Vernis & Sécateur

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samedi, octobre 9 2010

Des fois, les personnes minces m'énervent...

Par exemple :

  • quand elles se plaignent de ne plus pouvoir rentrer dans du 38 ;
  • quand elles viennent me féliciter parce que «t'as pas perdu du poids ? c'est bien !», comme si le fait de perdre du poids était toujours forcément lié au «bien»[1] ;
  • quand je dis que je suis «grosse» sans sentiment de honte particulier et qu'elles viennent me corriger : «mais non, t'es pas grosse, peut-être un peu ronde à la limite», genre c'est inconcevable de retourner ce stigmate-là ;
  • quand elles me proposent d'aller faire du shopping «ensemble» dans des magasins où il n'y a absolument rien à ma taille ;
  • quand elles se foutent de moi parce que je prends un Soda «light», parce que c'est vrai que même si c'est pas hyper rationnel ce serait dommage que je ne culpabilise pas pour ça aussi ;
  • quand elles sont super attentives sur les question de «validisme» mais me traitent de flemmarde quand je monte plus lentement qu'elles un escalier ou une côte ;
  • quand elles organisent des ventes de tee-shirts en soutien à une cause ou contre une oppression et que, soit il n'y en a aucun en grande taille, soit les modèles grande taille sont forcément «coupe homme» (c'est bien connu, il n'y a que les mecs qui sont gros) ;
  • quand elles sont les seules à être visibles dans des spectacles/performances/expos/affiches/post-trucs/etc. censées représenter les «minorités» ou les «diversités» ;
  • quand elles me font la morale «mais t'es trop bête de chercher à maigrir/contrôler ton poids, regarde-moi je suis trop libéréE de ça»... ben ouais, sauf que toi t'es mince, tu galères pas à trouver tes fringues à ta taille et tu te fais pas emmerder à cause de ton poids...
  • quand elles font de la super size-acceptance en expliquant qu'on peut être grosSE tout en mangeant équilibré, bio, vegan, etc., et que c'est dur de ne pas entendre «là c'est acceptable parce que ce n'est pas leur faute, mais alors les grosSEs qui bouffent n'importe comment, on ne va pas les défendre, elles l'ont cherché» ;
  • quand elles organisent des supers fringothèques pour se kinguer/queener où il y a deux fringues «grande taille» qui se battent en duel et qu'en plus elles sont moches ;
  • quand elles considèrent que les fringues «grande taille», c'est jusqu'au 44 et pas plus.

Notes

[1] Par exemple, dans mon cas, les périodes où je perds du poids sont souvent celles où je me fais plus souvent vomir que d'habitude. Ce n'est pas forcément les périodes où je vais le mieux.

jeudi, juin 17 2010

Relations avec ma grosseur

Voilà quelques réflexions en vrac sur la façon dont le fait que je sois grosse interagit avec d'autres aspects de ma vie, notamment le fait d'être une meuf, d'être gouine, d'être trans, etc. Ça n'a pas pour but d'énoncer des généralités, juste de dire comment, moi, je le vis...

Grosseur et... fringues

C'est peut-être parce que je suis une fashion-victim, mais je crois que c'est le truc qui me fait le plus chier en étant grosse : l'incapacité de trouver des fringues qui :

  1. sont à ma taille ;
  2. me plaisent.

Ça m'arrive hyper souvent de tomber sur des fringues que je kifferais trop d'avoir et 95 fois sur cent elles ne sont pas disponibles à ma taille, et c'est hyper frustrant.

Bien sûr, il y a des rayons grande taille, mais bizarrement on ne retrouve plus les fringues aussi sexy ou mignonnes que dans les autres rayons, mais plutôt des jupes longues dont le but avouer est d'«amincir», des tee-shirts amples qui «cachent les formes», etc. Et même si j'aime aussi les jupes longues et les trucs larges, ça me fait super chier de voir que mon choix est limité parce que les fabriquants de fringues estiment que je ne suis pas censée montrer mon corps.

Accessoirement, comme ça m'arrive aussi pas mal de fois d'aller regarder les fringues dans les rayons «homme», je ne peux pas m'empêcher de remarquer que chez les mecs il n'y a pas tout à fait le même clivage que chez les nanas. Je n'irais pas prétendre que pour les mecs qui sont gros c'est hyper facile de trouver des fringues sympas, mais j'ai tout de même l'impression que globalement le type de fringues qu'on voit dans le rayon «grande tailles» masculin reste à peu près le même genre de fringues qu'on va retrouver dans les autres rayons masculins et qu'il n'y a pas la même espèce de dichotomie «pour filles sexables/pour moches» qu'au rayon féminin.

Grosseur et... bouffe

Il y a un truc avec lequel j'ai un peu du mal dans certaines revendications de «fat acceptance» et tout ça, c'est les discous qui disent grosso-modo : «on peut être gros·se tout en mangeant de manière saine et en étant en bonne santé».

Ce n'est pas que je sois en désaccord avec cette phrase, je pense que c'est vrai, le truc qui me gêne c'est que du coup je ressens un peu en clivage entre «bon·ne·s gros·se·s dont ce n'est pas la faute» et «mauvais·es gros·se·s qui l'ont bien cherché à se bâfrer».

Parce qu'en fait, il faut être honnête, perso, je suis quand même une super adepte de la junk food, j'aime bien les pâtisseries et le sucré, ça m'arrive souvent de me prendre des kebabs, bref l'alimentation équilibrée et moi ça fait clairement deux. Et en fait c'est pas quelque chose dont je pense que je devrais avoir particulièrement honte et qui ferait que ma grosseur serait moins acceptable que celle d'une personne qui mange équilibré, végétarien, etc.

Grosseur et... pornographie

Je crois que, globalement, j'ai du mal avec le porno, y compris ses incarnations «queers», «lesbiens» et tout ça.

Et j'aimerais bien me dire que c'est juste parce que je n'aime pas le porno, que ce n'est pas fait pour moi, et voilà (même si déjà ça dans certains milieux je trouve que ce n'est pas évident à dire).

Sauf que je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que ce n'est pas mon truc, mais aussi parce que c'est présenté comme un truc vaguement «empowerant» (je parle d'un certain porno alternatif, hein, pas du porno industriel hétéro) où on est censée, pour une fois, être représentée.

Sauf que bon, en tant que gouine trans et grosse, ben j'ai quand même du mal à ne pas me dire que pour pouvoir vraiment être représentée, il faudrait que je sois vachement plus cisgenre et beaucoup plus mince...

Grosseur et... auto-défense

C'est con à dire, mais dans les rares cas où je me suis retrouvée face à de la confrontation physique (notamment au cours de l'agression que j'avais relatée récemment, mais aussi dans des cas où deux mecs voulaient m'empêcher de sortir du métro ou une autre fois où ça avait failli partir en baston avec un mec), j'ai eu l'impression qu'être grosse n'avait pas que des inconvénients, ne serait-ce que parce que quand il s'agit de passer alors que quelqu'un bloque le passage, ou encore de ne pas se casser la gueule quand quelqu'un te pousse, ben y'a l'inertie qui fait que les dizaines de kilos en trop ne sont pas forcément un point négatif.

Après ça n'a pas que des points positifs non plus, et par exemple j'aurais plus de mal à m'enfuire en courant, parce que ben voilà, je n'ai jamais été capable de courir vite et encore moins longtemps, et du coup je sais très bien que si un mec m'en veut vraiment il va me rattraper.

Cela dit, voilà, globalement j'ai l'impression que jusque là dans les agressions que j'ai vécu mes kilos en trop m'ont plutôt aidée à ne pas trop mal m'en tirer.

Par contre pour avoir participé de près ou de loin à des ateliers d'auto-défense féministes, je sais que le fait d'être grosse ne m'aide vraiment pas à me sentir bien dans ces espaces (lorsqu'il s'agit de pratique physique et pas de mises en situation verbales, en tout cas) parce que même quand c'est des potes que je connais et qui sont super cools, ben ça me renvoie à des trucs genre cours de sport où je me sentais hyper exclue.

Et je sais que j'en étais venue à me dire que ce qui me ferait le plus de bien, c'est pas ce genre d'ateliers en non-mixité meufs, ni en non-mixité gouines, ni en non-mixité trans, mais au final en non-mixité grosses.

Grosseur et... écriture

Je pense que je vais faire un billet plus détaillé sur mon rapport avec mes personnages dans l'écriture et les thèmes que j'y mets, mais je toruve quand même intéressant de noter que ma première protagoniste ouvertement trans, j'en ai eu l'idée environ 2 ans avant de démarrer une transition. De la même manière, j'ai créé ma première protagoniste lesbienne environ 4 ans avant de me considérer comme telle.

Tout ça pour dire que j'ai souvent mis dans l'écriture des choses que je n'assumais pas encore publiquement et que je n'acceptais pas encore tout à fait.

Par contre, ma première protagoniste grosse, je crois vraiment que ça date de l'année dernière avec Lev d'Enfants de Mars et de Vénus, soit environ 20 ans après avoir commencé à être grosse.

vendredi, septembre 11 2009

Réflexion sur la grosseur et la féminité

Il y a, dans le milieu féministe, une certaine critique de la féminité. Et autant ça me gonfle quand on considère d'office qu'une nana féminine n'est pas féministe, qu'une fem est nécessairement plus soumise au patriarcat qu'une butch, etc., autant je trouve vraiment important de continuer à critiquer la façon dont la féminité peut nous être imposée.

Par contre, je n'ai pas souvent lu grand-chose sur la façon dont cette norme va être appliquée de manière différente pour différent types de personnes, et notamment, dans ce billet, en fonction du poids[1].

Concrètement, j'ai l'impression que l'idée comme quoi les femmes jeunes (il y a aussi des différences selon l'âge : une femme âgée qui porte une mini-jupe, ça ne va pas) sont poussées à s'habiller de manière très sexy ne s'applique pas vraiment quand on a un peu trop de kilos en trop.

Je veux dire, il n'y a qu'à regarder ce qu'on voit dans les magasins : en général, un rayon «femmes» où on trouve des trucs sexy, des mini-jupes, des super décolletés ; et à côté, un rayon «grandes tailles» où ça devient compliqué de trouver une jupe qui monte au dessus du tibia.PENTAX Image

Il faut l'admettre : une femme doit montrer ses formes, sauf si elle est grosse (pardon, on dit «ronde»), auquel cas il faut tout faire pour les camoufler. Une femme doit montrer ses jambes, sauf quand elle a de la cellulite.

Comme je l'ai dit au-dessus, je n'ai pas beaucoup lu sur le sujet, je n'ai pas de réflexion très approfondie, mais en tout cas je trouve que le rapport à la féminité «sexy» est très différent, et j'aurais du mal à ce qu'on vienne me dire que quand je porte une mini-jupe (que j'ai galérée à trouver et qui est malheureusement un peu petite) c'est «aller dans le sens du patriarcat», puisque me concernant, justement, le patriarcat voudrait plutôt que j'ai la décence de porter une jupe longue ou un pantalon.

Notes

[1] D'ailleurs, si des lect·eur·ice·s ont des lectures à me conseiller, je serais preneuse.