, a-t-elle dit entre deux frites.

— Lev.

— Ils t’ont pas trop emmerdée ? Les flics, je veux dire ?

— Non. Je vais juste être convoquée au tribunal. Et toi ?

— Ça va. À part quelques coups pendant l’arrestation et le fait qu’ils insistaient pour m’appeler monsieur. »

J’ai froncé les sourcils, ne comprenant pas trop la raison d’un tel traitement vu son apparence que je n’aurais que difficilement pu qualifie de masculine ou même d’androgyne — moi, à la limite, j’aurais compris. D’un autre côté, je me suis dit qu’il ne fallait parfois pas chercher la logique des raisonnements de certains flics.

« Dis, ai-je fait, je vais rentrer en moto. Je peux te déposer quelque part ? »

Elle m’a regardé avec un petit sourire et un regard qui m’ont fait penser qu’elle n’était sans doute pas hétérosexuelle.

« Je suis déçue, j’aurais cru que t’aurais un camion. »


Bon, en fait en relisant, ça me plaît moyen, mais d'un autre côté ça me fait toujours un peu cet effet là.

Sinon, tant que j'y suis, j'ai envie de vous annoncer deux idées projets en cours concernant l'écriture, que j'abandonnerai sans doute dans les semaines à venir, mais peut-être pas les deux, si ? :

  • la première, ce serait de faire un blog spécifique pour publier ce roman par épisodes, comme j'avais fait pour le dernier roman que j'avais réussi à finir, avec l'idée que ça me boosterait peut-être pour le finir (mais que du coup les éditeurs ils aiment pas, et au revoir le rêve de me faire lire par des hétéros à la FNAC)
  • le second, ce serait de faire quelques mini-(auto)-éditions papier de nouvelles concernant ce que j'ai pu écrire sur les trans, avec l'idée de plutôt faire genre une diffusion prix libre que de cibler la FNAC sur ce coup-là. Bon, pour l'instant j'ai pas grand-chose pour le contenu ni d'idée comment faire pour que ça me coûte pas la peau des couilles (j'en ai besoin si je veux me faire opérer), mais jai déjà une super idée de couverture (provisoire, je précise quand même).

lundi, août 10 2009

Extrait de roman : la camionneuse

Allez, j'essaie de me remotiver un peu pour avancer ce roman en cours (celui dont j'ai déjà mis des extraits ici, ici et , pas mon dernier embryon de projet).

Résumé pour comprendre l'extrait : Lev, la narratrice, qui est une lesbienne butch, et Alys, sa copine, aussi appelée «Travelotte», sont recherchées pour meurtres et sont donc fugitives.

---

J’ai aperçu une lumière aveuglante et entendu un énorme coup de klaxon. Alys a essayé de freiner, mais la voiture est partie en tête à queue et on a heurté le camion qui arrivait en face.


****

« Lev ? Lev ! »

Quand je me suis réveillée, la voiture était à quatre-vingt dix degrés. J’étais vaguement allongée contre la portière. Alys était à côté de moi. Elle avait déjà dû descendre du siège conducteur.

« Ça va ? a-t-elle demandé.

— Mal au crâne, ai-je répondu en posant une main sur mon front pour vérifier si j’avais une bosse.

— Tu saignes, a dit Travelotte.

— La prochaine fois, je prends le volant, d’accord ? » ai-je lâché en détachant ma ceinture de sécurité.

J’ai ensuite entrepris de m’extraire de la bagnole, en rampant à quatre pattes. L’intérêt d’avoir une décapotable, c’était qu’il y avait à faire moins d’acrobatie pour sortir. D’un autre côté, si on avait atterri à l’envers, ça n’aurait pas été drôle.

« Hé ! a fait la voix de quelqu’un qui s’avançait vers nous. Est-ce que ça va ? »

Je me suis tournée, et j’ai réalisé que le camionneur qui nous avait percuté était en fait une camionneuse.


***

« Il y a une clinique à 10 minutes. Ça va aller ? » a demandé la chauffeuse alors qu’on montait à l’avant de son camion.

J’ai regardé le tissu que je comprimais contre ma plaie. Il était imbibé de sang, et j’aurais sans doute besoin de points de suture, mais il était peu probable que je me vide de mon hémoglobine dans le prochain quart d’heure.

« Ça ira, ai-je dit en claquant la porte. Marrant, on m’a souvent traitée de camionneuse, mais je crois que c’est la première fois que je monte dans un poids lourd.

— Vu votre façon de conduire, il vaut peut-être mieux », a répliqué la routière en démarrant son engin. « Vous faisiez quoi, tous feux éteints ?

— Je ne sais pas, ils ont lâché d’un coup », a répondu Alys, qui se situait entre nous deux. « Je n’ai rien pu faire.

— C’est vous qui conduisiez ? a demandé la camionneuse en allumant la radio.

— Ouais. Pourquoi ?

— Comme ça. C’est toujours mieux que de demander qui fait le mec, non ? »

J’ai souri, et ai fermé les yeux, bercée par la radio qui passait un vieux morçeau de rock pas trop violent. Ça changeait de la musique d’Alys.

Puis la musique s’est arrêtée pour laisser la place au journal. J’ai rouvert les yeux et bâillé.

Éventuellement, il a fallu que le journaliste parle de nous. Fugivitev, toujours recherchées pour une série de meurtres, bla bla bla. Merci, on était au courant. Ça n’était pas la peine de donner des idées à notre conductrice.

« Être fugitives, a dit cette dernière, ça expliquerait pourquoi vous rouliez sans lumière ?

— C’était juste un problème de phares, a répliqué Alys.

— Ouais. Et le pistolet dans la veste de votre amie, vous allez me dire que c’est une grosse barre chocolatée ? »

J’ai regardé Travelotte, qui avait l’air aussi embêtée que moi. Merde, j’avais espéré qu’elle ne ferait pas le rapprochement.

« Vous comptez me tuer, au fait ? » a ajouté notre chauffeuse.

Elle n’avait absolument pas l’air effrayée en disant cela. C’était juste une discussion normale avec des auto-stoppeuses.

« Ne vous en faites pas, ai-je répondu. On est lesbiennes. On ne tue que les mecs. »

jeudi, juillet 9 2009

Extrait de roman : chez le psy (bis)

Voilà, comme ça faisait longtemps que j'avais pas posté d'extrait de ce que j'étais en train d'écrire, voici un passage du roman qui s'appellera peut-être «Hystériques collectives», «Entre Mars et Vénus» ou autre chose, je sais pas trop, si par hasard j'arrive à le finir. J'avais déjà posté deux extraits ici et . À noter que cette scène ressemble sans doute à celle d'un roman abandonné, que j'avais déjà postée ici.

Sinon, histoire de comprendre la scène, la narratrice s'appelle Lev, c'est une butch ; tandis que sa copine est une trans qui s'appelle Alys. Les deux sont légèrement barges.


Le Docteur Corbal est entré dans la salle d’attente alors que j’étais en train de lire « Elle ». Ce n’est pas comme si c’était mon genre de lectures habituelles, mais je m’étais dit que ça m’aiderait à faire vraie fille.

Il m’a regardée d’un air vaguement dédaigneux, par dessus ses lunettes, alors que je repliais la revue. Je me suis fugitivement demandée si c’était parce qu’il réprouvait ce magazine, qu’il mettait pourtant à disposition dans sa salle d’attente, ou à cause de ma perruque blonde qui me donnait un air de je ne sais trop quoi. De chevelue, déjà, j’imagine, ce qui me faisait toujours bizarre.

« Monsieur Durand ? » a-t-il demandé en tendant la main vers moi.

Je me suis levée et lui ai serré la main sans corriger l’utilisation du genre masculin.

« Suivez-moi dans mon bureau », a-t-il dit sur un ton qui me semblait vaguement réprobateur.

Peut-être que c’était les rangers, me suis-je fugitivement demandée. Alys trouvait que ça allait bien avec une jupe courte et des bas résille, mais le docteur n’avait pas l’air d’être franchement d’accord avec elle.

Je l’ai suivi dans son bureau et me suis assise dans un fauteuil en cuir. Au moins, il était confortable. On payait sans doute le prix fort pour pas grand-chose, mais au moins on avait les fesses bien posées.

« Alors, monsieur Durand, a commencé le docteur. Qu’est-ce qui vous amène ? »


***

Qu’est-ce qui m’amenait devant ce psy à la con ? Il ne devinait pas ?

« Je veux devenir une femme », ai-je dit en prenant mon air le plus convaincu possible.

Je savais que ce n’était pas l’idéal pour être crédible : il fallait dire quelque chose comme « au fond de moi, j’ai toujours su que j’étais une femme », ou encore « je me sens profondément femme ». Seulement, j’avais peur d’éclater de rire en les prononçant, aussi me suis-je contentée du « je veux devenir ». Ça faisait moins vraie trans agréée par les psys, mais je n’espérais de toute façon pas qu’il me prescrive des hormones.

« Et pourquoi voulez-vous devenir femme ? » a-t-il demandé.

Là, par contre, je n’avais pas prévu grand-chose. Pourquoi j’aurais bien pu vouloir devenir une femme ?

J’ai essayé de me rappeler ce que m’avait répondu Alys quand je lui avais posé la question, mais je me suis dit que « pouvoir coucher avec moi » n’allait probablement pas le faire, dans ce contexte.

« Euh, ai-je fait alors que je cherchais le premier truc féminin qui me venait à l’esprit. Le rose ? »

Le docteur Corbal a froncé les sourcils, et j’ai cru un moment avoir sorti une mauvaise réponse, mais il s’est contenté de prendre note et de hocher la tête d’un air vaguement satisfait. Logique, les nanas étaient censées aimer le rose.

Bien joué, Lev.

« Vous pouvez développer ? » a-t-il demandé.

J’ai réféchi quelques instants à la réponse que j’allais bien pouvoir lui donner, avant de trouver ce qui était évident.

« Quand j’étais petite, j’aimais jouer à la poupée. »

Je me suis tout de même abstenue de lui préciser que ce que j’aimais particulièrement, c’était leur tondre le crâne.

Les cheveux, ça n’avait jamais été mon truc.

On a continué le jeu de questions/réponses pendant une dizaines de minutes, et j’ai trouvé ça plutôt amusant. En donnant les réponses parfaites pour jouer à la transsexuelle modèle, je réalisais à quel point je n’aurais jamais pu devenir une fille.

Je me suis fugitivement demandée si Alys était passée devant des médecins comme ça, et, si oui, comment elle avait fait pour les convaincre.

Au bout d’un moment, ça a quand même fini par me fatiguer et je me suis rappelée de l’objectif de ma venue.

« Et donc, vous pouvez faire quelque chose pour moi ? ai-je demandé en espérant éviter d’autres questions pourries.

— Je ne sais pas. Vous avez été envoyée par un médecin ? »


***

« Envoyée ? ai-je demandé.

— Oui, est-ce que c’est un médecin qui vous a conseillé de venir me voir ? Vous savez, je ne suis pas spécialement expert dans le domaine... »

J’ai retenu un sourire. C’était justement pour ça que je venais.

« Oui, c’est un médecin qui m’a envoyée. Deux, en fait.

— Deux ?

— Ouais, ai-je dit en me baissant pour attraper ma « lettre de recommandation ». Docteur Smith...

— Oui ?

— ... et docteur Wesson », ai-je terminé en sortant le .44 magnum d’Alys.

J’ai failli avoir un orgasme quand j’ai vu la gueule qu’il tirait. Entre le fait de pointer un gros flingue et d’avoir recasé une blague de Dirty Harry, c’était vraiment trop bon.

« Maintenant, doc’, ai-je dit en enlevant ma perruque, c’est moi qui pose les questions.»


Voilà, donc peut-être qu'un jour je finirai ce... truc. Et peut-être pas, parce que l'ensemble du roman est quand même assez foireux, mais bon.

dimanche, décembre 14 2008

Extrait de roman : un peu de baston

Parce que j'ai, dernièrement, avancé plutôt pas mal sur mon nouveau projet de roman (j'en suis à 40 pages, j'aimerais bien que ma thèse avance aussi vite), je poste une nouvelle scène. C'est situé un peu plus loin que la scène que j'avais postée précédemment, mais je pense que ça reste globalement compréhensible, surtout que c'est surtout une scène de baston (et qui marque aussi le premier passage «fantastique» du texte), le genre de choses pour lesquelles je suis un peu nulle.

Donc voilà, ça vaut ce que ça vaut, et ça manque certainement de relecture, mais en attendant...


« Mademoiselle Saffi ? »

J’ai grogné et ai levé les yeux vers la porte de mon appartement, devant laquelle se tenait un type plutôt maigre et brun, habillé en chemise et pantalon chic.

J’avais dû m’endormir sur l’ordinateur, mais ça n’expliquait pas pourquoi un trou du cul se sentait autorisé à rentrer chez moi.

« C’est pas mademoiselle.

— Je suis venu apporter un message », a-t-il dit en s’approchant de moi, et là, j’ai tout de suite senti l’embrouille.

Je suis restée cool, cela dit, parce que, globalement, dans la vie, je reste toujours plutôt cool.

« Fallait pas vous emmerder, j’ai dit en sortant une clope de son paquet. Je lis mes e-mails. Parfois.

— Vous devez abandonner », a-t-il lentement, sur un ton monocorde.

Il avait continué à se rapprocher de moi et en était au stade où il était trop près. Je me suis levée, histoire de montrer que je n’allais pas me laisser faire par un connard dans son genre.

« Abandonner quoi ? ai-je demandé en allumant ma clope.

— Vos recherches concernant le travesti. Il vous a trompé et trahi. Il ne mérite pas que vous mourriez pour lui. »

Je lui ai envoyé un direct du droit dans la mâchoire, et le type s’est écroulé par terre.

« Autrement dit, tu me traites de fausse gouine, là ? » ai-je demandé, m’attendant à ce qu’il sorte un flingue et le pointe sur moi. S’il jouait à ça, il allait se prendre un gros coup de godasse avant d’avoir pu viser. « Et tu te prends pour qui, pour venir me faire chier chez moi ? »

L’homme s’est tourné vers moi. Il m’a jeté un regard mauvais, qui lui donnait un air de méchant qui allait bien avec sa barbe de quelques jours.

Hey, une seconde, Lev, ai-je soudainement réalisé. Il était imberbe il y a une minute.

« Tu refuses », a constaté le nouveau barbu. Perspicace, le type. « Alors, tu dois mourir. »

Il n’y avait pas que sur son visage que des poils avaient poussé : c’était aussi le cas sur ses mains. Ses ongles s’agrandissaient à vue d’œil, et il semblait beaucoup moins maigrichon que quand je l’avais vu pour la première fois.

Je ne comprenais rien à ce qui était en train de se passer, mais tout ça ne sentait pas bon. J’ai profité du fait qu’il était encore à terre pour lui envoyer un gros coup de ranger dans l’estomac, mais il l’a bloqué d’une main griffue et m’a fait tomber au sol.

Et merde.

J’ai essayé de me relever, mais il a été plus rapide que moi et m’a attrapé par les épaules avant de me projeter. J’ai percuté la fenêtre de la pièce et me suis effondrée par terre.

« Ouch. »

Ses « mains » avaient déchiré partiellement mon débardeur — et la peau en dessous — mais ce n’était rien par rapport au sort que le type avait fait à ses propres vêtements.

Si on pouvait encore appeler « type » une espèce de grosse bête bipède poilue qui me regardait avec des méchants yeux jaunes.

J’avais déjà vu des films et lu des bouquins, aussi n’ai-je pas eu de mal à mettre un nom sur cette chose loup-garou. Évidemment, les loups-garous n’existaient pas, mais, manifestement celui-ci n’était pas au courant.

« OK, j’ai dit en ramassant la cigarette qui avait roulé par terre. Tu veux la jouer comme ça... »

Quand j’avais vu les films ou les bouquins sus-mentionnés, je m’étais toujours demandée comment je réagirais si je devais être, dans la vraie vie, confrontée à une telle créature. Est-ce que j’y croirais ? Est-ce que je penserais être devenue folle ? Est-ce que j’arriverais à rester cool ?

Je comptais bien prendre la troisième option. Ou mourir en essayant.

Le loup m’a sauté dessus, et je ne l’ai évité que de justesse en faisant une roulade vers le lit, auquel je me suis cognée au passage.

« Aïe », ai-je dit en constatant que le loup-garou, au lieu d’être passé à travers la vitre pour s’écraser quelques étages plus bas, ce qui m’aurait plutôt arrangée, s’était écrasé contre un mur de briques qui avait remplacé ma fenêtre.

Encore une bizarrerie qu’il faudrait que j’élucide si je survivais à ce combat, ce que le loup-garou n’était pas manifestement décidé à me laisser faire.

Il m’a encore bondu dessus, et j’ai une fois de plus réussi à l’esquiver en sautant sur le lit. Avantage : cette fois-ci, je ne m’étais pas fait mal dans le mouvement. Inconvénient : vu ma position, j’allais avoir du mal à en enchaîner un autre, de mouvement.

Alors que j’essayais de me relever, la créature m’a attrapée la jambe et je me suis à nouveau retrouvée allongée à plat ventre sur le lit. Vraiment la position idéale.

J’ai poussé un cri de douleur quand j’ai senti les dents du loup-garou se planter dans mon mollet gauche à travers mon pantalon en cuir. Saloperie.

Je lui ai envoyé un coup de tatane dans la gueule avec mon pied libre et il a lâché prise. J’ai balancé mes jambes de l’autre côté du lit et me suis relevée, manquant de m’écrouler à cause de la douleur à la jambe gauche.

Je me suis tournée vers le loup-garou qui se relevait aussi. Il avait un sourire carnassier, et je le comprenais un peu, vu que j’étais dans le pétrin.

Alors, j’ai vu le collier qui traînait à côté du lit. Forcément, Alys n’avait pas eu le temps de le mettre après sa douche. Là, c’est moi qui ai fait un sourire.

Le loup m’a sauté dessus et on s’est effondrés au sol tous les deux : moi dessous, sur le dos, lui au dessus. Il a levé son bras, se préparant à frapper, et j’ai tendu le mien pour attraper le collier. Puis il m’a lacéré la figure alors que je lui envoyais également mon poing dans la tête.

J’ai senti le sang chaud couler dans mon cou mais c’est le loup qui s’est mis à hurler de douleur, déclenchant en moi une satisfaction sadique.

Bingo. Le collier d’Alys était visiblement bien en argent. Et les loups-garous ne pouvaient pas piffrer ça. C’était bien connu.

Je l’ai frappé une nouvelle fois en utilisant le collier comme un pseudo poing américain, et je me suis dit qu’il était dommage que le mien n’ait pas été en argent massif plutôt qu’en acier. Avec ça, j’aurais pu devenir Lev, Tueuse de loups-garous.

Fermement décidée à avoir le titre même sans posséder l’accessoire, je me suis dégagée de la bête et me suis mise à genoux au-dessus de lui.

Ensuite, j’ai passé le collier autour de son cou et j’ai commencé à serrer. Simple et efficace.

Je n’aime pas qu’on vienne me gonfler chez moi.

vendredi, décembre 5 2008

Extrait de roman : sans titre

Bon, comme j'avais parlé de poster des extraits de mes romans abandonnés histoire que ça ne soit pas complètement gâché...

En fait, en l'occurrence, c'est mon roman en cours, donc il n'est pas encore abandonné, mais d'une part ça ne saurait tarder et d'autre part cette scène risque fort de sauter, vu que je l'ai surtout écrite pour m'initier au personnage (et surtout à la narratrice) ; notamment je ne pense pas rester dans les détails sur les considérations «trans». Grosso-modo, j'aimerais bien avoir un truc qui soit un mélange de Bound et de Hellboy, mais bon, entre le résultat prévu au départ et le résultat final....


Je me suis réveillée avec une méchante gueule de bois, mais j’ai vu tout de suite que je n’étais pas seule dans mon lit. J’ai froncé les sourcils et essayé de me remémorer les évènements de la veille.

La grande blonde qui me tournait le dos était a priori Alys — avec un y, ouais, même qu’elle insistait dessus —, une fille que j’avais croisée quelques fois dans des soirées lesbiennes ou queers. Croisée, mais pas draguée. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien foutre là ?

Je me suis assise au bord du lit et me suis rappelée vaguement avec elle hier à propos de quelque chose — je n’avais plus aucune idée de quoi — que j’avais dit à une trans’. Ou peut-être un truc à propos des trans’, en général.

De toutes façons, je m’engueule tout le temps à cause des trans’. C’est pas vraiment de leur faute, je sais bien, j’imagine que c’est un peu de la mienne, mais on a une sorte d’incompatibilité. Par exemple, moi je suis une gouine, tendance butch, camionneuse comme on dit en français, sauf que j’ai plus le look militaire que routier. Les trucs de fille, ça m’a toujours cassé les noix, et je ne me considère pas comme une femme. C’est Wittig qui l’a dit, ça : « les lesbiennes ne sont pas des femmes » ; alors les gouines, on n’en parle même pas. Bref, tout ça pour dire qu’être vu comme une femme, c’est la merde, alors quand quelqu’un qui est considéré comme un mec décide de se faire couper la queue pour devenir une gonzesse, je dis qu’il y a du masochisme là-dessous.

Et quand je dis ça, évidemment, les trans’ s’énervent. Après, moi je n’ai rien contre elles. Ça ne me gène pas, les masochistes. Moi-même, je le suis un peu. Mais bon, il paraît que c’est transphobe de dire ça, et si on ajoute le fait que j’ai un humour un peu pourri et tendance à picoler un peu trop, ça n’aide pas aux relations sereines et ça fait qu’on vient me traiter de nazie, ce qui, certes, colle relativement bien avec mon look tendance uniforme, mais n’est quand même pas spécialement agréable.

Enfin bref, c’était sans doute à cause d’un truc dans le genre que je m’étais pris la tête avec Alys la veille, mais on avait manifestement dû se réconcilier par la suite. Ma bite qui traînait par terre — je veux dire, mon gode-ceinture, pas une vraie bite — donnait une indication sur la suite du déroulement de la nuit.

Du coup, je me suis rappelé quelques bribes de souvenirs supplémentaires. Alys qui attache le harnais autour d’elle en me tournant le dos, pendant que je regarde le tatouage qu’elle a sur ses fesses, une étoile rouge et noire symbole de l’anarchisme. Alys qui me fait me mettre à quatre pattes sur le lit. Et je passe sur la suite.

Par contre, je n’avais toujours aucune idée de la façon dont elle avait bien pu atterrir ici. D’habitude, je ne couche pas avec les gens avec qui je m’engueule. Ça m’arrangerait bien, je baiserais plus, mais ça ne se passe pas comme ça.

Finalement, je me suis dit que tout cela importait peu face à une réalité bien plus pressante, c’est-à-dire mon envie de me vider la vessie. Je me suis donc levée et ai titubé vers la salle de bains avant de m’effondrer sur la lunette. Alors que j’étais assise, j’ai réfléchi à la tactique que je devais adopter pour lutter contre ce putain de mal de crâne qui persistait.

L’idée la plus évidente était de prendre un comprimé contre le mal de crâne, et j’avais une pharmacie assez riche dans le domaine. Le problème, c’était que j’avais aussi envie de vomir, et que le comprimé risquait fort de ne pas rester très longtemps dans mon estomac.

La seconde possibilité était donc d’attendre de dégueuler, mais ça pouvait durer un certain temps, temps pendant lequel j’aurais continué à avoir mal au crâne. Mauvais plan.

J’ai donc fait ce qui me semblait le plus efficace : avaler un vomitif pour accélérer les choses, vomir dans quelques minutes, et prendre un autre comprimé après contre la migraine.

Le temps que ça fasse effet, je suis retournée dans la chambre, histoire de mater un peu le corps nu de ma nouvelle copine. Et j’ai réalisé qu’Alys était franchement belle, même si ça n’était pas un modèle idéal de perfection féminine. Par exemple, elle avait des jolis seins, mais elle restait quand même plutôt plate ; et puis, un truc qui m’a sauté aux yeux, c’est qu’il lui manquait deux orteils au pied gauche. Je me suis demandée distraitement comment ça avait pu arriver en faisant remonter mon regard vers ses jambes, son nombril...

Hey, une seconde, je me suis dit en arrivant au nombril. Il y a un truc qui cloche.

Mon regard est reparti dans l’autre sens et j’ai lâché un soupir, parce que d’un coup, j’ai compris pourquoi on s’était engueulées la veille sur des trucs trans’.

J’aurais dû tilter avant, mais moi, même si je comprends vite, il faut souvent m’expliquer longtemps.

« Ben merde, j’ai dit à haute voix.

— Hummm ? » a fait Alys en ouvrant les yeux et en me regardant.

Je lui ai adressé un petit sourire, genre « non, je n’ai absolument pas oublié comment tu as fini chez moi, pas du tout, ce n’est pas mon style » et elle s’est redressée un peu.

« J’avais pas vu », j’ai quand même fini par expliquer en tendant un doigt vers son entrejambe. À distance respectable, le doigt, je ne fais pas ce genre de cochonneries dès le réveil. « T’as un gode-ceinture intégré ?

— Oh, ouais », a-t-elle dit en jetant un regard discret vers ce que je nommerai par égard pour elle son gros clitoris. « Il marche pas terrible, cela dit. Ça vaut pas le silicone. Mais je crois que c’est trop tard pour me faire rembourser. »

Je n’ai rien répondu sur le coup, et je me suis contentée d’aller dégueuler.

Alors que je m’essuyais la bouche, j’ai entendu les pas d’Alys qui me rejoignait dans la salle de bains.

« Hum, a-t-elle hasardé pendant que je tirais la chasse, tu es tellement dégoûtée d’avoir couché avec moi ? »

Je n’ai rien répondu, parce que je préférais me nettoyer un peu la bouche avant, mais j’étais surtout dégoûtée de ne me souvenir de rien. Première fois en six mois que je me tapais quelqu’un et il fallait que j’ai un black-out presque complet.

« Tu as peur que ça fasse de toi une hétéro ? » a-t-elle demandé en se foutant un peu de moi.

Comme j’étais encore en train de me laver la bouche, je me suis contentée de pointer les deux boîtes de médicaments qui traînaient sur le lavabo.

« Tu en veux ? lui ai-je demandé après avoir récupéré une haleine que j’espérais supportable.

— J’ai pas mal de fantasmes bizarres, mais les trucs avec le vomi, tu feras ça sans moi.

— Tu sais », j’ai dit en levant un doigt et sur un ton que je voulais assez professoral, histoire qu’elle n’aille pas ruiner mon image vis à vis des trans’ en disant que je ne réagissais pas. « Je crois quand même que la plupart des gens réagiraient mal en découvrant ce genre de choses juste avant de baiser. Alors, quand c’est après... »

Là, je me suis arrêtée, en me disant que si je m’en étais pas rendue compte, c’est que je ne lui avais même pas fait un petit calin avant ou après qu’elle ne s’occupe de moi, ce qui n’était pas très glorieux pour ma pomme non plus.

« Tu sais, a-t-elle répliqué, je ne baise pas avec la plupart des gens. »

Ce à quoi je n’ai rien répondu, vu qu’elle n’avait pas vraiment tort. En un sens, c’était flatteur : ça voulait dire qu’elle me faisait assez confiance pour que je ne réagisse pas comme un trou du cul.

Enfin, pas plus comme un trou du cul que je ne le suis à l’ordinaire, en tout cas.

Comme je n’avais rien à dire, je me suis tournée vers le miroir, et j’ai vu que j’avais une sale gueule. Le bon côté, c’est qu’avec mon crâne rasé, je n’avais pas les cheveux en pétard, contrairement à celle qui avait partagé mon lit pour la nuit.

« Et puis », a dit celle-ci alors que je sortais deux comprimés d’ibuprofène, « techniquement, je te l’ai dit, hier. »

Comme j’avais toujours un peu la tête dans le coltar, je me suis demandée une seconde ou deux ce qu’elle m’avait dit, avant de réaliser qu’on parlait toujours de son gros clito.

« Vraiment ? j’ai demandé en ajoutant un peu de paracétamol aux comprimés que j’avais dans la main.

— Deux fois. »

Je me suis senti un peu conne, mais j’ai gardé un air impassible.

« Je ne crois que ce que je vois, j’ai répliqué. Au fait, tu te souviens pourquoi on s’engueulait, hier ? »

Je me suis retournée vers elle, et elle était appuyée contre le mur, un bras posé sur le porte-serviettes, posture façon « j’ai la classe dès le réveil, même entièrement à poil ».

« C’était sur les trans’, justement, hein ? j’ai demandé, histoire de montrer que j’avais quand même des vagues souvenirs de la soirée.

— Tu disais que la chirurgie ou les hormones, c’était mal si ça n’était pas strictement pour sauver la vie de quelqu’un.

— Ah ouais, voilà ! j’ai fait en me souvenant de ma position là-dessus. Merde, c’est pas des bonbons, c’est des médicaments. Ça ne devrait être pris que quand la vie est menacée. »

Je me suis dit que pour ajouter du punch à ma phrase, c’était le bon moment pour avaler les comprimés que j’avais en main : j’ai renversé la tête en arrière et je les ai gobés.

Après, je me suis rendue compte que niveau « ne pas considérer les médocs comme des bonbons », ça n’était pas vraiment le geste idéal.