Il faut le reconnaître : depuis tout ce temps, tous ces billets et toutes ces années, je me fais passer pour ce que je ne suis pas. C'est un travestissement (aha) de la réalité. Ni plus, ni moins.
Je fais croire que je suis une féministe, subversive, gouine, queer, révolutionnaire et toutes le tintouin dans le genre.
Pas une vraie fâme, vous y croyiez vraiment ? Une trans et fière de l'être, qui ne cherche pas à «passer» ?
La vérité, c'est que je paierais cher pour pouvoir «passer» pour que personne, absolument personne, ne puisse se douter que je sois trans. La seule raison qui fait que je ne me paye pas ce genre de chirurgie, c'est, en dehors de l'aspect financier, toute la transphobie intériorisée qui dit que les trans qui font de la chirurgie, c'est Maaal.
La vérité, c'est que je suis tellement sûre du fait que je n'ai rien à prouver en tant que trans que la moindre remarque, même en blaguant, sur mon physique ou mon éducation masculine me fera chialer une heure dans mon lit comme une conne.
Fière, gouine, moche et masculine. Ben tiens.
La vérité, c'est que je passe mon temps à me regarder dans le miroir pour vérifier si, par hasard, je ne serais pas devenue un peu moins moche.
Pas honte de mes rondeurs ?
La vérité, c'est que je déteste être grosse. Mais bon, c'est plus facile de dire «je suis grosse et fière» que d'admettre que je bouffe de la merde pour compenser le vide sidéral de mon existence et qu'ensuite, je me fais vomir, en espérant que ça me permettra d'éviter la punition de la balance. Et que, malheureusement, ça ne marche même pas.
Les trucs comme quoi je suis courageuse, prête à me défendre en donnant des coups de rangers ?
La vérité, c'est que je suis tout juste capable de raser les murs et de changer de trottoir parce que j'ai peur des réflexions qu'on me fera.
La vérité, c'est que la seule personne que j'ai jamais réussi à blesser physiquement après avoir subi une agression, c'est moi-même.
Toutes les blagues sur le cul, le jeu sur le BDSM, le côté comme quoi je serais vachement libérée ?
La vérité, c'est que je suis incapable d'avoir la moindre relation affective qui va au-delà des blagounettes parce que je déteste trop mon corps et que j'ai un manque totale de confiance en moi.
La vérité, c'est que je suis vierge à 26 ans.
Tous les trucs comme quoi il n'y a pas à avoir honte ?
La vérité, c'est que la seule raison pour laquelle je n'ai jamais eu le courage d'en finir en m'ouvrant les veines c'est, précisément, que je n'ai pas de courage.
Bref, de manière générale, la vérité, c'est que tout ce que je raconte sur ce blog est une véritable farce, tant ma vie est à l'opposé.
Ma seule consolation c'est qu'il y en a qui y ont eu cru. Aha. Je vous ai bien eus. Mais rassurez-vous : la minute de lucidité ne devrait pas durer, et demain, je serais sans doute à nouveau capable de m'imaginer que je suis féministe et libérée.