(Pour continuer dans le copié/collé de tracts, voici l'appel des
Flamands Roses pour la journée
du souvenir trans de 2010)
La transphobie tue
T-DOR, 20 novembre 2010
Rassemblement marché Sébastopol à Lille samedi 20 novembre 2010 à
midi
Nous sommes ici aujourd'hui car le 20 novembre 2010 a lieu pour la douzième
fois le «Transgender Day Of Remembrance», journée du souvenir trans, dont
l'objectif est de se souvenir et de visibiliser les personnes trans
assassinées.
Organisé pour la première fois pour dénoncer le meurtre de Rita Hester en
1998, cet événement est devenu international et est l'occasion de
rassemblements dans de multiples pays. En France, des événements ont notamment
lieu à Paris, Strasbourg...
Les personnes trans ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été
attribué à la naissance. Les hommes trans sont des hommes assignés à la
naissance dans le genre féminin, effectuant une transition du féminin au
masculin, et les femmes trans sont des femmes assignées à la naissance dans le
genre masculin, effectuant une transition du masculin au féminin. Certaines
personnes trans se reconnaissent aussi hors des identités "homme" et "femme".
Ils et elles sont contraintes à la fois par l'Etat, la médecine et les normes
sociales. Ce système de normes entraîne et légitime la violence à l'égard des
personnes trans.
Les meurtres des personnes trans ne sont pas des événements isolés, mais
sont révélateurs de l'omniprésence de la transphobie. Alors qu'une personne
trans est assassinée tous les trois jours dans le monde, les peines obtenues
par les meurtriers sont souvent légères : ainsi le 14 août 2008, au
Royaume-Uni, le meurtrier présumé de Kellie Telesford était acquitté après que
la défense fut parvenue à jeter le discrédit sur la victime ; le 23 août,
aux États-Unis, le meurtrier d'Alexis King obtenait des circonstances
atténuantes ; un an plus tôt, dans le même Etat, le meurtre d'Erica Keel,
heurtée à quatre reprises par la voiture de son assassin, était considéré comme
un accident, tandis qu'au Portugal en 2006 les meurtriers de Gilberta Salce
avaient été condamnés à des peines légères de 11 à 13 mois.
S'il ne s'agit que d'exemples, ces jugements affirment que les personnes
trans n'ont pas les mêmes droits que les autres être humains, qu'assassiner une
personne parce qu'elle est trans n'est pas considéré comme un crime de haine
mais comme une circonstance atténuante. La défense fait peser la culpabilité
sur les victimes, prétendant qu'elles se «feraient passer pour ce qu'elles ne
sont pas» et l'auraient forcément un peu cherché. La majorité des médias va
également dans ce sens, s'acharnant à utiliser les prénoms et le genre assignés
à la naissance pour parler des personnes trans, légitimant ainsi la défense des
meurtriers.
Mais le vecteur principal de transphobie vient encore des Etats eux-mêmes,
qui, en plus de ne pas reconnaître la transphobie comme une discrimination,
rendent généralement extrêmement difficile le changement d'état-civil,
requérant la stérilisation pour changer la mention du sexe. En plus de mettre
des bâtons dans les roues des personnes trans, ce refus de changer l'état-civil
peut avoir des conséquences catastrophiques, en risquant de les «outer» dans un
milieu transphobe ; un autre exemple dramatique où l'Etat est directement
complice des violences transphobes est la situation dans les prisons, où les
trans sont placé·e·s quasi-systématiquement en isolement, et où les femmes
trans sont enfermées avec des hommes, devenant des cibles privilégiées
d'humiliations, de violences et de viols.
La prétendue « dépsychiatrisation » des trans clamée par le
gouvernement n'est qu'un effet d'annonce : seul le nom de catégories de
remboursement ALD change, et non pas l'obligation d'être
« diagnostiqué » par un psychiatre pour avoir accès aux hormones et
aux opérations, tandis que les trans subissent également des discriminations
dans les accès aux soins. De plus, le non-remboursement de certains actes liés
à la transition, ainsi que les discriminations à l'embauche ou encore dans
l'accès au logement exposent particulièrement les trans à la précarité. Ainsi,
un nombre important de femmes trans ont recours à la prostitution, et sont par
conséquent encore plus exposées aux risques de violence.
Les violences spécifiques aux personnes trans ne concernent pas qu'eux et
elles : donner des circonstances atténuantes à un meurtrier parce que sa
victime l'a «trompé» sur son «vrai sexe» ou parce qu'elle avait «une force
d'homme» lui permettant de se défendre, c'est aussi légitimer les
argumentations patriarcales rendant responsables les victimes de violences et
de viols ; permettre à des psychiatres de donner ou pas leur feu vert en
fonction de l'«adéquation» au genre désiré, c'est légitimer les normes de genre
pour tout le monde ; refuser aux trans l'accès à des traitements hormonaux
ou chirurgicaux, ou au contraire leur en imposer pour obtenir un changement
d'état-civil, c'est attaquer le droit de tou-te-s à disposer de son corps.
La haine des trans ne naît pas de rien ; elle est le fruit du système
patriarcal qui impose à tout le monde, en fonction d'un détail anatomique, un
genre rigide qui doit déterminer toute notre vie : rose ou bleu, jupe ou
pantalon, attirée par les hommes ou attiré par les femmes, opprimée ou
privilégié. La lutte pour la libération des trans, comme celle des
homosexuel-le-s ou des intersexes, n'est par conséquent pas dissociable du
combat féministe et doit être pleinement prise en compte dans le combat pour un
monde sans oppressions
Nous exigeons :
- la dépsychiatrisation des trans, sans expertEs censéEs séparer les vraiEs
trans du reste de la population ;
- Arrêt des traitements imposés aux intersexes, accès libre et remboursé aux
actes liés à la transition, contraception et avortement libres, gratuits et
accessibles ; l'arrêt des pressions exercées par la médecine et l’Etat
pour imposer la chirurgie génitale ;
- l’accès à une véritable information sur les traitements, pour permettre aux
trans d'être acteurICE de leur suivi médical ;
- la dissolution des équipes officielles et le libre choix des
médecins ;
- la prise en charge des soins par la Sécurité Sociale ;
- la reconnaissance officielle et légale de la transphobie et la mise en
place de réelles campagnes de prévention contre les discriminations sexistes et
LGBTIphobes ;
- la suppression de la mention du sexe à l’état-civil et le droit pour
chacunE de modifier son identité légale s’il ou elle le désire.
Rassemblement marché Sébastopol à Lille samedi 20 novembre 2010 à midi