Vernis & Sécateur

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vendredi, septembre 16 2011

Réponse personnelle à Boutin

Pour celles qui n'auraient pas suivi l'histoire, suite à l'inclusion dramatique des notions d'identité de genre et d'orientation sexuelle dans les manuels de SVT, Christine Boutin s'est amusée à faire des images pour montrer à quel point «l'idéologie du gender» est horrifiante et qu'être trans et aberrant. Ce à quoi HES et une autre association LGBT ont à leur tour détourné ces images pour dire à quel point les trans et les homos étaient discriminé·e·s. Le tout peut être vu sur un article de Yagg, si le coeur vous en dit.

Comme moi aussi j'aime jouer avec les images, et que mon amie Lev avait déjà joué à flirter avec le point Godwin, je me suis dit que c'était intéressant de répondre à l'idée horrifiante répandue par les cathos que nous, méchantes transpédégouines, allions par l'intermédiaire de notre idéologié néfaste, détruire la famille et détourner leurs petit enfants hétéros.

Et de répondre : ben, ouais.

edgington.jpg

(En français : «Pourquoi chercherions-nous l'égalité des droits ? Vous n'êtes pas nos égaux. Nous allons vous bouffer, après avoir bouffé vos enfants.»)

(Pour celles qui ne suivraient pas, il s'agit bien évidemment d'une référence à True Blood, cf cet extrait vidéo)

samedi, août 15 2009

D'un travelottage à l'autre...

J'avais fait il y a quelques temps un billet intitulé Rangers vs Bas résille, dont l'intérêt principal (voire unique) était de comparer le graphe suivant, manière ironique de noter la façon dont les remarques que je me prenais dans la figure avaient évolué au cours de ma transition :

rangersvsresille.png

J'avais envie de compléter un peu ce graphe, et de réfléchir sur la différence entre être attaquée lorsqu'on est perçue comme «un garçon qui s'habille en fille» ou comme «une fille qui s'habille comme un garçon», notamment suite à la remarque d'un type un peu bourré l'autre soir, qui m'avait sorti :

Oh, la grosse, tu te prends pour un mec, avec tes rangers

Avant de commencer ce billet proprement dit, je voudrais faire deux observations en guise de parenthèse :

  • d'abord, il se trouve que ce soir-là, je portait des docs, et quand on fait pas la différence entre des docs et des rangeos, eh ben on vient pas se positionner comme docteur ès classification, nan mais ;
  • ensuite, et plus sérieusement, je trouve intéressant la façon dont je me suis beaucoup plus souvent vue signifier que j'étais «grosse», ou autre façon désagréable d'insister sur mon poids (du genre «ouh là, elle pèse au moins X kilos») que je n'avais pas pu me voir signifier que j'étais «gros», alors que je n'étais pas spécialement plus maigre quand j'étais un garçon. Par ailleurs, même lorsque c'était fait, c'était de façon très différente : on va dire d'un garçon qu'il est «costaud», et les remarques ironiques c'était plutôt du genre «ouh la, toi on doit pas venir t'emmerder». D'une fille, on va plutôt dire, lorsqu'on est gentille, qu'elle est «ronde» - parce que costaude, quand même, pour une fille, ça n'irait pas, d'ailleurs l'adjectif au féminin ne me semble pas très utilisé - et l'idée qu'on n'irait pas venir l'emmerder est assez aberrante, puisque manifestement, dans l'esprit d'un certain nombre de mecs, une fille est là pour ça, de toute façon.

Voilà, parenthèse finie, venons-en au coeur du billet : la différence entre être perçue comme un garçon «qui s'habille en fille» et une fille «qui s'habille en garçon». Notamment, il y a l'idée, que j'ai souvent vue, que le premier cas serait très lourdement condamné par la société, alors que le second serait beaucoup plus accepté.

Ce qui, en fait, ne correspond pas à mon vécu.

Je ne veux pas nier l'importance des agressions que peuvent subir des personnes perçues comme «des garçons qui s'habillent comme des filles», parce que j'ai conscience que j'ai pu éviter une partie de ces agressions parce que je n'ai jamais été ultra-féminine, ou en tout cas pas de manière conventionnelle, et que du coup il y a un certain nombre de fois où je n'ai pas été perçue comme «travelo» mais comme «punk», «métalleu/se/x», «goth» ou des trucs comme ça[1]. Par ailleurs j'ai sans doute pu percevoir de façon relativement moins violente des insultes qui visaient à me traiter de «travelo» ou qui revenaient à dire que je n'étais pas un mec, lorsque être un mec était justement quelque chose que je rejetais violemment.

Toujours est-il que je n'ai jamais eu la sensation de risquer la violence physique du simple fait d'être désignée comme «travelo». Il y a eu quelques moments où la question s'est posée ou a failli se poser, mais c'était toujours quand je répondais à une attaque, parfois en insultant l'agresseur, parfois en essayant de le questionner (et à une occasion en envoyant un coup de poing). Souvent ces agressions étaient sexualisées, qu'il s'agisse de siffler, de traiter de pute, ou de demander si je suçais ou autres remarques du même tonneau. Je pense que ce genre d'agression n'est évidemment pas spécifique de la transphobie, et de fait c'est difficile de voir la limite entre la transphobie et le sexisme, c'est-à-dire entre le fait d'être perçue comme un garçon habillé en fille et le simple fait d'être habillée en fille, et donc forcément pour les mecs[2].

À l'inverse, même si j'ai moins l'expérience d'être perçue comme «fille masculine», j'ai eu l'impression que souvent l'agression, n'avait ni intention de me sexualiser (plutôt le contraire : faire comprendre que t'es moche et pas baisable, ce qui serait censé être l'insulte ultime), ni ne se limitait à dire que telle ou telle fringue ne convenait pas à une fille respectable, mais cherchait assez ouvertement la bagarre, dans une logique «tu te prends pour un mec, on va voir ça».

Là encore, je ne prétends pas parler de manière universelle : d'abord, comme je l'ai dit, je n'ai pas une grande expérience à être prise pour une fille «qui veut faire garçon», et ensuite c'était avec une forme assez spécifique de masculinité (notamment j'imagine que j'aurais peut-être moins d'agressions cherchant la bagarre en étant en costard-cravate qu'en treillis-rangers).

Cela dit je trouve quand même intéressant de noter deux choses :

  • la différence entre «fille habillée en garçon» et «garçon habillé en fille» me semble assez révélatrice sur la vision de ce qu'est l'homme et la femme : «ah, tu veux jouer à être un garçon ?» => «je veux te mettre une raclée» ; «ah, tu veux jouer à être une fille ?» => «je veux te baiser».
  • le fait de considérer qu'il est plus acceptable pour une fille de s'habiller en garçon ne me semble vrai que dans certaines limites : soit à condition soit d'éviter les vêtements/coiffures/etc qui font trop mec (par exemple un pantalon ça va, un costard-cravate déjà moins ; avoir les cheveux courts est accepté, à condition que ça soit quand même une coupe qui fasse féminin), soit à condition d'avoir un élément masculin mais que le reste soit féminin quand même.

Voilà, c'est juste quelques réflexions sur le sujet :)

(PS: j'utilise souvent le terme filles/garçons plutôt que femmes/hommes, parce que j'ai l'impression que c'est au final un peu plus large, un peu plus facile de se reconnaître dans ces termes là quand on ne se reconnaît pas dans les termes «femme» ou «homme» (en tout cas pour moi, c'est peut-être pas le cas de tout le monde). J'ai conscience que ces termes ont d'autres problèmes, notamment pour l'utilisation de «filles», mais d'un autre côté je ne sais pas trop comment dire «personne catégorisée comme femme par la société mais ne se reconnaissant pas forcément comme telle» de manière concise.)

Notes

[1] Voire redskin, ce qui n'est pas, dans ma construction, une identité que je renierais complètement, mais je trouve tout de même amusant d'être caractérisé comme tel vu la taille de mes cheveux et certains autres éléments du look...

[2] La plupart des agressions transphobes que j'ai subies venaient de mecs. Cela dit, même si c'était souvent dans un style différent, moins directement agressif, il y en a aussi eu venant de filles, y compris pour l'aspect sexualisation.

jeudi, mars 26 2009

Travestisme, fétichisme et genre

L'autre, fois je suis allée dans un magasin de fringues. Ouais, ça m'arrive, on ne dirait pas vu comme je suis habillée comme une clodo, mais je vais dans les magasins de fringues, des fois. J'ai transgressé les injonctions de genre, «homme» d'un côté et «femme» de l'autre, et j'ai pris quelques vêtements qui, sacrilège, ne m'étaient pas destinée.

Je suis allée dans la cabine d'essayage et j'ai changé de fringues, pour voir ce que ça donnait. Et là, il faut être honnête, j'ai été excitée. Sexuellement. Ce qui, selon les termes psychiatriques, s'appelle, je crois «transvestisme fétichiste». En tout cas c'était assez sympa, même si finalement je n'ai pas acheté les fringues (elles étaient un peu petites, pour les essayer ça aller encore mais passer des heures dedans, non merci).

Si je raconte ça à un psy, ou même à beaucoup d'autres personnes, qui plus est en tant que trans' MtF (masculin-vers-féminin), on va s'imaginer que j'étais travelottée en femme, en train de mettre une mini-jupe ou une jolie robe, des bas résille et des talons-aiguilles.

Sauf qu'en fait, ce qui m'excitait, là, c'était un costard avec une jolie veste et d'être travelottée en mec.

Et là, alors que je me changeais à nouveau, je me suis dit : c'est marrant, quand même, on a toujours l'image des hommes travestis en femmes qui font ça parce que ça les excite, des trans' MtF qui transitionnent forcément par fétichisme, et tout ça ; et de l'autre côté, pouic, rien.

D'ailleurs, si on regarde la définition officielle du transvestisme fétichiste, selon les gens sérieux que sont les psychiatres, on a ça :

La focalisation paraphilique du Transvestisme fétichiste implique un travestissement d'un sujet masculin par des vêtements féminins. Souvent ou dans la plupart des cas, l'excitation sexuelle est déclenchée par le fait de penser ou d'imaginer être une femme (ce qu'on appelle «l'autogynéphylie»).

(Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux - DSM-IV)

Travestissement d'un sujet masculin par des vêtements féminins.

Autogynéphylie.

Et autoandrophylie ? Une recherche sur google montre que le terme existe. Peut-être. Pas par les psychiatres, dirait-on, et avec cent fois moins d'occurrence que la version pour l'autre genre.

Et là, on peut quand même se demander : pourquoi ?

Il est vrai qu'il y a une part non négligeable de travestissement «masculin» (c'est-à-dire d'hommes qui se travestissent en femmes), qu'il s'agisse de travestissement «de placard» ou de drag-queens, qui comporte une certaine dose de sexualisation. Le mouvement gay a ainsi un certain nombre de travestis et de folles[1] plutôt visibles.

Mais c'est vrai aussi dans l'autre sens. Je ne suis à vrai dire pas lesbienne depuis très longtemps, mais il me semble quand même qu'il y a dans cette communauté aussi un historique important de l'érotisation du fait de se donner des «attributs» masculins, qu'il s'agisse de butchs ou de drag-kings. Certes, il n'y a pas de frontière du travestissement aussi nette que pour le travestissement masculin : une femme en pantalon ne sera pas vue comme travestie de la même manière qu'un homme en jupe, mais il n'en reste pas moins que le principe est peu ou prou le même.

Or, la différence de traitement est importante : on voit beaucoup (pour ne pas dire uniquement) l'aspect sexuel des travestis et des drag-queens, alors qu'en ce qui concerne le travestissement féminin, on insistera plutôt sur l'historique des femmes qui s'en servaient pour avoir accès à des espaces réservés aux hommes. La différence de traitement s'applique aussi aux trans : une MtF va être soupçonnée de ne transitionner que par «fétichisme», alors qu'un FtM sera plutôt accusé de «trahir son genre».

Certes, le genre masculin est avantagé dans notre société, ce qui fait qu'il est plus soupçonnable de vouloir passer du féminin au masculin pour des raisons bassement pratiques que l'inverse.

Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi autre chose, qui fait qu'on va plus voir l'aspect érotique/sexuelle/séduction d'un côté que de l'autre ?

Le «travestissement fétichiste masculin» reste au final une forme de sexualité ou en tout cas d'érotisation destiné à l'homme, «fétichisant» la «féminité». Cette érotisation paraît donc naturelle, logique, normale.

À l'inverse, le «travestissement fétichiste féminin» concerne une forme de sexualité ou d'érotisation «féminine» fétichisant la «masculinité». Et là, c'est tabou, ça ne peut pas exister, puisque d'une part les femmes ne peuvent pas avoir de sexualité sans (vrai) mec, et d'autre part parce que la masculinité n'est pas «fétichisable», vu qu'elle est supposée être absolument neutre : si la féminité est souvent vue comme superficielle et artificielle, la masculinité est supposée être naturelle et parfaitement «sobre». La masculinité ne serait finalement pas vraiment genrée, tout comme les blancs n'ont pas vraiment de couleur de peau, à l'inverse des «personnes de couleur».

Ainsi, si un gay porte des talons et passe un certain temps à se maquiller, il est évident que cela ne peut être qu'à caractère sexuel ; mais si une lesbienne porte des chaussures typiquement masculines et fait en sorte d'avoir une coiffure «de mec», il n'y a forcément aucun aspect sexuel (les lesbiennes n'ont pas de sexualité, de toute façon).

Alors il ne s'agit pas de dire que le travestissement se limite à un aspect érotique, ce qui serait très réducteur, mais il me semble que ne voir que l'aspect «érotique» chez les travestis hommes et chez les trans' MtF qui s'y retrouvent agglomérées, et à l'inverse à ne voir que l'aspect «genre» dans le travestissement féminin et chez les trans' FtM, montre tout de même une certaine invisibilisation de la sexualité féminine et lesbienne.

Enfin bon, après c'est mes réflexions dans une cabine d'essayage de chez Tati, ça vaut ce que ça vaut.

Notes

[1] Qui ne rentrent pas dans la définition officielle © du transvestisme fétichiste made in DSM-IV que j'ai pu trouver, qui ne concerne que les hommes hétéros. J'imagine que les pédés ont droit une déviance à part, mais peu importe.

mercredi, mars 25 2009

Pub: Piment & Muscade n°3, Anges et Démons

J'ai la joie de vous annoncer la sortie imminente du troisième numéro du fanzine érotique «Piment & Muscade», sur le thème «Anges et Démons», qui contient, hiiii, une nouvelle de moi :

R

Anges et démons forment un grand classique de l'opposition et du paradoxe.

Un ange n'est pas censé avoir de sexe alors qu'un démon se vautre dans la luxure ; les séraphins chantent l'amour tandis que la tentation est la seule raison d'être des incubes.

Mais qu'en est-il vraiment ? Que savons-nous, au fond, de ces créatures mythiques ?

Douceur, brûlure, pureté, luxure, vous trouverez tout cela dans ce nouvel opus de Piments & Muscade.

En espérant que votre ange gardien ne verra aucune contre indication à cette sensuelle lecture...

Sommaire :

Succube, Nicolas B. Wulf

Le plus cuir des anges, Frédéric Nérinckx

Attraction, André Samie

Le mauvais genre des anges, Élisabeth Henry

Le temple des souhaits, Laëtitia Genetay

Le sexe des anges, Mandragore

Avec les illustrations de Remton, Erwin Pale, Akae, Natura Verde

Couverture de Akae

Voilà, pour commander, c'est ici.