Vernis & Sécateur

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche, juin 19 2011

Petit extrait

Vu qu'aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, j'ai réussi à me motiver un peu pour écrire, j'avais envie de vous le faire partager. Pour situer, il s'agit a priori d'un roman, et ce sera la «suite» d'Enfants de Mars et de Vénus (en tout cas, Lev en est toujours l'héroïne, ou du moins la narratrice).

(Comme souvent, certaines de mes «lubies» du moment ont tendance à se retrouver dans ce que j'écris. Saurez-vous les retrouver ?)


L’informaticienne m’a ensuite rendu mon téléphone et on a encore discuté pendant une dizaine de minutes. Elle m’a expliqué qu’elle avait annoncé à son « amoureux » qu’elle était trans et qu’il avait très bien réagi, ce qui, selon elle, laissait présager une belle et longue histoire d’Amour. Ne pouvant plus supporter autant de gnan-gnan, je lui ai expliqué qu’il fallait que j’y aille et on est allées payer au comptoir avant de sortir.

À peine dehors, j’ai allumé une cigarette et m’apprêtais à dire au revoir à Mel lorsqu’un des étudiants en école de commerce s’est approché de nous. J’ai alors réalisé qu’eux aussi avaient pris le temps de se fumer une clope devant le bistro avant de partir.

Avant qu’il n’ouvre la bouche, j’avais déjà évalué la situation : ils étaient quatre, tous des mecs, dont un avait l’air potentiellement costaud. Les trois autres rentraient dans ce que je considère comme la catégorie « maigrichons ».

« Excuse-moi, a fait un des trois rachitiques en s’adressant à Mel. T’es quoi, un mec ou une fille ? T’es un travelo, ou quoi ? »

Il faut préciser quelque chose au sujet de mon amie : elle n’a absolument aucune répartie. Lorsqu’elle est confrontée à ce genre de situation, elle bloque en cherchant un truc à répondre, et se contente de regarder la personne avec un grand sourire idiot.

D’un autre côté, vu que son sourire fait peur à cause de ses dents pas droites, qu’elle mesure un mètre quatre-vingt-dix, qu’elle a le crâne rasé et une sale cicatrice sur le visage, elle n’a pas souvent besoin de répartie. Pourtant, je suis tout de même venue à sa rescousse.

« Qu’est-ce que ça peut te faire, connard ? ai-je demandé. Je te demande, moi, si t’es vraiment en école de commerce, ou alors si t’as juste la gueule de cul qui va avec ? »

Comme souvent dans ce genre de situations, les trois autres types, jusque-là restés spectateurs, se sont approchés, et c’est le plus grand qui s’est collé en face de moi.

« Ça va, pourquoi tu t’énerves ? » a-t-il demandé.

C’est ce que je trouve magnifique, avec les machos : leur tendance à te considérer comme de la viande (si t’es baisable) ou de la merde (si tu l’es pas), à estimer qu’ils ont le droit de venir t’emmerder, sans être le moins du monde capable de comprendre pourquoi cela peut t’énerver.

« Et toi, c’est pareil ! » a renchéri celui qui voulait absolument savoir qui était un garçon et qui était une fille. « T’es quoi, au juste ?

— Je suis Léviathan, ai-je répondu avec un grand sourire. La grande bête de l’apocalypse. Alors maintenant, si vous tenez à garder vos dents, vous fermez votre gueule et vous vous barrez en courant. »

À ma grande surprise, ils se sont concertés du regard et ont commencé à s’écarter, pas franchement en courant, mais au moins en trottinant.

« Hey, ai-je mollement protesté, vous êtes pas vraiment censés partir. Vous êtes censés joués aux durs et vous faire maraver la tête.

— Tu veux qu’on les course ? » a demandé Mel.

Je me suis alors tournée vers elle, et j’ai réalisé qu’elle avait sorti la triplex qui lui servait de ceinture. À ma grande déception, ce n’était pas tirade qui les avaient fait détaler, mais plutôt les trois chaînes de vélo soudées ensemble qu’agitaient mon amie.

« Non, ai-je soupiré. Je suis trop grasse pour courir. »

dimanche, mars 27 2011

Clair de lune

Voici un petit texte que j'avais déjà posté dans les bonus d'Enfants de Mars et de Vénus. À vrai dire, la raison qui fait que je le reposte ici est surtout bassement un test sur une façon d'intégrer des nouvelles sur blog sans trop m'emmerder et j'avais envie de voir le résultat.

Pour situer le contexte d'écriture, c'était vers la fin des UEEH 2010 où j'avais l'impression d'avoir trop de pulsions de violence féministe pour l'ambiance «oui mais il faut pas être violente, la paix sociale entre les communautés c'est important» et que du coup je me suis défoulée par l'intermédiaire de Lev, qui ne s'embarrasse pas de ce genre de considération. J'avais envisagé à un moment de caser ce passage dans la suite d'Enfants de Mars et de Vénus, mais finalement ce ne sera pas le cas.

Pour finir avant de mettre le texte, je signale que si vous aimez les montées de violence de Lev, elle a aussi écrit un nouveau billet sur son blog : De l'usage du mot «travelo».

Et maintenant, le texte en question :

mardi, février 22 2011

Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 2)

(Encore un billet narcissique, désolée, mais c'est moins cher de bloguer que d'aller chez un psy)

Si la première partie de cette réflexion parlait pas mal d'Alys et de comment écrire avec un tel personnage m'avait aidée à envisager puis à assumer une transition, cette seconde partie sera plus centrée sur la butchitude, par le biais d'un autre de mes personnages : Lev.

Bon, après je ne sais pas si ça mérite vraiment un billet, vu que pour voir comment Lev a une mauvaise influence sur moi, il suffit de regarder son blog, mais j'avais envie de détailler un peu quand même.

À la base, Lev ne devait vraiment pas être un personnage principal, c'était juste une sorte de gouine connasse transphobe à l'allure de nazie qu'Alys était supposée croiser, et j'avais juste prévu une sorte de «mini-nouvelle» pas très sérieuse avec elle.

Et puis très rapidement je me suis rendue compte que ça me faisait vachement plus triper d'écrire avec le point de vue de Lev que celui d'Alys, parce que certes c'est un peu une connasse transphobe à l'allure de nazie, mais qu'elle a quand même trop la classe. Du coup, Lev est devenue une gouine connasse transphobe mélangée à Hellboy, et c'est là que je me suis rendue compte que j'avais rêvé d'écrire ça toute ma vie.

D'un point de vue «écriture», à la fois parce que la narration à la première personne de manière très «orale» s'est révélée marcher beaucoup mieux pour ce que je voulais faire, et aussi parce que dans les essais précédents de romans que j'avais essayé d'écrire avec Alys, il n'y avait pas du tout cette dynamique entre les deux personnages et que du coup c'était chiant. Par ailleurs, Lev étant une grosse bourrine, ça permettait d'introduire des scènes d'action de façon beaucoup plus fun en assumant un côté «série B» et, bon, voilà, faut l'avouer, j'arrive plus à me motiver pour écrire un truc comme ça.

D'un point de vue «identitaire», ce qui est drôle c'est qu'au départ Lev était vraiment le personnage auquel je ne m'identifiais pas du tout, et que je m'y suis attachée super vite et et que très rapidement j'ai commencé à me dire «ben ouais, en fait moi aussi je pourrais être un peu comme ça» sur l'identité de butch. Après je ne pense pas que ce soit l'écriture d'un roman à lui seul qui m'a permise de construire une identité butch, ça a été aussi plein de rencontres, des lectures, des discussions, etc., mais au final je pense que le fait de pouvoir se projeter dans un personnage aide à pouvoir se construire dans un truc qu'on vit pas encore actuellement[1].

(Bon, après on me fera remarquer que je n'étais pas obligée de finir transphobe pour autant, mais c'est un autre débat. Pis merde, j'ai des ami·e·s trans, alors faites pas chier.)

Un autre aspect que j'ai trouvé vachement «powerful» en écrivant le personnage de Lev, c'est que c'était la première fois que je me permettais de mettre comme héroïne d'une histoire une meuf qui est ouvertement grosse, et c'est là bizarrement que j'ai réalisé que toutes les meufs classes à qui j'avais pu m'identifier (ou simplement faire «ouaaah elle est trop classe») dans la fiction avaient toujours, au final, été relativement minces, et que c'est quelque chose que j'avais reproduit dans l'essentiel de mes textes.

Bref, tout ça pour dire qu'écrire de la fiction m'a permise de pouvoir construire ou d'assumer certains aspects de mon identité ; malgré le titre de ces deux billets, je ne pense pas vraiment que «mes personnages ont une mauvaise influence sur moi», mais que pouvoir écrire m'a permis de combler en partie le manque de visibilité de ce genre de personnages dans les «médias» classiques quand je cherchais des personnes à qui m'identifier.

Voilà, et sinon autant j'ai pu, deux ans après, assumer mon côté butch alors que je n'osais pas le faire à l'époque, autant je voudrais rappeler qu'une des autres caractéristiques fondatrices que j'ai «investies» dans Lev parce que je n'arrivais pas à l'assumer socialement, c'est un peu qu'elle a une Harley, et du coup s'il y avait des modestes donatrices pour que je puisse aussi vivre mon identité de motarde plutôt que la fantasmer, ce serait chouette.

(Et sinon, vu qu'on parle de Lev, j'en profite pour dire que le dernier épisode d'Enfants de Mars et de Vénus a maintenant été mis en linge

Notes

[1] Évidemment il y a aussi eu des changements dans l'autre sens, comme le fait que Lev soit quand même moins transphobe et beauf que dans sa première version, qu'elle n'est plus habillée en nazie tout le temps, et qu'elle se met même du vernis sur les ongles, mais bon, c'est un billet «mes personnages ont une mauvaise influence sur moi» pas «si, si, rassurez-vous, en tant qu'autrice j'arrive encore à avoir une vague influence sur mes personnages».

dimanche, janvier 2 2011

Auto-promotion 2011

Voilà, on vient d'entrer dans l'année 2011, qui à défaut de s'annoncer comme particulièrement meilleure que les précédentes, est quand même l'année la plus avancée dans laquelle personne ne se soit jamais aventuré, et ça c'est cool. C'est un peu comme si on était toutes des exploratrices temporelles, d'une certaine façon.

Du coup, même si je ne vous en tiendrais pas rigueur si vous ne voyez pas trop le rapport, je me suis dit que c'était l'occasion de faire un peu d'autopromotion et de parler de mes projets «littéraires» en cours.

Révolution avec un vampire

Ce n'est pas nouveau puisque vous avez pu lire cette nouvelle dans les deux billets précédents, mais Révolution avec un vampire est désormais maintenant en ligne sur le site Rêveries, et disponible sous des formats peut-être plus lisibles que sur ce blog.

Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne saurais pas trop faire un résumé parce qu'honnêtement, c'est un peu n'importe quoi, mais on y trouve un peu de science-fiction, une interview de vampire, un train, du transsexualisme (c'est peut-être pas comme ça qu'on dit), et de vagues références à la révolution russe de 1917.

Enfants de Mars et de Vénus

Après un petit essai en décembre avec la mise en ligne d'un bloc du chapitre 11, «Les gouines ont la peau dure», j'ai décidé de continuer ce mode de parution et de laisser un peu tomber la mise en ligne par épisode. Le chapitre 12, «L'Étoile du matin» est donc maintenant disponible, et j'essaierai d'en mettre un toutes les deux semaines, ce qui devrait amener la fin de la parution «en ligne» vers milieu février.

Si vous ne connaissez pas Enfants de Mars et de Vénus, il y a pour le coup un résumé plus travaillé, mais histoire d'éviter le copier/coller je me contenterai de dire qu'on y trouve de la gouine butch, de la moto, du fantastique, de l'occulte, de la camionneuse et pas mal de gros flingues.

Rappel

Avant d'embrayer sur la suite, je rappelle accesoirement que vous pouvez toujours acheter mon roman de fantasy Pas tout à fait des hommes. Vous pouvez aussi le lire gratuitement en ligne, mais ce n'est pas comme ça que je pourrai me payer de Harley. Dans l'optique de vous inciter à me donner votre argent, voici pour le coup un vrai résumé :

Kalia, la seule elfe de la ville à travailler dans la garde, se contente d'ordinaire d'essayer de survivre et d'éviter les ennuis...

Du moins, jusqu'au jour où elle rencontre Axelle, une voleuse démoniaque qui va bouleverser sa vie. endr.png

Avant de réaliser ce qui lui arrive, Kalia va se retrouver confrontée à des orcs révolutionnaires, des nains remontés, un général belliqueux, un vampire schizophrène, une prophétie obscure, une épée sacrée, un Élu au coeur pur, ainsi qu'une multitude d'autres choses potentiellement mortelles mais au nom moins impressionnant.

Coming Soon

Et histoire de parler quand même un peu de ce qui va arriver pour l'année 2011, j'espère bien auto-publier une petite novella (à mi-chemin entre nouvelle et roman) que je décrirais en utilisant une citation de Beatriz Preciado, certes pas du tout hors contexte :

Apparaît ainsi un nouveau genre de biographie transsexuelle romanesque, dans la tradition gothique de la mutation monstrueuse histoires de vampires, loup-garous, etc)

Et comme j'aime bien faire des fausses couvertures-trailers, en voici une :

trailer_chroniques.png

Si tout va bien et que je ne laisse pas tomber mes projets entre-temps, ça devrait être le premier tome (ou le tome zéro, parce que j'ai un passif d'informaticienne et que nous autres on aime bien commencer à compter à partir de zéro) de Hell B☠tches, une série d'histoires courtes sur un gang de motarde gouines surnaturelles.

mercredi, octobre 27 2010

Les règles sont faites pour être brisées...

Il y a des règles tacites que je me suis fixée, en tant qu'écrivaine, histoire de bien différencier la réalité de la fiction et mes personnages de moi, parce que j'ai toujours eu un peu peur que, sans ça, je finisse à confondre les deux et à me prendre pour une de mes héroïnes de fiction...

Et du coup, là, je crois que j'en ai un peu brisé une en créant le blog de Lev (l'héroïne d'Enfants de Mars et de Vénus, pour celles qui ne suivraient pas tout ce que j'écris), sur Yagg, intitulé Sexe, Genre & Fusil à pompe.

Bon en fait c'est à moitié pour faire une sorte de pub pour faire parler d'Enfants de Mars et de Vénus, à moitié pour mettre des scènes sur la vie LGBT que j'ai coupées dans le roman, et à moitié pour caser des billets que j'assume pas ici parce que pas politiquement correct.

(Oui, je sais, ça fait trois moitiés. C'est post-moderne.)

Je sais pas si ce truc va durer, vu que j'ai un peu peur que ça finisse par faire un «Vernis & sécateur bis», je sais pas si ça va rester sur Yagg vu que la pub me gonfle déjà, mais voilà, en attendant ça m'amuse quand je m'ennuie.

lundi, mars 8 2010

Enfants de Mars et de Vénus : le premier épisode

Un petit billet pour annoncer la publication du premier épisode (ou plus exactement du zeroième épisode) d'Enfants de Mars et de Vénus, roman policier fantastique lesbien publié sous forme de feuilleton tous les lundis.

Pour celles et ceux qui voudraient avoir le résumé de l'intrigue :

Au départ, quand Lev se retrouve avec une jolie blonde dans son lit, elle est plutôt contente.

Manque de pot, ensuite, tout va de travers : non seulement elle apprend que la fille avec qui elle vient de coucher est une transsexuelle non opérée, mais il se trouve qu'en plus elle est suspectée d'être une tueuse en série.

Du jour au lendemain, Lev se retrouve alors recherchée par les forces de Police, une secte occulte, des skinheads nazis et des cauchemars bizarres.

Et, à force de la chercher, ils risquent bien de la trouver.

Comme vous l'aurez sans doute noté, j'ai décidé de publier ce roman sur un autre site plutôt qu'ici ; par contre j'ai aussi estimé que ça pourrait être cool de livrer quelques réflexions sur mes dilemnes d'écrivaine (d'un point de vue féministe, pas «alors, j'ai galéré niveau répétition parce que trouver des synonymes c'est pas mon truc»).

Et du coup, je commence tout de suite, mais comme ça peu gâcher un peu le suspens, je recommande de lire l'épisode avant de regarder la suite.

Lire la suite...

samedi, février 20 2010

Teaser

mars_venus.png

Voilà, ce petit teaser à la pertinence douteuse pour dire que, ça y est, je me suis décidée à publier Enfants de Mars et de Vénus sous forme de feuilleton en ligne avec un épisode hebdomadaire, sur le site http://enfants-terribles.net (j'ai hésité à prendre l'adresse www.mars-venus.net, mais je me suis dit que j'aurais tous les fans de John Gray et que ça allait me gaver).

Je vais peut-être regretter (parce que c'est quand même un engagement), mais en attendant ça me motivera sûrement à me booster un peu.

Le premier épisode sera donc publié le 8 mars, et ensuite ce sera tous les lundis. En attendant je devrais mettre un peu de contenu «bonus» si j'ai pas trop la flemme.

Voilà pour l'instant, je remettrai sans doute un peu plus d'infos d'ici quelques jours.

samedi, novembre 21 2009

Teaser : Tendrement dialectique

Comme promis, un teaser débile sur le matérialisme dialectique, après le post-modernisme.


Alys était en train de se maquiller avec concentration devant un gigantesque miroir. Elle avait déjà enfilé une robe de soirée et lissé consciencieusement ses longs cheveux blonds, et était actuellement occupée à se passer du mascara sur les cils.

« Le problème, avec la sorcellerie, a-t-elle commencé alors qu'elle me tournait toujours le dos, c'est que la plupart des gens qui en ont l'usage sont ancrés dans des conceptions complètement idéalistes. »

Elle s'est arrêtée de parler quelques instants alors qu'elle passait à la pose de son rouge à lèvres. Lorsqu'elle a eu fini, elle a repris la parole, tout en se passant du blush sur les joues.

« Ils croient que le pouvoir de la sorcellerie se situe dans les rêves et les fantasmes, sous le prétexte fallacieux que c'est là qu'elle est le plus spectaculaire. Ils s'imaginent pouvoir tout résoudre comme ça et en viennent à nier complètement la matérialité du monde réel.»

Elle s'est tournée vers moi et m'a regardée d'un air interrogateur.

« Je suis comment ? a-t-elle demandé.

- Pas mal, ai-je répondu. Cela dit, les chaussures, c'est pas encore trop ça. »

Elle a baissé la tête vers ses grosses bottes de paras et s'est assise sur un tabouret pour les enlever.

« Il n'y a qu'une seule possibilité pour une véritable sorcière, a-t-elle repris, si elle veut comprendre vraiment ce qu'elle fait plutôt que de tenter un dangereux aventurisme onirique. »

Elle a laissé tomber négligemment ses grosses godasses et a entrepris d'enfiler à la place des talons aiguille.

« Pour moi, il n'y a pas de doute, une sorcière digne de ce nom, se doit de maîtriser les rouages du matérialisme dialectique. »

Elle s'est levée et m'a à nouveau interrogée du regard. Je me suis approchée d'elle et ai légèrement soulevé sa robe, afin de remonter de quelques centimètres l'étui à pistolet qu'elle avait fixé contre la cuisse, histoire qu'on ne l'aperçoive pas lorsqu'elle marcherait.

« Ça va ? a-t-elle demandé.

- Tu ressembles à un loup déguisé en agneau. »

Elle a eut un petit sourire hautain.

« Bien sûr, a-t-elle dit. C'est dialectique. »


Bon d'accord, ça n'a pas beaucoup de sens, mais comme le passage précédent je l'avais écrit en étant un peu fatiguée après une discussion sur le post-modernisme et le matérialisme dialectique à laquelle, rappelons-le, je n'avais pas tout pané.

Et puis en plus c'est un teaser, et pour le coup les teasers c'est normal qu'on ne comprenne pas, c'est une copine qui me l'a dit.

Bref, ce coup-ci, contrairement avec le post-modernisme, je n'ai pas trouvé de moyen de retomber sur Buffy contre les vampires (j'ai cherché, pourtant), donc je ne vais pas vraiment parler de matérialisme dialectique.

À la place, je voudrais donc faire une sorte d'étude de marché concernant ce roman en cours : en fait, je commence à vraiment envisager de le publier en ligne en feuilleton (avec des petits épisodes posés régulièrement), histoire de donner un peu mieux que des extraits dans le désordre, et puis avec l'idée que ça me motiverait un peu plus à bosser dessus.

Du coup, ce que je me dis, c'est que je vois trois options :

  • le mettre ici, vu que j'ai déjà un blog ça m'évite de créer un autre endroit à mettre à jour. Le problème c'est que ça risque de «polluer» le reste et accessoirement de pas être super lisible (genre, si je lis un roman en ligne j'imagine que je pourrais trouver ça un peu relou d'avoir, au plein milieu d'une scène d'action, un tract des flamands roses ou une discussion sur comment cirer ses rangers) ;
  • créer un autre blog spécialement rien que pour ça, ce qui peut avoir ses avantages pour avoir un thème, une ambiance, un titre plus adapté[1]. D'un autre côté ça demande plus de boulot, et puis du coup y'aura peut-être moins de lect·eur·ice·s, et une fois que l'histoire est finie c'est un peu poubelle.
  • créer un autre blog, mais pour mettre tous les textes de fictions de manière plus large, tant qu'à faire. Du coup c'est un peu la solution bâtarde par rapport aux deux premières, avec certains avantages et inconvénients des deux (je vous laisse trouver lesquels).

Voilà, donc si vous avez un avis, ne vous gênez pas.

Par ailleurs j'hésite aussi sur le nom, genre «Enfants de Mars et de Vénus», y'a en fait une référence tordue que j'aime bien mais ça fait quand même un peu «Les butches viennent de Mars et les fems de Vénus» et du coup c'est pas vraiment ce que je veux renvoyer. Sinon je pensais à un truc du genre «Hystériques collectives», mais bof. Ou «The Good, The Butch, and The Tranny», mais il me manque un personnage, du coup.

En tout cas voilà, ce post est un peu inutile, mais c'est juste pour dire que si j'ai pas mis grand chose en vrais extraits de romans dernièrement, il devrait quand même y avoir du nouveau pour bientôt.

Notes

[1] Quoique Rangers & Bas résille ça irait aussi pour ça, c'est ça qui est bien avec mon côté monomaniaque.

samedi, novembre 7 2009

Violemment post-moderne

Il y a quelques temps, je faisais chier pas mal de mes potes à leur demander ce que ça voulait dire «post-moderne», parce que quelqu'une m'avait dit que j'étais post-moderne (genre façon insulte, j'étais la lie de l'humanité à cause de ça), et une autre que je l'étais pas (genre façon insulte et lie de l'humanité, aussi, bizarrement).

Résultat, quelqu'un a fini par m'expliquer ; j'ai pas tout compris, et j'ai un peu oublié le peu que j'avais compris, mais j'avais promis que je ferais un billet dessus.

Du coup comme j'étais inspirée, je me suis dit que ça serait peut-être plus facile de le faire de manière fictionnelle, par la voix de Lev, et qu'en même temps ça pourrait servir de teaser (ou pas) pour le roman que j'arrive pas à écrire en ce moment :


« Je dois bien admettre que je n'ai jamais compris grand-chose aux théories compliquées concernant le queer et autres sujets du même acabit. La déconstruction, la performativité et les trucs comme ça : jamais rien pané. La performance et la construction, je vois encore, mais là, c'était too much pour moi. »

J'ai tiré un coup sur le démarreur, et le moteur a rugi brièvement avant de s'arrêter. Il faut croire qu'il était un peu rouillé.

« Pareil, l'autre jour, il y a un type qui essayait de m'expliquer ce qu'était le post-modernisme. Moi, j'étais un peu à l'ouest. Forcément, j'ai déjà du mal avec les vieux téléphones et à aller sur Internet, je ne dois même pas être considérée comme moderne tout court. »

Nouveau coup sur le démarreur. Là encore, ça n'a pas été suffisant pour lancer le moteur.

« Cela dit, j'ai quand même décidé de faire des efforts et de m'y mettre sérieusement. »

J'ai tiré une nouvelle fois. Toujours pas la bonne, mais je sentais que la prochaine allait le faire.

« Sauf que moi, j'ai toujours été plus douée en pratique qu'en théorie. Alors on va faire de la pratique plutôt que de la théorie. Je vais tous vous déconstruire, bande de trous du cul.»

Nouveau coup sur la démarreur. Cette fois-ci, le moteur de la tronçonneuse est bien parti. J'ai souri en levant la lame qui s'agitait devant moi.

« Ça va être un putain de carnage. Il va y avoir du sang sur les murs et de la cervelle à terre. Ça va être violemment post-moderne. »


Voilà, même pas honte. La semaine prochaine, nous aborderons le matérialisme dialectique avec Alys.

Sinon, depuis, j'ai quand même appris (par des recherches google simples) que la plupart des auteurs ou des bouquins que j'avais un peu tendance à plagier quand j'écrivais (genre, Neil Gaiman, Buffy, ou plus récemment Kim Harrison) étaient qualifiés de post-moderne, j'en ai déduit :

  1. que vu que je pompais honteusement sur elles/eux, je devais être post-moderne moi aussi, en tout cas pour ce qui est de mes écrits fictionnels ;
  2. que le post-modernisme devait avoir quelque chose à voir avec le fait de contenir des vampires.

jeudi, septembre 10 2009

Extrait de roman : pas aujourd'hui

Toujours un extrait du roman «Enfants de Mars et de Vénus»[1] dont des extraits ont déjà été postés sur ce blog précédemment ici, ici, ici , et .


Alys et moi, on a fait la tournée de quelques bars ensemble avant de rentrer nous coucher. J’y suis allée mollo sur l’alcool, sachant que je conduirais la moto pour rentrer, mais on était quand même plutôt joyeuses lorsqu’on s’est dirigées vers elle, vers deux heures du matin.

C’était une putain de bonne soirée.

Une voiture chargée de mecs a entrepris de nuire à notre bonne humeur lorsqu’on a atteint la bécane.

« Hé ! a fait un mec par la fenêtre, alors que la voiture ralentissait. Le bois de Boulogne, c’est pas par là ! »

J’ai imaginé que cette remarque était destinée à Alys plutôt qu’à moi.

« C’est un mec ou une fille ? » a alors demandé un des potes au gars concerné. Là, je n’étais plus trop sûre de qui il parlait.

« Qu’est-ce que ça peut te foutre, trou du cul ? » a répliqué ma copine en lui faisant un doigt d’honneur.

Les mecs de la bagnole ont rigolé, alors que je faisais descendre mon sac à dos de mon dos.

« C’est un travelo, a repris le premier mec à avoir parlé. Allez, sucez vous bien, les pédés. »

J’ai grogné. Qu’on me prenne pour un mec, à la rigueur, j’étais habituée, mais qu’on insinue que je pouvais envisager de coucher avec un, ça avait le don de m’énerver.

Cela dit, je n’ai rien eu le temps de répondre, vu que la voiture a redémarré. J’étais toujours occupée à fouiller dans mon sac.

« Pfff, a soupiré Alys. Il y a des jours, on regrette de ne pas avoir un flingue sur soi.

— Ouais, mais pas aujourd’hui », ai-je répliqué en sortant le pistolet à gaz de mon sac.

Travelotte a ouvert de grands yeux alors que je visais la voiture qui s’était arrêtée à un feu rouge, une vingtaine de mètres plus loin.

« Tu ne vas quand même pas... », a-t-elle commencé, mais elle n’a pas ressenti le besoin de terminer sa phrase lorsqu’elle a vu un des pneus exploser.

J’ai eu le temps d’en faire deux autres avant que les mecs descendent de leur bagnole, à moitié effrayés, à moitié en colère. Du coup, j’en ai profité pour tirer quelques plombs sur leur plage arrière.

« Tu es complètement tarée », a commenté Alys alors que je rangeais l’arme et entreprenais de faire démarrer la moto.

Elle est ensuite montée derrière moi et a placé ses mains d’une façon sensuelle autour de mon corps.

« Je t’aime », a-t-elle ajouté à mon oreille.

C’était vraiment une putain de bonne soirée.


Voilà, et en fait pour être honnête ce qui m'a motivée à écrire ce passage c'est parce qu'aujourd'hui, c'est un de ces jours, et que moi, j'ai pas de flingue (et ça explique le manque de relecture /o\)

Notes

[1] Même si en fait je pense que je vais changer le titre, vu que je trouve que ça risque d'être lu comme assez binaire, Mars l'hôm et Vénus la fâme.

- page 1 de 2