Voilà quelques réflexions en vrac sur la façon dont le fait que je sois
grosse interagit avec d'autres aspects de ma vie, notamment le fait d'être une
meuf, d'être gouine, d'être trans, etc. Ça n'a pas pour but d'énoncer des
généralités, juste de dire comment, moi, je le vis...
Grosseur et... fringues
C'est peut-être parce que je suis une fashion-victim, mais je crois que
c'est le truc qui me fait le plus chier en étant grosse : l'incapacité de
trouver des fringues qui :
- sont à ma taille ;
- me plaisent.
Ça m'arrive hyper souvent de tomber sur des fringues que je kifferais trop
d'avoir et 95 fois sur cent elles ne sont pas disponibles à ma taille, et c'est
hyper frustrant.
Bien sûr, il y a des rayons grande taille, mais bizarrement on ne retrouve
plus les fringues aussi sexy ou mignonnes que dans les autres rayons, mais
plutôt des jupes longues dont le but avouer est d'«amincir», des tee-shirts
amples qui «cachent les formes», etc. Et même si j'aime aussi les
jupes longues et les trucs larges, ça me fait super chier de voir que mon choix
est limité parce que les fabriquants de fringues estiment que je ne suis pas
censée montrer mon corps.
Accessoirement, comme ça m'arrive aussi pas mal de fois d'aller regarder les
fringues dans les rayons «homme», je ne peux pas m'empêcher de remarquer que
chez les mecs il n'y a pas tout à fait le même clivage que chez les nanas. Je
n'irais pas prétendre que pour les mecs qui sont gros c'est hyper facile de
trouver des fringues sympas, mais j'ai tout de même l'impression que
globalement le type de fringues qu'on voit dans le rayon «grande tailles»
masculin reste à peu près le même genre de fringues qu'on va retrouver dans les
autres rayons masculins et qu'il n'y a pas la même espèce de dichotomie «pour
filles sexables/pour moches» qu'au rayon féminin.
Grosseur et... bouffe
Il y a un truc avec lequel j'ai un peu du mal dans certaines revendications
de «fat acceptance» et tout ça, c'est les discous qui disent grosso-modo :
«on peut être gros·se tout en mangeant de manière saine et en étant en bonne
santé».
Ce n'est pas que je sois en désaccord avec cette phrase, je pense que c'est
vrai, le truc qui me gêne c'est que du coup je ressens un peu en clivage entre
«bon·ne·s gros·se·s dont ce n'est pas la faute» et «mauvais·es gros·se·s qui
l'ont bien cherché à se bâfrer».
Parce qu'en fait, il faut être honnête, perso, je suis quand même une super
adepte de la junk food, j'aime bien les pâtisseries et le sucré, ça m'arrive
souvent de me prendre des kebabs, bref l'alimentation équilibrée et moi ça fait
clairement deux. Et en fait c'est pas quelque chose dont je pense que je
devrais avoir particulièrement honte et qui ferait que ma grosseur serait moins
acceptable que celle d'une personne qui mange équilibré, végétarien, etc.
Grosseur et... pornographie
Je crois que, globalement, j'ai du mal avec le porno, y compris ses
incarnations «queers», «lesbiens» et tout ça.
Et j'aimerais bien me dire que c'est juste parce que je n'aime pas le porno,
que ce n'est pas fait pour moi, et voilà (même si déjà ça dans certains milieux
je trouve que ce n'est pas évident à dire).
Sauf que je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que ce n'est pas mon
truc, mais aussi parce que c'est présenté comme un truc vaguement «empowerant»
(je parle d'un certain porno alternatif, hein, pas du porno industriel hétéro)
où on est censée, pour une fois, être représentée.
Sauf que bon, en tant que gouine trans et grosse, ben j'ai quand même du mal
à ne pas me dire que pour pouvoir vraiment être représentée, il faudrait que je
sois vachement plus cisgenre et beaucoup plus mince...
Grosseur et... auto-défense
C'est con à dire, mais dans les rares cas où je me suis retrouvée face à de
la confrontation physique (notamment au cours de l'agression que j'avais
relatée
récemment, mais aussi dans des cas où deux mecs voulaient m'empêcher de
sortir du métro ou une autre fois où ça avait failli partir en baston avec un
mec), j'ai eu l'impression qu'être grosse n'avait pas que des inconvénients, ne
serait-ce que parce que quand il s'agit de passer alors que quelqu'un bloque le
passage, ou encore de ne pas se casser la gueule quand quelqu'un te pousse, ben
y'a l'inertie qui fait que les dizaines de kilos en trop ne sont pas forcément
un point négatif.
Après ça n'a pas que des points positifs non plus, et par exemple j'aurais
plus de mal à m'enfuire en courant, parce que ben voilà, je n'ai jamais été
capable de courir vite et encore moins longtemps, et du coup je sais très bien
que si un mec m'en veut vraiment il va me rattraper.
Cela dit, voilà, globalement j'ai l'impression que jusque là dans les
agressions que j'ai vécu mes kilos en trop m'ont plutôt aidée à ne pas trop mal
m'en tirer.
Par contre pour avoir participé de près ou de loin à des ateliers
d'auto-défense féministes, je sais que le fait d'être grosse ne m'aide vraiment
pas à me sentir bien dans ces espaces (lorsqu'il s'agit de pratique physique et
pas de mises en situation verbales, en tout cas) parce que même quand c'est des
potes que je connais et qui sont super cools, ben ça me renvoie à des trucs
genre cours de sport où je me sentais hyper exclue.
Et je sais que j'en étais venue à me dire que ce qui me ferait le plus de
bien, c'est pas ce genre d'ateliers en non-mixité meufs, ni en non-mixité
gouines, ni en non-mixité trans, mais au final en non-mixité grosses.
Grosseur et... écriture
Je pense que je vais faire un billet plus détaillé sur mon rapport avec mes
personnages dans l'écriture et les thèmes que j'y mets, mais je toruve quand
même intéressant de noter que ma première protagoniste ouvertement trans, j'en
ai eu l'idée environ 2 ans avant de démarrer une transition.
De la même manière, j'ai créé ma première protagoniste lesbienne environ 4 ans
avant de me considérer comme telle.
Tout ça pour dire que j'ai souvent mis dans l'écriture des choses que je
n'assumais pas encore publiquement et que je n'acceptais pas encore tout à
fait.
Par contre, ma première protagoniste grosse, je crois vraiment que ça date
de l'année dernière avec Lev d'Enfants
de Mars et de Vénus, soit environ 20 ans après avoir
commencé à être grosse.