Rangers & Bas résille

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mercredi, avril 21 2010

Les trans renforcent les normes de genre, #2 : les trans sont des caricatures de masculinité/féminité

(Note : c'est un billet qui était en attente depuis beaucoup beaucoup de temps, et du coup même s'il y aurait encore des choses à revoir et que je trouve que c'est un peu nawak, je le publie quand même, parce que j'en ai marre de le voir traîner.)

Dans les épisodes précédents :

Pour continuer dans la série «la transphobie dans les milieux féministes et queer pourtant hyper trop trans-friendly, cools et subversifs», je voudrais parler aujourd'hui de l'expression de genre des trans, toujours passée sous l'oeil scrutateur des personnes cisgenres, parce que suspectes d'être soit «trop maculine» (pour les garçons), soit «trop féminine» (pour les filles).

La féministe transphobe Julie Bindel le résume bien :

Imagine a world inhabited just by transsexuals. It would look like the set of Grease.

Imaginez un monde habité uniquement par des transsexuel·le·s. Ça ressemblerait au plateau de Grease.

Après moi je trouve qu'elle aurait pu aussi dire :

Imaginez un monde où toutes les lesbiennes seraient trans. Une série télé sur les lesbiennes ressemblerait à The L Word.

mais du coup ça se serait peut-être un peu plus vu que les personnes cisgenres n'avaient jamais eu besoin des trans pour être capable d'ériger des normes de genre et de rentrer dedans en partie ou en totalité.

Plus sérieusement, je pense qu'on peut répondre à cet argument (les trans sont des caricatures de masculinité/féminité, pas «quel film représente le plus ce que serait une planète trans?») de deux façons différentes :

  1. les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre ;
  2. quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde.

Et donc du coup je vais faire deux parties distinctes.

Les personnes trans ne sont pas forcément plus que les autres des caricatures de leur genre

Le problème dans l'idée que les trans sont plus masculins/féminines que les personnes cis, c'est qu'en général il y a une sorte de deux poids, deux mesures, comme si, pour reprendre les exemples cinématographiques donnés plus haut, les personnes cisgenres avaient eu besoin de trans pour tourner Grease. De fait, quand je marche dans la rue, je trouve que je croise un paquet de mecs (a priori pas tous trans) qui sont quand même indiscutablement masculins, qu'il s'agisse de la masculinité du skinhead ou de celle du cadre en costard-cravate. De la même manière un certain nombre de nanas (certainement pas toutes trans non plus) sont aussi indubitablement féminines, qu'elles soient en mini-jupe et talon aiguille ou en tailleur et escarpin.

Je pense que la plupart des trans s'insèrent là-dedans sans détonner particulièrement ; au contraire, j'ai plutôt eu l'impression durant ma transition que les conseils de pas mal d'autres filles trans étaient de ne surtout pas en faire trop, histoire de ne surtout pas ressemble à «une pute» ou à «un travelo», ce qui, pour une fâme, est la déchéance absolue.

Par ailleurs, la féminité et la masculinité ne me semblent pas vues de la même manière : le masculin, comme dans la grammaire, est neutre, alors que le féminin est la spécificité, la différence, artificielle. Par exemple, à part dans quelques milieux féministes, j'ai rarement vu un mec se faire reprocher d'être trop masculin (trop féminin, oui, pas de problème, par contre). Par contre, une fille trop féminine va facilement se le voir reprocher en se faisant traiter de pute, de salope, ou encore lorsqu'en en cas d'agression on va lui dire qu'elle l'a cherché.

Il me semble aussi que chez les filles trans (je parle que des filles parce que je sais pas si ça se passe d'une façon comparable pour les FtM).), j'ai l'impression que dans beaucoup de cas le postulat «les filles trans sont des caricatures de féminité» continue en bonne partie à fonctionner parce que c'est surtout les filles trans qui rentrent dans ce modèle qui vont être perçues comme trans[1] (par exemple si je suis habillée de manière masculine, on va me prendre soit pour un mec cis, soit pour une fille cis, mais jamais pour une travelotte). Avec l'effet pervers que si on rentre pas dans le cliché de la trans on est du coup assez invisibilisée.

Quand bien même ce serait le cas, on vous emmerde

Cela dit, je ne vais pas développer le premier argument plus que ça, parce qu'en fait, finalement, je trouve qu'on (c'est-à-dire, on va dire, les militant·e·s trans et trans-friendly) le fait assez, et qu'au final on en arrive parfois un peu à reprendre la logique comme quoi ce serait extrêmement mal d'être féminine ou masculin, et que bien sûr il y a des trans «binaires» qui sont un peu bêtes et rentrent dans ce jeu, mais nous, quand même, on vaut mieux que ça.

Et franchement, ça me gonfle aussi.

Parce que je me rends compte qu'à cause de cette espèce de «contre-norme», je me suis vachement censurée, à me dire qu'il fallait pas que je sois trop féminine pour pas faire «cliché» [2], à me dire que c'était très mal de porter des jupes pendant un mois de suite sans alterner avec des pantalons, et tout ça.

Bref.

Ce qui me gonfle avec tout ça, c'est d'une part que finalement ça revient à ériger des contre-normes qui ne sont pas moins absurdes que les normes dominantes, et d'autre part l'impression que son «féminisme» est jugé en fonction de sa tenue vestimentaire.

Ce qui est idiot : je ne suis pas moins féministe si je mets une mini-jupe et du maquillage «de fille» que si je mets un treillis et que je me dessine des faux poils pour me kinguer (surtout que pour les deux j'utilise le même maquillage..). Pourtant, et j'admets que j'ai vachement intériorisé ça, je trouve qu'on reproduit dans certains milieux le truc de considérer que c'est super plus subversif d'oser affirmer une forme de masculinité qu'une forme de féminité (en tout cas quand on est une fille, j'imagine que pour les mecs ça se pose pas de la même manière).

Je pense qu'il y a de ma part aussi une intériorisation de la transphobie, une nécessité de vouloir montrer que je suis pas comme la trans typique, que je suis «acceptable» dans les milieux féministes et queer où on ne brille pas toujours par notre visibilité. Et de fait j'ai l'impression d'être parfois mieux accueillie quand je suis catégorisée «gouine qui n'a pas peur de mettre des fringues masculines» que comme «transgirl» (même si les gens savent que je suis trans, là n'est pas la question).

Et par ailleurs là où c'est compliqué c'est que je ne fais pas ça que pour être bien perçue, et qu'il y a une sincérité dans le fait que j'aime porter des fringues catégorisées comme masculines ; mais d'un autre côté ça m'emmerde d'avoir dans certains cadres l'impression d'être mieux acceptée parce que je peux être vue comme «pas comme ces autres transgirls hyper-féminines» et de me dire que j'ai vachement eu tendance à reprendre ça.

Pour moi ça rejoint vachement les reproches qui sont faits (à l'intérieur de nos «communautés» toujours, je m'attaque pas aux milieux ouvertements misos qui sont de toute façon, ben, misos) aux lesbiennes Fems, qui sont soit accusées d'être trop soumises à l'ordre hétéropatriacal (alors qu'en fait, ben non), perçues comme moins féministes, moins méchantes avec les mecs, etc., soit présupposées comme un peu inférieures et pas capable de faire du bricolage, plus sexualisées, prises moins au sérieux...

Et du coup tous ces discours pour dire qu'il faut pas être trop féminine, pas de manière trop vulgaire, trop suspecte, trop salope, trop pute, trop travelotte, ben ça me gave vraiment, parce qu'en fait autant c'est bien de critiquer les injonctions à la féminité, autant quand on en vient à valoriser le masculin et à dévaloriser le féminin dans nos milieux, ben je trouve que ça reproduit un tout petit peu la misogynie globale.

Et je trouve aussi qu'il y aurait vachement à discuter sur les similarités qu'il peut y avoir entre la marginalisation des Fems et des transgirls (et des Fems transgirls) dans certains milieux militants. En tout cas j'ai vraiment l'impression que les identités Fems et Butches m'ont vraiment permis de développer mon identité à moi (qui est je pense un peu Fem et aussi un peu Butch - j'aime bien le terme butch travelotte - mais en tout cas pas trop respectable ni franchement «ni trop féminine, ni trop masculine») et que ça résonne pour moi vachement avec mon parcours en tant que trans et tout ça.

Notes

[1] Et aussi parce que les nanas trop féminines risquent assez de se voir traiter de travelos, même sans être trans.

[2] Bon et aussi des fois à ne pas être trop masculine pour pouvoir «passer» un minimum, mais ça pour le coup ça mériterait un billet à part sur la difficulté d'être butch et transgirl.

mercredi, février 10 2010

Ce qui se cache sous ma jupe

À tous ceux qui estiment qu'ils ont le droit de savoir ce qui ce cache sous ma jupe qui pensent que c'est d'une importance vitale, voici enfin la réponse tant espérée.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre transphobie, qui vous permet de considérer que c'est comme ça que vous pourrez savoir ce que je suis dans votre soi-disant réalité étriquée.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre misogynie qui vous fait réduire les meufs à un vagin et par conséquent rend indispensable le fait de savoir si j'en ai un avant de pouvoir me draguer.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre femophobie qui vous fait voire certaines formes de féminités comme suspectes, douteuses, trop putes ou trop vulgaires pour être portées par de «vraies femmes» respectables.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre exotisme qui vous amène à considérer le corps des Autres comme des curiosités.

Sous ma jupe se cache ma haine de votre normativité qui vous conduit à estimer que des nanas avec certaines caractéristiques du visage, de corpulence, de taille, de tour de poitrine, de pilosité ou de coiffure doivent nécessairement être «des mecs» ou «des travelos».

Sous ma jupe se cache ma haine de votre arrogance qui vous permet de croire que vous avez le droit de savoir ce qui ne vous regarde pas.

Alors à tous ceux qui ont peur de ce qui peut potentiellement se cacher sous ma jupe : peut-être que vous avez raison, parce que sous ma jupe se cachent toutes les raisons valables de vouloir votre anéantissement.

mercredi, février 4 2009

Pourquoi je suis (vaguement) «fem»

Étant donné le débat dans les commentaires (pour ce blog, ça explose le record précédent) [en réponse au billet consacré aux mots «Butch» et «Fem»|/post/2009/01/22/Les-mots-du-jour-%3A-Butch/Fem|fr], et puis parce que j'avais un peu prévu de toute façon, voici ma vision de la «femitude» qui n'est pas forcément partagée par grand-monde, mais qui explique pourquoi moi j'aime bien ce mot et cette identité.

Ce que j'y vois personnellement, c'est une sorte de «féminité» mais qui n'est pas la bonne féminité officielle : sans doute trop féminine pour être vraiment honnête, et puis un peu bizarre quand même, et en plus même pas destinée à plaire aux mecs, alors que cela semble pourtant être la définition même de la féminité.

Bref, de la féminité qui n'en est pas vraiment.

On retrouve ça au niveau du mot lui-même : le mot anglais pour désigner une «fem» est «femme». Autrement dit, en anglais, une fem est vaguement une sorte de femme, mais dans une langue différente. On a au final aussi ça en français, d'une certaine façon : une fem est une forme de femme, mais avec une prononciation différente.

Au niveau vocabulaire toujours, j'avais vu que certaines personnes utilisaient le terme «female-to-femme» (ou «female-to-fem»), que je trouve également intéressant dans ce sens : être une «fem» n'est pas «spontané», même pour une femme qui a toujours été élevée pour devenir une femme, mais nécessite une forme de transition.

C'est peut-être à cause de mon vécu de travelotte que je me sens proche de cette identité, à la fois pour le côté «trop féminine» et «pas féminine comme il faut».

Pour le côté «trop féminine» c'est évidemment l'image qui veut que les trans' veulent toutes être des caricatures de femmes qui portent des jupes et des talons aiguilles tout le temps et être super-féminines. L'accusation de «mauvaise féminité» est liée : les travelottes font trop «putes» pour être de vraies femmes comme il faut, et puis en plus, on voit bien que ce ne sont pas de vraies femmes. Sans compter, évidemment, que si on est une MtF qui commence sa transition mais qu'on n'a envie de coucher qu'avec des nanas, ça doit bien vouloir dire qu'on n'est pas franchement très clair et qu'on n'est pas une vraie trans', et encore moins une vraie femme.

Bref, il ne faut pas être trop féminine (mais un peu quand même) et il faut l'être bien. Et c'est quelque chose que j'ai ressenti y compris dans les groupes LGBT et y compris dans les groupes juste T, avec deux variantes :

  • la première, c'est que quand même, si t'es assez sûre de ton identité, que t'es une fâââme à l'intérieur, ben t'as pas besoin de jupe ou de maquillage. Du coup c'est quand même dur de ne pas percevoir la contraposée : si t'es tout le temps en jupe et maquillée, t'es peut-être pas franchement une femme, au fond, hein ? Et puis, ces travelottes habillées comme des putes donnent une si mauvaise image des trans'...
  • la seconde, plus féministe, où en gros être tout le temps en jupe c'est signe de binarité, hétérosexiste, être une caricature patriarcale de femme, etc.

Et au final pour moi me dire «fem» c'est simplement dire «ben oui, je suis par certains aspects «féminine», et pas comme il faut, et je suis pas une vraie femme, et je vous emmerde».

Même si je pense que c'est important de critiquer les normes qui font qu'on devrait être en rose parce qu'on est une femme, il me semble qu'il y a malheureusement une tendance à considérer ce qui est censé être féminin comme une source par essence d'aliénation, alors que l'aliénation me semble plutôt être que ce qui est vu comme féminin est vu comme «autre», non neutre, disponible au bon vouloir des mecs, etc.

Moi, j'ai envie de revendiquer une forme de mauvaise féminité et dire que, ben non, c'est pas parce que je suis en jupe et en bas résille que j'ai envie d'être draguée par un gros lourd de mec, et qu'inversement c'est pas parce que je n'ai pas envie d'être emmerdée que je vais me résigner à m'habiller «décemment».

Voilà, pour moi le mot «fem», notamment, ça permet de dire ça. Après, il y a sans doute d'autres personnes pour qui ça a un sens très différent, mais au final c'est vrai pour toutes les identités dont je me revendique plus ou moins, donc je vois pas pourquoi ce serait moins légitime.

lundi, janvier 26 2009

En vrac

Cours

Ça y est, j'ai commencé à donner des cours.

Globalement, c'est pas la fête.

J'ai suivi les bons conseils de mon chef et j'ai rangé bas résilles, jupes, maquillages, vernis, boucles d'oreilles, bracelets et colliers pour y aller «en garçon», histoire de pas avoir à gérer à la fois la transphobie et mon manque pathologique d'autorité.

Ouais, la bonne idée.

La plupart des copines/copains avec qui j'ai discuté de ça m'ont sorti, en général, quelque chose du genre «mais, euh, t'entends quoi par y aller en garçon ? Parce que bon, euh, tu vas pas être trop crédible, hein».

Ben ouais, mais maintenant que j'ai commencé, faut bien continuer.

Mais du coup, ce que j'avais pas prévu, c'est que je pourrais croiser des élèves en dehors du taf. Et du coup, je psychote, et j'ose plus sortir en jupe de peur qu'un de mes élèves ne me voit comme ça (quoique je me demande si ça n'a pas déjà été le cas, je saurai vendredi prochain, je suppose). (Et j'ose pas me mettre en tee-shirt en cours de peur qu'on voit que j'ai vaguement des seins, et du coup j'ai chaud.)

Jusqu'ici, je n'irai pas jusqu'à dire que tout va bien, mais on survit, on fait aller. Mais j'ai quand même la méchante impression d'aller droit dans le mur, et que ça va se finir à coup de lame de rasoir ou d'anti-dépresseurs.

Bah, on verra bien.

Über-femitude

Du coup, comme j'ose plus porter de jupe, et que j'ai quand même pas envie de mettre un pauvre jean quand je vais voir des potes en week-end, j'ai ressorti mon beau treillis (enfin, modèle de chez Tati) que j'avais encore pas trop porté.

Je trouve que ça me va bien, en fait, plus que je ne l'aurais cru, c'est peut-être le bon côté de l'histoire.

Après, je me définis toujours très binairement comme Fem (MiliFem ?), mais ça m'amuse assez de pouvoir jouer potentiellement à «plus viriliste que moi, tu meurs» avec mes copains de la gauche sévèrement burnée (bon, mes camarades loca-ux-les du NPA sont pas trop sur ce modèle, j'ai l'impression, mais j'ai quand même croisé un redskin qui m'a regardé avec un drôle d'air).

Enfin, au niveau du look seulement, parce que bon, je continue à pousser des petits cris au moindre truc et à faire ma pouffe, faut pas déconner.

Fantasme

Sinon, avec ces discussions sur Butch/fem, d'un côté, et que féminiser avec des e partout, ça fait chier, ben je me disais que quand même, autant ça me faisait chier d'être grammaticalement masculinisée de force par la langue française, autant je fantasmais vachement sur le fait de me faire, au niveau du look, masculiniser de force (enfin genre BDSM, de force mais quand tu peux arrêter quand même, pas de force, de force, quoi, hein ?).

(Par une butch, évidemment, ou un FtM à la limite, d'un côté histoire d'avoir quelqu'un qui puisse être capable de faire, et de l'autre parce que si c'est un mec cis, c'est plus un fantasme, mais un cauchemar. Et pis bon, c'est peut-être binaire, mais dans les fantasmes, on a le droit, non ?)

jeudi, janvier 22 2009

Le(s) mot(s) du jour : Butch/Fem

Alors, aujourd'hui, deux mots pour le prix d'un : Butch et Fem.

Pour reprendre Wikipédia :

Les mots « butch », abréviation de « butcher » (boucher) en anglais, et « femme » ou « fem », reprise du mot français ou abréviation de "feminine", apparaissent aux États-Unis dans les années 1940 pour désigner les lesbiennes masculines et féminines.

Je dois avouer que comme je ne m'identifie pas comme lesbienne depuis très longtemps, je ne me sens pas toujours forcément super légitime pour causer des sujets vraiment «lesbiens», mais d'une part j'espère que je ne vais pas dire trop de bêtises (ou que je serais sévèrement corrigée), et d'autre part dans cette série de posts je cherche plus à dire ce que m'évoque personnellement certains mots qu'à donner un grand cours sur leur sens.

Cette précision ayant été faite, commençons par la plus visible : la Butch.

Butch

Butch, grâce au lexique des gouinettes poltronnes, j'ai appris que ça se prononçait :

BEUTCH si vous êtes de New-York ou BOUTCH si vous êtes de Rennes

Alors, comme je le disais déjà pour le mot Shemale, ma prononciation anglaise est vraiment pourrie ; mais en plus à l'oreille je suis super nulle aussi (j'ai jamais fait la différence entre «queer» et «cuir», par exemple), mais j'ai quand même l'impression que y'a quand même vachement de personnes qui viennent de Rennes, l'air de rien.

Une butch, donc c'est une lesbienne qui a un look masculin, genre ce qu'on désigne parfois aussi dans nos vertes contrées comme une «camionneuse». En anglais, ça peut aussi être utilisé pour désigner un mec bien viril (forcément en français si tu dis qu'un mec est une camionneuse, à cause du féminin ça fait bizarre, mais du coup c'est un peu cuir).

Fem

Fem, qui se prononce vachement plus facilement (sauf si on utilise le mot anglais «femme», parce que du coup faut mal prononcer le mot français pour bien prononcer ce qui est devenu un mot anglais), désigne à l'inverse une lesbienne plutôt féminine.

Autant les butches, en général, on les remarque, autant les fems sont, du coup, pas mal invisibilisées parce qu'on les prend souvent pour des hétéros. Ce qui peut avoir ses avantages quand on n'a pas envie de se faire insulter, ou ses inconvénients quand on veut être reconnue en tant que gouine. Ou même parfois en tant que féministe, parce que des fois, y'a un peu le côté «oui mais vouloir être féminine c'est succomber aux stéréotypes de genre et donc c'est pas bien gna gna gna.».

Personnellement, je trouve au contraire la démarche «fem» assez intéressante du point de vue féministe, parce qu'au final je trouve que c'est plutôt se réapproprier la féminité et la dé/reconstruire d'une certaine manière que vraiment «céder aux stéréotypes de genre».

Butch/Fem

Alors en France, moi c'est un truc que je n'ai pas si souvent vu que ça, les couples Butch/Fem, mais apparemment c'était très fréquent aux États-Unis dans les années 40/50, en particulier parmi les lesbiennes prolos.

Du coup il y a le côté un peu mal vu «c'est reproduire l'hétérosexualité chez les lesbiennes», mais au final j'ai l'impression que c'est plus un jeu, se moquer, se réapproprier des codes qui n'ont pas été conçus pour soi, etc. Alors évidemment comme tout ça peut être normatif si c'est pris trop au sérieux (du genre «Oh Mon Gode je n'aime pas les talons, suis-je vraiment une fem finalement ?») mais je trouve qu'il y a un potentiel subversif.

Butch/Fem et identité de genre

Peut-être en tant que trans' (et peut-être pas), je trouve aussi que les identités butch et fem sont vachement intéressantes du point de vue identité de genre.

Pour les butches c'est un peu évident : une lesbienne masculine, qu'est-ce d'autre qu'un «garçon manqué» ? Certaines butches se déclarent transgenre et ne font pas forcément de distinction claire entre «butch» et «ftm».

Pour les fems, c'est un aspect qui n'est peut-être pas aussi visible mais qui est à mon avis tout de même présent : on peut être fem sans se dire femme, et la féminité d'une fem n'est pas forcément celle d'une femme hétéro. Ainsi j'ai vu que certaines fems se disaient «female-to-fem» (ou «female-to-femme» en anglais), considérant qu'il y avait là un aspect transgenre important.

Personnellement, je sais que je préfère me définir comme «fem» ou encore «male-to-fem» que «femme» (sauf en anglais :p). Et je ne pense pas que ce soit «binaire» (au sens binaire butch/fem, pas homme/femme) ou que ce soit enfermant.

Cela dit, vu que je ne porte que des docss et des rangers, est-ce que je suis vraiment une fem, finalement ?