Vernis & Sécateur

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vendredi, août 26 2011

Recueil S'lame de fond

Un petit peu de publicité pour le bouquin S'lame de fond, recueil féministe de textes de slam écrits par des transpédégouines.


 S'LAME DE FOND

Recueil de textes écrits lors des ateliers réalisés  aux UEEH (Universités d’été euro-méditerranéennes des homosexualités) à Marseille en 2009 et 2010 ainsi qu’à la Titanik, squat féministe et queer à Montreuil - ce lieu est désormais fermé- et au centre LGBTQIF « j’en suis, j’y reste » à Lille à l'occasion du festival « ô mots », festival littéraire organisé par Les Flamands Roses autour des questions des genres et des sexualités en 2010. Les textes ont été dits aux mêmes endroits lors de scènes ouvertes. Toutes les personnes ayant souhaité publier leurs textes figurent dans ce recueil DIY. Nous avons également récolté des textes au gré des rencontres sur diverses scènes slam entre 2009 et 2011.

Les illustrations ont été réalisées par Rose Butch. Rose butch est une gouine peintre qui vit à Lille, entourée d'un troupeau de chats. Dans son travail, elle a décidé de partir d'elle-même et de s'imprégner de ce que d'autres gouines lui renvoient (elle ne peint pas des identités ou des parcours qui ne font pas partie directement de sa vie), et ce afin d'éviter les travers exotisants qu'ont parfois certaines démarches artistiques.

Prix libre à partir de 3 euros

Contact:slamedefond@yahoo.fr


DÉDICACE

Aux âmes mutilées, mutines,

aux mutantEs du système qui démilitarisent,

déminent ce monde même à mi-temps,

éliminent le manteau élimé de nos pères,

MotivéEs malgré le marteau qui frappe, démonte, craque le crâne.

Aux mélanges matinaux qui travestissent les genres à la lueur de l'aube.

Aux allées et venues de l'amitié,

Aux aléas de la vie qu'on ne dit qu'à demi-mots.

A la pointe d'humour qui persiste et signe,

Aux miettes d'espoir de notre pain de colère.

Aux muettes que guettent des tumeurs malignes.

Aux lâche-riens qui se chérissent au creux des reins, quand même, envers et contre tous,

qui contournent les réacs, rage au poing, du tac-o-tac les lattent, arborent les carreaux de leurs chemises.

Aux camionneuses, butchs, bikeuses qui sabotent la virilité à grands coups de tronçonneuse.

Aux panthères à talons qui enterrent avec talent de médiocres misos, se battent becs et ongles vernis.

Aux reines du bordel.

Aux fems qui mordent, que jamais on aborde et qui sabordent les machos.

Aux héroïnes anonymes, sorcières modernes, fières égoïstes et solidaires,

ayant chassé la peur et la soumission de leur tanière.

Aux amantes alitées, loin d'leur sale mentalité.

A celles qui débordent, hors normes, trop grandes, trop larges,

qui dérangent les gens, les genres.

A ceux qui ont fini par faire avaler son divan au psy.

A celles qui dégomment à la kalach' ceux qui les appellent Monsieur.

Aux millions de folles alliées, de trublions, de ta voisine de palier aux femmes en prison...

A celles qui slamment, rappent, content,

quand d'autres s' la racontent.

A la rébellion, à la rage de vivre, à la force qu'on tire de la lutte...Aux mots qui nous délivrent...

Audrey et Caillou

jeudi, avril 29 2010

Traitre à son (trans)genre

Dans la série, «je ressors des vieux posts que j'avais pas publiés», en voilà un qui date d'il y a un certain temps, à un moment où je me posais pas mal de questions sur les articulations pas toujours évidentes entre identité trans, identité gouine, identité féministe et tout ça.

À vrai dire j'hésitais un peu à le publier parce que c'est plus tout à fait le sentiment que j'ai à l'heure actuelle et que ça parle pas de certains trucs sur lesquels j'ai pu mettre le doigt depuis et qui participaient au problème (notamment l'instrumentalisation des questions trans et queer par des personnes cisgenres et straights pour dénigrer un féminisme jugé trop radical, qui mériterait un billet à part). Cela dit j'ai décidé de publier ça quand même en me disant que ça pouvait toujours être intéréssant, même si je le trouve super négatif par rapport à ce que je vis actuellement.


Ça fait pas mal de fois, sur Internet, et notamment en commentaires sur des blogs féministes anglo-saxons, que des personnes trans me sortent en réaction à un truc que j'ai dit, quelque chose dans le genre : «on voit bien que t'es cisgenre». Ou un truc comme ça.

Au départ, ça m'amusait, surtout quand c'est à cause d'un quiproquo parce que je maîtrise pas hyper bien l'anglais ou parce que j'ai pas exactement la même vision des choses sur tel ou tel sujet trans. Un peu moins quand je me rends compte après coup que c'est parce que ce que j'ai dit suinte la transphobie intériorisée.

Dans la vraie vie, j'ai moins ce coup-là, parce que d'une part je ne passe pas forcément hyper bien (et le fait de vouloir «passer» pour une meuf cisgenre, en soi, suinte sans doute aussi pas mal la transphobie intériorisée) et d'autre part parce que les personnes me connaissent en général depuis un certain temps et savent que je suis trans.

Par contre, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais dernièrement j'ai quand même eu plusieurs fois l'impression d'un truc un peu similaire : c'est à dire qu'à défaut d'être une vraie gouine cisgenre approuvée©, je suis quand même considérée comme une bonne trans, ou qu'en tout cas j'ai tendance à vouloir me comporter comme tel.

Qu'est-ce qu'une bonne trans ? J'imagine que ça dépend, mais par exemple une nana m'avait expliqué que dans son groupe, qui est non-mixte, les filles trans pouvaient éventuellement envisagées d'être acceptées aux deux conditions suivantes qu'elle posait :

  1. passer à peu près ;
  2. ne pas trop prendre la parole, et en tout cas pas de manière affirmée (elle m'avait clairement expliqué que le fait d'avoir des bases politiques était un point négatif).

Et le verdict plus ou moins non-officiel, c'était que moi ça allait, parce que, en gros, je suis timide, je parle pas fort, et j'ai en général énormément peur de soulever des points dont j'ai peur qu'ils amènent au conflit.

Pour d'autres personnes, être une bonne trans c'est quand même pas mal lié à l'expression de genre. Et là aussi, autant je vais être surper mal vu par des psys, autant, parce que je ne suis pas trop «féminine mainstream», j'ai l'impression d'être plus acceptée dans des milieux plutôt féministes et lesbiens qu'une fille trans très féminine, ou qui a un certain type de féminité, ou plus vieille, etcaetera.

Bref, voilà, même si j'ai plein de trucs qui font que je suis loin d'être la transgirl parfaitement acceptée ni parfaitement acceptable (j'ai pas un méga passing, je suis pas opérée, etcaetera), j'ai quand même l'impression d'avoir accès à un certain degré de privilège que je n'aurais peut-être pas si j'étais plus vieille, si je parlais plus fort, etcaetera.

Accessoirement, dans la plupart des groupes non-mixtes de meufs où je mets les pieds en ce moment, ben même s'ils sont la plupart du temps super cools, en général je suis la seule fille trans. Et encore, je suis pas complètement sûre de vouloir me définir comme trans, et tout ça.

Et en fait, c'est ça qui me pose problème. Je veux dire, j'ai vraiment du mal à savoir si j'ai des questions d'identité qui me sont personnelles mais qui sont complètement légitimes, ou alors si c'est une façon d'intérioriser des trucs et de ne pas vouloir exprimer de «spécificité» trans ?

Et ce qui me fait vraiment chier, c'est quand, même dans ces espaces, sur des petits trucs pas graves, ben j'ose pas dire que ça me fait un peu chier ou que ça me renvoie des trucs pas cools, ou que j'ose pas demander des précisions sur ce que quelqu'une voulait dire, etc. Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et y'a même des chances assez fortes pour que je sois écoutée.

Je veux dire, c'est pas des gros trucs non plus qui me plombent le karma. Juste une succession de petits actes, ou plus exactement de petits non-actes, juste des «ne pas» : ne pas oser poser explicitement la question de comment dire que les gouines trans sont inclues dans un espace non-mixte lesbiennes ; ne pas oser demander si ça le fait de prendre telle brochure en diffusion «non-mixte» parce qu'on a l'impression que le groupe qui l'a éditée était pas trop trans-friendly à la base et me convaincre que, de toute façon, j'en voulais pas vraiment ; ne pas oser dire à une copine que je vis mal le fait qu'elle explique le fait qu'une nana trans soit relou et autoritaire par le fait qu'elle soit trans et que donc c'est forcément un comportement masculin, etc.

Je veux dire, dans tous ces cas, c'est pas comme si je côtoyais des fachottes qui allaient me lyncher si j'avais le malheur de l'ouvrir, et parfois c'est elles-mêmes qui l'ouvrent, mais c'est juste que... ben, j'ai vachement de mal. Et parfois y'a juste rien et c'est juste moi qui me fait du mal toute seule à psychoter comme une conne ou à me dire que, même si j'ai beau être acceptée par les copines féministes du coin, ben, fondamentalement, je ne le mérite pas..

Et ça me fait chier autant de transphobie intériorisée, de fantasmer sur le fait que si j'arrive à passer un peu plus et si je change de ville pour trouver un boulot, je pourrais ne pas dire que je suis trans, être complètement stealth[1] et ne plus avoir à gérer ce côté là...

Et en même temps je me sens de moins en moins une identité en tant que «trans», et je vois pas pourquoi je devrais forcément m'imposer d'être hyper parfaite et de ne rien laisser passer.

Bref en ce moment j'ai l'impression que je suis partagée entre une envie de revendications trans et d'aller en profondeur sur des trucs, l'articulation avec le sexisme, la lesbophobie, d'un côté, et une forme de haine de soi et de sentiment d'illégitimité de l'autre,

C'est pas dramatique, mais ça là que je me rends compte que ça me manque vachement de ne pas avoir eu l'occasion de vraiment échanger en profondeur avec des gouines trans féministes impliquées dans les mêmes collectifs que moi et de me sentir un peu... seule, par moment.

Notes

[1] Non, ça ne veut pas dire porter du camouflage en permanence. Même si c'est aussi une tendance de mon côté obscur que je combats.

vendredi, avril 2 2010

Quelques extraits du SCUM Manifesto

Quelques extraits du SCUM Manifesto, écrit par Valérie Solanas en 1967. Étant donné que dans mon billet précédent daté du 1er avril j'avais promis de ne plus verser dans la mysandrie, je tiens à préciser que si je trouve ce que je cite intéressant, je ne souscris pas forcément à tout ce qui y est dit. Ainsi, étant donné la crise écologique actuelle, je suis loin d'être certaine des bienfondés de l'automatisation à tous les niveaux.

Sinon, le texte complet est disponible en ligne en français et en anglais.

Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.

(...)

Rongé qu’il est de culpabilité, de honte, de peurs et d’angoisses, et malgré la vague sensation décrochée au bout de ses efforts, son idée fixe est toujours : baiser, baiser. Il n’hésitera ni à nager dans un océan de merde ni à s’enfoncer dans des kilomètres de vomi, s’il a le moindre espoir de trouver sur l’autre rive un con bien chaud. Il baisera n’importe quelle vieille sorcière édentée, n’importe quelle femme même s’il la méprise, et il ira jusqu’à payer pour ça. Et pourquoi toute cette agitation ? Si c’était pour soulager une tension physique, il lui suffirait de se masturber, et puis s’il va jusqu’à violer des cadavres et des bébés, ce n’est sûrement pas pour combler son ego. Alors pourquoi ? Complètement égocentrique, incapable de communiquer et de s’identifier aux autres (voir plus haut), n’existant que par une sexualité endémique et diffuse, le mâle est psychiquement passif. Et parce que sa propre passivité lui fait horreur, il tente de s’en débarrasser en la projetant sur les femmes. Il postule que l’homme est Actif, et s’attache ensuite à démontrer qu’il est actif, donc qu’il est un Homme. Et pour ce faire, il baise ! (Moi je suis un Vrai Mec et j’ai une Grosse Queue et comment que je Tire mon Coup). Mais comme ce qu’il cherche à démontrer est faux, il est obligé de toujours recommencer. Alors baiser devient un besoin irrépressible, une tentative désespérée de prouver qu’il n’est pas passif, qu’il n’est pas une femme.

(...)

Sa recherche frénétique de compensations - parce qu’il n’est pas une femme - combinée avec son incapacité fondamentale à communiquer et à compatir, a permis à l’homme de faire du monde un gigantesque tas de merde. Il porte l’entière responsabilité de :

LA GUERRE

Le système de compensation le plus courant du mâle, savoir dégainer son gros calibre, se révélant notoirement inefficace, puisqu’il ne peut le sortir qu’un nombre très limité de fois, il dégaine sur une échelle franchement massive, donc sublime, prouvant ainsi au monde entier qu’il est un « Homme ». Du fait de son incapacité à éprouver de la compassion pour les autres, à les comprendre ou à s’identifier à eux (voir plus haut), il trouve que l’affirmation de sa virilité vaut bien toutes sortes de mutilations et de souffrances, et il la fait passer avant un nombre incalculable de vies humaines, la sienne comprise. Pour ce que vaut celle-là, il préfère mourir ébloui de gloire que de se traîner lugubrement cinquante ans de plus.

(...)

LA PATERNITÉ ET LA MALADIE MENTALE (peur, lâcheté, timidité, humilité, insécurité, passivité)

(...)

L’effet de la paternité sur les garçons, notamment, est d’en faire des « Hommes », c’est-à-dire de développer en eux un système de défenses farouches contre leur tendances à la passivité, à l’hystérie « grande-folle », et contre leur désir d’être des femmes. Tous les garçons veulent imiter leur mère, être elle, fusionner avec elle, mais Papa interdit de telles choses. C’est lui la mère. Lui, fusionne avec elle. Alors, plus ou moins directement il dit au petit garçon de ne pas faire la « mauviette » et de se conduire en « homme ». Le petit garçon qui chie dans son froc devant son père, autrement dit le « respecte », se soumet et devient un vrai petit Papa, ce modèle de Virilité, ce rêve américain : le lourd crétin qu’est l’hétérosexuel bon teint.

(...)

LE CONFORMISME

Tout en désirant être un individu, l’homme a peur de ce qui pourrait le différencier un tant soit peu des autres. Il craint de n’être pas vraiment un « Homme », d’être passif et déterminé par la sexualité, tous soupçons qui le bouleversent. Si les autres hommes sont « A » et qu’il ne l’est pas, alors il ne doit pas être un homme. Il doit être une pédale, selon ses termes. Alors il essaye d’affirmer sa Virilité en ressemblant aux autres hommes. Mais toute différence constatée chez les autres le menace aussi bien : ce sont eux les « pédales » qu’il doit éviter à tout prix et il fait tout pour les obliger à rentrer dans le rang.

L’ENNUI

La vie, dans une société créée par et pour des créatures à la sensibilité plus que limitée, donc profondément ennuyeuses, lorsqu’elles ne sont pas sinistres et déprimantes, ne peut être que profondément ennuyeuse, lorsqu’elle n’est pas sinistre et déprimante.

(...)

SCUM exterminera tous les hommes qui ne feront pas partie de l’Auxiliaire Masculin de SCUM. Font partie de l’Auxiliaire Masculin les hommes qui s’emploient méthodiquement à leur propre élimination, les hommes qui pratiquent le bien, quels que soient leurs motifs, et entrent dans le jeu de SCUM. Exemples de ce qu’on peut trouver dans l’Auxiliaire Masculin de SCUM :

- les hommes qui en tuent d’autres ;

- les chercheurs en biologie qui travaillent à des recherches constructives (au lieu de préparer la guerre biologique) ;

- les écrivains, les rédacteurs en chef les éditeurs et les producteurs qui répandent et favorisent les idées susceptibles de servir les buts de SCUM ;

(...)

- les pédés qui par leur exemple magnifique encouragent les autres hommes à se démasculiniser et à se rendre ainsi relativement inoffensifs ;

(...)

- les hommes qui disent ce qui est (jusqu’à présent il n’y en a pas eu un seul) et ont une attitude juste avec les femmes, qui révèlent la vérité sur eux-mêmes, donnent aux écervelées des phrases correctes à répéter et leur disent que le but premier d’une femme devrait être d’écraser le sexe masculin