Vernis & Sécateur

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Tag - grossophobie

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mardi, janvier 3 2012

Oh, mince

Je suis tombée là-dessus, via un certain réseau social : Ducon, euh, pardon, Dukan (vous savez, le gars qui vous vend ses régimes choc et qui partagera sans doute une cellule avec le fabriquant du Mediator dans quelques années quand on se sera rendu compte qu'en fait, c'est pas très bon pour la santé), qui écrit une lettre ouverte à Sarkozy, pour, en gros, lui suggérer notamment que les gros·se·s perdent des points au Bac parce qu'ils sont gros·se·s, histoire, dit-il, «de sensibiliser les ados à l'équilibre alimentaire».

Bon, déjà, même si l'époque du lycée ça commence à remonter, il y a deux objections que je peux formuler :

  1. les gros·se·s qui perdent des points au bac parce qu'ils et elles sont gros·se·s, ça existe déjà : ça s'appelle les cours de sport.
  1. il faut quand même être assez bisounours pour croire que donner des notes, mettre des points et des barèmes permet vraiment «de sensibiliser les gens» à quoi que ce soit.

Cela dit, pour les gens qui sont vraiment préoccupée par l'idée de faire maigrir les gros·se·s, moi j'ai une idée de régime que je trouve assez classe, là, comme ça : on me met toutes les semaines dans un espace clos, moi et juste un gars qui veut me faire maigrir, moi avec une batte, et je suis persuadée que je serai assez fortement motivée pour dépenser quelques-unes de ces calories superflues que j'ai tendance à emmagasiner.

samedi, octobre 9 2010

Des fois, les personnes minces m'énervent...

Par exemple :

  • quand elles se plaignent de ne plus pouvoir rentrer dans du 38 ;
  • quand elles viennent me féliciter parce que «t'as pas perdu du poids ? c'est bien !», comme si le fait de perdre du poids était toujours forcément lié au «bien»[1] ;
  • quand je dis que je suis «grosse» sans sentiment de honte particulier et qu'elles viennent me corriger : «mais non, t'es pas grosse, peut-être un peu ronde à la limite», genre c'est inconcevable de retourner ce stigmate-là ;
  • quand elles me proposent d'aller faire du shopping «ensemble» dans des magasins où il n'y a absolument rien à ma taille ;
  • quand elles se foutent de moi parce que je prends un Soda «light», parce que c'est vrai que même si c'est pas hyper rationnel ce serait dommage que je ne culpabilise pas pour ça aussi ;
  • quand elles sont super attentives sur les question de «validisme» mais me traitent de flemmarde quand je monte plus lentement qu'elles un escalier ou une côte ;
  • quand elles organisent des ventes de tee-shirts en soutien à une cause ou contre une oppression et que, soit il n'y en a aucun en grande taille, soit les modèles grande taille sont forcément «coupe homme» (c'est bien connu, il n'y a que les mecs qui sont gros) ;
  • quand elles sont les seules à être visibles dans des spectacles/performances/expos/affiches/post-trucs/etc. censées représenter les «minorités» ou les «diversités» ;
  • quand elles me font la morale «mais t'es trop bête de chercher à maigrir/contrôler ton poids, regarde-moi je suis trop libéréE de ça»... ben ouais, sauf que toi t'es mince, tu galères pas à trouver tes fringues à ta taille et tu te fais pas emmerder à cause de ton poids...
  • quand elles font de la super size-acceptance en expliquant qu'on peut être grosSE tout en mangeant équilibré, bio, vegan, etc., et que c'est dur de ne pas entendre «là c'est acceptable parce que ce n'est pas leur faute, mais alors les grosSEs qui bouffent n'importe comment, on ne va pas les défendre, elles l'ont cherché» ;
  • quand elles organisent des supers fringothèques pour se kinguer/queener où il y a deux fringues «grande taille» qui se battent en duel et qu'en plus elles sont moches ;
  • quand elles considèrent que les fringues «grande taille», c'est jusqu'au 44 et pas plus.

Notes

[1] Par exemple, dans mon cas, les périodes où je perds du poids sont souvent celles où je me fais plus souvent vomir que d'habitude. Ce n'est pas forcément les périodes où je vais le mieux.

jeudi, juin 17 2010

Relations avec ma grosseur

Voilà quelques réflexions en vrac sur la façon dont le fait que je sois grosse interagit avec d'autres aspects de ma vie, notamment le fait d'être une meuf, d'être gouine, d'être trans, etc. Ça n'a pas pour but d'énoncer des généralités, juste de dire comment, moi, je le vis...

Grosseur et... fringues

C'est peut-être parce que je suis une fashion-victim, mais je crois que c'est le truc qui me fait le plus chier en étant grosse : l'incapacité de trouver des fringues qui :

  1. sont à ma taille ;
  2. me plaisent.

Ça m'arrive hyper souvent de tomber sur des fringues que je kifferais trop d'avoir et 95 fois sur cent elles ne sont pas disponibles à ma taille, et c'est hyper frustrant.

Bien sûr, il y a des rayons grande taille, mais bizarrement on ne retrouve plus les fringues aussi sexy ou mignonnes que dans les autres rayons, mais plutôt des jupes longues dont le but avouer est d'«amincir», des tee-shirts amples qui «cachent les formes», etc. Et même si j'aime aussi les jupes longues et les trucs larges, ça me fait super chier de voir que mon choix est limité parce que les fabriquants de fringues estiment que je ne suis pas censée montrer mon corps.

Accessoirement, comme ça m'arrive aussi pas mal de fois d'aller regarder les fringues dans les rayons «homme», je ne peux pas m'empêcher de remarquer que chez les mecs il n'y a pas tout à fait le même clivage que chez les nanas. Je n'irais pas prétendre que pour les mecs qui sont gros c'est hyper facile de trouver des fringues sympas, mais j'ai tout de même l'impression que globalement le type de fringues qu'on voit dans le rayon «grande tailles» masculin reste à peu près le même genre de fringues qu'on va retrouver dans les autres rayons masculins et qu'il n'y a pas la même espèce de dichotomie «pour filles sexables/pour moches» qu'au rayon féminin.

Grosseur et... bouffe

Il y a un truc avec lequel j'ai un peu du mal dans certaines revendications de «fat acceptance» et tout ça, c'est les discous qui disent grosso-modo : «on peut être gros·se tout en mangeant de manière saine et en étant en bonne santé».

Ce n'est pas que je sois en désaccord avec cette phrase, je pense que c'est vrai, le truc qui me gêne c'est que du coup je ressens un peu en clivage entre «bon·ne·s gros·se·s dont ce n'est pas la faute» et «mauvais·es gros·se·s qui l'ont bien cherché à se bâfrer».

Parce qu'en fait, il faut être honnête, perso, je suis quand même une super adepte de la junk food, j'aime bien les pâtisseries et le sucré, ça m'arrive souvent de me prendre des kebabs, bref l'alimentation équilibrée et moi ça fait clairement deux. Et en fait c'est pas quelque chose dont je pense que je devrais avoir particulièrement honte et qui ferait que ma grosseur serait moins acceptable que celle d'une personne qui mange équilibré, végétarien, etc.

Grosseur et... pornographie

Je crois que, globalement, j'ai du mal avec le porno, y compris ses incarnations «queers», «lesbiens» et tout ça.

Et j'aimerais bien me dire que c'est juste parce que je n'aime pas le porno, que ce n'est pas fait pour moi, et voilà (même si déjà ça dans certains milieux je trouve que ce n'est pas évident à dire).

Sauf que je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que ce n'est pas mon truc, mais aussi parce que c'est présenté comme un truc vaguement «empowerant» (je parle d'un certain porno alternatif, hein, pas du porno industriel hétéro) où on est censée, pour une fois, être représentée.

Sauf que bon, en tant que gouine trans et grosse, ben j'ai quand même du mal à ne pas me dire que pour pouvoir vraiment être représentée, il faudrait que je sois vachement plus cisgenre et beaucoup plus mince...

Grosseur et... auto-défense

C'est con à dire, mais dans les rares cas où je me suis retrouvée face à de la confrontation physique (notamment au cours de l'agression que j'avais relatée récemment, mais aussi dans des cas où deux mecs voulaient m'empêcher de sortir du métro ou une autre fois où ça avait failli partir en baston avec un mec), j'ai eu l'impression qu'être grosse n'avait pas que des inconvénients, ne serait-ce que parce que quand il s'agit de passer alors que quelqu'un bloque le passage, ou encore de ne pas se casser la gueule quand quelqu'un te pousse, ben y'a l'inertie qui fait que les dizaines de kilos en trop ne sont pas forcément un point négatif.

Après ça n'a pas que des points positifs non plus, et par exemple j'aurais plus de mal à m'enfuire en courant, parce que ben voilà, je n'ai jamais été capable de courir vite et encore moins longtemps, et du coup je sais très bien que si un mec m'en veut vraiment il va me rattraper.

Cela dit, voilà, globalement j'ai l'impression que jusque là dans les agressions que j'ai vécu mes kilos en trop m'ont plutôt aidée à ne pas trop mal m'en tirer.

Par contre pour avoir participé de près ou de loin à des ateliers d'auto-défense féministes, je sais que le fait d'être grosse ne m'aide vraiment pas à me sentir bien dans ces espaces (lorsqu'il s'agit de pratique physique et pas de mises en situation verbales, en tout cas) parce que même quand c'est des potes que je connais et qui sont super cools, ben ça me renvoie à des trucs genre cours de sport où je me sentais hyper exclue.

Et je sais que j'en étais venue à me dire que ce qui me ferait le plus de bien, c'est pas ce genre d'ateliers en non-mixité meufs, ni en non-mixité gouines, ni en non-mixité trans, mais au final en non-mixité grosses.

Grosseur et... écriture

Je pense que je vais faire un billet plus détaillé sur mon rapport avec mes personnages dans l'écriture et les thèmes que j'y mets, mais je toruve quand même intéressant de noter que ma première protagoniste ouvertement trans, j'en ai eu l'idée environ 2 ans avant de démarrer une transition. De la même manière, j'ai créé ma première protagoniste lesbienne environ 4 ans avant de me considérer comme telle.

Tout ça pour dire que j'ai souvent mis dans l'écriture des choses que je n'assumais pas encore publiquement et que je n'acceptais pas encore tout à fait.

Par contre, ma première protagoniste grosse, je crois vraiment que ça date de l'année dernière avec Lev d'Enfants de Mars et de Vénus, soit environ 20 ans après avoir commencé à être grosse.

vendredi, février 12 2010

Visite médicale

Tiens, en fouillant dans mes billets pas validés, j'ai retrouvé celui-ci, que je ne me souvenais plus trop avoir écrit, sans doute parce que c'était un soir à 6h du mat après avoir un peu abusé de la vodka (ce qui m'arrive vraiment pas souvent). Du coup je crois qu'il manque une conclusion que j'avais prévue mais dont je n'ai plus la moindre idée de ce que c'était censée être, et le fil directeur est peut-être assez ténu, mais je me suis dit que c'était intéressant de le poster quand même.


C'est drôle, je me rends compte là, maintenant, peut-être parce que je suis un peu plus bourrée que d'habitude, que j'ai tendance à privilégier parfois certaines thématiques, ce qui en soit ne me pose pas plus de problème que ça (je ne peux pas tout faire, et je pense aussi que les choses se passent mieux si je fais avant tout ce qui me motive à peu près, y compris dasn les aspects militants). Sauf que des fois après coup je me rends compte que j'ai zappé des trucs.

Par exemple, mon rapport avec ma médecin actuelle (je ne sais pas comment on est censé féminiser «médecin», ni si on est censée le faire, donc dans ce billet je dirai «une médecin», parce que «une médecine, ça fait bizarre).

Dans l'absolu, je la trouve plutôt cool. Notamment, quand je suis arrivée à Lille et que je n'avais plus ni endocrinologue, ni psychiatre qui me suivaient, elle a accepté de me renouveler mes traitements hormonaux sans m'embêter. Elle est assez sympa, avec plutôt moins de rapport hiérarchiques que j'ai pu avoir chez certains autres de mes médecins. Elle ne me sort pas du «monsieur» toutes les vingts secondes, comme certains autres faisaient. Quand j'étais dans un super bad trip l'année dernière par rapport à mon taf et qu'elle m'a fait un arrêt maladie, elle ne m'a pas fait de grand jugement de moral ni posé plein de questions sur «pourquoi» en voyant que je m'étais fait quelques coupures sur les bras.

Mais je me rends compte que le fait qu'elle soit assez cool niveau «transidentité» m'a peut être conduit à zapper certains autres rapports qu'il peut y avoir, et qui ne sont certainement pas spécifiques à elle.

Par exemple, la dernière fois que j'étais allée la voir, je m'étais dit qu'il faudrait peut-être que je lui parle un jour, et peut-être même à cette séance-là, du fait que j'ai parfois tendance à me faire vomir.

Ce n'est pas un truc évident pour moi d'en parler, parce que, ben, j'en ai assez honte, et que c'est pas un sujet que j'aborde dans beaucoup de discussions et que finalement, parler de transidentité, de BDSM, de sexualité (peut-être pas d'absence de sexualité, par contre) me semblent encore beaucoup plus facile, pour moi, dans les milieux que je cotoye.

Je ne me fais pas vomir hyper souvent, ce n'est pas systématique. C'est rare que ça dépasse les quatre, cinq fois dans la semaine, et ça m'arrive de rester deux mois sans le faire. Mais je le fais quand même, et en dehors du fait qu'il faudrait peut-être que j'en parle à un·e psy un jour si j'en trouve un·e qui est cool sur mes identités gouine, trans, etc. et si la sécu daigne me renvoyer une carte de sécu, en attendant j'aimerais bien avoir une discussion relativement «sans jugement» pour connaître les risques concrets que ça peut entraîner pour moi avec la fréquence à laquelle je le fais.

Malheureusement, cette discussion que j'espérais n'a pas eu lieu, principalement parce qu'elle m'a demandée quel était mon poids actuel, que ça avait en gros carrément augmenté depuis un an, et en gros qu'elle m'a dit de manière gentille qu'il serait bien que j'en perde.

En soi, je pense qu'elle a été carrément moins pire que certains autres de mes docteurs, qui me faisaient passer sur la balance à chaque visite (le truc pas humiliant du tout) et m'expliquaient que, si je ne faisais rien, je mourrais d'un infarctus à 40 ans, ce qui me touchaist assez peu vu qu'après la plupart de ces séances d'humiliation j'avais plutôt envie de ne pas attendre 25 ans de plus et de me couper les veines tout de suite.

Bref, malgré qu'elle soit plus cool que les autres, je n'ai pas osé parler du fait que je me faisais vomir à ma médecin.

Et je ne pense pas que ce soit spécialement une mauvaise médecin, mais qu'elle se place dans un système où tout le monde - médecin ou pas, mais notamment les médecins - a toujours considéré que les choses étaient simples :

  • je perdais du poids, par tous les moyens nécessaires et quelques soient les circonstances, et c'était bien ;
  • j'en prenais, et c'était mal.

Quand on a passé deux semaines hyper malade et qu'on en sort à peine, et que la seule réaction qu'on a n'est pas «c'est cool que tu ailles mieux» mais «c'est bien, tu as perdu du poids» ; quand un médecin prescrit un régime que je lui dit ne pas me sentir capable de suivre, que mes parents arrivent finalement plus ou moins à imposer, et que le médecin trouve positif la séance d'après que j'ai perdu 1 kg, sans voir les traces d'auto-mutilation sur mes bras ; ce n'est pas trop dur d'imaginer pourquoi on en vient à avoir du mal à dire que certains des mécanismes qu'on met derrière le contrôle du poids ne sont pas super sains.

Et au final, ce que je réalise, c'est que ces derniers dix huits mois, j'ai pris plein de poids, pour différentes raisons liées à un changement de vie, de ville, de régime alimentaire, de régime hormonal, etc. C'est chiant. C'est dur à admettre. C'est hard quand on se rend compte qu'on ne rentre plus dans certaines de ses vieilles fringues.

Maintenant, est-ce que je vais vraiment plus mal parce que le nombre qu'indique la balance a augmenté ? Je n'en suis pas complètement sûre.

mercredi, décembre 23 2009

Les psys et moi

La première fois que j'ai rencontrée une psy - une psychologue, je crois, un truc comme ça, mais je n'en suis pas sûre - je devais avoir neuf, dix ans. Je ne sais pas exactement les raisons qui ont motivé ça (on n'a pas trop pris la peine de m'expliquer, ou alors j'ai oublié) mais il me semble que c'était parce que je ne jouais pas assez avec les autres enfants, des trucs comme ça. Dans l'ensemble, ce n'était pas très pénible : ça se passait à l'école, pendant les heures de cours et heureusement c'était plutôt ludique et pas «mon enfant, veux-tu faire le test de Rorschach ?». Je me rappelle qu'il y avait une histoire où il fallait que j'arrête de dire «je ne sais pas» et plus exprimer ce que je voulais. J'ai jamais été trop douée pour ça, je dois dire.

La deuxième fois, c'était un peu après, et c'était vachement plus chiant, notamment parce que ça me bouffait une partie du mercredi après-midi au lieu du cours de français. Là encore, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que c'était un mec et que je ne l'aimais pas trop. J'ai arrêté d'aller le voir assez rapidement, et c'était très bien comme ça.

La troisième fois, je devais avoir quinze ans, et là ça prenait vraiment la forme d'une «vraie» psy qui ne faisait pas le minimum d'effort pour qu'un enfant fasse un peu d'attention à lui. Résultat : je me contentais surtout de rester silencieuse, sans trop savoir quoi dire, et on se regardait en chien de faïence pendant une demi heure. C'était assez pénible, l'un dans l'autre. Pourquoi est-ce que j'avais été envoyée là ? À cause de mes problèmes de poids, parce que ça devait forcément venir d'un malaise dans ma tête. Peut-être, je n'en sais rien, mais du coup je ne suis pas persuadée que m'imposer une psy ait été vraiment le meilleur moyen de résoudre ça. Un peu après, ma médecin généraliste a constaté qu'effectivement, ça ne marchait pas, et a décidé de plutôt me prescrire des anti-dépresseurs (du prozac). Ben ouais, y'avait pas encore la pillule Alli, elle faisait comme elle pouvait.

La quatrième, c'était il n'y a pas si longtemps, quand j'ai commencé ma transition. En soi, c'était toujours quelque chose d'imposé - je m'en serais bien passée si j'avais pu faire autrement - mais c'était quand même moi qui avait fait la démarche (même si c'était dans l'objectif avoué d'avoir une autorisation pour des hormones), ce qui était une première. Dans l'ensemble elle était relativement cool et assez à l'écoute, même si par moments elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir ses conseils destinés à la transsexuelle type qui, la plupart du temps, tombaient à plat[1]. Le truc dommage c'est qu'il y a plein de choses dont je n'osais pas parler parce que je savais qu'elle était dans une certaine position de pouvoir par rapport à l'obtention ou non d'un traitement hormonal[2].

La cinquième, c'était celle de l'équipe auto-proclamée officielle de Marseille, spécialiste ès transsexualité, qui était un sacré numéro (dont j'ai un peu parlé ici). Je ne l'ai vu qu'une fois, mais elle a eu le temps de me dire que j'étais trop «énorme» pour être trans et que j'allais devenir une créature de la nuit[3].

Dans l'ensemble, toutes ces personnes étaient sans doute plutôt différentes les unes des autres et n'avaient pas grand-chose en commun. Certaines étaient cools, d'autres moins. Dans l'ensemble, je continue à penser qu'aller voir un psy peut parfois aider, mais je ne peux toujours pas m'empêcher de trouver craignos que leur seul point commun ait été que j'ai été d'une façon ou d'une autre, obligée d'aller les voir.

Notes

[1] Par exemple, elle m'a expliqué plusieurs fois que les femmes, dans la vraie vie, ne portaient pas des talons aiguilles tout le temps, mais uniquement par exemple pour les soirées ou les trucs comme ça. Je me contentais d'hocher la tête, en m'abstenant de répondre que ma philosophie, dans la vie, c'était que les rangers allaient avec tout et que, par conséquent, je ne voyais pas pourquoi j'aurais mis autre chose.

[2] Ne serait-ce que par rapport au fait d'être gouine, même si elle avait l'air assez cool, ben je savais quand même que beaucoup de psy refusaient encore aux trans homo d'avoir des hormones.

[3] D'accord, techniquement, en ce moment je regarde des Buffys jusqu'à quatre heures du mat, alors j'imagine qu'elle n'avait pas complètement tort

vendredi, septembre 11 2009

Réflexion sur la grosseur et la féminité

Il y a, dans le milieu féministe, une certaine critique de la féminité. Et autant ça me gonfle quand on considère d'office qu'une nana féminine n'est pas féministe, qu'une fem est nécessairement plus soumise au patriarcat qu'une butch, etc., autant je trouve vraiment important de continuer à critiquer la façon dont la féminité peut nous être imposée.

Par contre, je n'ai pas souvent lu grand-chose sur la façon dont cette norme va être appliquée de manière différente pour différent types de personnes, et notamment, dans ce billet, en fonction du poids[1].

Concrètement, j'ai l'impression que l'idée comme quoi les femmes jeunes (il y a aussi des différences selon l'âge : une femme âgée qui porte une mini-jupe, ça ne va pas) sont poussées à s'habiller de manière très sexy ne s'applique pas vraiment quand on a un peu trop de kilos en trop.

Je veux dire, il n'y a qu'à regarder ce qu'on voit dans les magasins : en général, un rayon «femmes» où on trouve des trucs sexy, des mini-jupes, des super décolletés ; et à côté, un rayon «grandes tailles» où ça devient compliqué de trouver une jupe qui monte au dessus du tibia.PENTAX Image

Il faut l'admettre : une femme doit montrer ses formes, sauf si elle est grosse (pardon, on dit «ronde»), auquel cas il faut tout faire pour les camoufler. Une femme doit montrer ses jambes, sauf quand elle a de la cellulite.

Comme je l'ai dit au-dessus, je n'ai pas beaucoup lu sur le sujet, je n'ai pas de réflexion très approfondie, mais en tout cas je trouve que le rapport à la féminité «sexy» est très différent, et j'aurais du mal à ce qu'on vienne me dire que quand je porte une mini-jupe (que j'ai galérée à trouver et qui est malheureusement un peu petite) c'est «aller dans le sens du patriarcat», puisque me concernant, justement, le patriarcat voudrait plutôt que j'ai la décence de porter une jupe longue ou un pantalon.

Notes

[1] D'ailleurs, si des lect·eur·ice·s ont des lectures à me conseiller, je serais preneuse.

samedi, août 15 2009

D'un travelottage à l'autre...

J'avais fait il y a quelques temps un billet intitulé Rangers vs Bas résille, dont l'intérêt principal (voire unique) était de comparer le graphe suivant, manière ironique de noter la façon dont les remarques que je me prenais dans la figure avaient évolué au cours de ma transition :

rangersvsresille.png

J'avais envie de compléter un peu ce graphe, et de réfléchir sur la différence entre être attaquée lorsqu'on est perçue comme «un garçon qui s'habille en fille» ou comme «une fille qui s'habille comme un garçon», notamment suite à la remarque d'un type un peu bourré l'autre soir, qui m'avait sorti :

Oh, la grosse, tu te prends pour un mec, avec tes rangers

Avant de commencer ce billet proprement dit, je voudrais faire deux observations en guise de parenthèse :

  • d'abord, il se trouve que ce soir-là, je portait des docs, et quand on fait pas la différence entre des docs et des rangeos, eh ben on vient pas se positionner comme docteur ès classification, nan mais ;
  • ensuite, et plus sérieusement, je trouve intéressant la façon dont je me suis beaucoup plus souvent vue signifier que j'étais «grosse», ou autre façon désagréable d'insister sur mon poids (du genre «ouh là, elle pèse au moins X kilos») que je n'avais pas pu me voir signifier que j'étais «gros», alors que je n'étais pas spécialement plus maigre quand j'étais un garçon. Par ailleurs, même lorsque c'était fait, c'était de façon très différente : on va dire d'un garçon qu'il est «costaud», et les remarques ironiques c'était plutôt du genre «ouh la, toi on doit pas venir t'emmerder». D'une fille, on va plutôt dire, lorsqu'on est gentille, qu'elle est «ronde» - parce que costaude, quand même, pour une fille, ça n'irait pas, d'ailleurs l'adjectif au féminin ne me semble pas très utilisé - et l'idée qu'on n'irait pas venir l'emmerder est assez aberrante, puisque manifestement, dans l'esprit d'un certain nombre de mecs, une fille est là pour ça, de toute façon.

Voilà, parenthèse finie, venons-en au coeur du billet : la différence entre être perçue comme un garçon «qui s'habille en fille» et une fille «qui s'habille en garçon». Notamment, il y a l'idée, que j'ai souvent vue, que le premier cas serait très lourdement condamné par la société, alors que le second serait beaucoup plus accepté.

Ce qui, en fait, ne correspond pas à mon vécu.

Je ne veux pas nier l'importance des agressions que peuvent subir des personnes perçues comme «des garçons qui s'habillent comme des filles», parce que j'ai conscience que j'ai pu éviter une partie de ces agressions parce que je n'ai jamais été ultra-féminine, ou en tout cas pas de manière conventionnelle, et que du coup il y a un certain nombre de fois où je n'ai pas été perçue comme «travelo» mais comme «punk», «métalleu/se/x», «goth» ou des trucs comme ça[1]. Par ailleurs j'ai sans doute pu percevoir de façon relativement moins violente des insultes qui visaient à me traiter de «travelo» ou qui revenaient à dire que je n'étais pas un mec, lorsque être un mec était justement quelque chose que je rejetais violemment.

Toujours est-il que je n'ai jamais eu la sensation de risquer la violence physique du simple fait d'être désignée comme «travelo». Il y a eu quelques moments où la question s'est posée ou a failli se poser, mais c'était toujours quand je répondais à une attaque, parfois en insultant l'agresseur, parfois en essayant de le questionner (et à une occasion en envoyant un coup de poing). Souvent ces agressions étaient sexualisées, qu'il s'agisse de siffler, de traiter de pute, ou de demander si je suçais ou autres remarques du même tonneau. Je pense que ce genre d'agression n'est évidemment pas spécifique de la transphobie, et de fait c'est difficile de voir la limite entre la transphobie et le sexisme, c'est-à-dire entre le fait d'être perçue comme un garçon habillé en fille et le simple fait d'être habillée en fille, et donc forcément pour les mecs[2].

À l'inverse, même si j'ai moins l'expérience d'être perçue comme «fille masculine», j'ai eu l'impression que souvent l'agression, n'avait ni intention de me sexualiser (plutôt le contraire : faire comprendre que t'es moche et pas baisable, ce qui serait censé être l'insulte ultime), ni ne se limitait à dire que telle ou telle fringue ne convenait pas à une fille respectable, mais cherchait assez ouvertement la bagarre, dans une logique «tu te prends pour un mec, on va voir ça».

Là encore, je ne prétends pas parler de manière universelle : d'abord, comme je l'ai dit, je n'ai pas une grande expérience à être prise pour une fille «qui veut faire garçon», et ensuite c'était avec une forme assez spécifique de masculinité (notamment j'imagine que j'aurais peut-être moins d'agressions cherchant la bagarre en étant en costard-cravate qu'en treillis-rangers).

Cela dit je trouve quand même intéressant de noter deux choses :

  • la différence entre «fille habillée en garçon» et «garçon habillé en fille» me semble assez révélatrice sur la vision de ce qu'est l'homme et la femme : «ah, tu veux jouer à être un garçon ?» => «je veux te mettre une raclée» ; «ah, tu veux jouer à être une fille ?» => «je veux te baiser».
  • le fait de considérer qu'il est plus acceptable pour une fille de s'habiller en garçon ne me semble vrai que dans certaines limites : soit à condition soit d'éviter les vêtements/coiffures/etc qui font trop mec (par exemple un pantalon ça va, un costard-cravate déjà moins ; avoir les cheveux courts est accepté, à condition que ça soit quand même une coupe qui fasse féminin), soit à condition d'avoir un élément masculin mais que le reste soit féminin quand même.

Voilà, c'est juste quelques réflexions sur le sujet :)

(PS: j'utilise souvent le terme filles/garçons plutôt que femmes/hommes, parce que j'ai l'impression que c'est au final un peu plus large, un peu plus facile de se reconnaître dans ces termes là quand on ne se reconnaît pas dans les termes «femme» ou «homme» (en tout cas pour moi, c'est peut-être pas le cas de tout le monde). J'ai conscience que ces termes ont d'autres problèmes, notamment pour l'utilisation de «filles», mais d'un autre côté je ne sais pas trop comment dire «personne catégorisée comme femme par la société mais ne se reconnaissant pas forcément comme telle» de manière concise.)

Notes

[1] Voire redskin, ce qui n'est pas, dans ma construction, une identité que je renierais complètement, mais je trouve tout de même amusant d'être caractérisé comme tel vu la taille de mes cheveux et certains autres éléments du look...

[2] La plupart des agressions transphobes que j'ai subies venaient de mecs. Cela dit, même si c'était souvent dans un style différent, moins directement agressif, il y en a aussi eu venant de filles, y compris pour l'aspect sexualisation.

mercredi, mai 6 2009

Télé-réalité, grossophobie et valorisation du harcèlement

Les sites Feministe et Feministing dénoncent la bande-annonce d'une nouvelle émission de télé-réalité en anglais intitulée I want to save your life.

Le principe, comme on le voit sur ce «teaser», est qu'un mec (le «héros» de l'émission), avec la complicité d'un proche (en l'occurrence le copain) va suivre une nana considérée comme trop grosse pour aller lui faire la morale et lui «sauver la vie».

En plus de l'aspect super moralisateur des personnes en soi-disant surpoids, parce que bien sûr les filles dite rondes n'attendent que l'intervention d'un mec bien comme il faut pour les sauver d'elles-même et de leur tentation vers la glace, je trouve ça super grave de présenter le harcèlement d'une femme comme parfaitement normal et légitime.

Je crois pas qu'on ait déjà ça en France, mais je ne doute pas que TF1 ou M6 vont rapidement s'employer à rattraper leur retard et qu'on aura droit aussi à ce genre de message fabuleux.