Vernis & Sécateur

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dimanche, janvier 3 2010

Jeux vidéos

Comme vous l'avez peut-être remarqué, ce blog n'a pas été très mis à jour ces derniers temps, principalement à cause des fêtes de fin d'année, de passage chez mes parents, et tout ça.

J'imagine que je serais un peu censée faire un billet critique de la famille cellule d'oppression, de la symbolique de Noël infâme récupération de la fête païenne du solstice d'hiver, ou encore de l'aspect capitaliste de la chose, mais je crois que, point de vue maturité, je n'ai pas encore tout à fait dépassé le stade du «hiiiii, une occasion de claquer du fric dans des trucs futiles et de se goinfrer de bûche», alors je vais laisser ces sujets là pour les grandes personnes et je vais donc me contenter de parler de jeux vidéos.

Entre parenthèses, c'était le grand désespoir de ma maman, quand je lui ai annoncé que j'allais transitionner : elle pensait que j'allais enfin laisser tomber tout ça.

Cela dit, il faut reconnaître que j'y joue vachement moins qu'avant, aux jeux vidéos (enfin, déjà plus depuis que je n'ai plus de taf). Et que ça a pas mal changé depuis la période où j'étais une sorte de vraie «gamer».

Par exemple, maintenant, on peut vachement plus customiser qu'avant. Du coup, sur, mettons, un jeu de course, au lieu que tout le monde ait les mêmes bagnoles, on peut enfin accomplir son rêve : conduire un gros camion violet à motif panthère (d'accord, c'est peut-être pas le rêve de tout le monde). Et ça c'est classe.

Ellie_MUD_BOWL_0001.jpeg

Ce qui est encore plus classe, c'est ce qu'on peut faire dans les (enfin, certains) RPG de maintenant concernant la création du personnage : maintenant, en plus de la classique articulation sexe/classe/race (entre parenthèses, c'est quand même à ça qu'on voit comment le monde du jeu de rôle a influencé les théories féministes... euh... non ?), il est possible de choisir une myriade de trucs, comme le type de visage, la couleur des cheveux, la forme des yeux, la taille du personnage, etcaetera.

Devant cette liberté absolue, je me dis que ça me permettra de sortir un peu des personnages féminins de jeux vidéos habituels, et de me créer à la place une grosse butch.

Alors on commence par choisir le nom, et je me décide, faisant preuve de vachement de créativité, pour VonButch. Ensuite, il faut choisir la «race» et le sexe.

Et déjà là on s'aperçoit d'un certain dimorphisme, du point de vue des races : autant, chez les mecs, on a des trucs assez variés, du genre le mec humain ressemble à un humain, soit, tandis que l'androïde mec est une grosse boîte de conserve à tête de robot, la bestiole mec avec beaucoup en attaque ressemble à une sorte de mi-humain, mi-nounours, et je dois en oublier. Alors que chez les nanas, l'humaine ressemble assez logiquement à une humaine, tandis que l'androïde ressemble... à une humaine avec des petites antennes, et la bestiole qui frappe fort... à une humaine avec des oreilles bizarres.

Parce que quand même, pour les mecs on peut varier, par contre pour les nanas il faut quand même qu'elle reste à peu près attirantes et n'aient ni une grosse tête de robot, ni trop de poils, il faut pas déconner.

Bon, en même temps pour ce qui me concerne, je préfère autant avoir un personnage humain, alors je continue sans faillir dans la création de ma grosse butch.

Et là, je réalise que déjà, pour la partie «grosse», ça s'annonce mal barré : si le jeu permet de choisir sa corpulence ainsi que sa taille, la fourchette est un peu limité entre «position par défaut», «mince sans poitrine», «mince avec poitrine» et «légèrement enrobée». Bon, j'exagère un peu, mais moi je voulais une grosse butch qui soit vraiment grosse et butch, et pas juste «un peu ronde» et butch.

Je continue néanmoins et passe à la création du visage, des yeux, et tout ça qui ne me semblent pas hyper différents (chez les mecs j'ai l'impression qu'il y a des différences dans l'âge apparent et la pilosité du visage, mais pour les nanas on se contentera d'être jeune, belle, et parfaitement sans poil) et pour lesquels j'ai un peu du mal à ne pas choisir complètement au pif.

Finalement, on passe aux cheveux, et là, on se rend compte qu'en plus de pas être «grosse», la partie «butch» de ma grosse butch ne va pas être si facile à remplir. Toutes les coupes sont vachement élaborées et vachement... ben, avec des cheveux, pour commencer. Et pas hyper butch, quoi. Après avoir galéré un moment, je me résigne à prendre le look «crête énorme qui ne tient pas sans un kilo de gel», qui a l'avantage qu'elle est la seule qui permet d'avoir une partie du crane tondue, et je passe enfin aux fringues.

Et là, c'est le drame. Parce que, ben quand même, il y a les fringues pour hommes, et les fringues pour femmes, et ce n'est absolument pas concevable qu'un personnage féminin porte des fringues pour hommes, et vice-versa. Et par «absolument pas concevable», je ne veux pas dire que les autres personnages nous regardent bizarrement, ce qui serait plutôt sympa, mais que c'est juste techniquement impossible. T'as créé un personnage de fille, tu portes des fringues de fille.

Alors, je veux pas parler au nom de toutes les butches, mais la plupart des butches que je connais, et même moi malgré mon côté pintade travelotte quand il me prend des envies de butchitude, ben c'est pas exactement toujours au rayon «femmes» qu'elles trouvent leur bonheur et elles ont au moins quelques fringues achetées en rayon mec.

Là,je raconte pas la galère pour essayer de trouver un haut pas trop décolleté, un pantalon qui ne soit ni un short, ni une jupe (les deux montrant la totale absence de poils aux pattes de mon personnage), ni un truc trop féminin, etc.

Comme quoi, on voit que même dans les univers les plus «science-fiction» ou «fantasy» censés faire appel à nos imaginations les plus débordantes, les concepteurs ont un peu de mal à penser un tout petit peu en dehors des normes de genre actuelles. Et encore, pour ce que j'en ai compris (oui, c'est le problème de passer son temps à régler sa coiffure et chercher des fringues, après 15h j'ai toujours pas compris grand chose à comment on jouait vraiment en pratique) les armures ne sont pas représentées (juste les fringues), ce qui évite d'avoir le truc classique ou, selon qu'on soit un mec ou une nana, la même armure sera représentée comme un gros truc protégeant tout le corps ou un petit bikini en côte de maille.

Après, ça n'empêche qu'honnêtement, j'aime bien ce genre de jeu, et que j'avoue passer plus de temps à essayer de trouver des nouvelles fringues ou à jouer sur le look de mon perso qu'à faire de l'expérience pour augmenter mon niveau, mais quand même, c'est un peu frustrant.

Même si au final ça donne à ma grosse butch un petit côté pédée pas complétement déplaisant.


Sinon, quand on a un vrai PC pas trop pourri ou une vraie console dernière génération, il paraît qu'avec ce genre de jeux on peut jouer sur le grand Internaitte avec plein d'autres gens, et qu'après on a plus de vraie vie.

Eh bien, il y a une étude réalisée sur des joueu·r·se·s d'Everquest qui montre que, concrètement à l'image qu'on peut en avoir, les femmes passent en moyenne plus de temps à jouer que les hommes. Par contre, bizarrement (ou pas), elles ont tendance à mentir à leurs ami·e·s et conjoint·e·s en réduisant ce nombre d'heures, parce qu'une fille qui joue beaucoup aux jeux vidéos, quand meme, c'est pas bien.


Et toujours tant que j'y suis, j'en profite pour faire un peu de pub pour le site anglophone The Iris Network, que je trouve vraiment intéressant si on s'intéresse à la fois aux jeux vidéos et aux questions féministes (et aux liens avec d'autres oppressions comme le racisme ou l'homophobie, aussi).

samedi, septembre 22 2007

Les trans' dans les jeux vidéos

Histoire de continuer dans la catégorie des billets «trans'» tout en rejoignant la catégorie des billets «sujet à la con», je parlerai aujourd'hui d'un sujet de la plus haute importance : la représentation des trans' dans les jeux vidéos.

Voici quelques exemples de personnages trans' ayant apparu dans des jeux vidéo. Autant dire que ça ne va pas être trop long.

Birdo

Birdo, Birdo c'est un personnage de Super Mario Bros 2 qui est ensuite apparu dans un certain nombre d'autres titres de la franchises.

Honnêtement, j'avais joué à Super Mario 2 à l'époque, ça m'avait pas spécialement sauté aux yeux que Birdo était une trans'. Et pourtant, dans la notice en anglais apparaissait l'explication : «Il croit qu'il est une fille et il crache des oeufs par la bouch. Il préfère être appelé Birdetta.»

D'après ce que j'ai pu comprendre, les choses ne sont pas super claires si c'était voulu ou pas. Il semblerait que par la suite Birdo ait été appelée «elle» mais qu'ils reviennent à «lui» dans le dernier jeu de foot impliquant Mario.

Personnellement, tout ça me laisse sceptique. D'accord, on peut dire que c'est bien de voir l'apparition d'un personnage trans' dans les jeux vidéos, surtout en 1988. Mais quand même dans une bestiole rose cracheuses d'oeufs à la con. Et puis, surtout, la phrase dans la notice... «Il croit qu'il est une fille» c'est typiquement le genre de trucs qui me donne assez envie de tabasser son rédacteur à coup d'oeufs roses géants.

Poison

Si vous trouvez un peu bizarre le coup du monstre rose trans' cracheur d'oeufs, attendez la suite.

L'autre trans' (en tout cas je n'ai pas eu écho d'autres) des années 1980 s'appelle Poison. poison.jpg Elle est apparue dans le premier Final Fight et a fait aussi quelques apparitions (sans être un personnage jouable) dans certains Street Fighters.

Au départ, Poison n'était pas trans' : c'était une femme «normale», c'est-à-dire, normale selon les critères de jeu de baston : super sexy, avec un style de combat plutôt «agile» que «en force», et avec des vêtements réduits au minimum vital : les pixels coûtaient cher à cette époque (et on dirait que, concernant les vêtements féminins, les polygones sont toujours une denrée rare).

Seulement, il y avait un hic : le jeu après être passé sur arcade, devait sortir sur une console Nintendo, et Nintendo était assez strict à cet époque : il fallait pas qu'il y ait de violence contre des femmes (cela ne s'appliquait manifestement pas aux enlèvements de princesses).

Du coup, plutôt que de changer le personnage... les éditeurs du jeu ont juste précisé qu'il s'agissait d'une trans non opérée (ou de travesti, ça a pas l'air super clair).

Là, un peu comme au-dessus, je suis assez sceptique sur le côté positif ou pas qu'il y ait un personnage trans' dans ces conditions et si elle est vraiment censée être trans' ou si c'est c'était juste pour essayer de faire passer le truc. Mais sur la forme, je trouve que c'est un coup d'une mauvaise foi imaginative qui mérite d'être salué :o)

Faris

Faris est un des personnages principaux de Final Fantasy V. faris.jpg C'est la capitaine d'une bande de pirates.

Au début du jeu, les autres personnages croient tous que Faris est un homme. Il est révélé ensuite qu'elle se faisait passer pour un homme pour être acceptée des pirates.

Si ensuite Faris est considérée comme une femme et qu'a priori elle ne se définit pas comme un homme, cela reste un exemple à mon avis intéressant de personnage puisque, si elle n'est peut-être pas à proprement parler transgenre, elle ne rentre pas vraiment dans le modèle féminin : elle ne change pas de vêtements pour autant et garde ses manières «rudes».

Bridget

Bridget est un personnage du jeu Guilty Gear X. bridget.gif

Il est un peu dans la situation inverse de Faris : c'est un garçon qui est obligé de se faire passer pour une fille parce qu'il a un frère jumeau et que dans son bled, deux frères jumeaux ça porte malheur.

Si on reste quand même dans les histoires un peu à la con, ça reste quand même un personnage jouable dans un jeu de baston qui est travesti, et c'est plutôt sympa.

Conclusion

Je n'ai pas la prétention d'être exhaustive, mais il y a quelques autres cas de personnages trans', ou de travestissement. Dans Chrono Trigger, Flea est un boss apparemment trans' ; dans Final Fantasy VII le héros, Cloud, doit se travestir à un moment du scénario ; etc. Il faut aussi signaler que pour certains personnages le genre n'est pas vraiment défini.

L'impression que tout ça me laisse, c'est que si certains jeux font apparaître des personnages plus ou moins trans' (parce que bon il y en a pour qui il faut vraiment chercher, quand même), ça reste quand même surtout pour le côté «exotique». Cela dit en commençant à faire des «recherches» là-dessus (je me suis limitée à Wikipedia, en fait) je ne m'attendais pas à ce qu'il y en ait autant, même si ça reste très relatif.

Post-scriptum du 14 décembre 2007: depuis ce billet, les images de Poison et Bridget sont plutôt bien référencées par google images, ce qui m'a offert pleins de reférants venant d'autres billets de blogs, forums, etc. qui utilisaient les images.

Et je dois dire que ce que j'en ai vu est assez représentatif de la transphobie ambiante. Prenez ce post au hasard qui explique apparemment que la transsexualité de Poison a été confirmée (voir ci-dessous). Les commentaires de l'auteur: "It's a trap" et "Have fun fapping to "her" in the future." («rigolez bien quand vous vous branlerez sur "elle" dans le futur»). Parce que, ouais, les mecs, être attirée à une fille trans mignonne va vous rendre malade, pervers et détruira votre virilité ; parce que, ouais, les trans vous trompent, vous piègent.

Dommage que je n'ai pas de réel contrôle sur le serveur sur lequel est hebergé ce blog, j'aurais bien aimé pouvoir afficher des images différentes pour les pages transphobes les incluant :p

Ceci étant dit, l'information est intéressante : "En amérique du Nord, Poison est officiellement une transsexuelle opérée. Mais au Japon, elle cache simplement ses affaires pour avoir l'allure d'une fille" (traduction à l'arrache). Donc, on avait déjà le chat de Schrodinger qui était simultanément mort et vivant ; maintenant on a Poison qui est simultanément «pre-op» et «post-op» :)