Rangers & Bas résille

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dimanche, février 28 2010

Le(s) mot(s) du jour : Trans, Transgenre & Transsexuel·le

Ça fait un bout de temps que je voulais faire un article sur ces trois mots, et qu'en même temps je repoussais parce que, franchement, c'est un peu un coup à se prendre la tête (ou à se la faire casser par des gens pas d'accord avec les définitions).

Mais là, ce soir, je suis motivée, alors je me lance. Je précise néanmoins que le sens que je mets derrière des mots relève de ma vision personnelle et n'est pas forcément universel.

Par ailleurs je pense qu'au delà d'une définition "globale", la part d'autodétermination peut jouer un rôle. J'avais vu une citation (que j'aime beaucoup, parce qu'il y a le mot "dialectique" dedans et que je kiffe trop ce mot) de quelqu'une qui disait «les identités sont la dialectique entre la façon dont quelqu'un-e s'identifie et la façon dont il-elle est traité-e».

Trans

Le mot trans est en général présenté comme étant uniquement un diminutif, qu'il s'agisse du mot «transgenre» ou «transsexuel·le» selon les gens. Pourtant il me semble qu'il a suffisamment évolué pour pouvoir être considéré comme un mot en tant que tel dont le sens n'est pas nécessairement réductible à transgenre ou transsexuel·le.

Pour moi, une personne trans est simplement une personne qui a fait, est en train de faire ou projette de faire une transition ; et pour moi cela veut dire avoir été considéré·e à un moment de sa vie comme étant dans un des deux genres reconnus (masculin ou féminin) et qui n'est plus dans le même, ou refuse d'être dans aucun des deux.

Autrement dit une femme trans, une lesbienne trans, ou une gouine trans sont une femme, une lesbienne ou une gouine qui a été assignée dans le genre masculin[1]. Un homme trans ou un pédé trans sont un homme ou un pédé qui a été assigné dans le genre féminin.

Comme pour toutes les définitions la frontière peut ne pas toujours être très clair, cela dit j'ai l'impression que globalement quand on parle des trans on sait à peu près de qui et de quoi on parle, même s'il y aura toujours des gens pour jouer aux excommunicat·eur·ice·s et dire que telle personne qui a fait ci ou n'a pas fait ça n'est pas «vraiment» trans, et des gens parfaitement cisgenres qui s'amuseront à lancer un «tu sais, baby, je suis un peu trans aussi, moi» dans les soirées fashion.

Il me semble aussi qu'il y a un certain nombre de choses qui sont partagées en terme de vécu commun, même si c'est évidemment à des degrés différents, qu'il s'agisse de la façon dont notre genre peut perpétuellement être remis en cause par les cisgenres, ou encore du rapport à la médecine et à l'administration.

Transsexuel·le

Personnellement, dans l'absolu, j'utiliserais transsexuel·le de la même manière que le mot «trans» au-dessus, même si j'ai conscience que ce n'est pas franchement consensuel, notamment parce que le mot "transexuel-le" a des connotations un peu plus pourries.

Ce mot a souvent été utilisé de manière beaucoup plus excluante, c'est-à-dire en ne considérant que les personnes qui prenaient des hormones, voire uniquement celles qui subissaient une chirurgie génitale. Pour ma part je trouve que cette distinction revient vraiment à «biologiser» le sexe et à considérer qu'il s'agit d'hormones et d'apparence des organes génitaux, alors que je considère qu'il s'agit uniquement de catégorie sociale. Par conséquent ça me paraît logique que «transsexuel·le» désigne les personnes ayant changé de cette catégorie sociale.

Cela dit, le fait que ce mot ait une origine très médicalisante et psychiatrisante me pousse plutôt à éviter de l'utiliser, et à préférer le mot «trans» à la place, qui est en plus plus court. À noter qu'il y a l'alternative «transsexe» que j'ai déjà vu quelques fois sur Internet mais qui me semble très peu utilisée. J'ai aussi déjà croisé le mot "transsexué-e", qui me semble aussi plus sympathique, mais également peu usité[2].

Certaines personnes font aussi remarquer que ce mot est très mal choisi à cause du suffixe «sexuel». Ce qui est assez légitime, puisque d'un point de vue pseudo-étymologique ça devrait plutôt désigner une personne ayant changé de sexualité qu'une personne ayant changé de genre. (Du coup, avec cette définition, je me considère comme transsexuelle.)

Transgenre

Le mot transgenre est pour moi à la fois le meilleur et le pire.

Le meilleur parce qu'il est basé sur le mot "genre" plutôt que sur le mot "sexe", et le pire parce qu'il est utilisé de manière assez ambigu.

Transgenre : qui a changé de genre

Un des usages du terme transgenre est pour désigner, là encore, les personnes trans, puisqu'il s'agit de considérer qu'il sagit des "personnes qui ont changé de genre" (ou changent de genre, ou vont changer...). Ce qui explique que, pour les non-initié-e-s, les termes trans, transgenre et transsexuel-le soient vus comme un tout petit peu synonime et toutes les discussions "transgenre vs transsexuel-le" comme un tout petit peu débiles.

Certaines personnes font la disctinction entre "transgenre" et "transsexuel-le" parce qu'elles veulent absolument faire la distinction entre trans qui se font opérer et trans qui ne se font pas opérer. On pourrait se demander «opérer de quoi ?», mais vu que ces personnes ont un peu tendance à estimer que ce qui se trouve dans nos culottes est le fondement de notre identité, on peut deviner la réponse.

Transgenre : qui transgresse le genre

Une autre utilisation du terme transgenre est en utilisant une notion plus large de transgression. Ainsi, le mot peut s'appliquer à toutes les personnes qui transgressent le genre, qu'il s'agisse de travestis, de folles, de butches et de fems, etc. A l'inverse des personnes trans qui se reconnaissent assez dans les normes de leur genre peuvent ne pas être particulièrement transgenre.

La confusion des genres

Si dans l'absolu ces défintitions sont toutes deux légitimes, le problème me semble être que ça engendre parfois de la confusion. Et, dans les milieux LGBT et féministes (et ailleurs), on réalise rapidement que si les mots "confusion" et "conflit" commencent pareil, ce n'est pas pour rien.

Et de fait autant je trouve entièrement légitime qu'on utilise "transgenre" de manière large, et ça ne me pose pas de souci, autant c'est assez chiant quand des personnes cis estiment que, parce qu'elles rentrent dans cette catégories assez large, elles ont le droit de parler au nom des trans et d'estimer que c'est exactement pareil (et souvent de se poser en donneuses de leçons). A l'opposé des personnes trans qui ne se sentent pas du tout transgenre peuvent mal prendre d'être "amalgamées" (et vouloir reconnaitre la différence des situations est légitime) et ont parfois tendance à réagir de manière assez violente (et souvent à jouer les excommunicatices).

Personnellement je rentre à peu près dans les deux catégories, et cette confusion ne me va pas non plus, parce que j'ai l'impression que ça invisibilise des parties de mon identité. Concrètement, ça me gonfle vachement qu'on considère que je suis "transgenre" parce que je suis trans, alors que si je me définis comme "transgenre" ce n'est uniquement parce que j'ai été un garçon dans une autre vie, mais parce que je me sens proche des identitiés butch et fem et que je ne rentre pas dans le modèle de la fille normée. Et ça me fait profondément chier qu'on invisibilise cette partie là de mon identité parce que je suis trans.

Du coup j'aurais tendance à penser que ce serait plus simple d'uitliser "transgenre" comme un mot assez large, "trans" pour les personnes faisant ou ayant fait une transition, de respecter qu'on puisse etre dans une catégorie sans etre dans l'autre et vice-versa, mais c'est juste mon avis.

Ah, et sinon, vous, vous comprenez pourquoi on met deux "s" à "transsexuel-le" et un seul à "transylvanie" ?

Notes

[1] Au départ j'avais précisé «à la naissance», mais au final je pense que quelqu'une pour qui ça aurait été plus tardif aurait aussi la légitimité à revendirquer le terme trans.

[2] Vu que par ailleurs le terme "bio" est le plus utilisé pour parler des personnes non-trans, je serais assez tentée d'émettre une théorie selon laquelle, dans le domaine des transidentités, c'est les mots les plus pourris qui ont le plus de succès. Bref.

mercredi, novembre 18 2009

Le mot du jour : queer

Achtung : il est tout à fait envisageable que je n'ai en fait rien compris au mot queer et que le texte suivant soit à jeter entièrement aux orties. Et de toute façon, ça représente ma vision à moi et pas quelque chose d'universel.

Queer, c'est un peu le nouveau mot à la mode (enfin,nouveau, ça fait quelques temps déjà). Nouvelle définition obligatoire pour certain·e·s, identité de genre pour d'autres, ou encore l'oeuvre de Satan selon comment on se positionne.

Queer, au départ, c'est une insulte, notamment utilisée contre les homos. Ça veut dire, bizarre, déviant·e, tordu·e, et du coup, vient en opposition à straight, qui est droit (dans ses bottes).

Comme d'autres (pédé ou gouine, pour rester dans le milieu LGBT), cette insulte a été réappropriée, et au lieu d'être stigmatisante, a été portée avec fierté par des personnes qui ne voulaient pas s'intégrer au monde straight, qu'elles soient homos, trans, ou d'autres choses.

Jusque là, tout va bien.

Le mot queer a aussi été utilisé par certaines personnes se considérant comme sortant des identités binaires hommes/femmes, avec en anglais la création du mot genderqueer. Ces personnes utilisent en général le pronom neutre ze/hir, en lieu et place de he/him et she/her pour les genres respectivement masculin et féminin. Ce genre neutre est difficile à «traduire» en français : certaines personnes utilisent iel, mais le fait d'utiliser des e tout le temps pour marquer le féminin rend la tâche compliquée à l'oral (à l'écrit on peut encore utiliser des E majuscules dégenréEs).

Jusque là, ça va encore.

Enfin, le mot queer a été utilisé comme une théorisation de la critique du binarisme, de la façon dont sont construites les genres et du rôle de performativité. Honnêtement, c'est un truc auquel je ne pane pas tout. Vous n'avez qu'à lire Butler et soit, vous, vous comprendrez, soit au moins vous comprendrez que je ne pas pas tout.

Bon, on résume : si je ne me trompe pas, en anglais, le mot queer désigne le fait de ne pas être straight, de ne pas être intégrée à la société hétérosexuelle. Le mot genderqueer désigne le fait de ne pas être homme ou femme, et est donc plus restrictif (on peut être un homme queer ou une femme queer, par exemple si on est pédé ou gouine). La queer theory désigne un certain courant d'analyse féministe, pas forcément d'accord sur tout et pas forcément en désaccord avec des féministes «classiques».

Bon, il y a toute la limite des «si je ne me trompe pas», «si je n'ai rien oublié», et tout ça, mais ça me parait quand même possible de suivre, non ?

Alors ça, c'est pour l'anglais. Maintenant, passons à la langue française.

Le mot queer est aussi utilisé par des personnes pour se définir comme «non-straight», avec la logique de se réapproprier une insulte. Ah, attendez... là y'a une merde. Parce qu'en fait, en français, c'est assez rare de se faire traiter de «queer», vu que, ben, à l'origine c'est un mot anglais[1]. Du coup, le côté réappropriation passe un peu à la trappe, et il reste juste le côté un peu branchouille d'utiliser un mot anglais. (D'accord, là, je suis un peu cynique, mais je trouve que ça explique quand même pas mal la dérive dans certaines utilisations de ce mot.) Cela dit c'est un usage qui me semble assez peu courant en français, finalement.

Le mot queer est aussi utilisé par certaines personnes qui se revendiquent ni hommes ni femmes, notamment par certaines personnes transgenres. Sauf que contrairement à l'anglais, le mot genderqueer est peu ou pas utilisé; c'est juste le mot queer tout seul.[2]

Enfin, le mot queer est aussi utilisé au sens de théorie, sauf que là non plus on parle rarement de «théorie queer», mais en général «du queer».

Autrement dit, toujours avec les réserves du «si je comprends bien, si je n'oublie rien, si je ne me plante pas», une personne queer peut :

  • ne pas être intégré·e dans la société hétéronormée ;
  • se revendiquer «ni homme ni femme» ;
  • avoir une grille d'analyse théorique queer.

Donc bon, il y a une petite source de confusion, il me semble, mais bon, passons.

Après, d'un point de vue personnel, ce n'est pas vraiment à cause de cette confusion que j'ai du mal à me considérer «queer» actuellement, mais plutôt à cause du côté très branchouille qu'a le queer dans certains milieux (notamment parisiens, en tout cas c'est l'impression que ça me donne, mais franchement pas que non plus), ce qui en soi n'est pas forcément génant (j'assume assez d'être une fashion victim) mais le devient assez rapidement quand il y a une forme de dépolitisation du mot (sans compter que moi ça m'embête un peu de me réapproprier un mot auquel j'ai jamais été confrontée ; me dire trans, travelotte, gouine, transpédégouine, ça a un sens mais queer, du coup, moyennement).

En particulier, l'approche queer me semble intéressante s'il s'agit de remettre en cause les normes de genre et de sexualité, tout en prenant en compte qu'elles existent dans la société actuelle afin de les combattre. Lorsqu'il s'agit de faire comme si tout était génial, youpi, on est touTEs transgenres, lalala, tout va bien, ça revient à nier complètement les rapports d'oppressions : ben non, dans le monde réel, on n'est pas considérées de la même manière quand on est catégorisé·e homme ou femme ; et non, on n'est pas tou·te·s trangenres (et, scoop, c'est pas exactement la même chose d'être un mec cis qui se branle sur sa subversité en enfilant une jupe dans une soirée queer où ça va pas lui attirer d'emmerdes, et d'être une fille trans qui se fait emmerder tous les jours parce que, elle, elle peut pas retirer son étiquette «trans» quand la soirée est finie). Et du coup, lorsqu'on nie que les rapports d'oppressions à l'intérieur d'un groupe existe, finalement ça revient à les reproduire.

Par ailleurs, je trouve qu'il y a une tendance vachement gavante chez certain·e·s, soit à jouer à la posture la plus subversive qui est assez ridicule en soi et devient carrément relou quand il s'agit de reprocher à d'autres de pas l'être assez, soit à vanter/critiquer des groupes et des identités pour leur aspect subversif ou pas assez subversif[3], avec un manque total de conscience sur les procédés d'objetisation à l'oeuvre, sans compter le non-respect des paroles et des identités des personnes concernées[4]..

Cela dit, je reconnais tout à fait que ce que je reproche au queer n'est pas dû au queer en lui-même, mais au manque de conscience politique et féministe de certaines personnes, pour qui la priorité est peut-être plutôt les paillettes et la reconnaissance que la lutte contre les rapports d'oppressions. Rabelais disait que science sans conscience n'est que ruine de l'âme ; peut-être que, de même, dans le queer sans conscience politique il ne reste que du skaï.

Notes

[1] Bon, d'accord, maintenant on peut se faire insulter de queer par certaines personnes, mais ça a eu lieu bien après la «réappropriation».

[2] Du coup, d'un point de vue mathématiques, l'ensemble «queer» (au sens de «non-straight») contient notamment... l'ensemble «queer» (au sens de «ni homme ni femme»). C'est récursif. (Il y a le même problème avec le mot «transgenre», techniquement).

[3] À ce titre, les discussions entre certain·e·s «queers» et certain·e·s «anti-queer» sur les trans (notamment), avec «oh c'est génial» ou «ouh c'est affreux», les deux ayant en commun de n'avoir absolument rien à foutre du vécu des personnes concernées, ne me donnent qu'une seule envie : les voir tou·te·s réunies dans une même pièce et s'entretuer jusqu'au bout.

[4] Par exemple, les trucs genre liste «top des butches les plus hots» (déjà le principe...) qui incluent des mecs trans qui, au moins pour certains, ne se définissent absolument pas comme butches (et à l'inverse absolument pas de filles trans butches, qui sont pour le coup invisibilisées).

mercredi, juillet 15 2009

Le(s) mot(s) du jour : stealth et passing

Stealth, en anglais, ça veut dire furtif. Comme j'ai un peu pris l'habitude de prendre mes définitions sur wiktionary :

1. Qui se fait à la dérobée.

Entrer d’un pas furtif.

Un regard furtif.

2. (Par extension)

Prendre quelque chose d’une main furtive.

3. (Militaire) Se dit des plate-formes de combat dont la signature radar est minimisée.

Un avion furtif.

Pour les trans, la définition la plus proche me semble la troisième. Un ou une trans stealth est donc un/e trans dont la signature radar est minimisée. Autrement dit, quelqu'un dont on ignore qu'il/elle est trans.

C'est très lié à la notion de passing, évidemment. Ce mot-là, la définition sur Wikipedia est la suivante :

Passing is the ability of a person to be regarded as a member of a combination of social groups other than his or her own, such as a different race, ethnicity, social class, gender, and/or disability status, generally with the purpose of gaining social acceptance

En français, donc, le passing est la capacité d'être considéré/e comme comme membre d'une combinaison de groupes sociaux autres que le sien, comme d'une différente race ethnicité, classe sociale, genre, et/ou statut de handicap, généralement avec l'objectif de gagner de l'acceptation sociale.

C'est pour ça que j'ai un peu du mal avec l'utilisation du mot passing ou passer pour dire qu'une femme trans passe en femme ou qu'un homme trans passe en homme, puisque cela reviendrait à dire que ces personnes se font passer pour ce qu'elles ne sont pas, ce qui n'est pas le cas.

En revanche, le mot passing me semble adapté pour parler de passer comme cis : en ce sens, cela correspond à la définition de wikipedia : on cherche à se faire passer pour le groupe dominant (cis) pour gagner de l'acceptation sociale (c'est-à-dire, moins subir de transphobie).

Il y avait une discussion là-dessus très intéressante sur Questioning Transphobia, que je vous invite à lire.

Ceci étant dit, comme on est en été et que je me sens d'humeur à parler de choses triviales, je vais plutôt donner des conseils aux MtF (je ne suis pas sûre que ça marche aussi bien pour les FtM, désolée) pour être stealth.

Il y a sur Internet plein de conseils de ''passing'' pour les MtF, qui sont souvent du type :

  • avoir une démarche et des mouvements féminins ;
  • conseils de maquillage ;
  • coiffure et perruques ;
  • épilation et différentes modifications du corps ;
  • vêtements ;
  • etc.

Mais stealth, ça va encore plus loin. Ce n'est pas juste la capacité à être prise pour cisgenre, c'est qu'on ne soupçonne même pas que vous êtes trans. Stealth, ça vient du vocabulaire militaire, et que font les militaires pour être stealth ?

La réponse est la suivante :

Le camouflage.

Le treillis.

Alors j'en vois déjà lever les yeux au ciel en soupirant que, ça y est, ça faisait trois billets que j'avais pas parlé de rangers (en fait, non, après vérification y'en avait aussi dans le billet précédent) mais je suis assez sérieuse. D'expérience, si on ne veut pas être soupçonnée d'être trans, se balader en treillis/rangers ou autre tenue plutôt connoté masculine (costard/cravate ça marche aussi, je suppose) est encore la meilleure façon.

Après tout, qui irait soupçonner qu'une nana qui s'habille comme un mec est en réalité un mec qui s'habille comme une nana ?

Bon alors, par contre, soyons honnête, il y a tout de même de bémol :

  • d'abord, ça n'est pas forcément a meilleure façon qu'on vous appelle "madame". Mais quand on parle de vous au masculin, vous pouvez vous dire que c'est parce que vous êtes butch plutôt que parce que vous êtes trans, ce qui est quand même vachement plus classe, non ?
  • ensuite, même si, a priori, le camouflage, ça marche, je me demande si je n'ai pas fait une légère petite erreur sur ce coup-la : sac.jpg

lundi, juin 15 2009

Le mot du jour : Cis

Selon Wikipédia :

Le mot latin cis signifie « du même côté » et est le contraire de trans.ù

C'est notamment utilisé dans la chimie, pour séparer des isomères, où en gros on a la même molécule mais dans un cas on a deux paquets d'atomes qui sont, par rapport à une liaison, du même côté (cis) ou de l'autre (trans).

C'est pas clair ? Un petit dessin, piqué de Wikipédia, toujours, avec le cis (cis-2-butene) à gauche et le trans (trans-2-butene) à droite :

Bon, si vous comprenez pas les histoires de chimie, c'est pas bien grave, faut juste retenir «cis = du même côté», «trans = de l'autre côté».

On notera que sur le Wiktionnaire on a une définition légèrement différente :

Préfixe qui veut dire en deçà.

Étant donné que, vous l'aurez deviné, le but est d'utiliser les mots cis et trans pour parler de transgenre/cisgenre et transsexe/cissexe, je préfère rester sur la première définition, vu que sinon ça risque d'être un peu connoté genre supérieur et genre inférieur et ça va être assez tendancieux.

Bref, le préfixe étant le contraire de trans, on peut donc construire assez logiquement les mots suivants :

  • cisgenre, qui est le contraire de transgenre ;
  • cissexe ou cissexuel·le, qui est le contraire de transsexe ou transsexuel·le
  • cis tout court, qui est le contraire de trans tout court.

Et là, je me dis que j'aurais peut-être dû faire le billet «le mot du jour : trans» avant, pour essayer d'expliquer un peu les nuances différentes que chacun·e peut mettre derrière ces trois termes (et quelques autres), mais pour aujourd'hui on va faire simple et les considérer comme plus ou moins équivalents.

L'intérêt de ces mots, puisque je vois déjà certain·e·s de mes lect·eur·rice·s froncer les sourcils en ne comprenant pas trop l'intérêt de créer tous ces néologismes un peu bizarres, étant de ne pas considérer ce qui est «cis» du point de vue du genre comme neutre, normal, etc.

C'est-à-dire, d'éviter d'avoir d'un côté la «femme trans» et de l'autre la «vraie femme», d'un côté «l'homme trans» et de l'autre le «vrai homme», tout comme l'utilisation du terme hétéro permet de ne pas avoir les «vrais mecs» ou les «mecs normaux» d'un côté et les pédés de l'autre.

Les termes cis* ne sont cela dit pas les plus utilisés à ma connaissance, et je vois souvent l'utilisation du terme bio. Cela dit, même si j'ai tendance moi-même à utiliser à l'oral parce qu'il est plus «commun», je ne trouve pas qu'il soit le plus approprié pour différentes raisons :

  • «bio» est a priori le diminutif de «biologique», or à ma connaissance les trans sont aussi des organismes biologiques [1] ; et quand on colle ça à «femme» ou «homme» (donc homme biologique ou femme biologique pour distinguer d'homme trans ou de femme trans), ça donne vraiment l'idée qu'on nait homme ou femme ;
  • «bio» peut aussi être utilisé en référence aux produits bio, mais là aussi ça me pose problème, d'une part parce que ça induit une échelle de valeur entre les personnes considérées comme «naturelles» (les bios) et celles qui sont un peu transgéniques, pas très naturelles, bref, pas terrible (les trans)[2], et d'autre part parce qu'il me semble que ça focalise sur les modifications physiques : par exemple un·e trans ni hormoné·e ni opéré·e doit-il être considéré·e comme bio ? Logiquement, en tout cas, plus qu'une fille cisgenre qui prend la pilule...

Dans le genre, un autre terme un peu moins utilisé est «génétique», qui me pose grosso-modo les meme problèmes que par rapport au «biologique», c'est-à-dire qu'en fait, ben, si, les trans sont aussi des organismes biologiques qui ont des chromosomes, des gènes, et tout ça. Même si j'aimerais beaucoup à cause de mon côté fan de science-fiction/cyborg, tout ça, un homme trans et une femme trans ce n'est pas :

pasbio.jpg

Donc voilà, pour toutes ces raisons, je préfère le terme «cis».

Notes

[1] À la limite ça peut être utilisé pour des organes : par exemple ça me semblerait cohérent parler de seins bios vu pour parler de mes senis siliconés, et à l'inverse parler de gode bio pour parler de ma bite.

[2] Techniquement, si on prend la définition de «cis» comme «en-deça», il y a toujours un peu cette échelle de valeur, mais là au moins les trans sont au-dessus, nyark.

mercredi, juin 10 2009

Le mot du jour : Lesbienne

Aujourd'hui (enfin, vu que c'est le troisième «mot du jour» en six mois,c'est pas non plus comme s'il y en avait vraiment un par jour) le mot du jour sera «lesbienne».

L'objectif de cette catégorie de billets n'est pas tant de donner LA définition d'un mot, mais de parler un peu du sujet et de ce que ça m'évoque personnellement (c'est un blog, c'est très narcissique quand même) ; cela dit, je vais céder à la facilité en mettant un peu de copier/coller, c'est-à-dire les définitions qu'on peut trouver à différents endroits du net (je ne me suis pas foulée, j'ai pris les définitions de google).

Les définitions

Avant de commencer avec les définitions stricto sensu, la page Wikipédia rappelle que le nom vient de l'île de Lesbos :

L’homosexualité féminine est appelée saphisme, ou plus communément lesbianisme ; les deux termes faisant référence à la légendaire (car il n’est parvenu jusqu’à nous que très peu de choses de son œuvre littéraire et de façon fragmentaire) poétesse grecque Sappho, de l’île de Lesbos, qui tenait un collège de jeunes filles, et dont les poèmes passionnés dédiés à ses amies, et la vie entourée d’autres femmes lui ont valu la réputation d’homosexuelle.

On notera au passage que l'usage qui s'est fait du terme «lesbien» n'a pas l'air de plaire à tous les habitants de l'île de Lesbos.

Une lesbienne est donc, toujours pour Wikipédia, une pratiquante de l'homosexualité féminine, dite saphisme ou lesbianisme. Il y a un petit côté religieux dans le truc : vous êtes saphiste pratiquante ou juste croyante ?

Pour rester dans le wiki, Wiktionary fait simple : «femme homosexuelle». Cela dit on sera reconnaissante à la page de nous offrir tout un lot de synonymes qui sont pour certains bien connus et pour d'autres vachement moins :

  • anandryne (Littéraire)
  • brouteuse (Vulgaire)
  • camionneuse (Familier)
  • chipette (Familier)
  • gavousse (Vulgaire)
  • gomorrhéenne (Désuet)
  • goudou (Vulgaire)
  • gougnote (Vulgaire)
  • gouine (Vulgaire)
  • gousse (Vulgaire)
  • fricatrice (Argot)(Désuet)
  • lesbiche (Familier)
  • saphiste (Littéraire)
  • tribade (Désuet)

Même chose, globalement, pour un dictionnaire pas «wiki», Lexilogos :

B. − Subst. fém. P. réf. aux mœurs de la poétesse... Femme homosexuelle.

(Techniquement, lesbienne peut aussi être un substantif butch et pas seulement un substantif fem, mais peu importe.)

Sur AlterHéros, on reste dans le même genre de définitions :

Lesbienne : désigne une femme qui éprouve de l’affection et de l’attirance, tant émotionnelle que physique, pour les femmes.

Bref, on l'aura compris, une lesbienne est une femme qui aime les femmes. Facile, pas de quoi passer une heure sur le sujet

Lesbiennes et féminisme

Certaines féministes lesbiennes ont peut-être plus à dire sur le sujet, tout de même. Difficile dans le domaine de ne pas citer Monique Wittig, qui, dans La pensée straight, écrivait :

Il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s'associent, font l'amour avec des femmes car la femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.

Sans chercher à rouvrir le débat sur le sujet, il me semble en tout cas que, se plaçant en dehors du système hétérosexuel, en «transfuge», les lesbiennes ne subissent pas le sexisme exactement de la même manière que les femmes hétérosexuelles.

Pourtant j'ai l'impression que, bien souvent, le féminisme «standard» ou dominant a tendance à considérer que les lesbiennes, qui représentent pourtant des forces non négligeables dans les rangs du féminisme, sont là uniquement parce qu'elles sont femmes - même lorsqu'elles revendiquent de ne pas en être - et ignore les spécificités concernant la façon dont l'oppression sexiste s'applique aux lesbiennes.

Invisibilité lesbienne et tolérance

Il faut dire que les lesbiennes sont une espèce de super-héros assez particulière, puisqu'elles ont un pouvoir d'invisibilité. Prenez deux nanas qui s'embrassent : elles font sans doute ça pour exciter les mecs, pour provoquer. Il n'est pas envisageable qu'elles fassent ça simplement parce qu'elles sont lesbiennes, évidemment.

C'est assez compréhensible, étant donné que la sexualité féminine est elle-même pour ainsi dire inexistante dans la vision de la société patriarcable, et se réduit en général à faire plaisir au mec.

Que deux filles puissent se passer d'un garçon, voilà qui est horrible.

Et évidemment, si elles le font, c'est sans doute parce qu'elles n'ont pas «encore connu le bon».

Et le pire, c'est qu'il y en a après pour expliquer à quel point nous autres les lesbiennes, on a de la chance, on est acceptées : les mecs hétéros sont pas dégoûtés par deux filles qui s'embrassent comme ils peuvent l'être par deux mecs, et puis, la preuve que c'est accepté, il y a plein de porno avec deux filles qui couchent ensemble.

Enfin, qui couchent ensemble jusqu'à ce que le mec bien membré arrive, pour leur permettre de passer aux choses sérieuses, faut pas déconner.

Bref, les lesbiennes de fantasme sont acceptées tant qu'elles servent d'objet de fantasme aux mecs hétéros. Les lesbiennes réelles qui, elles, étant justement lesbiennes, n'ont pas spécialement envie de servir d'objets de fantasme à des mecs, sont bizarrement beaucoup moins bien tolérées. Allez comprendre.

Et dans le domaine des lesbiennes tolérées, il vaut mieux, en plus d'aimer coucher avec les mecs, ne pas trop ressembler à une sale gouine. C'est-à-dire, être raisonnablement féminine, ne pas avoir de poils aux pattes, le crâne rasé, etc. Bref, ne pas ressembler à une vilaine butch, à l'hommasse, qui n'est décidément pas une femme très respectable (et ne se définit peut-être même pas comme femme, c'est dire).

Lesbianisme et transidentité

Et comme je suis aussi une sale trans qui ne peut pas m'empêcher de vouloir coller la lettre T un peu partout, je trouve intéressant de relever un peu les particularités qu'il peut y avoir à être à la fois trans et lesbienne.

D'abord, il y a toujours une certaine invisibilité, assez logiquement, mais qui se traduit parfois d'une manière assez spécifique, puisque parfois le fait d'être lesbienne vient parfois servir la transphobie : si tu es attirée par les nanas, ça doit être qu'en réalité tu restes un mec. Si on trouve un peu la même logique dans la lesbophobie «classique» (traiter de mec ou d'hommasse une lesbienne, surtout si elle est masculine), le discours me semble quand même, dans le cas des trans, à un autre niveau, puisqu'il est notamment véhiculé par certain·e·s des psys autoproclamé·e·s aptes à dire qui est trans ou pas.

Ensuite, ben, c'est con à dire, mais je trouve pas toujours évident de se sentir «légitime» en tant que lesbienne quand on est trans, surtout quand on est pas opérée. Ça dépend bien évidemment des endroits, des espaces, des milieux, etc., mais, s'il y a de plus en plus une acceptation formelle des trans, par exemple dans les espaces non-mixtes, il n'en reste pas moins qu'entre les remarques réduisant le lesbianisme à des organes génitaux ou à leur absence (quand des lesbiennes hurlent parce qu'il y a la réprésentation d'une bite biologique, et que c'est donc phallocrate, anti-lesbien, etc., c'est dur de se sentir à sa place en tant que gouine trans pas opérée, par exemple) et l'impression parfois que bon, c'est cool qu'il y ait des trans pour militer avec nous, mais on va quand même pas coucher avec, etc. ben c'est pas toujours super évident de se sentir vraiment à sa place.

Bon, après c'est relatif, c'est pas vrai partout, etc., et puis même quand c'est pas génial il suffit en général de remettre les pieds en milieu hétéro pour réaliser qu'en fait c'est pas si mal, mais tout de même.

Conclusion

Et là, normalement, je devrais trouver un moyen de conclure, mais franchement, là, j'ai trop la flemme.

jeudi, janvier 22 2009

Le(s) mot(s) du jour : Butch/Fem

Alors, aujourd'hui, deux mots pour le prix d'un : Butch et Fem.

Pour reprendre Wikipédia :

Les mots « butch », abréviation de « butcher » (boucher) en anglais, et « femme » ou « fem », reprise du mot français ou abréviation de "feminine", apparaissent aux États-Unis dans les années 1940 pour désigner les lesbiennes masculines et féminines.

Je dois avouer que comme je ne m'identifie pas comme lesbienne depuis très longtemps, je ne me sens pas toujours forcément super légitime pour causer des sujets vraiment «lesbiens», mais d'une part j'espère que je ne vais pas dire trop de bêtises (ou que je serais sévèrement corrigée), et d'autre part dans cette série de posts je cherche plus à dire ce que m'évoque personnellement certains mots qu'à donner un grand cours sur leur sens.

Cette précision ayant été faite, commençons par la plus visible : la Butch.

Butch

Butch, grâce au lexique des gouinettes poltronnes, j'ai appris que ça se prononçait :

BEUTCH si vous êtes de New-York ou BOUTCH si vous êtes de Rennes

Alors, comme je le disais déjà pour le mot Shemale, ma prononciation anglaise est vraiment pourrie ; mais en plus à l'oreille je suis super nulle aussi (j'ai jamais fait la différence entre «queer» et «cuir», par exemple), mais j'ai quand même l'impression que y'a quand même vachement de personnes qui viennent de Rennes, l'air de rien.

Une butch, donc c'est une lesbienne qui a un look masculin, genre ce qu'on désigne parfois aussi dans nos vertes contrées comme une «camionneuse». En anglais, ça peut aussi être utilisé pour désigner un mec bien viril (forcément en français si tu dis qu'un mec est une camionneuse, à cause du féminin ça fait bizarre, mais du coup c'est un peu cuir).

Fem

Fem, qui se prononce vachement plus facilement (sauf si on utilise le mot anglais «femme», parce que du coup faut mal prononcer le mot français pour bien prononcer ce qui est devenu un mot anglais), désigne à l'inverse une lesbienne plutôt féminine.

Autant les butches, en général, on les remarque, autant les fems sont, du coup, pas mal invisibilisées parce qu'on les prend souvent pour des hétéros. Ce qui peut avoir ses avantages quand on n'a pas envie de se faire insulter, ou ses inconvénients quand on veut être reconnue en tant que gouine. Ou même parfois en tant que féministe, parce que des fois, y'a un peu le côté «oui mais vouloir être féminine c'est succomber aux stéréotypes de genre et donc c'est pas bien gna gna gna.».

Personnellement, je trouve au contraire la démarche «fem» assez intéressante du point de vue féministe, parce qu'au final je trouve que c'est plutôt se réapproprier la féminité et la dé/reconstruire d'une certaine manière que vraiment «céder aux stéréotypes de genre».

Butch/Fem

Alors en France, moi c'est un truc que je n'ai pas si souvent vu que ça, les couples Butch/Fem, mais apparemment c'était très fréquent aux États-Unis dans les années 40/50, en particulier parmi les lesbiennes prolos.

Du coup il y a le côté un peu mal vu «c'est reproduire l'hétérosexualité chez les lesbiennes», mais au final j'ai l'impression que c'est plus un jeu, se moquer, se réapproprier des codes qui n'ont pas été conçus pour soi, etc. Alors évidemment comme tout ça peut être normatif si c'est pris trop au sérieux (du genre «Oh Mon Gode je n'aime pas les talons, suis-je vraiment une fem finalement ?») mais je trouve qu'il y a un potentiel subversif.

Butch/Fem et identité de genre

Peut-être en tant que trans' (et peut-être pas), je trouve aussi que les identités butch et fem sont vachement intéressantes du point de vue identité de genre.

Pour les butches c'est un peu évident : une lesbienne masculine, qu'est-ce d'autre qu'un «garçon manqué» ? Certaines butches se déclarent transgenre et ne font pas forcément de distinction claire entre «butch» et «ftm».

Pour les fems, c'est un aspect qui n'est peut-être pas aussi visible mais qui est à mon avis tout de même présent : on peut être fem sans se dire femme, et la féminité d'une fem n'est pas forcément celle d'une femme hétéro. Ainsi j'ai vu que certaines fems se disaient «female-to-fem» (ou «female-to-femme» en anglais), considérant qu'il y avait là un aspect transgenre important.

Personnellement, je sais que je préfère me définir comme «fem» ou encore «male-to-fem» que «femme» (sauf en anglais :p). Et je ne pense pas que ce soit «binaire» (au sens binaire butch/fem, pas homme/femme) ou que ce soit enfermant.

Cela dit, vu que je ne porte que des docss et des rangers, est-ce que je suis vraiment une fem, finalement ?

mercredi, janvier 21 2009

Le mot du jour : Shemale

Voilà, j'inaugure une nouvelle «catégorie» de posts, parce que je me disais que ce serait le genre de billet au final assez facile à faire, ce qui m'arrange, vous vous en doutez bien.

Je commence avec le mot «Shemale», parce que je l'avais utilisé dans l'avant-dernier post pour me définir.

«Shemale», cela vient de l'anglais, et c'est composé de «she», qui veut dire «elle», et de «male», qui veut dire «mâle», ou «masculin» (contrairement au français, ça ne se réfère pas uniquement à l'anatomie).

Actuellement, c'est très utilisé dans le porno pour désigner les trans', et en particulier les trans' «non-opérées». Je mets «non-opérées» entre guillemets, parce que pour beaucoup de gens la seule Opération (avec un grand O) qui compte chez les trans' c'est la vaginoplastie, mais pour avoir regardé un peu de porno à un moment, ben j'avais quand même l'impression que beaucoup de ces personnes appelées «shemales» s'étaient faites opérées à d'autres endroits (où alors, elles ont des hormones qui marchent vachement mieux que les miennes pour le développement des seins).

L'usage me semble un peu plus étendu que la pornographie, pour désigner soit :

  1. les trans' n'ayant pas peur de se servir de leur pénis de manière «active» (c'est-à-dire en pénétration, tout le monde sait qu'on n'a pas d'activité si on n'a pas de pénétration) ;
  2. les trans' n'étant pas opérées et ne comptant pas se faire opérer ;
  3. les trans' inférieures, n'ayant pas la supériorité morale des vraies trans' et n'étant pas de vraies femmes, en général à cause d'un des points 1) ou 2)

Personnellement, il y a trois raisons qui font que j'apprécie relativement le terme «shemale», mais commençons par la raison qui fait que je l'utilise peu : je suis absolument nulle pour la prononciation anglaise, surtout au milieu d'une phrase en français, et je finis toujours par prononcer «chai mal», du coup les gens me demandent «et t'as mal où ?». Plus sérieusement, la vraie raison c'est que je suis un peu réticente à revendiquer un terme qui a au départ surtout été utilisé pour les travailleuses du sexe, alors que je ne le suis pas.

Les trois raisons pour lesquelles j'aime bien ec mot, malgré ça :

  1. La première, c'est que ça permet de désigner un type de corps. Même si je suis pas super fan des catégories, j'aurais tendance à préférer dire « je suis shemale» que «je suis MtF non opérée», parce qu'au moins je ne suis pas obligée de me définir en négatif par rapport à la sacro-sainte Opération.
  2. La seconde, c'est que pour certaines personnes, et notamment des trans', c'est utilisé pour dénigrer celles qui ne rentrent pas dans le modèle de la vraie trans' : soit qui ne veut pas se faire opérer, soit qui a le malheur d'oser se servir d'un organe qu'elle devrait haïr, soit encore parce qu'elle est trop «caricaturale» ou a un comportement «pas assez féminin». Or, comme je revendique un peu tout ça (j'aime être féminine niveau fringues (même si y'a des cons qui ne comprennent pas que mes rangers sont féminines), ne pas être très «raffinée» niveau comportement, ne pas vouloir me faire opérer et même ne pas avoir spécialement peur de me servir de mon engin (enfin après vu sa fiabilité il vaudrait mieux que ce soit avec quelqu'un de patient)) et que j'estime que je n'ai pas à en avoir honte, ben voilà.
  3. La troisième, elle est liée à l'utilisation du mot qui, contrairement à ce que l'on croit, n'a pas toujours été réservée aux trans. Ainsi, si on regarde Wikipédia ou le site Online Etymology Dictionary, on peut voir que le terme était utilisé au dix-neuvième siècle comme mot vulgaire pour désigner une femme et qu'il a été utilisé au vingtième pour les lesbiennes masculines. Autant dire que le mot «shemale» prouve, s'il le fallait encore, que les luttes trans', lesbiennes et féministes sont intimemement liées.