Il y a un truc qui me soûle, que ce soit dans le mouvement féministe ou LGBT, c'est la tendance à passer son temps à expliquer que non, on n'est pas toutes méchantes et qu'on ne vous (les mecs, les hétéros...) déteste pas.

Alors attention, je n'ai rien contre les gens gentils, à la base. Même moi, j'essaie de l'être de temps en temps et, à part sur Internet où de temps en temps je peux être une sale hystérique, je pense que je ne suis pas très méchante, globalement. Mais ce qui me gêne, c'est le fait de se justifier en disant que non, quand même, toutes les féministes ne sont pas comme ça.

Et comme ça, ça ne veut pas juste dire méchante. Là où ça me gêne vraiment, c'est quand c'est pour les accusations de type «les féministes sont toutes lesbiennes», «les féministes sont toutes moches», «les féministes sont toutes masculines» et tutti quanti.

Ce qui m'embête plus précisément, c'est de voire des personnes s'acharner à expliquer que, mais non, il y a des féministes qui ne sont pas lesbiennes, et que d'abord toutes les lesbiennes ne sont pas camionneuses, et puis on peut être féministes et féminine, ça ne pose pas de problème, et puis tout le monde n'est pas moche, et...

Et, au final, ce qu'on a, c'est que la sale gouine un peu trop masculine (et donc moche, fatalement), ben elle, on s'embête pas trop à la défendre, tout simplement à constater que, vraiment, elle est heureusement très minoritaire dans le féminisme, c'est le côté un peu «extrême», mais heureusement, il y a des gens plus fréquentables.

Bien sûr, c'est vrai que toutes les féministes ne sont pas lesbiennes, que toutes les lesbiennes ne sont pas de sales gouines butchs camionneuses qui arrachent les capsules de bière avec leurs dents, mais le problème c'est qu'à se contenter de se distancier de ce qui est perçu comme «repoussoir», au final, ça conforte la stigmatisation.

Évidemment, ce n'est pas vrai tout le temps. Quand la réponse est «toutes les féministes ne sont pas des lesbiennes, et toutes les lesbiennes ne sont pas masculines, mais de toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire ? Ça remet en cause ta sainte virilité ? Elle ont le look qu'elles veulent, couchent avec qui elles veulent et elles t'emmerdent, tu sais ?», ça ne me pose pas de problème, bien au contraire. Mais force est de constater que, bien souvent, on n'a que le début de la phrase.

C'est vrai aussi pour le mouvement gay, par exemple (mais aussi pour un tas d'autres), qui s'acharne à expliquer que, fort heureusement, tous les gays ne sont pas des folles, voire que les «folles» feraient mieux de l'être un peu moins, folles, histoire de ne pas trop décrédibiliser le mouvement.

Parce que la crédibilité, c'est important, et que ce soit les pédés effeminés, ou les gouines masculines, ben ça le fait pas trop, niveau crédibilité. Pas assez sérieuses, pas assez dans la norme (qu'on veut changer mais pas trop quand même, il ne faut pas déconner), trop insortables, trop irresponsables.

Irresponsables, c'est un mot qui revient souvent, aussi. Il faut savoir faire preuve de responsabilité. La responsabilité, grosso-modo, c'est être poli avec son oppresseur et ne pas aller l'embêter trop méchamment, manifester dans le calme, sans faire trop de bruit, en n'étant pas trop mal sapé et surtout, sans dire trop de mal des mecs, des hétéros, sans, évidemment remettre en cause les constructions même de ce c'est qu'être mec ou être hétéro.

Non, il faut montrer qu'on n'est pas comme les hystériques des années 70, qu'on ne va pas brûler son soutien-gorge (quelle horreur, on aurait les seins qui tombent !) et, qu'au final, on sait garder notre place (contrairement aux gouinasses qui, finalement, se prennent un peu pour des mecs, ce qui n'est pas très sain).

Moi, j'ai envie de leur dire : allez vous faire intégrer.

À un moment donné, je pense qu'il est de notre responsabilité d'être irresponsable. Parce que sinon, on en revient à réduire le féminisme à obtenir un peu de droits pour les femmes hétéros, blanches, pas trop pauvres, qui ont un bon mari, etc. On en revient à limiter le mouvement LGBT à avoir des miettes pour les gays du marais, etc.

Alors j'ai pas envie d'expliquer que «toutes les féministes ne sont pas lesbiennes», que même les lesbiennes peuvent être raisonnablement féminines, et qu'heureusement, tout le monde n'est pas comme ça. Parce que, c'est peut-être irresponsable, mais je trouve que gueuler «on est fières, on est gouines, on est moches et masculines !» est une réponse vachement plus satisfaisante.