Vernis & Sécateur

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Tag - hell butches

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lundi, juillet 11 2011

Une nouvelle avortée

Voià un début de nouvelle, que j'ai finalement avortée parce que j'avais envie de faire autre chose des personnages.

(Ouais, je sais, moi aussi ça me fait chier les textes inachevés, mais faut bien que je fasse vivre un peu ce blog.)


Il était un peu plus de dix-huit heures lorsque la grande fille blonde qui s’appelait selon toute probabilité Cassandra entra dans ce qui servait visiblement de local pour une Ladyfest, abritant pour un week-end quelques ateliers et concerts à thématiques féministes.

Malgré la température hivernale, elle portait une mini-jupe, des bas résille et un haut moulant. Dehors, des hommes qu’elle avait qualifié intérieurement de « connards libidineux » lui avaient tenu des propos inappropriés auxquels elle avait répondu par un doigt d’honneur. Peut-être que l’espace féministe l’attirait à cause de la promesse d’un calme relatif.

Elle ne se sentait pourtant pas complètement à l’aise et avait l’impression que sa féminité un peu trop exacerbée lui donnait un air suspect, ou que sa taille imposante lui attirait des regards curieux.

Et puis, il y avait le fait qu’elle soupçonnait être transsexuelle, même si elle n’en était pas entièrement sûre, ce qui lui semblait en lui-même assez étrange.

« Est-ce que tu comptes rester plantée là longtemps ? »

Cassandra se tourna vers la femme qui s’occupait des entrées et la dévisagea un moment avec un regard vide, avant de finalement prendre un ticket.

Elle entra ensuite dans la grande salle où se trouvaient un certain nombre de tables tenues par des associations ou simplement par des nanas. Cassandra ne savait pas trop aller, ni à qui parler. L’endroit, le cadre, tout cela lui paraissait familier, mais elle ne reconnaissait personne.

« La blonde en mini-jupe, fit une voix venant de derrière elle. Tu ne trouves pas qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle ?

— Hum, je ne sais pas. Elle est trans, peut-être ? »

Cassandra se retourna brusquement vers l’origine de la discussion. Les deux personnes qui parlaient étaient deux lesbiennes assises derrière la table du bar associatif « From L ». La première, une blonde aux cheveux courts, était plutôt fine et portait une veste et une cravate qui lui donnaient un air vaguement sérieux, tandis que la seconde était plutôt ronde, avait le crâne partiellement rasé et un débardeur au motif camouflage.

« Trans ? demanda la lesbienne en costard. Je ne sais pas. Tu crois qu’elle nous entend ?

— Pas à cette distance, répliqua la seconde. Ne t’en fais pas.

— Sauf qu’elle a l’air de nous entendre. N’est-ce pas ? »

Cassandra soupira et allait éviter les deux importunes, mais celle qui portait le costume avait déjà commencé à se déplacer vers elle. Cassandra n’eut que le temps de remarquer qu’elle portait des Docs roses, qui lui donnaient un air moins sérieux, avant qu’elle ne soit à son niveau.

« Salut ! lança-t-elle sur un ton joyeux. Je m’appelle Billie. Mon amie, c’est Bull. »

Cassandra se contenta de la dévisager en silence.

« Enfin, « amie », c’est un bien grand mot, reprit Billie. Connaissance, disons. Pas la peine de faire des blagues sur Bull et Bill, du coup. Et toi, c’est quoi ton nom ?

— Cassandra ? hasarda Cassandra.

— C’est un joli nom. Écoute, Cassandra, je suis désolée si ce qu’a dit ma pote t’embête, mais...

— Qu’est-ce que tu veux ? »

Billie leva les deux mains en signe d’apaisement.

« Rien. C’est juste qu’il y a quelque chose d’inhabituel chez toi, et je suis une fille plutôt curieuse.

— Il y a un souci ? »

C’était Bull qui venait de poser la question après les avoir rejoints, sur un ton impliquant clairement qu’il valait mieux qu’il n’y en ait pas.

« Ça va, fit Billie.

— Je suis désolée si je t’ai vexée, reprit Bull en direction de Cassandra. Je n’ai rien contre les gens comme toi, tu sais ?

— Les gens comme moi ? » répéta Cassandra pendant que Billie levait les yeux au ciel.

Elle avait toujours trouvé que Bull avait un sens du tact assez limité, et elle avait conscience qu’elle-même n’était pas exactement une référence dans le domaine.

« Écoute, fit Billie sur un ton conciliant, on est désolées. Seulement, je me posais une question à ton sujet. »

Cassandra se tourna brusquement vers elle, une expression de colère sur le visage.

« Alors, c’est ça ? Tu veux vérifier ce que j’ai dans la culotte ? Savoir ce que j’ai subi comme opérations ? »

Billie se mit à sourire et à regarder la fille d’un air concentré.

« À l’heure actuelle, reprit Billie, ce que je voudrais surtout savoir c’est : ça fait combien de temps que tu as arrêté de respirer ?

— Quoi ?

— J’ai trouvé le truc qui clochait chez toi, reprit-elle d’un air triomphant. Depuis que tu es entrée dans cette pièce, tu n’as pas respiré. Tu inspires juste assez d’air pour nous parler. Ce qui tendrait à me faire penser que tu es morte, sauf que tu bouges beaucoup pour un cadavre

— Quoi ? reprit Cassandra en écarquillant les yeux.

— Oh, je sais ce que tu vas me dire : et les morts-vivants, alors ? Sauf que tu n’as pas l’air de ressembler à une zombie et que tu n’as pas les dents de vampires. D’ailleurs, la plupart des vampires font au moins semblant d’avoir besoin d’air. Alors, j’ai conscience que ce n’est sans doute pas poli de demander ça mais : qu’est-ce que tu es, exactement ? »

Cassandra resta silencieuse quelques secondes, puis baissa la tête, embarrassée.

« Je ne sais pas. Je ne me souviens pas. »

samedi, décembre 12 2009

Extrait de nouvelle : Rouge

Un petit extrait d'une nouvelle en cours, qui reprend la thématique des vampires, puisque c'est à la mode. Le personnage principal ressemble pas mal à Lev ; c'est pas uniquement parce que j'aime le recyclage de perso en changeant juste le nom, mais aussi parce qu'au départ j'avais une idée d'un ensemble de nouvelles l'impliquant avec un gang de nanas[1], et que finalement je me suis rendue compte que ça rendait mieux de placer ça dans un univers fantastique/fantasy.


« Tu es sûre que tu veux venir ? » m’a demandée Sandy pour la quinzième fois, alors qu’on marchait dans une rue silencieuse.

Je me suis retenue de grogner. Ça ne lui plaisait manifestement pas que je l’accompagne à son petit meeting. Je ne savais pas trop si c’était par honte de moi ou parce qu’elle avait peur qu’en tant que simple mortelle je me fasse déchiqueter par un loup-garou ou un vampire.

À la réflexion, c’était peut-être un peu des deux.

Là, par une nuit sans lune, sous la seule lumière de l’éclairage public, Sandy ressemblait à une fille ordinaire. Cheveux châtains et longs, pantalon moulant, bottes montantes et manteau long. L’ensemble était noir, la couleur de reconnaissance des surnats. Je n’avais jamais trop su si c’était une question de style ou si c’était pour pouvoir se déplacer dans la nuit sans se faire repérer.

Les nuits de pleine lune, Sandy était en général différente. Plus poilue, pour commencer.

Ma copine était une louve-garou, même si on pouvait avoir tendance à l’oublier une bonne partie du mois. C’était aussi une gouine, et c’était comme ça qu’on s’était rencontrées.

Moi, j’étais pour le coup une fille on ne peut plus ordinaire. Une nat, comme on les appelait maintenant, comme diminutif de « naturelle », en opposition aux diverses créatures surnaturelles. C’était un terme que certaines personnes trouvaient problématique, parce qu’il revenait à poser un groupe comme « normaux » et l’autre comme... ben, autre. Quelques surnats utilisaient le mot infra, mais il était jugée insultants pour les pauvres humains normaux, qui ne voyaient par contre pas ce qu’il y avait d’insultant à se considérer comme seuls représentants de l’humanité et de la normalité.

Perso, ça m’amusait toujours qu’on me dise que j’étais naturelle. Comme si je vivais dans une petite cabane en forêt, ou je ne sais trop quoi, alors que je bossais toute la journée dans un garage et que je me nourrissais quasiment exclusivement de nourriture industrielle.

Quant à normale, n’en parlons même pas.

« Tu sais, a repris Sandy, il y a peu de chances pour qu’il y ait beaucoup de sauvages, mais je voudrais quand même que tu fasses un peu gaffe à ce que tu dis. »

Les sauvages, c’était comme ça qu’on appelait les surnats qui rejetaient leur humanité et préféraient, disons, chasser en forêt pour les loups-garous, et chasser en ville pour les vampires.

Du coup, d’un point de vue étymologique les sauvages étaient un peu à l’exact opposé des naturels, ce que j’avais toujours trouvé débile.

« Ça va, ai-je dit. Je ne vais insulter personne. Et j’ai pris mon crucifix pour éloigner les vampires qui voudraient me percer la carotide.

— Ceux qui sont là-bas ne boivent pas de sang humain. Seulement, Bull, sans vouloir te vexer, des fois, t’as un peu tendance à faire des gaffes.

— Ne t’en fais pas, ai-je répliqué. Avec un peu de chance, personne ne réalisera que je suis une nat. »

Après tout, j’étais tout en noir, moi aussi. Et en cuir : le blouson, les gants, le pantalon et les bottes. J’avais bien le look pour entrer dans ce genre de soirées, après tout.

Et dans les clubs de bikers, accessoirement.

Quand on est arrivée devant la salle, où des gens commençaient à entrer, la première chose que j’ai remarqué, c’est d’ailleurs la Harley-Davidson qui était garée un peu à côté de la porte.

« Waow, ai-je fait à Sandy. Regarde-moi ça. »

Ma copine a grogné en me voyant me diriger vers la moto d’un air hypnotisé.

« Purée, j’ai dit. Le dernier modèle Nighster.

— Bull, a fait Sandy. Il faut qu’on y aille.

— Arrête, regarde-moi ce moteur. Mille deux cents centimètres cubes, c’est quand même autre chose que ma pauvre 125.

— Bull ! » a-t-elle grogné en me tirant par le bras, et j’ai réalisé alors qu’elle jetait des coups d’œil pas très à l’aise autour d’elle.

« Putain, qu’est-ce qu’il y a ?

— C’est la bécane d’une suceuse, m’a-t-elle expliqué.

— Une suceuse ? Tu veux dire, une hétérosexuelle ? »

Elle a levé les yeux au ciel, en essayant toujours de m’éloigner de la moto. Je me disais bien que c’était pas ça. Ça faisait plus bécane de gouine que d’hétéra, quand même.

« Suceuse de sang. Une des vampires qui boit du sang humain et qui en est fière. Je ne comprends pas qu’on la laisse venir à ce genre d’évènements. On essaye de montrer qu’on n’est pas dangereux et... »

Elle s’est tue, et s’est immobilisée également un instant. J’ai cherché ce qu’elle regardait, et mes yeux se sont fixés sur une grande nana aux cheveux roux qui nous regardait en souriant.

J’étais hypnotisée par ses deux canines supérieures qu’elle découvrait légèrement. C’était la première fois que je voyais des dents de vampires. D’habitude, ils les cachaient.

« C’est elle ? ai-je demandé alors qu’elle recommençait à me traîner vers l’entrée.

— Oui. On y va. »

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la vampire, qui regardait Sandy essayait de m’éloigner d’elle. Elle devait trouver ça drôle.

« Hé ! Suceuse de sang ! ai-je soudainement crié dans sa direction. Jolie bécane ! »

Sandy m’a jeté un regard horrifié et m’a tirée plus fort. Je crois que c’était le genre de gaffes que j’avais promis de ne pas faire ce soir.


Je sais pas ce que je trouve le plus flippant : m'engager sur encore un autre projet de nouvelles alors que je n'arrive pas à avancer mes projets en cours, ou de réaliser que c'est le premier extrait depuis.... ouh, longtemps, qui ne contient aucune trans[2], ou encore de constater que les textes que j'écrits sont à 95% influencés par les séries que je regarde[3].

Notes

[1] Qui s'appelle provisoirement les Hell Butches, mais si quelqu'une a un meilleur nom, je suis preneuse.

[2] Et encore, le passage sur les termes surnats et nats est tout de même une métaphore pas très subtile sur l'ineptie du terme bio.

[3] En ce moment, c'est Buffy et Sons of Anarchy, d'où les vampires en Harley. Heureusement que je n'ai pas vu Twilight.