Il y a quelques jours[1], j'ai reçu le harnais que j'avais commandé (le harnais, c'est pour pouvoir mettre des godes à la ceinture, pas pour faire de l'escalade, ni pour promener un chien, je précise.)
Bon voilà, en soi c'est pas forcément une information hyper intéressante[2], mais quand j'avais évoqué le fait que je trouvais ça trop cool, quelqu'un m'avait fait une remarque du genre : «toi, t'es du genre à te faire couper la jambe pour mettre une prothèse ?».
Et en fait, je me disais que c'était assez révélateur de la façon dont étaient perçus les godes-ceintures et peut-être les godes de manière générale : c'est-à-dire, un pâle substitut de pénis pour les personnes qui n'en ont pas.
Alors qu'en fait, ben je vois pas vraiment les choses comme ça. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la façon dont j'appréhende mon gode-ceinture ne va pas être la même que celle dont j'appréhende ce que j'ai entre les jambes.
Ne serait-ce que parce que, déjà, je ne sais pas pour les autres nanas trans, mais moi avec les hormones et tout ça, je suis pas comme les trans dans le porno qui sont capables d'avoir une érection impressionnante[3], et que du coup, ben, euh... disons que si l'envie me prend de faire certaines choses, ça vaudra quand même pas un gode, hein.
À l'inverse, aussi horrible que ça puisse sonner aux oreilles de ma psychiatre, même sans pénétration, je peux prendre du plaisir avec mes organes génitaux. Et du coup, aussi cool que soit n'importe quel gode, ça restera toujours du silicone (ou une autre matière) dépourvu de connexions nerveuses, et qui du coup ne m'apportera pas le même plaisir.
Ce que je veux dire par tout ça, c'est qu'en fait, non le but d'un harnais ou d'un gode n'est pas de copier le phallus et le rapport hétérosexuel classique.
Je veux dire, d'accord, pour l'usage qu'on en fait en général, un gode a intérêt à avoir une forme oblongue, maintenant y'en a quand même pas mal qui cherchent pas à ressembler à des pénis... Genre le truc fluo avec des petites bosses dessus, ben, je suis vraiment pas une spécialiste des bites bio, mais j'imagine que ça doit quand même pas être super courant.
Je peux comprendre que des hétéros (et pas que, parce qu'on vit tou·te·s dans une société hétéro) pensent qu'on ne peut jurer que par le dieu Phallus et que la relation hétérosexuelle est tellement vitale qu'on ne peut rien faire sans, et que du coup tout le reste doit être comparé à ça et vu comme une imitation.
Mais en fait, on peut considérer un gode pour ce que c'est en soi : c'est-à-dire, un gode, et pas forcément en tant que copie de bite bio. On peut donc considérer un harnais comme un moyen de prendre du plaisir et d'en donner, et dont le but n'est pas forcément de «se prendre pour un mec». De même que l'intérêt d'un pisse-debout peut tout simplement être de faire pipi debout et non de vouloir à tout prix... eh bien, là encore, se prendre pour un mec. Ou encore, qu'on peut être butch parce qu'on apprécie être butch, parce que ça correspond à son identité et tout ça, et non pas pour... oh, toujours, se prendre pour un mec.
Bizarrement, à côté de ça, quand je dis que j'aime me prendre des coups de cravache, personne ne vient me dire que je fais ça pour pouvoir «me prendre pour un cheval». Allez comprendr.
Du coup, évidemment, les gens pourront toujours intérprêter et continuer à dire que le but de ci est de se prendre pour un mec, ou que le but de ça est de singer la relation hétérosexuelle ; maintenant je me demande si ça ne reflète pas surtout le fait que ces personnes continuent à placer sur un piédéstal le fait d'être un mec ou la relation hétérosexuelle, et leur incapacité à considérer qu'il puisse y avoir des choses en dehors.
Notes
[1] Au moment où je commençais à écrire ce post ; maintenant, ça fait plus. Et depuis j'ai appris à faire les harnais façon do-it-yourself avec des chambres à air, des rivets, et un anneau de fémidon, du coup c'est con, j'aurais pu faire des économies.
[2] Mis à part que si on compare ma vie sexuelle avec ma collection de sex-toys, on se dit que c'est quand même du fric qui sert à rien, mais voilà, voilà.
[3] Bon, il faut dire que je suis assez impressionnable sur le sujet. À chaque fois que je feuillette une brochure gay explicite je me retrouve à faire O_O' et à demander à des copains gays si ça existe vraiment dans la vraie vie ou si c'est juste grâce à Photoshop, alors qu'en général leur réation c'est «Bof, un peu petit».