Vernis & Sécateur

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi, janvier 22 2009

Le(s) mot(s) du jour : Butch/Fem

Alors, aujourd'hui, deux mots pour le prix d'un : Butch et Fem.

Pour reprendre Wikipédia :

Les mots « butch », abréviation de « butcher » (boucher) en anglais, et « femme » ou « fem », reprise du mot français ou abréviation de "feminine", apparaissent aux États-Unis dans les années 1940 pour désigner les lesbiennes masculines et féminines.

Je dois avouer que comme je ne m'identifie pas comme lesbienne depuis très longtemps, je ne me sens pas toujours forcément super légitime pour causer des sujets vraiment «lesbiens», mais d'une part j'espère que je ne vais pas dire trop de bêtises (ou que je serais sévèrement corrigée), et d'autre part dans cette série de posts je cherche plus à dire ce que m'évoque personnellement certains mots qu'à donner un grand cours sur leur sens.

Cette précision ayant été faite, commençons par la plus visible : la Butch.

Butch

Butch, grâce au lexique des gouinettes poltronnes, j'ai appris que ça se prononçait :

BEUTCH si vous êtes de New-York ou BOUTCH si vous êtes de Rennes

Alors, comme je le disais déjà pour le mot Shemale, ma prononciation anglaise est vraiment pourrie ; mais en plus à l'oreille je suis super nulle aussi (j'ai jamais fait la différence entre «queer» et «cuir», par exemple), mais j'ai quand même l'impression que y'a quand même vachement de personnes qui viennent de Rennes, l'air de rien.

Une butch, donc c'est une lesbienne qui a un look masculin, genre ce qu'on désigne parfois aussi dans nos vertes contrées comme une «camionneuse». En anglais, ça peut aussi être utilisé pour désigner un mec bien viril (forcément en français si tu dis qu'un mec est une camionneuse, à cause du féminin ça fait bizarre, mais du coup c'est un peu cuir).

Fem

Fem, qui se prononce vachement plus facilement (sauf si on utilise le mot anglais «femme», parce que du coup faut mal prononcer le mot français pour bien prononcer ce qui est devenu un mot anglais), désigne à l'inverse une lesbienne plutôt féminine.

Autant les butches, en général, on les remarque, autant les fems sont, du coup, pas mal invisibilisées parce qu'on les prend souvent pour des hétéros. Ce qui peut avoir ses avantages quand on n'a pas envie de se faire insulter, ou ses inconvénients quand on veut être reconnue en tant que gouine. Ou même parfois en tant que féministe, parce que des fois, y'a un peu le côté «oui mais vouloir être féminine c'est succomber aux stéréotypes de genre et donc c'est pas bien gna gna gna.».

Personnellement, je trouve au contraire la démarche «fem» assez intéressante du point de vue féministe, parce qu'au final je trouve que c'est plutôt se réapproprier la féminité et la dé/reconstruire d'une certaine manière que vraiment «céder aux stéréotypes de genre».

Butch/Fem

Alors en France, moi c'est un truc que je n'ai pas si souvent vu que ça, les couples Butch/Fem, mais apparemment c'était très fréquent aux États-Unis dans les années 40/50, en particulier parmi les lesbiennes prolos.

Du coup il y a le côté un peu mal vu «c'est reproduire l'hétérosexualité chez les lesbiennes», mais au final j'ai l'impression que c'est plus un jeu, se moquer, se réapproprier des codes qui n'ont pas été conçus pour soi, etc. Alors évidemment comme tout ça peut être normatif si c'est pris trop au sérieux (du genre «Oh Mon Gode je n'aime pas les talons, suis-je vraiment une fem finalement ?») mais je trouve qu'il y a un potentiel subversif.

Butch/Fem et identité de genre

Peut-être en tant que trans' (et peut-être pas), je trouve aussi que les identités butch et fem sont vachement intéressantes du point de vue identité de genre.

Pour les butches c'est un peu évident : une lesbienne masculine, qu'est-ce d'autre qu'un «garçon manqué» ? Certaines butches se déclarent transgenre et ne font pas forcément de distinction claire entre «butch» et «ftm».

Pour les fems, c'est un aspect qui n'est peut-être pas aussi visible mais qui est à mon avis tout de même présent : on peut être fem sans se dire femme, et la féminité d'une fem n'est pas forcément celle d'une femme hétéro. Ainsi j'ai vu que certaines fems se disaient «female-to-fem» (ou «female-to-femme» en anglais), considérant qu'il y avait là un aspect transgenre important.

Personnellement, je sais que je préfère me définir comme «fem» ou encore «male-to-fem» que «femme» (sauf en anglais :p). Et je ne pense pas que ce soit «binaire» (au sens binaire butch/fem, pas homme/femme) ou que ce soit enfermant.

Cela dit, vu que je ne porte que des docss et des rangers, est-ce que je suis vraiment une fem, finalement ?

mercredi, octobre 15 2008

Est-ce que je veux être considérée comme une femme ?

Une personne me posait la question : est-ce que je veux être considérée comme une femme ?

Le problème, bien sûr, c'est qu'être considérée comme une femme est différent selon les contextes.

Cela dit, concrètement, la plupart du temps, être considérée comme une femme cela veut dire :

  • être sifflée, klaxonnée, ou se voir demander si «tu suces» ;
  • être draguée par des types qu'on vient de croiser (variante un peu plus élaborée du «tu suces» ?) et être au passage forcément présumée attirée par les hommes ;
  • devoir me justifier sur la façon que j'ai de m'habiller (soit parce que je suis habillée «comme une pute», soit parce que n'ai pas fait assez d'effort «pour être jolie») ;
  • devoir subir les gens bien attentionés qui se la joue galants et protecteurs et qui s'attendent en plus à ce que je les en remercie ;
  • et, de manière plus générale, être considérée comme inférieure aux mecs et en plus être censée aimer ça.

Ça donne follement envie d'être considérée comme une femme, il n'y a pas à dire.

Mais il se trouve aussi qu'un certain nombre de personnes ne me considèrent pas comme une «vraie» femme (ce qui ne les empêche pas forcément d'avoir les comportements sus-mentionnés) et estiment que pour être considérée comme telle, il faudrait :

  • pour commencer, que je «me fasse opérer» (en général, ils ne parlent pas de mon nez) ;
  • que j'arrête les jeux vidéos ;
  • que je ne dise plus de grossièretés ;
  • que je passe deux ans chez un orthophoniste pour avoir une voix plus féminine ;
  • que je fasse attention à ma gestuelle ;
  • etc.

Bref. Dans un cas comme dans l'autre, je n'ai pas vraiment envie d'être «considérée comme une femme» et même si je préfère ça à être considérée comme un homme, je préfère être considérée comme un être humain, à égalité avec les autres.

Par contre, est-ce que, dans un cadre féministe, je veux qu'on reconnaise que le fait que j'ai un pénis ne me protège pas magiquement de l'oppression sexiste ? Oui, évidemment. Est-ce que je veux qu'on m'appelle «elle» et pas «il» ou n'importe quoi d'autre que je n'ai pas choisi ? Oui, évidemment.

Et si on veut vraiment mettre des noms sur mon identité, il y en a qui ne me posent pas plus de problème que ça : trans' ou gouine, par exemple.

Mais femme ? Bof, non merci.