Vernis & Sécateur

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jeudi, février 2 2012

Sur le choix

Je ne sais pas si vous suivez Yagg ou d'autres médias LGBT, mais si c'est le cas, vous êtes peut-être au courant de cette information capitale : Cynthia Nixon, qui avait déclaré être lesbienne par choix, est revenue dans la doxe LGBT. Ouf, ce n'est pas un choix, ouf, en fait elle est bi, ouf, j'ai pas tout suivi, mais apparemment ça va mieux.

Ouais, on n'en a rien à caguer, mais ça me questionne toujours cette discussion sur le «choix». Comme si, en disant qu'on fait le choix de quelque chose comne ça (être homo, être trans...), c'était absolument pas bien et dramatique, parce que, quelque part, il fallait l'excuse de «c'est pas ma faute». Et puis, comme si le «choix» c'était quelque chose de complétement tranché entre «je choisis absolument sans aucune pression parmi tout ce qui est possible et en me basant sur rien de mon vécu, de mon environnement, etc.» ou «je ne choisis absolument rien».

Ce qui est drôle, c'est qu'on ne se pose pas ce genre de questions pour d'autres sujets. Par exemple, en ce moment, j'ai fait le choix de passer mon temps à regarder la série télé «The Wire».C'est un choix, non ? Sauf qu'on pourrait tout aussi bien dire que ce n'est jamais que le fruit d'un parcours de vie qui a construit mes goûts de telle ou telle manière, de mon côté feignant qui fait que je passe mon temps à glander, et de concours de circonstances qui font que mon coloc les a en DVD et que l'attaque du FBI sur Megavideo a compliqué mes perspectives de regarder les autres séries que je voulais voir. Du coup, patatra, ce n'est pas du tout un choix, en fait, juste les aléas de la vie.

Ou alors, quand je «choisis» un pantalon à C&A : d'un côté, c'est un choix, mais de l'autre on pourrait dire que ce choix provient directement de mon identité de Butch, que je n'ai évidemment pas pu «choisir», cela va sans dire, vu qu'alors, ce serait «ma faute». Peut-être qu'il faudrait que je fasse gaffe quand je dis que j'ai choisi de prendre un pantalon, du coup, si je ne veux pas subir un procès de Moscou par la communauté LGTeuBé.

Tiens, sur le choix, il y a cette petite phrase que j'aime bien, même si elle vient d'un keuf, le commissaire Adamsberg des romans de Fred Vargas, (L'armée furieuse en l'occurrence) :

On connaît toujours sa décision bien avant de la prendre. Depuis le tout début en fait.

Des fois, je trouve que ça correspond assez à des choix que j'ai eu l'impression de faire à un moment donné, alors que, quelque part, je les avais déjà fait avant, en un certain sens. Ou peut-être que ce n'était pas un choix, évidemment.

D'un point de vue purement physique, de toute façon, le «choix» n'est jamais que le résultat de l'activité de milliards de neurones, activité qui est déterministe puisque dépendant de lois de la physique basiques. Du coup, le «choix» peut-il tout simplement exister ? Question qui relève sans doute de la philosophie de comptoir, ou peut-être de la physique quantique de comptoir, parce que celle-ci introduit justement une dose de non-déterminisme dans les lois de la physique qui pourrait remettre en cause tout cela.

Moralité : être lesbienne peut-il être un choix ? Ça dépend, je suppose, si on estime qu'un neurone est déjà un amas de molécules trop important qui a une décohérence quantique instantanée.

Alors, si vous vous dites que ce billet est tout moisi, eh bien, ma foi, je suis désolée, mais ce n'est pas ma faute, je n'avais pas le choix de l'écrire. Ou alors, peut-être bien que si, mais vous n'aviez qu'à être dans un univers parallèle où je ne l'ai pas fait.

jeudi, juin 23 2011

Quelques exemples de lesbophobie

Des fois, on se fait traiter de «sale gouine» et c'est clair, net et indiscutable que c'est de la lesbophobie[1]. Cependant, bien souvent, ça s'exprime de façon plus subtile, et plein de comportements qui sont en fait lesbophobes ne vont pas être considérés comme tels. Ce dont j'avais envie dans cet article, ce n'était pas de viser l'exhaustivité, mais juste de montrer quelques exemples de lesbophobie «ordinaire», parce qu'autant il est de bon ton de glisser «lesbophobie» ou que «les lesbiennes sont particulièrement opprimées» dans un tract, autant je trouve ça rare qu'on discute vraiment d'en quoi ça consiste.

  • Quand un gars te drague en te demandant «non, mais vraiment, si t'as jamais essayé de coucher avec un mec, comment tu peux savoir que t'aimeras pas ?», c'est de la lesbophobie.
  • Quand des gens parlent «des homos» pour parler uniquement des gays, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand des féministes parlent «des meufs» pour parler uniquement des hétérosexuelles, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on te demande «mais pourquoi tu veux ressembler à un garçon ?» quand t'es butch et que tu veux juste ressembler à une butch, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on te dit «non, mais elle elle ressemble à une hétérosexuelle quand même !» en parlant d'une fem qui ressemble juste à une fem, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on reproche bizarrement toujours aux gouines d'être trop méchantes, trop agressives, trop violentes, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand un gars t'explique «mais moi aussi je suis lesbienne, je suis attiré par les femmes» ou prétend être un «homme lesbien», c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand une nana hétérosexuelle qui n'a des relations qu'avec des mecs se présente comme «simili lesbienne» ou «lesbienne politiquement», c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand tu tiens la main à ta copine et qu'un gars vient se coller entre vous, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand une nana vient te proposer de lui rouler des pelles pour exciter son mec, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on te demande «mais du coup, pourquoi transitionner ?» quand t'es une meuf trans qui annonce qu'elle est lesbienne, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand un mec t'explique que deux meufs qui baisent ensemble, ça l'excite, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on t'explique que les butchs et les fems cherchent à «imiter le couple hétérosexuel» (alors que toute personne sensée sait que c'est l'inverse), c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand des féministes hétéras en quête de respectabilité cherchent absolument à ne pas être associées aux sales lesbiennes, c'est aussi de la lesbophobie ; et quand des lesbiennes en quête d'intégration cherchent absolument à se dissocier des sales camionneuses, c'est toujours de la lesbophobie.
  • Quand on te reproche de «baiser comme un mec» parce que t'aimes bien les godes, c'est aussi de la lesbophobie.
  • Quand on t'explique que les lesbiennes ont la vie vachement plus facile que les gays, c'est aussi de la lesbophobie.

Notes

[1] Et encore, même là, pas toujours pour tout le monde...

mardi, mars 8 2011

Les lesbiennes sont-elles des hétéras comme les autres ?

Aujourd'hui, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, c'est le 8 mars. «Journée de la femme» (blanche, hétérosexuelle, cisgenre, pas pute et pas voilée, suffisamment riche pour pouvoir se payer la dernière crème de beauté de luxe et suffisamment mince pour rentrer dans la jupe taille 38 en promo) dans le pire des cas, «Journée internationale de lutte pour les droits des femmes» dans le meilleur.

Du coup, ça me donnait envie de revenir sur la façon dont sont intégrées les gouines dans le féminisme «unitaire».

La plupart du temps, on en parle, un peu, et j'ai l'impression pour avoir lu pas mal de tracts ces dernières années (mais pas celle-ci, j'avoue, peut-être que cette année c'est génial), que c'est essentiellement des deux façons suivantes :

  • les slogans du genre «une lesbienne agressée, c'est toutes les femmes qui sont attaquées» ;
  • une ou deux petites phrases dans le tract de la forme : «les lesbiennes souffrent d'une double oppression, parce qu'elles sont femmes et parce qu'elles sont homosexuelles».

Je ne m'étendrai pas trop sur la première, parce que je ne vois pas trop quoi dire à part «en fait, non». Je veux dire, je trouve ça chouette qu'il y ait de la solidarité des hétéras envers les gouines, mais faire comme si chaque oppression touchait la terre entière, il me semble que c'est encore le meilleur moyen de les invisibiliser et de faire comme si il n'y avait pas des rapports de domination, et ça me gonfle qu'on puisse jamais parler des rapports d'oppressions entre hétéras et gouines.

Je suis plus ambivalente sur le deuxième type de phrase («les lesbiennes souffrent d'une double oppression»), parce qu'effectivement ça visibilise quand même une oppression, mais en même temps ça me paraît vraiment simpliste : par exemple en tant que gouine on subit a priori pas la même oppression qu'une hétéra dans les relations intimes avec les mecs. Par ailleurs j'ai l'impression que ça revient à considérer que c'est deux oppressions qui «s'additionent» alors que ça me paraît beaucoup plus complexe et pas évident de séparer les deux. Quand t'es gouine et que tu te fais draguer par un mec relou, y'a une part de sexisme évidemment, mais est-ce que le fait qu'il te réassigne comme une hétéra n'est pas aussi un truc lesbophobe ? Quand un type te sort «ah mais tu veux ressembler à un mec» est-ce que c'est juste parce que tu es «femme» et «homosexuelle» ou parce que t'as une expression de genre qui est pas juste liée à tes préférences sexuelles, mais aussi à une forme de culture communautaire ?

En fait je crois que ce qui m'énerve c'est pas tant que ce soit super résumé dans la phrase d'un tract, mais qu'il y ait jamais de discussion sur le fait qu'être gouine c'est pas tout à fait «être hétéra et subir de l'homophobie en plus», que par ailleurs les trucs qui ne concernent que les gouines vont être vus comme «spécifiques», alors que les trucs qui ne concernent que les hétéras vont être considérés comme concernant toutes les femmes.

Ce qui renvoie à la fameuse phrase : «les lesbiennes ne sont pas des femmes», mais alors s'il faut commencer à expliquer qu'il y a des gouines qui ne se considèrent pas femme... ben alors peut-être qu'on pourrait continuer en parlant des différentes identités gouines, des différences entre subir de la lesbophobie quand t'es Butch ou quand t'es Fem, ou autre chose, de comment gérer quand t'es trans en plus, de la différence entre la lesbophobie claire et peu nuancée du connard de rue et celle plus subtile de certaines féministes hétéras, et en fait je pense que ça serait chouette, (Et, d'ailleurs, quand ça se fait effectivement, c'est chouette, même si ça donne pas forcément des tracts qui peuvent être signés par le Parti Socialiste.)

En attendant, j'ai bien peur que dans les trucs «super unitaires», quels qu'ils soient, on se contente de mettre une petite phrase sur les lesbiennes de temps à autre et de les considérer, finalement, comme des hétéras comme les autres.

mardi, février 22 2011

Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 2)

(Encore un billet narcissique, désolée, mais c'est moins cher de bloguer que d'aller chez un psy)

Si la première partie de cette réflexion parlait pas mal d'Alys et de comment écrire avec un tel personnage m'avait aidée à envisager puis à assumer une transition, cette seconde partie sera plus centrée sur la butchitude, par le biais d'un autre de mes personnages : Lev.

Bon, après je ne sais pas si ça mérite vraiment un billet, vu que pour voir comment Lev a une mauvaise influence sur moi, il suffit de regarder son blog, mais j'avais envie de détailler un peu quand même.

À la base, Lev ne devait vraiment pas être un personnage principal, c'était juste une sorte de gouine connasse transphobe à l'allure de nazie qu'Alys était supposée croiser, et j'avais juste prévu une sorte de «mini-nouvelle» pas très sérieuse avec elle.

Et puis très rapidement je me suis rendue compte que ça me faisait vachement plus triper d'écrire avec le point de vue de Lev que celui d'Alys, parce que certes c'est un peu une connasse transphobe à l'allure de nazie, mais qu'elle a quand même trop la classe. Du coup, Lev est devenue une gouine connasse transphobe mélangée à Hellboy, et c'est là que je me suis rendue compte que j'avais rêvé d'écrire ça toute ma vie.

D'un point de vue «écriture», à la fois parce que la narration à la première personne de manière très «orale» s'est révélée marcher beaucoup mieux pour ce que je voulais faire, et aussi parce que dans les essais précédents de romans que j'avais essayé d'écrire avec Alys, il n'y avait pas du tout cette dynamique entre les deux personnages et que du coup c'était chiant. Par ailleurs, Lev étant une grosse bourrine, ça permettait d'introduire des scènes d'action de façon beaucoup plus fun en assumant un côté «série B» et, bon, voilà, faut l'avouer, j'arrive plus à me motiver pour écrire un truc comme ça.

D'un point de vue «identitaire», ce qui est drôle c'est qu'au départ Lev était vraiment le personnage auquel je ne m'identifiais pas du tout, et que je m'y suis attachée super vite et et que très rapidement j'ai commencé à me dire «ben ouais, en fait moi aussi je pourrais être un peu comme ça» sur l'identité de butch. Après je ne pense pas que ce soit l'écriture d'un roman à lui seul qui m'a permise de construire une identité butch, ça a été aussi plein de rencontres, des lectures, des discussions, etc., mais au final je pense que le fait de pouvoir se projeter dans un personnage aide à pouvoir se construire dans un truc qu'on vit pas encore actuellement[1].

(Bon, après on me fera remarquer que je n'étais pas obligée de finir transphobe pour autant, mais c'est un autre débat. Pis merde, j'ai des ami·e·s trans, alors faites pas chier.)

Un autre aspect que j'ai trouvé vachement «powerful» en écrivant le personnage de Lev, c'est que c'était la première fois que je me permettais de mettre comme héroïne d'une histoire une meuf qui est ouvertement grosse, et c'est là bizarrement que j'ai réalisé que toutes les meufs classes à qui j'avais pu m'identifier (ou simplement faire «ouaaah elle est trop classe») dans la fiction avaient toujours, au final, été relativement minces, et que c'est quelque chose que j'avais reproduit dans l'essentiel de mes textes.

Bref, tout ça pour dire qu'écrire de la fiction m'a permise de pouvoir construire ou d'assumer certains aspects de mon identité ; malgré le titre de ces deux billets, je ne pense pas vraiment que «mes personnages ont une mauvaise influence sur moi», mais que pouvoir écrire m'a permis de combler en partie le manque de visibilité de ce genre de personnages dans les «médias» classiques quand je cherchais des personnes à qui m'identifier.

Voilà, et sinon autant j'ai pu, deux ans après, assumer mon côté butch alors que je n'osais pas le faire à l'époque, autant je voudrais rappeler qu'une des autres caractéristiques fondatrices que j'ai «investies» dans Lev parce que je n'arrivais pas à l'assumer socialement, c'est un peu qu'elle a une Harley, et du coup s'il y avait des modestes donatrices pour que je puisse aussi vivre mon identité de motarde plutôt que la fantasmer, ce serait chouette.

(Et sinon, vu qu'on parle de Lev, j'en profite pour dire que le dernier épisode d'Enfants de Mars et de Vénus a maintenant été mis en linge

Notes

[1] Évidemment il y a aussi eu des changements dans l'autre sens, comme le fait que Lev soit quand même moins transphobe et beauf que dans sa première version, qu'elle n'est plus habillée en nazie tout le temps, et qu'elle se met même du vernis sur les ongles, mais bon, c'est un billet «mes personnages ont une mauvaise influence sur moi» pas «si, si, rassurez-vous, en tant qu'autrice j'arrive encore à avoir une vague influence sur mes personnages».

dimanche, octobre 17 2010

En vrac

Violences et BDSM

Un article sur le blog collectif Feministe.us parle en gros des violences (abuse) dans le milieu BDSM et comment lutter contre, en anglais. J'avoue que j'ai un peu survolé mais je trouve ça intéressant comme discussion et qu'elle permet de sortir du débat «le BDSM c'est forcément de la violence en soi» versus «chez les BDSM on est que des bisounours avec respect du consentement».

Études en anglais

Existrans

Samedi 23 octobre, à 14h, à Paris, au métro Barbès aura lieu l'Existrans, la marche des trans et des interesexuéEs. Communiqués et revendications sont disponibles sur le site.

Mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement

Et sinon toujours le 23 octobre, mais aussi le 24, et toujours à Paris, il y aura aussi le colloque «Mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement» organisé par la Coordination Lesbienne de France.

Le mot de la fin

Enfin, parce que des fois je me dis que sur Internet, il ne faut jamais lire les commentaires sur les journaux en ligne, mais que des fois il y en a du lourd qui devient finalement drôle, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager la prose d'un connard du web à propos des lesbiennes :

Ce que je vois c'est les lesbiennes sont souvent des chieuses revendicatives de n'importe quoi là où les homos hommes se posent moins de question existentielles sans intérêts... Dans un bar gay, t'es accueilli comme quelqu'un qui veut boire un coup, dans un bar lesbien, tu te sens un peu efféminé face aux clones de membres de la waffen SS en goguette qui te matent comme si t'étais bon pour la casserole...

Je concluerai donc sur une citation d'Etna, un personnage du jeu vidéo Disgaea (on a les références qu'on peut) :

Ahhh... The whining of a sore loser. It's music to my ears.

mercredi, août 11 2010

Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 1)

J'avais un peu envie de reparler de choses plus lié à l'écriture sur ce blog, vu que j'ai moins pris le temps d'y mettre des (extraits de) nouvelles depuis le lancement d'Enfants de Mars et de Vénus. J'avais notamment envie d'aborder le sujet de mon rapport à mes personnages, à la fois de manière générale, et aussi en particulier en prenant quelques personnages en exemple.

D'abord, je pense qu'il y a un postulat qui me semble partagé par beaucoup de gens, c'est que la plupart des auteur·e·s mettent une part d'eux·elles même dans leurs personnages ; parfois de manière directe et évidente, et parfois de manière plus détournée (par exemple avec un personnage qui peut être l'antithèse de l'auteur·e mais qui de fait reflète aussi ce qu'est l'auteur·e).

Évidemment, c'est un truc que je fais aussi (comme, je suppose, à peu près tou·te·s les personnes qui créent des personnages de fiction), à la fois de façon consciente et inconsciente. Et du coup, le fait de mettre des trucs de manière un peu inconsciente, sans me rendre compte que ça correspond à un truc qui m'est propre, ça fait que des fois des personnages peuvent avancer des choses bien avant que moi je n'ose le formuler.

Et du coup je trouve que dans mon cas (c'est à dire en tant que gouine trans qui écrivait des fictions avant de me rendre compte que j'étais gouine ou trans) c'est intéressant de lier ça à la thématique placard, parce que je me rends compte qu'à la fois pour ce qui est du placard gouine ou du placard trans, mes personnages étaient «out» bien plus tôt que moi.

L'exemple le plus flagrant de ça c'est sans doute Alys, qui est un personnage qui a pas mal évolué mais dont j'ai globalement eu l'idée à l'origine en 2004 et qui a pris à peu près la forme qu'on lui connaît actuellement (c'est-à-dire celle d'une transgirl blonde avec rangers (aux lacets rouges) et bas résille, avec un côté que je qualifierais de «pseudo-sorcière bourrine»), quoique avec une orthographe légèrement différente (à l'époque c'était «Alysse») début 2006.

Ce qui est intéressant, c'est qu'à cette époque là, même si je commençais à poser le mot «trans» pour parler de moi, j'étais encore complètement dans le placard et je ne pensais pas vraiment que je ferais une transition un jour.

Un an plus tard, j'avais à peu près le même look que mon personnage (en tout cas quand je le pouvais), sauf pour la couleur des cheveux et la taille XXL, et ça m'a amenée des fois à plaisanter en disant qu'elle avait eu une mauvaise influence sur moi.

Évidemment c'est plutôt que j'avais osé mettre dans de la fiction ce que je n'osais pas encore affirmer dans la vie réelle, et écrire des textes avec Alys m'a sans doute aidée à m'affirmer, ou en tout cas à imaginer que ça pouvait être possible. À un moment elle était clairement pour moi un modèle positif de meuf trans que je n'avais pas vraiment réussi à trouver ailleurs dans la fiction.

Mon seul regret, c'est que du coup je n'ai jamais osé[1] prendre pour moi le prénom que je lui avais filé, alors que je l'aimais bien. Mais bon, Ellie c'est pas si mal non plus, finalement.

Notes

[1] J'ai toujours eu peur que commencer à me faire appeler pareil qu'un personnage (important) qui figurait dans ce que j'écrivais, ne m'entraine forcément dans une sorte de confusion entre réel et réalité où je croirais vivre dans mes propres fantasmes. On peut se dire que je n'ai pas une grande confiance dans ma santé mentale, mais le pire c'est que des fois je me demande si ce n'est pas déjà le cas...

jeudi, juin 17 2010

Relations avec ma grosseur

Voilà quelques réflexions en vrac sur la façon dont le fait que je sois grosse interagit avec d'autres aspects de ma vie, notamment le fait d'être une meuf, d'être gouine, d'être trans, etc. Ça n'a pas pour but d'énoncer des généralités, juste de dire comment, moi, je le vis...

Grosseur et... fringues

C'est peut-être parce que je suis une fashion-victim, mais je crois que c'est le truc qui me fait le plus chier en étant grosse : l'incapacité de trouver des fringues qui :

  1. sont à ma taille ;
  2. me plaisent.

Ça m'arrive hyper souvent de tomber sur des fringues que je kifferais trop d'avoir et 95 fois sur cent elles ne sont pas disponibles à ma taille, et c'est hyper frustrant.

Bien sûr, il y a des rayons grande taille, mais bizarrement on ne retrouve plus les fringues aussi sexy ou mignonnes que dans les autres rayons, mais plutôt des jupes longues dont le but avouer est d'«amincir», des tee-shirts amples qui «cachent les formes», etc. Et même si j'aime aussi les jupes longues et les trucs larges, ça me fait super chier de voir que mon choix est limité parce que les fabriquants de fringues estiment que je ne suis pas censée montrer mon corps.

Accessoirement, comme ça m'arrive aussi pas mal de fois d'aller regarder les fringues dans les rayons «homme», je ne peux pas m'empêcher de remarquer que chez les mecs il n'y a pas tout à fait le même clivage que chez les nanas. Je n'irais pas prétendre que pour les mecs qui sont gros c'est hyper facile de trouver des fringues sympas, mais j'ai tout de même l'impression que globalement le type de fringues qu'on voit dans le rayon «grande tailles» masculin reste à peu près le même genre de fringues qu'on va retrouver dans les autres rayons masculins et qu'il n'y a pas la même espèce de dichotomie «pour filles sexables/pour moches» qu'au rayon féminin.

Grosseur et... bouffe

Il y a un truc avec lequel j'ai un peu du mal dans certaines revendications de «fat acceptance» et tout ça, c'est les discous qui disent grosso-modo : «on peut être gros·se tout en mangeant de manière saine et en étant en bonne santé».

Ce n'est pas que je sois en désaccord avec cette phrase, je pense que c'est vrai, le truc qui me gêne c'est que du coup je ressens un peu en clivage entre «bon·ne·s gros·se·s dont ce n'est pas la faute» et «mauvais·es gros·se·s qui l'ont bien cherché à se bâfrer».

Parce qu'en fait, il faut être honnête, perso, je suis quand même une super adepte de la junk food, j'aime bien les pâtisseries et le sucré, ça m'arrive souvent de me prendre des kebabs, bref l'alimentation équilibrée et moi ça fait clairement deux. Et en fait c'est pas quelque chose dont je pense que je devrais avoir particulièrement honte et qui ferait que ma grosseur serait moins acceptable que celle d'une personne qui mange équilibré, végétarien, etc.

Grosseur et... pornographie

Je crois que, globalement, j'ai du mal avec le porno, y compris ses incarnations «queers», «lesbiens» et tout ça.

Et j'aimerais bien me dire que c'est juste parce que je n'aime pas le porno, que ce n'est pas fait pour moi, et voilà (même si déjà ça dans certains milieux je trouve que ce n'est pas évident à dire).

Sauf que je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que ce n'est pas mon truc, mais aussi parce que c'est présenté comme un truc vaguement «empowerant» (je parle d'un certain porno alternatif, hein, pas du porno industriel hétéro) où on est censée, pour une fois, être représentée.

Sauf que bon, en tant que gouine trans et grosse, ben j'ai quand même du mal à ne pas me dire que pour pouvoir vraiment être représentée, il faudrait que je sois vachement plus cisgenre et beaucoup plus mince...

Grosseur et... auto-défense

C'est con à dire, mais dans les rares cas où je me suis retrouvée face à de la confrontation physique (notamment au cours de l'agression que j'avais relatée récemment, mais aussi dans des cas où deux mecs voulaient m'empêcher de sortir du métro ou une autre fois où ça avait failli partir en baston avec un mec), j'ai eu l'impression qu'être grosse n'avait pas que des inconvénients, ne serait-ce que parce que quand il s'agit de passer alors que quelqu'un bloque le passage, ou encore de ne pas se casser la gueule quand quelqu'un te pousse, ben y'a l'inertie qui fait que les dizaines de kilos en trop ne sont pas forcément un point négatif.

Après ça n'a pas que des points positifs non plus, et par exemple j'aurais plus de mal à m'enfuire en courant, parce que ben voilà, je n'ai jamais été capable de courir vite et encore moins longtemps, et du coup je sais très bien que si un mec m'en veut vraiment il va me rattraper.

Cela dit, voilà, globalement j'ai l'impression que jusque là dans les agressions que j'ai vécu mes kilos en trop m'ont plutôt aidée à ne pas trop mal m'en tirer.

Par contre pour avoir participé de près ou de loin à des ateliers d'auto-défense féministes, je sais que le fait d'être grosse ne m'aide vraiment pas à me sentir bien dans ces espaces (lorsqu'il s'agit de pratique physique et pas de mises en situation verbales, en tout cas) parce que même quand c'est des potes que je connais et qui sont super cools, ben ça me renvoie à des trucs genre cours de sport où je me sentais hyper exclue.

Et je sais que j'en étais venue à me dire que ce qui me ferait le plus de bien, c'est pas ce genre d'ateliers en non-mixité meufs, ni en non-mixité gouines, ni en non-mixité trans, mais au final en non-mixité grosses.

Grosseur et... écriture

Je pense que je vais faire un billet plus détaillé sur mon rapport avec mes personnages dans l'écriture et les thèmes que j'y mets, mais je toruve quand même intéressant de noter que ma première protagoniste ouvertement trans, j'en ai eu l'idée environ 2 ans avant de démarrer une transition. De la même manière, j'ai créé ma première protagoniste lesbienne environ 4 ans avant de me considérer comme telle.

Tout ça pour dire que j'ai souvent mis dans l'écriture des choses que je n'assumais pas encore publiquement et que je n'acceptais pas encore tout à fait.

Par contre, ma première protagoniste grosse, je crois vraiment que ça date de l'année dernière avec Lev d'Enfants de Mars et de Vénus, soit environ 20 ans après avoir commencé à être grosse.

lundi, mai 31 2010

Manif de nuit de Lille : bilan perso...

Voilà, samedi dernier s'est tenue la manif de nuit dont je vous avais déjà parlé sur ce blog à deux reprises.

Alors on est parties à une petite centaine de meufs, direction le vieux Lille, derrière la banderole "Marchons la nuit pour ne plus jamais nous faire marcher dessus". On avait plein de jolies pancartes avec des slogans sympas :

  • la nuit nous appartient !
  • dans "non" c'est quoi que tu comprends pas?
  • pourquoi les couples hétéros cherchent-ils à imiter les couples butch-fem ?
  • le féminisme n'a jamais tué personne, on s'y met quand ?
  • riot, not diet
  • XX ? XY ? Je suis une fille XXL !
  • Mère si je veux, mère comme je veux !
  • Nique ton père le patriarche
  • Exotique toi-même !
  • lesbienne radicale contre l'ordre morale
  • Etc. etc.

Ambiance super sympa malgré le temps un peu pourri. Quelques réactions pourries de connards machos sur notre chemin mais une façon de répondre vachement collective et «enpouvoirante» comme on dit, puisqu'on leur répondait en général à grand coups de slogans bien sentis. On notera d'ailleurs que le macho de base ne trouve le courage d'attaquer les méchantes féministes que dans une des conditions suivantes :

  • être accompagné d'au moins quatre de ses pairs
  • être dans une voiture
  • être depuis sa fenêtre du deuxième étage

Donc bref c'était hyper cool, avec à la fois un côté se réapproprier la nuit, se rendre compte que youhou les connards on pouvait les envoyer chier et qu'on avait pas à fermer nos geules et tout ça.

Sauf qu'au bout de trois rues, en arrivant à Rihour, des flics nous ont encerclées et empêchées de continuer plus loin. On est restées bloquées une bonne demi heure sous la pluie battante, ce qui était moyennement sympa. On a aussi eu droit aux reflexions sexistes/lesbophobes/transphobes de la police nationale (police patriarcale, rappelons-le). Finalement on a fini par se disperser non sans avoir gueulé quelques slogans en retour, dont notamment (quand on a vu débarquer une demi-douzaine de camions de flics) : «moins de camions, plus de camionneuses», qui n'a pas vraiment plu aux messieurs en uniforme qui apparemment n'aime pas les camionneuses (ce qui prouve, s'il le fallait encore, que le policier de base, en plus d'être au service de l'hétéropatriarcapitalisme, n'a pas de goût).

Donc voilà, c'était bien parti mais du coup ça a été très court à cause de nos «amis» de la police....qui nous ont en plus empêchées de repartir avec nos belles pancartes, qu'on a dû poser sur la place et les laisser livrées seules face à la pluie battante qui les dissolvait lentement. Snif...

Heureusement on s'est ensuite retrouvées pour une after qui était super cool et il y a quand même des chances (enfin j'espère) qu'on remette ça dans pas trop longtemps et qu'on refera vite des pancartes encore plus belles... et rebelles.

dimanche, mai 9 2010

Manif féministe de nuit à Lille le 29 mai

Youpi, voici le tract pour la manif féministe de nuit qui aura lieu à Lille le 29 mai que je ne peux m'empêcher de vous copier/coller (un tract au format Word est aussi disponible sur le site d'Indymedia)


MANIF DE NUIT FEMINISTE NON-MIXTE FEMMES, LESBIENNES, GOUINES, BISEXUELLES, ASEXUELLES, HETEROSEXUELLES, PANSEXUELLES (QUE NOUS SOYONS TRANS OU CISGENRES)

RENDEZ-VOUS LE SAMEDI 29 MAI 2010 A 21H DEVANT L’OPERA DE LILLE

Nous sommes diverses, multiples et mouvantes.

Nous sommes des féministes, femmes, lesbiennes, gouines, et/ou transgirls …

Nous sommes bisexuelles, hétérosexuelles, autosexuelles, asexuelles, homosexuelles…

Nous sommes précaires, pauvres, salariées, sans-papières, ouvrières, étudiantes, chômeuses, femmes au foyer, travailleuses du sexe, mères célibataires, organisées ou isolées…

Nous sommes noires, blanches, métisses, asiatiques, arabes, latinas, berbères…

Nous sommes grosses, maigres, fortes, minces, rondes, poilues, rasées, plates ou à gros seins, à cheveux longs ou crâne rasé, avec crête de punk ou raie sur le côté, avec un voile, une casquette ou un chapeau…

Nous aimons les mini-jupes et les caleçons, les baggys et les talons, les grosses godasses et les tops à paillettes…

Nous sommes jeunes, vieilles, avec handicap ou pas pour l’instant… Nous sommes féministes tant qu’il le faudra !

La nuit nous appartient !

En tant que personnes catégorisées femmes, nous sommes en permanence matraquées par des règles de conduites qui restreignent nos libertés : « Ne sors pas toute seule le soir », « Ne mets pas de mini-jupe, c’est de la provocation » ou encore « Fais-toi raccompagner par un homme ». Ces injonctions conditionnent nos agissements et ne nous donnent pas d’outils pour nous défendre. Et si on ne suit pas ces règles, on a encore plus peur, on est culpabilisées et rappelées à l’ordre.

La peur entretenue de la nuit fait de l’ombre aux violences de la journée. NON, les violences n’ont pas d’heure et elles sont partout : dans les maisons, dans la rue, au travail… En effet, les femmes sont majoritairement agressées par des hommes qu’elles connaissent (conjoint, collègue, voisin, patron, oncle, père…) dans un lieu qui leur est familier. Cependant, l’espace public reste majoritairement - voire exclusivement - le territoire des hommes, d’autant plus la nuit.

Pour les personnes catégorisées comme femmes, la rue est un espace où l’on est en permanence considérées comme disponibles sexuellement ; un espace de harcèlements, de reluquages, d’attouchements sexuels, d’injures, de sifflements et de peur des agressions masculines (qu’elles soient physiques, verbales, sexuelles, psychologiques).

Pour exprimer notre force et notre parole en autonomie par rapport aux mecs, cette manifestation est organisée entre féministes, femmes, filles, lesbiennes, gouines et/ou transgirls ; celles qui en ont marre de se faire mater comme un bout de viande ou d’être considérées comme des poupées gonflables, celles qui vivent dans la rue ou y travaillent, celles qui veulent embrasser leur copine dans le bus, celles à qui on dit qu’elles se sont trompées de chiottes, celles qui sont racisées et exotisées, celles qui en ont marre des mains au cul, celles qui veulent boire un coup sans se faire draguer… Cette manifestation est pour toutes celles qui reconnaissent des petits bouts de leurs vies dans ces violences et cette oppression.

Marre du contrôle de nos corps et de nos vies ! Marre de se prendre des claques dans la gueule (au propre comme au figuré) ! Marre d’être de la chair à viol ! Nous voulons que nos corps nous appartiennent enfin !
  • Parce qu’il n’est pas normal que nous ayons peur quand nous marchons seules la nuit.
  • Parce qu’on en a marre de ne croiser que des mecs dans la rue, les gares, les métros… après 23h
  • Parce que nos corps ne nous appartiennent toujours pas
  • Parce qu’on nous impose le modèle hétérosexuel et que toute autre sexualité est diabolisée ou invisibilisée
  • Parce que les canons de beauté qu’on nous impose (pubs, journaux, films, télé…) sont fixés par et pour les hommes.
  • Parce que les violences conjugales et intrafamiliales sont la première cause de mortalité et d’invalidité des femmes en Europe
  • Parce qu’une femme est violée toutes les 10 minutes ! Et parce qu’en face, la réponse des institutions (quand elles la croient !) n’est que demande de preuves et infantilisation.
  • Parce que ras-le-bol de l’obligation d’être polies, souriantes, douces et aimables.
  • Parce qu’être sans-papières, c’est travailler pour peu ou pas de rémunération et sans la protection du droit du travail.
  • Parce que la situation de semi-clandestinité dans laquelle sont placées les femmes sans-papiers, les empêche de porter plainte en cas d’abus ou d’agressions de peur de l’expulsion et les place à la merci de dominations patriarcale, capitaliste et raciste plus accrues.
  • Parce que parfois les seules sources lumineuses dans la rue sont des pubs de femmes à poil pour vendre du carrelage.
  • Parce que les lesbiennes sont victimes de lesbophobie (agressions physiques, verbales, viols, blagues, invectives, remarques…)
  • Parce que tous les trois jours une personne trans est assassinée dans le monde.
  • Parce que la transphobie n’est même pas reconnue par la loi française
  • Parce que les personnes bi vivent avec l’injonction permanente de choisir leur camp et que la biphobie n’est pas reconnue par les institutions
  • Parce que le caractère lesbophobe ou transphobe de certaines agressions est rarement reconnu ; et que le caractère sexiste des agressions sur les femmes trans est généralement nié
  • Parce que celles qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants vivent avec l’injonction d’en avoir, et parce que celles qui en ont vivent avec l’injonction d’être des "bonnes mères" (douces, entièrement vouées à leurs enfants, devant renoncer à la vie nocturne…)
  • Parce qu’en condamnant le racolage passif, l’État accroît la répression à l’encontre des prostituées et les met encore plus en danger
  • Parce que dans notre société binaire (masculin/féminin) et patriarcale, les dominations masculine et hétérosexiste continuent d’exister même dans les milieux « ouverts d’esprit ».
  • Parce qu’on est censées être baisables mais pas baiseuses.
  • Parce qu’on en a marre d’entendre « alors, vous êtes seules les filles ? » alors que non, on est quatre, « connard ! »
  • Parce qu’on a beau avoir beaucoup d’humour, les remarques, invectives et blagues sexistes ne nous font toujours pas rire !

Ainsi pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes dans la rue aujourd’hui et dans la lutte au quotidien. Nous ne souhaitons pas accéder aux privilèges des hommes mais abolir tous les privilèges et les systèmes de dominations qui les entretiennent ; nous voulons pouvoir nous définir par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Tant que nous ne serons pas considérées comme des individues à part entière, tant que nous serons des citoyennes de seconde zone, tant que nous n’aurons pas notre place dans la rue, tant que notre accès à l’espace public sera soumis à des conditions hétérosexistes, nous ne lâcherons pas l’affaire !

Nous continuerons à nous mobiliser, à investir l’espace, à exiger notre place et à combattre ce système patriarcal, capitaliste, raciste, classiste, binaire et hétéronormé.

ORGANISATION ! RESISTANCE FEMINISTE ! SOLIDARITE ! EMANCIPATION !

Marchons la nuit, pour ne plus jamais nous faire marcher dessus !

jeudi, avril 29 2010

Traitre à son (trans)genre

Dans la série, «je ressors des vieux posts que j'avais pas publiés», en voilà un qui date d'il y a un certain temps, à un moment où je me posais pas mal de questions sur les articulations pas toujours évidentes entre identité trans, identité gouine, identité féministe et tout ça.

À vrai dire j'hésitais un peu à le publier parce que c'est plus tout à fait le sentiment que j'ai à l'heure actuelle et que ça parle pas de certains trucs sur lesquels j'ai pu mettre le doigt depuis et qui participaient au problème (notamment l'instrumentalisation des questions trans et queer par des personnes cisgenres et straights pour dénigrer un féminisme jugé trop radical, qui mériterait un billet à part). Cela dit j'ai décidé de publier ça quand même en me disant que ça pouvait toujours être intéréssant, même si je le trouve super négatif par rapport à ce que je vis actuellement.


Ça fait pas mal de fois, sur Internet, et notamment en commentaires sur des blogs féministes anglo-saxons, que des personnes trans me sortent en réaction à un truc que j'ai dit, quelque chose dans le genre : «on voit bien que t'es cisgenre». Ou un truc comme ça.

Au départ, ça m'amusait, surtout quand c'est à cause d'un quiproquo parce que je maîtrise pas hyper bien l'anglais ou parce que j'ai pas exactement la même vision des choses sur tel ou tel sujet trans. Un peu moins quand je me rends compte après coup que c'est parce que ce que j'ai dit suinte la transphobie intériorisée.

Dans la vraie vie, j'ai moins ce coup-là, parce que d'une part je ne passe pas forcément hyper bien (et le fait de vouloir «passer» pour une meuf cisgenre, en soi, suinte sans doute aussi pas mal la transphobie intériorisée) et d'autre part parce que les personnes me connaissent en général depuis un certain temps et savent que je suis trans.

Par contre, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais dernièrement j'ai quand même eu plusieurs fois l'impression d'un truc un peu similaire : c'est à dire qu'à défaut d'être une vraie gouine cisgenre approuvée©, je suis quand même considérée comme une bonne trans, ou qu'en tout cas j'ai tendance à vouloir me comporter comme tel.

Qu'est-ce qu'une bonne trans ? J'imagine que ça dépend, mais par exemple une nana m'avait expliqué que dans son groupe, qui est non-mixte, les filles trans pouvaient éventuellement envisagées d'être acceptées aux deux conditions suivantes qu'elle posait :

  1. passer à peu près ;
  2. ne pas trop prendre la parole, et en tout cas pas de manière affirmée (elle m'avait clairement expliqué que le fait d'avoir des bases politiques était un point négatif).

Et le verdict plus ou moins non-officiel, c'était que moi ça allait, parce que, en gros, je suis timide, je parle pas fort, et j'ai en général énormément peur de soulever des points dont j'ai peur qu'ils amènent au conflit.

Pour d'autres personnes, être une bonne trans c'est quand même pas mal lié à l'expression de genre. Et là aussi, autant je vais être surper mal vu par des psys, autant, parce que je ne suis pas trop «féminine mainstream», j'ai l'impression d'être plus acceptée dans des milieux plutôt féministes et lesbiens qu'une fille trans très féminine, ou qui a un certain type de féminité, ou plus vieille, etcaetera.

Bref, voilà, même si j'ai plein de trucs qui font que je suis loin d'être la transgirl parfaitement acceptée ni parfaitement acceptable (j'ai pas un méga passing, je suis pas opérée, etcaetera), j'ai quand même l'impression d'avoir accès à un certain degré de privilège que je n'aurais peut-être pas si j'étais plus vieille, si je parlais plus fort, etcaetera.

Accessoirement, dans la plupart des groupes non-mixtes de meufs où je mets les pieds en ce moment, ben même s'ils sont la plupart du temps super cools, en général je suis la seule fille trans. Et encore, je suis pas complètement sûre de vouloir me définir comme trans, et tout ça.

Et en fait, c'est ça qui me pose problème. Je veux dire, j'ai vraiment du mal à savoir si j'ai des questions d'identité qui me sont personnelles mais qui sont complètement légitimes, ou alors si c'est une façon d'intérioriser des trucs et de ne pas vouloir exprimer de «spécificité» trans ?

Et ce qui me fait vraiment chier, c'est quand, même dans ces espaces, sur des petits trucs pas graves, ben j'ose pas dire que ça me fait un peu chier ou que ça me renvoie des trucs pas cools, ou que j'ose pas demander des précisions sur ce que quelqu'une voulait dire, etc. Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et y'a même des chances assez fortes pour que je sois écoutée.

Je veux dire, c'est pas des gros trucs non plus qui me plombent le karma. Juste une succession de petits actes, ou plus exactement de petits non-actes, juste des «ne pas» : ne pas oser poser explicitement la question de comment dire que les gouines trans sont inclues dans un espace non-mixte lesbiennes ; ne pas oser demander si ça le fait de prendre telle brochure en diffusion «non-mixte» parce qu'on a l'impression que le groupe qui l'a éditée était pas trop trans-friendly à la base et me convaincre que, de toute façon, j'en voulais pas vraiment ; ne pas oser dire à une copine que je vis mal le fait qu'elle explique le fait qu'une nana trans soit relou et autoritaire par le fait qu'elle soit trans et que donc c'est forcément un comportement masculin, etc.

Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et parfois c'est elles-mêmes qui l'ouvrent, mais c'est juste que... ben, j'ai vachement de mal. Et parfois y'a juste rien et c'est juste moi qui me fait du mal toute seule à psychoter comme une conne ou à me dire que, même si j'ai beau être acceptée par les copines féministes du coin, ben, fondamentalement, je ne le mérite pas..

Et ça me fait chier autant de transphobie intériorisée, de fantasmer sur le fait que si j'arrive à passer un peu plus et si je change de ville pour trouver un boulot, je pourrais ne pas dire que je suis trans, être complètement stealth[1] et ne plus avoir à gérer ce côté là...

Et en même temps je me sens de moins en moins une identité en tant que «trans», et je vois pas pourquoi je devrais forcément m'imposer d'être hyper parfaite et de ne rien laisser passer.

Bref en ce moment j'ai l'impression que je suis partagée entre une envie de revendications trans et d'aller en profondeur sur des trucs, l'articulation avec le sexisme, la lesbophobie, d'un côté, et une forme de haine de soi et de sentiment d'illégitimité de l'autre,

C'est pas dramatique, mais ça là que je me rends compte que ça me manque vachement de ne pas avoir eu l'occasion de vraiment échanger en profondeur avec des gouines trans féministes impliquées dans les mêmes collectifs que moi et de me sentir un peu... seule, par moment.

Notes

[1] Non, ça ne veut pas dire porter du camouflage en permanence. Même si c'est aussi une tendance de mon côté obscur que je combats.

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