Vernis & Sécateur

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jeudi, avril 29 2010

Traitre à son (trans)genre

Dans la série, «je ressors des vieux posts que j'avais pas publiés», en voilà un qui date d'il y a un certain temps, à un moment où je me posais pas mal de questions sur les articulations pas toujours évidentes entre identité trans, identité gouine, identité féministe et tout ça.

À vrai dire j'hésitais un peu à le publier parce que c'est plus tout à fait le sentiment que j'ai à l'heure actuelle et que ça parle pas de certains trucs sur lesquels j'ai pu mettre le doigt depuis et qui participaient au problème (notamment l'instrumentalisation des questions trans et queer par des personnes cisgenres et straights pour dénigrer un féminisme jugé trop radical, qui mériterait un billet à part). Cela dit j'ai décidé de publier ça quand même en me disant que ça pouvait toujours être intéréssant, même si je le trouve super négatif par rapport à ce que je vis actuellement.


Ça fait pas mal de fois, sur Internet, et notamment en commentaires sur des blogs féministes anglo-saxons, que des personnes trans me sortent en réaction à un truc que j'ai dit, quelque chose dans le genre : «on voit bien que t'es cisgenre». Ou un truc comme ça.

Au départ, ça m'amusait, surtout quand c'est à cause d'un quiproquo parce que je maîtrise pas hyper bien l'anglais ou parce que j'ai pas exactement la même vision des choses sur tel ou tel sujet trans. Un peu moins quand je me rends compte après coup que c'est parce que ce que j'ai dit suinte la transphobie intériorisée.

Dans la vraie vie, j'ai moins ce coup-là, parce que d'une part je ne passe pas forcément hyper bien (et le fait de vouloir «passer» pour une meuf cisgenre, en soi, suinte sans doute aussi pas mal la transphobie intériorisée) et d'autre part parce que les personnes me connaissent en général depuis un certain temps et savent que je suis trans.

Par contre, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais dernièrement j'ai quand même eu plusieurs fois l'impression d'un truc un peu similaire : c'est à dire qu'à défaut d'être une vraie gouine cisgenre approuvée©, je suis quand même considérée comme une bonne trans, ou qu'en tout cas j'ai tendance à vouloir me comporter comme tel.

Qu'est-ce qu'une bonne trans ? J'imagine que ça dépend, mais par exemple une nana m'avait expliqué que dans son groupe, qui est non-mixte, les filles trans pouvaient éventuellement envisagées d'être acceptées aux deux conditions suivantes qu'elle posait :

  1. passer à peu près ;
  2. ne pas trop prendre la parole, et en tout cas pas de manière affirmée (elle m'avait clairement expliqué que le fait d'avoir des bases politiques était un point négatif).

Et le verdict plus ou moins non-officiel, c'était que moi ça allait, parce que, en gros, je suis timide, je parle pas fort, et j'ai en général énormément peur de soulever des points dont j'ai peur qu'ils amènent au conflit.

Pour d'autres personnes, être une bonne trans c'est quand même pas mal lié à l'expression de genre. Et là aussi, autant je vais être surper mal vu par des psys, autant, parce que je ne suis pas trop «féminine mainstream», j'ai l'impression d'être plus acceptée dans des milieux plutôt féministes et lesbiens qu'une fille trans très féminine, ou qui a un certain type de féminité, ou plus vieille, etcaetera.

Bref, voilà, même si j'ai plein de trucs qui font que je suis loin d'être la transgirl parfaitement acceptée ni parfaitement acceptable (j'ai pas un méga passing, je suis pas opérée, etcaetera), j'ai quand même l'impression d'avoir accès à un certain degré de privilège que je n'aurais peut-être pas si j'étais plus vieille, si je parlais plus fort, etcaetera.

Accessoirement, dans la plupart des groupes non-mixtes de meufs où je mets les pieds en ce moment, ben même s'ils sont la plupart du temps super cools, en général je suis la seule fille trans. Et encore, je suis pas complètement sûre de vouloir me définir comme trans, et tout ça.

Et en fait, c'est ça qui me pose problème. Je veux dire, j'ai vraiment du mal à savoir si j'ai des questions d'identité qui me sont personnelles mais qui sont complètement légitimes, ou alors si c'est une façon d'intérioriser des trucs et de ne pas vouloir exprimer de «spécificité» trans ?

Et ce qui me fait vraiment chier, c'est quand, même dans ces espaces, sur des petits trucs pas graves, ben j'ose pas dire que ça me fait un peu chier ou que ça me renvoie des trucs pas cools, ou que j'ose pas demander des précisions sur ce que quelqu'une voulait dire, etc. Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et y'a même des chances assez fortes pour que je sois écoutée.

Je veux dire, c'est pas des gros trucs non plus qui me plombent le karma. Juste une succession de petits actes, ou plus exactement de petits non-actes, juste des «ne pas» : ne pas oser poser explicitement la question de comment dire que les gouines trans sont inclues dans un espace non-mixte lesbiennes ; ne pas oser demander si ça le fait de prendre telle brochure en diffusion «non-mixte» parce qu'on a l'impression que le groupe qui l'a éditée était pas trop trans-friendly à la base et me convaincre que, de toute façon, j'en voulais pas vraiment ; ne pas oser dire à une copine que je vis mal le fait qu'elle explique le fait qu'une nana trans soit relou et autoritaire par le fait qu'elle soit trans et que donc c'est forcément un comportement masculin, etc.

Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et parfois c'est elles-mêmes qui l'ouvrent, mais c'est juste que... ben, j'ai vachement de mal. Et parfois y'a juste rien et c'est juste moi qui me fait du mal toute seule à psychoter comme une conne ou à me dire que, même si j'ai beau être acceptée par les copines féministes du coin, ben, fondamentalement, je ne le mérite pas..

Et ça me fait chier autant de transphobie intériorisée, de fantasmer sur le fait que si j'arrive à passer un peu plus et si je change de ville pour trouver un boulot, je pourrais ne pas dire que je suis trans, être complètement stealth[1] et ne plus avoir à gérer ce côté là...

Et en même temps je me sens de moins en moins une identité en tant que «trans», et je vois pas pourquoi je devrais forcément m'imposer d'être hyper parfaite et de ne rien laisser passer.

Bref en ce moment j'ai l'impression que je suis partagée entre une envie de revendications trans et d'aller en profondeur sur des trucs, l'articulation avec le sexisme, la lesbophobie, d'un côté, et une forme de haine de soi et de sentiment d'illégitimité de l'autre,

C'est pas dramatique, mais ça là que je me rends compte que ça me manque vachement de ne pas avoir eu l'occasion de vraiment échanger en profondeur avec des gouines trans féministes impliquées dans les mêmes collectifs que moi et de me sentir un peu... seule, par moment.

Notes

[1] Non, ça ne veut pas dire porter du camouflage en permanence. Même si c'est aussi une tendance de mon côté obscur que je combats.

lundi, mars 29 2010

En vrac : Cinéma / Enfants de Mars et de Vénus

Cinéma

Aujourd'hui, j'ai regardé Transamerica. En Version Française. Et je dois dire que j'ai pas franchement réussi à rentrer dans le film. J'avais beau faire des efforts, je voyais vachement une femme cisgenre qui s'amusait à jouer la trans. Il faut dire que le doublage n'aidait pas franchement, parce que bon, à force de se forcer à avoir une voix masculine pour «faire trans», j'avais juste l'impression d'entendre Marge Simpson.

Du coup voilà, pour l'immersion c'était un peu raté, et la seule chose que j'ai vraiment retenu du film c'est que c'est dommage que le gosse ne se soit pas appelé «Luc», parce que ça aurait revisité un peu le coup du «Luc, je suis ton père».

Et ça m'a un peu questionné sur les figures de filles trans que j'avais pu voir dans les films. Les figures un peu positives, genre pas la méchante dans Ace Ventura ou le tueur dans le Silence des Anneaux.

Et bizarrement je crois que c'est encore Hershe las Palmas, jouée par Pam Grier dans Los Angeles 2013, que je trouve la moins pire. Parce que d'accord, elle est aussi jouée par une femme cisgenre qui se force à prendre une voix grave, sauf qu'au moins elle a la classe. Bon OK, ça rentre dans la catégorie «trans qui meurt avant la fin du film», mais au moins y'a les deux tiers du casting qui meurt aussi, donc c'est moins pire. Et puis, bon, OK, c'est sans doute un traitement un tout petit peu exotisant de la transidentité, où le héros fouille entre ses jambes, sort sa rengaine «plus les choses changent et plus elles restent les mêmes» en sortant le flingue qu'elle cache sous sa jupe, continue à l'appeler par son ancien prénom, tout ça au milieu de célébrités obligées de voler des organes à cause d'excès de chirurgie esthétique, d'un ersatz de Che Guevara qui roule dans une décapotable ornée de têtes de poupées Barbie décapitées et d'une boule à facette, mais au moins c'est quand même une nana trans chef de gang, et ça ça a de la gueule.

Alors que le traitement des trans façon «on se la joue super authentique et proche de la réalité mais on va quand même pas confier le rôle à une trans», bizarrement, ça me botte moins.

(Les mauvaises langues diront que c'est aussi parce que je ne peux pas apprécier un film s'il n'y a pas d'armes à feu et au moins une explosion.)

Enfants de Mars et de Vénus

Juste pour signaler aux personnes qui ne suivraient pas qu'il y a des nouveaux épisodes d'Enfants de Mars et de Vénus, c'est-à-dire le chapitre 1 :

Et là encore, quelques commentaires après la séparation (qu'il vaut évidemment mieux lire après avoir lu les épisodes).

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lundi, mars 8 2010

Enfants de Mars et de Vénus : le premier épisode

Un petit billet pour annoncer la publication du premier épisode (ou plus exactement du zeroième épisode) d'Enfants de Mars et de Vénus, roman policier fantastique lesbien publié sous forme de feuilleton tous les lundis.

Pour celles et ceux qui voudraient avoir le résumé de l'intrigue :

Au départ, quand Lev se retrouve avec une jolie blonde dans son lit, elle est plutôt contente.

Manque de pot, ensuite, tout va de travers : non seulement elle apprend que la fille avec qui elle vient de coucher est une transsexuelle non opérée, mais il se trouve qu'en plus elle est suspectée d'être une tueuse en série.

Du jour au lendemain, Lev se retrouve alors recherchée par les forces de Police, une secte occulte, des skinheads nazis et des cauchemars bizarres.

Et, à force de la chercher, ils risquent bien de la trouver.

Comme vous l'aurez sans doute noté, j'ai décidé de publier ce roman sur un autre site plutôt qu'ici ; par contre j'ai aussi estimé que ça pourrait être cool de livrer quelques réflexions sur mes dilemnes d'écrivaine (d'un point de vue féministe, pas «alors, j'ai galéré niveau répétition parce que trouver des synonymes c'est pas mon truc»).

Et du coup, je commence tout de suite, mais comme ça peu gâcher un peu le suspens, je recommande de lire l'épisode avant de regarder la suite.

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mardi, mars 2 2010

«La Femme» n'existe pas, reprenez votre journée, rendez-nous nos vies (manifestion 8 mars à Lille)

Pourquoi le 8 Mars ?

Nous en avions marre de voir le 8 mars célébré comme la journée de "La Femme", cette "Femme" n’existe pas. Nous avons décidé de manifester ce jour-là pour nous réapproprier cette journée, la re-politiser et porter nos revendications en dehors des soupes médiatique, institutionnelle et commerciale habituelles.

Quoi ?

Nos revendications et notre lutte dans le tract accompagnant l’article. Ce tract est le fruit d’une rédaction collective d’individuEs féministes et non le tract unitaire. Vous pouvez le télécharger, l’imprimer, le diffuser...

Qui sommes-nous ?

Des individuEs isoléEs ou organisÉes au sein de collectifs, groupes politiques, associations ou syndicats.

Pour qui ?

Pour toutes les personnes qui luttent contre ce système patriarcal, raciste, capitaliste, classiste, binaire et hétéronormé.

Où et quand ?

La manifestation aura lieu le lundi 8 mars. Rendez-vous est donné à partir de 18h Place de la République à Lille. Nous bougerons ensuite pour une petite ballade revendicative et bruyante dans les rues du centre-ville.

Manifestation à l’appel de (par ordre alphabétique) :

Chez Violette, Flamands Roses, GDALE-CGA, Idées à Coudre, Solidaires 59/62, Sud Education 59/62, Sud Etudiant-e Lille, UL CNT de Lille

Tract de la manifestation :

« LA FEMME » n’existe pas !

Nous sommes diverses, multiples et mouvantes.

Nous sommes femmes, lesbiennes, gouines, trans, féministes…

Nous sommes bisexuelles, hétérosexuelles, autosexuelles, asexuelles, homosexuelles…

Nous sommes précaires, pauvres, salariées, ouvrières, étudiantes, chômeuses, femmes au foyer, mères célibataires, organisées ou isolées…

Nous sommes noires, blanches, métisses, asiatiques, arabes, latinas, berbères…

Nous sommes grosses, maigres, fortes, minces, rondes, poilues, rasées, plates ou à gros seins…

Nous sommes jeunes, vieilles, avec handicap ou pas pour l’instant…

Reprenez votre journée, rendez-nous nos vies !

Aujourd’hui, c’est le 8 mars, la journée dite de « La Femme » ; demain, on sera le 9, et alors ? Rien n’aura changé. Nous ne voulons pas de vos fleurs alors que nous prenons des claques au quotidien. Nous ne sommes pas « La Femme » aimante, souriante et docile qui devrait être heureuse qu’on lui consacre une journée par an. Cette journée se référait au départ à des luttes de femmes pour leurs droits. Elle a été instrumentalisée pour nous enfermer, canaliser nos révoltes et porter nos revendications un seul jour dans l’année.

***

Marre de tout le travail gratuit qu’on fournit ! Marre de notre précarisation ! Pour l’égalité sociale et salariale !

  • Parce que le rôle maternel qui nous est imposé sert d’excuse pour nous éloigner de la vie sociale, politique et culturelle
  • Parce qu’on attend de nous qu’on console, qu’on cajole, qu’on panse les plaies des enfants, des amis, des parents, des partenaires et que ce travail n’est pas reconnu
  • Parce qu’on se fade toujours l’essentiel du travail domestique
  • Parce que même à travail égal, nous n’avons pas un salaire égal et que certains postes nous restent inaccessibles
  • Parce que le travail le plus précaire, c’est souvent pour notre poire surtout quand on n’est pas blanche (travail ingrat, travail invisible, contrats de merde, temps partiel imposé…)

Marre du contrôle de nos corps et de nos vies ! Marre de l’utilisation de nos corps pour vendre des chips ! Nous voulons que nos corps nous appartiennent enfin !

  • Parce que nos corps ne nous appartiennent toujours pas
  • Parce que le droit à l’avortement est constamment remis en cause et de plus en plus limité
  • Parce que ce sont toujours les médecins qui décident de ce qui nous convient le mieux (choix de la contraception, grossesse…)
  • Parce que le psychiatre reste une étape imposée lorsque des personnes trans veulent accéder à des traitements ou à un changement légal d’identité
  • Parce qu’on nous impose le modèle hétérosexuel et que toute autre sexualité est diabolisée
  • Parce que nous préférons vivre plutôt que d’attendre le prince charmant, et parce que des fois, nous préférons les princesses
  • Parce que les canons de beauté qu’on nous impose (pubs, journaux, films, télé…) sont fixés par et pour les hommes

Marre de se prendre des claques dans la gueule (au propre comme au figuré) ! Marre d’être de la chair à viol ! Pour l’autonomie et l’organisation de nos résistances !

  • Parce que les violences conjugales et intrafamiliales sont la première cause de mortalité des femmes en Europe
  • Parce qu’une femme est violée toutes les 10 minutes ! Et parce qu’en face, la réponse des institutions (quand elles la croient !) n’est que demande de preuves et infantilisation.
  • Parce qu’il n’est pas normal que nous ayons peur quand nous marchons seules la nuit
  • Parce que le caractère lesbophobe ou transphobe de certaines agressions est rarement reconnu
  • Parce qu’en condamnant le racolage passif, l’État accroît la répression contre les prostituées et les met encore plus en danger
  • Parce qu’en enfermant les personnes trans dans des prisons correspondant à leur sexe biologique et en leur refusant l’accès à leur traitement, l’État organise la violence contre elles (viols, agressions physiques, verbales…)
  • Parce que dans notre société binaire (masculin/féminin) et patriarcale, la domination masculine continue d’exister même dans les couples les plus sensibilisés à la question
  • Parce qu’on a beau avoir beaucoup d’humour, les remarques, invectives et blagues sexistes ne nous font toujours pas rire !

Ainsi pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes dans la rue aujourd’hui et dans la lutte au quotidien. Nous ne souhaitons certainement pas être l’égal de l’homme ; nous voulons pouvoir nous définir par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Tant que nous ne serons pas considérées comme des individues à part entière, tant que nous serons des citoyennes de seconde zone, tant que la seule journée pour nous sera le 8 mars, nous ne lâcherons pas l’affaire ! Nous continuerons à nous mobiliser, à investir l’espace, à exiger notre place et à combattre ce système patriarcal, capitaliste, raciste, classiste, binaire et hétéronormé.

Organisation ! Résistance Féministe ! Solidarité ! Émancipation !

Reprenez votre journée, rendez-nous nos vies !

lundi, novembre 16 2009

Contrefaçons

Il y a quelques jours[1], j'ai reçu le harnais que j'avais commandé (le harnais, c'est pour pouvoir mettre des godes à la ceinture, pas pour faire de l'escalade, ni pour promener un chien, je précise.)

Bon voilà, en soi c'est pas forcément une information hyper intéressante[2], mais quand j'avais évoqué le fait que je trouvais ça trop cool, quelqu'un m'avait fait une remarque du genre : «toi, t'es du genre à te faire couper la jambe pour mettre une prothèse ?».

Et en fait, je me disais que c'était assez révélateur de la façon dont étaient perçus les godes-ceintures et peut-être les godes de manière générale : c'est-à-dire, un pâle substitut de pénis pour les personnes qui n'en ont pas.

Alors qu'en fait, ben je vois pas vraiment les choses comme ça. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la façon dont j'appréhende mon gode-ceinture ne va pas être la même que celle dont j'appréhende ce que j'ai entre les jambes.

Ne serait-ce que parce que, déjà, je ne sais pas pour les autres nanas trans, mais moi avec les hormones et tout ça, je suis pas comme les trans dans le porno qui sont capables d'avoir une érection impressionnante[3], et que du coup, ben, euh... disons que si l'envie me prend de faire certaines choses, ça vaudra quand même pas un gode, hein.

À l'inverse, aussi horrible que ça puisse sonner aux oreilles de ma psychiatre, même sans pénétration, je peux prendre du plaisir avec mes organes génitaux. Et du coup, aussi cool que soit n'importe quel gode, ça restera toujours du silicone (ou une autre matière) dépourvu de connexions nerveuses, et qui du coup ne m'apportera pas le même plaisir.

Ce que je veux dire par tout ça, c'est qu'en fait, non le but d'un harnais ou d'un gode n'est pas de copier le phallus et le rapport hétérosexuel classique.

Je veux dire, d'accord, pour l'usage qu'on en fait en général, un gode a intérêt à avoir une forme oblongue, maintenant y'en a quand même pas mal qui cherchent pas à ressembler à des pénis... Genre le truc fluo avec des petites bosses dessus, ben, je suis vraiment pas une spécialiste des bites bio, mais j'imagine que ça doit quand même pas être super courant.

Je peux comprendre que des hétéros (et pas que, parce qu'on vit tou·te·s dans une société hétéro) pensent qu'on ne peut jurer que par le dieu Phallus et que la relation hétérosexuelle est tellement vitale qu'on ne peut rien faire sans, et que du coup tout le reste doit être comparé à ça et vu comme une imitation.

Mais en fait, on peut considérer un gode pour ce que c'est en soi : c'est-à-dire, un gode, et pas forcément en tant que copie de bite bio. On peut donc considérer un harnais comme un moyen de prendre du plaisir et d'en donner, et dont le but n'est pas forcément de «se prendre pour un mec». De même que l'intérêt d'un pisse-debout peut tout simplement être de faire pipi debout et non de vouloir à tout prix... eh bien, là encore, se prendre pour un mec. Ou encore, qu'on peut être butch parce qu'on apprécie être butch, parce que ça correspond à son identité et tout ça, et non pas pour... oh, toujours, se prendre pour un mec.

Bizarrement, à côté de ça, quand je dis que j'aime me prendre des coups de cravache, personne ne vient me dire que je fais ça pour pouvoir «me prendre pour un cheval». Allez comprendr.

Du coup, évidemment, les gens pourront toujours intérprêter et continuer à dire que le but de ci est de se prendre pour un mec, ou que le but de ça est de singer la relation hétérosexuelle ; maintenant je me demande si ça ne reflète pas surtout le fait que ces personnes continuent à placer sur un piédéstal le fait d'être un mec ou la relation hétérosexuelle, et leur incapacité à considérer qu'il puisse y avoir des choses en dehors.

Notes

[1] Au moment où je commençais à écrire ce post ; maintenant, ça fait plus. Et depuis j'ai appris à faire les harnais façon do-it-yourself avec des chambres à air, des rivets, et un anneau de fémidon, du coup c'est con, j'aurais pu faire des économies.

[2] Mis à part que si on compare ma vie sexuelle avec ma collection de sex-toys, on se dit que c'est quand même du fric qui sert à rien, mais voilà, voilà.

[3] Bon, il faut dire que je suis assez impressionnable sur le sujet. À chaque fois que je feuillette une brochure gay explicite je me retrouve à faire O_O' et à demander à des copains gays si ça existe vraiment dans la vraie vie ou si c'est juste grâce à Photoshop, alors qu'en général leur réation c'est «Bof, un peu petit».

mercredi, septembre 16 2009

En vrac (spécial lesbiennes)

Quelques liens dont je m'étais dit qu'il faudrait que je parle un de ces quatre, mais pour lesquels j'avais pas assez pour faire un billet séparé :

Mouvements lesbiens : ruptures et alliances

L'ILGA (International Lesbian & Gay Association) a publié une volumineuse brochure intitulée Mouvements lesbiens : ruptures et alliances. Elle est disponible en téléchargement sur le site et peut également être commandée mais, malheureusement, n'est (pour le moment ?) pas traduite et donc uniquement en anglais.

J'ai un peu du mal à lire des textes longs à l'écran, surtout s'ils sont en anglais, mais je l'ai survolée rapidement et elle aborde des choses intéressantes, comme le rapport au féminisme et au mouvement LGBT, la nécessité de visibilité lesbiennes, les questions sur l'intégrationnisme, le rapport au racisme, à l'internationalisme, aux trans, presente les portraits de quelques féministes lesbiennes, etc.

Genre, sexualité et société

Genre, sexualité et société est une revue créée récemment, consacrée à la sexualité et aux questions de genre, et dont les articles peuvent être lus en ligne, ce qui est, je trouve, plutôt cool. Le premier numéro (sorti au printemps 2009 était consacré aux lesbiennes, avec notamment deux articles parlant de Monique Wittig.

Lezspace

Ça fait un bout de temps que je voulais en dire deux mots, mais comme j'oublie tout le temps... enfin mieux vaut tard que jamais : Lezspace est un site qui regroupe les blogs de gouines, et propose notamment de voir les derniers articles publiés sur les différents blogs référencés. Parce que la visibilité lesbienne passe aussi par la blogosphère[1].

Bekhsoos

Bekhsoos est un hebdomadaire en ligne publié par l'association libanaise Meem, un groupe de lesbiennes, femmes bisexuelles ou en questionnement et personnes trans. Avec des articles en anglais et en arabe.

Notes

[1] Même si on n'est pas obligée d'utiliser le terme blogosphère, mais moi j'aime bien, ça fait hype 2.0.

dimanche, juillet 26 2009

Post rapide depuis les UEEH

Quelques notes très rapides et très en vrac, vu que je suis actuellement pas trop dispo pour internet :

  • du coup, je dois avoir un bon millier de mail en attente, donc 99% de spam. Si vous avez envoyé un mail faisant partie du pourcent restant, désolée, mais n'espérez pas de réponse immédiate ;)
  • je suis très déçue de la non-mixité gouine et du rapport aux trans. J'avais entendu parler de rumeurs de "vérification de contenu de culotte" pour les trans, et c'est un peu ce qui m'interessait, mais en fait pas du tout. C'est quand meme vachement frustrant.
  • c'est d'ailleurs drole comment je peux dire "il faut etre explicite pour dire qu'on inclut les trans sinon ça exclut de fait" et faire exactement l'inverse quand c'est à moi de rédiger le truc. Je ferai peut-etre un billet plus détaillé la-dessus, tiens.
  • je suis assez contente d'avoir réussi à oser faire un atelier, finalement intitulé "transgirls vs féminisme", et je ferai sans doute un billet plus détaillé la-dessus aussi.
  • et il y aurait plein d'autres trucs à dire, mais là, pas le temps.

mercredi, juillet 15 2009

Le(s) mot(s) du jour : stealth et passing

Stealth, en anglais, ça veut dire furtif. Comme j'ai un peu pris l'habitude de prendre mes définitions sur wiktionary :

1. Qui se fait à la dérobée.

Entrer d’un pas furtif.

Un regard furtif.

2. (Par extension)

Prendre quelque chose d’une main furtive.

3. (Militaire) Se dit des plate-formes de combat dont la signature radar est minimisée.

Un avion furtif.

Pour les trans, la définition la plus proche me semble la troisième. Un ou une trans stealth est donc un/e trans dont la signature radar est minimisée. Autrement dit, quelqu'un dont on ignore qu'il/elle est trans.

C'est très lié à la notion de passing, évidemment. Ce mot-là, la définition sur Wikipedia est la suivante :

Passing is the ability of a person to be regarded as a member of a combination of social groups other than his or her own, such as a different race, ethnicity, social class, gender, and/or disability status, generally with the purpose of gaining social acceptance

En français, donc, le passing est la capacité d'être considéré/e comme comme membre d'une combinaison de groupes sociaux autres que le sien, comme d'une différente race ethnicité, classe sociale, genre, et/ou statut de handicap, généralement avec l'objectif de gagner de l'acceptation sociale.

C'est pour ça que j'ai un peu du mal avec l'utilisation du mot passing ou passer pour dire qu'une femme trans passe en femme ou qu'un homme trans passe en homme, puisque cela reviendrait à dire que ces personnes se font passer pour ce qu'elles ne sont pas, ce qui n'est pas le cas.

En revanche, le mot passing me semble adapté pour parler de passer comme cis : en ce sens, cela correspond à la définition de wikipedia : on cherche à se faire passer pour le groupe dominant (cis) pour gagner de l'acceptation sociale (c'est-à-dire, moins subir de transphobie).

Il y avait une discussion là-dessus très intéressante sur Questioning Transphobia, que je vous invite à lire.

Ceci étant dit, comme on est en été et que je me sens d'humeur à parler de choses triviales, je vais plutôt donner des conseils aux MtF (je ne suis pas sûre que ça marche aussi bien pour les FtM, désolée) pour être stealth.

Il y a sur Internet plein de conseils de ''passing'' pour les MtF, qui sont souvent du type :

  • avoir une démarche et des mouvements féminins ;
  • conseils de maquillage ;
  • coiffure et perruques ;
  • épilation et différentes modifications du corps ;
  • vêtements ;
  • etc.

Mais stealth, ça va encore plus loin. Ce n'est pas juste la capacité à être prise pour cisgenre, c'est qu'on ne soupçonne même pas que vous êtes trans. Stealth, ça vient du vocabulaire militaire, et que font les militaires pour être stealth ?

La réponse est la suivante :

Le camouflage.

Le treillis.

Alors j'en vois déjà lever les yeux au ciel en soupirant que, ça y est, ça faisait trois billets que j'avais pas parlé de rangers (en fait, non, après vérification y'en avait aussi dans le billet précédent) mais je suis assez sérieuse. D'expérience, si on ne veut pas être soupçonnée d'être trans, se balader en treillis/rangers ou autre tenue plutôt connoté masculine (costard/cravate ça marche aussi, je suppose) est encore la meilleure façon.

Après tout, qui irait soupçonner qu'une nana qui s'habille comme un mec est en réalité un mec qui s'habille comme une nana ?

Bon alors, par contre, soyons honnête, il y a tout de même de bémol :

  • d'abord, ça n'est pas forcément a meilleure façon qu'on vous appelle "madame". Mais quand on parle de vous au masculin, vous pouvez vous dire que c'est parce que vous êtes butch plutôt que parce que vous êtes trans, ce qui est quand même vachement plus classe, non ?
  • ensuite, même si, a priori, le camouflage, ça marche, je me demande si je n'ai pas fait une légère petite erreur sur ce coup-la : sac.jpg

mercredi, juin 10 2009

Le mot du jour : Lesbienne

Aujourd'hui (enfin, vu que c'est le troisième «mot du jour» en six mois,c'est pas non plus comme s'il y en avait vraiment un par jour) le mot du jour sera «lesbienne».

L'objectif de cette catégorie de billets n'est pas tant de donner LA définition d'un mot, mais de parler un peu du sujet et de ce que ça m'évoque personnellement (c'est un blog, c'est très narcissique quand même) ; cela dit, je vais céder à la facilité en mettant un peu de copier/coller, c'est-à-dire les définitions qu'on peut trouver à différents endroits du net (je ne me suis pas foulée, j'ai pris les définitions de google).

Les définitions

Avant de commencer avec les définitions stricto sensu, la page Wikipédia rappelle que le nom vient de l'île de Lesbos :

L’homosexualité féminine est appelée saphisme, ou plus communément lesbianisme ; les deux termes faisant référence à la légendaire (car il n’est parvenu jusqu’à nous que très peu de choses de son œuvre littéraire et de façon fragmentaire) poétesse grecque Sappho, de l’île de Lesbos, qui tenait un collège de jeunes filles, et dont les poèmes passionnés dédiés à ses amies, et la vie entourée d’autres femmes lui ont valu la réputation d’homosexuelle.

On notera au passage que l'usage qui s'est fait du terme «lesbien» n'a pas l'air de plaire à tous les habitants de l'île de Lesbos.

Une lesbienne est donc, toujours pour Wikipédia, une pratiquante de l'homosexualité féminine, dite saphisme ou lesbianisme. Il y a un petit côté religieux dans le truc : vous êtes saphiste pratiquante ou juste croyante ?

Pour rester dans le wiki, Wiktionary fait simple : «femme homosexuelle». Cela dit on sera reconnaissante à la page de nous offrir tout un lot de synonymes qui sont pour certains bien connus et pour d'autres vachement moins :

  • anandryne (Littéraire)
  • brouteuse (Vulgaire)
  • camionneuse (Familier)
  • chipette (Familier)
  • gavousse (Vulgaire)
  • gomorrhéenne (Désuet)
  • goudou (Vulgaire)
  • gougnote (Vulgaire)
  • gouine (Vulgaire)
  • gousse (Vulgaire)
  • fricatrice (Argot)(Désuet)
  • lesbiche (Familier)
  • saphiste (Littéraire)
  • tribade (Désuet)

Même chose, globalement, pour un dictionnaire pas «wiki», Lexilogos :

B. − Subst. fém. P. réf. aux mœurs de la poétesse... Femme homosexuelle.

(Techniquement, lesbienne peut aussi être un substantif butch et pas seulement un substantif fem, mais peu importe.)

Sur AlterHéros, on reste dans le même genre de définitions :

Lesbienne : désigne une femme qui éprouve de l’affection et de l’attirance, tant émotionnelle que physique, pour les femmes.

Bref, on l'aura compris, une lesbienne est une femme qui aime les femmes. Facile, pas de quoi passer une heure sur le sujet

Lesbiennes et féminisme

Certaines féministes lesbiennes ont peut-être plus à dire sur le sujet, tout de même. Difficile dans le domaine de ne pas citer Monique Wittig, qui, dans La pensée straight, écrivait :

Il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s'associent, font l'amour avec des femmes car la femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.

Sans chercher à rouvrir le débat sur le sujet, il me semble en tout cas que, se plaçant en dehors du système hétérosexuel, en «transfuge», les lesbiennes ne subissent pas le sexisme exactement de la même manière que les femmes hétérosexuelles.

Pourtant j'ai l'impression que, bien souvent, le féminisme «standard» ou dominant a tendance à considérer que les lesbiennes, qui représentent pourtant des forces non négligeables dans les rangs du féminisme, sont là uniquement parce qu'elles sont femmes - même lorsqu'elles revendiquent de ne pas en être - et ignore les spécificités concernant la façon dont l'oppression sexiste s'applique aux lesbiennes.

Invisibilité lesbienne et tolérance

Il faut dire que les lesbiennes sont une espèce de super-héros assez particulière, puisqu'elles ont un pouvoir d'invisibilité. Prenez deux nanas qui s'embrassent : elles font sans doute ça pour exciter les mecs, pour provoquer. Il n'est pas envisageable qu'elles fassent ça simplement parce qu'elles sont lesbiennes, évidemment.

C'est assez compréhensible, étant donné que la sexualité féminine est elle-même pour ainsi dire inexistante dans la vision de la société patriarcable, et se réduit en général à faire plaisir au mec.

Que deux filles puissent se passer d'un garçon, voilà qui est horrible.

Et évidemment, si elles le font, c'est sans doute parce qu'elles n'ont pas «encore connu le bon».

Et le pire, c'est qu'il y en a après pour expliquer à quel point nous autres les lesbiennes, on a de la chance, on est acceptées : les mecs hétéros sont pas dégoûtés par deux filles qui s'embrassent comme ils peuvent l'être par deux mecs, et puis, la preuve que c'est accepté, il y a plein de porno avec deux filles qui couchent ensemble.

Enfin, qui couchent ensemble jusqu'à ce que le mec bien membré arrive, pour leur permettre de passer aux choses sérieuses, faut pas déconner.

Bref, les lesbiennes de fantasme sont acceptées tant qu'elles servent d'objet de fantasme aux mecs hétéros. Les lesbiennes réelles qui, elles, étant justement lesbiennes, n'ont pas spécialement envie de servir d'objets de fantasme à des mecs, sont bizarrement beaucoup moins bien tolérées. Allez comprendre.

Et dans le domaine des lesbiennes tolérées, il vaut mieux, en plus d'aimer coucher avec les mecs, ne pas trop ressembler à une sale gouine. C'est-à-dire, être raisonnablement féminine, ne pas avoir de poils aux pattes, le crâne rasé, etc. Bref, ne pas ressembler à une vilaine butch, à l'hommasse, qui n'est décidément pas une femme très respectable (et ne se définit peut-être même pas comme femme, c'est dire).

Lesbianisme et transidentité

Et comme je suis aussi une sale trans qui ne peut pas m'empêcher de vouloir coller la lettre T un peu partout, je trouve intéressant de relever un peu les particularités qu'il peut y avoir à être à la fois trans et lesbienne.

D'abord, il y a toujours une certaine invisibilité, assez logiquement, mais qui se traduit parfois d'une manière assez spécifique, puisque parfois le fait d'être lesbienne vient parfois servir la transphobie : si tu es attirée par les nanas, ça doit être qu'en réalité tu restes un mec. Si on trouve un peu la même logique dans la lesbophobie «classique» (traiter de mec ou d'hommasse une lesbienne, surtout si elle est masculine), le discours me semble quand même, dans le cas des trans, à un autre niveau, puisqu'il est notamment véhiculé par certain·e·s des psys autoproclamé·e·s aptes à dire qui est trans ou pas.

Ensuite, ben, c'est con à dire, mais je trouve pas toujours évident de se sentir «légitime» en tant que lesbienne quand on est trans, surtout quand on est pas opérée. Ça dépend bien évidemment des endroits, des espaces, des milieux, etc., mais, s'il y a de plus en plus une acceptation formelle des trans, par exemple dans les espaces non-mixtes, il n'en reste pas moins qu'entre les remarques réduisant le lesbianisme à des organes génitaux ou à leur absence (quand des lesbiennes hurlent parce qu'il y a la réprésentation d'une bite biologique, et que c'est donc phallocrate, anti-lesbien, etc., c'est dur de se sentir à sa place en tant que gouine trans pas opérée, par exemple) et l'impression parfois que bon, c'est cool qu'il y ait des trans pour militer avec nous, mais on va quand même pas coucher avec, etc. ben c'est pas toujours super évident de se sentir vraiment à sa place.

Bon, après c'est relatif, c'est pas vrai partout, etc., et puis même quand c'est pas génial il suffit en général de remettre les pieds en milieu hétéro pour réaliser qu'en fait c'est pas si mal, mais tout de même.

Conclusion

Et là, normalement, je devrais trouver un moyen de conclure, mais franchement, là, j'ai trop la flemme.

lundi, avril 27 2009

Comment je suis devenue lesbienne (ou : trans et lesbophobie intériorisée)

Dans un billet précédent, j'avais fait une citation de la «féministe» transphobe Sheila Jeffreys, qui disait notamment à propos des trans lesbiennes la chose suivante :

Le lesbianisme a été vu comme une forte détermination à aimer et valoriser des femmes, les citoyennes de seconde classe de la suprématie masculine.

Le transsexuel masculin-vers-féminin-construit qui s'appelle lui-même une lesbienne a un sens très différent pour ce mot. (...) Il n'a pas dépassé la haine de la société envers les lesbiennes pour aimer une autre personne comme lui.

Même si j'ai assez rarement, dans la vraie vie ou sur l'internet francophone[1], rencontré de personnes pour expliquer qu'une trans' restait forcément un homme et ne pouvait pas être lesbienne, j'ai quand même souvent vu l'idée qu'une trans' lesbienne était hétérosexuelle avant sa transition et conservait naturellement son attirance pour les femmes sans vraiment rencontrer de «problème».

Je ne doute pas que cela puisse être le cas pour certaines personnes, mais ce n'est pas mon vécu.

En effet, dans ma prime jeunesse, j'étais attirée par les femmes, ce qui faisait donc techniquement de moi un garçon hétérosexuel ; si l'on compare par rapport à maintenant, où je suis lesbienne, on pourrait considérer que tout est allé facilement et que non seulement mon orientation sexuelle est restée relativement constante au cours de ma vie mais aussi qu'elle n'a jamais été «découragée».

Pourtant, quelques années avant de transitionner, j'ai commencé à me sentir un peu obligée d'être attirée par les garçons. Je pourrais le formuler d'une autre manière, en disant que j'ai pu exprimer une attirance latente ou quelque chose comme ça, mais a posteriori j'ai le sentiment que je me suis quand même gentiment un peu forcée à le faire. Ce qui est assez drôle puisque je n'exprimais pas de désir de transition à l'époque. J'imagine que c'est dû à une volonté de m'écarter du «vrai mec» sans être encore capable d'assumer ce que ça voulait dire pour moi (ou peut-être au fait que j'avais beaucoup de mal à envisager de me servir de ma bite de manière traditionnelle pour un «mec» dans une relation hétérosexuelle, et qu'il était encore plus facile pour moi d'imaginer être passive dans une relation avec un mec que d'être dans une relation avec une fille sans pénétration pénienne) .

Cela colle à peu près au moment où j'ai commencé, sinon à militer activement, à être relativement proche du «milieu» LGBT. Le fait que je me sois plus ou moins sentie «LGBT» sans pour autant formuler à l'époque le fait d'être trans' (ni donc d'être lesbienne, puisque je me considérais encore vaguement comme garçon) a sans doute contribué à me faire estimer que je devais être, par élimination, gay ou bi.

Je ne veux pas dire par là que je n'ai ressenti du désir pour des mecs UNIQUEMENT parce que je me sentais «obligée» de le faire (je ne suis pas sûre que ça aurait marché) ; simplement, le fait est que j'ai ressenti que je DEVAIS être attirée par des hommes, et même si c'est à un moment où je ne m'identifiais pas formellement comme «elle» (quoique ça doit correspondre à la période où j'ai commencé à utiliser des pseudos féminins sur Internet), je pense que ce n'est pas sans lien avec une certaine intériorisation de la norme hétérosexuelle et de la lesbophobie.

Évidemment, cette pression a augmenté quand j'ai commencé ma transition. Non seulement il n'était pas concevable que je sorte à un psy que j'étais plutôt attirée par les femmes, mais cela ne se limitait pas à ça : exprimer une attirance pour tel ou tel acteur, tels joueurs de foot (oui, bon, hein) en compagnie des copines hétéros était une façon de faire «valider» mon genre féminin.

Je ne pense absolument pas que ces copines en question auraient arrêté de me considérer comme «elle» si j'avais dit que j'étais attirée par telle ou telle fille ; mais on vit dans un système hétérosexiste et il est facile d'intérioriser la norme pour «s'intégrer». En effet, la norme hétérosexuelle fait qu'on est aussi en partie définie comme homme ou femme si on est dans une relation avec une personne de l'autre genre. En ce sens, à un moment donné, vouloir être avec un mec, c'était aussi, d'une certaine manière, pouvoir me sentir «femme».

Mais l'intériorisation de l'hétérosexisme et de la lesbophobie sont allées plus loin que favoriser mon attirance pour les hommes : il s'agissait aussi de considérer une relation avec une femme comme impossible. Comment aurait-on pu coucher ensemble ? Si je n'avais aucun mal à imaginer que des lesbiennes, entre elles, puissent coucher ensemble et faire plein de choses, je n'arrivais pas vraiment à me projeter dans une telle relation. Le fait que j'étais trans', sans envie de me faire opérer, compliquait encore les choses : comment une lesbienne pourrait-elle vouloir toucher une bite bio ? Comment est-ce que j'aurais pu me dire lesbienne en n'étant pas, justement, dégoutée moi-même par cette bite ? Et bien sur, vouloir être avec une fille jetait des doutes supplémentaires sur le bien-fondé de ma transition, qui n'avait pourtant pas besoin de ça pour être suspecte.

Bizarrement, ce qui m'a poussée au final à franchir le pas et à me définir lesbienne n'est pas tant l'aspect sexualité que le reste, que ce soit d'une part dans une idée de lutte féministe mais aussi d'autre part dans une certaine expression de genre, parce qu'en un sens, «les lesbiennes ne sont pas des femmes», et qu'être lesbienne était à un moment donné une façon d'échapper au modèle de «la femme» qui s'imposait plus ou moins à moi depuis que j'avais quitté la catégorie «homme». Et puis bien sûr, côtoyer des groupes de lesbiennes féministes m'a aussi permis de lever une bonne partie de la lesbophobie que j'avais pu intérioriser.

Bref, aujourd'hui tout va relativement bien, en tout cas pour ce qui est de me définir[2] (pour ce qui est de pratiques concrètes, après, c'est autre chose), mais tout ça pour dire que s'assumer comme lesbienne quand on est trans' n'est pas forcément aussi évident que ça peut le paraître à première vue (en tout cas pour moi ça ne l'a pas été, après il y a sans doute des personnes pour qui ça a été complètement différent).

Notes

[1] En anglais, par contre...

[2] Enfin, sauf dans les moments où je pense que je vais détransitionner pour devenir pédé, évidemment.

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