Vernis & Sécateur

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jeudi, octobre 6 2011

Réflexion post-existrans

Ce week-end, j'étais à l'Existrans. C'était plutôt chouette, et il y avait pas mal de monde, plus que d'habitude, j'ai trouvé. Mais ce n'est pas vraiment le sujet de ce post.

Non, le sujet c'est qu'il y avait aussi pas mal d'appareils photos.

C'est pas un secret, que j'ai du mal à ce que des gens que je connais pas me prennent en photo. Après, voilà, c'est une marche de visibilité, et en général dans les marches de visibilité je suis prête à faire des concessions, comme :

  • accepter que les gens prennent des photos des pancartes et des banderoles que je porte
  • tolérer que les gens me prennent, moi, en photo, quand j'ai une pancarte ou une banderole, tant qu'il y a pas un truc particulièrement relou[1]

Il y en a d'autres que je ne suis pas prête à faire, comme :

  • accepter de poser comme ils en ont envie pour que leur photo soit «mieux» (surtout gratuitement) ;
  • accepter que des gens viennent me photographier avant ou après la manif, alors que je suis posée tranquillement.

Maintenant, tout ceci étant dit, pendant toute l'Existrans, selon un calcul pifométrique mais réalisé sur un nombre néanmoins important de photographes, je suis amenée à constater que :

  • environ 90% étaient des mecs ;
  • dont une très grande majorité de cisgenres.

Bon, alors voilà, assumer de faire de la visibilité, je veux bien, être prête à être photographiée à cause de ça, pourquoi pas, mais, juste, je suis féministe et je suis gouine, et je crois que ça me le fait pas, mais alors vraiment pas, qu'il y ait ce putain de regard masculin magnifié par la lentille et le mitraillage. Et à un moment, quand le cinquantième gars que je ne connais pas me prend une fois de plus en photo, j'en ai plus rien à foutre de savoir s'il me cadre moi ou s'il cible la banderole, de savoir si c'est quelqu'un de chouette ou pas, j'ai juste envie de lui prendre son appareil photo et de lui faire bouffer.

Et j'ai pas de solution miracle (à part peut-être n'autoriser un port d'appareil photo qu'en non-mixité à définir, ou venir à ce genre de manif avec une bombe EMP), mais je crois que là, je me dis que la «nécessité de visibilité» ne justifie pas que non seulement je me tape une saleté de regard lubrique masculin encore amplifié par rapport à d'habitude, mais surtout que je l'accepte sans rien dire et avec le sourire.

Y'a juste plus moyen.

Notes

[1] Tolérer, et pas accepter, ça veut dire que les rares fois où on me demande, ben je dis non. Ce qui permet de réaliser que les rares photographes qui demandent ne sont pas prêts à ce qu'on leur dise non...

dimanche, octobre 24 2010

Bilan personnel de l'Existrans 2010

Hier 500 personnes (selon la police) ou 1500 (selon les organisat·eur·ice·s) ont manifesté durant l'Existrans, dont le mot d'ordre cette année était «Notre identité de genre nous appartient, notre liberté de genre ne se négocie pas».

Des militant·e·s de pas mal d'assocations étaient présentes, comme des personnes d'Outrans, de Chrysalide, des Panthères Roses, d'Aides et d'Act-Up, de Contact (qui ne se sont peut-être pas dit que manifester uniquement avec des pancartes ou banderoles pour les «gays et lesbiens» était un peu incongru), des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence (qui ne font pas encore trop bien la différence entre être soutien à une lutte et être relou), et j'en oublie sûrement plein d'autres.

Et des Flamands Roses, aussi, venuEs avec sans banderoles mais avec des pancartes (beaucoup refilées à d'autres personnes en fait, il faut l'avouer) telles que :

  • Retirez ce sexe de mon état-civil
  • Demande-moi si je suis opéréE et c'est toi qui va devoir te faire refaire le nez
  • Les trans ne sont pas un sujet de thèse pour universaires cisgenres en mal de radicalisme
  • Les trans ne sont pas des modèles pour artistes & photographes en mal de subversion
  • Ni pathologisation, ni exotisation
  • Un homme, c'est comme ça, une femme, c'est comme ça, ta gueule, le psy, tu nous fatigues
  • Exotique toi-même
  • Non à l'exotisation politique des trans dans les milieux LGBTQI

(Malheureusement il n'y avait pas «Transphobes, hors de nos vies ; translovers, hors de nos lits» qu'on a dû perdre quelque part, ce qui m'a frustrée, parce que j'avais envie de faire de la visibilité transloverphobe.)

Sinon, manifestation plutôt sympa malgré le temps un peu pourri et les 250 appareils photos et 150 camescopes.

Signalons par ailleurs un groupe de sinistres individus principalement composé de gouines misandres qui, non contentes de ne pas respecter les slogans officiels et de gueuler à la place des choses telles que «si t'es contre la transphobie tape sur ton psy», «contre la psychiatrisation, kalashnikov», «un psychiatre, une balle, une équipe, une rafale», ou encore «ni homme cisgenre ni bioman, misandrie internationale» s'amusaient en plus à jeter des cacahuètes sur les gens qui se croyaient au zoo. C'est vraiment honteux, hein ?

dimanche, octobre 17 2010

En vrac

Violences et BDSM

Un article sur le blog collectif Feministe.us parle en gros des violences (abuse) dans le milieu BDSM et comment lutter contre, en anglais. J'avoue que j'ai un peu survolé mais je trouve ça intéressant comme discussion et qu'elle permet de sortir du débat «le BDSM c'est forcément de la violence en soi» versus «chez les BDSM on est que des bisounours avec respect du consentement».

Études en anglais

Existrans

Samedi 23 octobre, à 14h, à Paris, au métro Barbès aura lieu l'Existrans, la marche des trans et des interesexuéEs. Communiqués et revendications sont disponibles sur le site.

Mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement

Et sinon toujours le 23 octobre, mais aussi le 24, et toujours à Paris, il y aura aussi le colloque «Mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement» organisé par la Coordination Lesbienne de France.

Le mot de la fin

Enfin, parce que des fois je me dis que sur Internet, il ne faut jamais lire les commentaires sur les journaux en ligne, mais que des fois il y en a du lourd qui devient finalement drôle, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager la prose d'un connard du web à propos des lesbiennes :

Ce que je vois c'est les lesbiennes sont souvent des chieuses revendicatives de n'importe quoi là où les homos hommes se posent moins de question existentielles sans intérêts... Dans un bar gay, t'es accueilli comme quelqu'un qui veut boire un coup, dans un bar lesbien, tu te sens un peu efféminé face aux clones de membres de la waffen SS en goguette qui te matent comme si t'étais bon pour la casserole...

Je concluerai donc sur une citation d'Etna, un personnage du jeu vidéo Disgaea (on a les références qu'on peut) :

Ahhh... The whining of a sore loser. It's music to my ears.

mercredi, octobre 22 2008

25 octobre : manifestation contre une agression transphobe ayant eu lieu après l'existrans

Je n'ai pas d'autres infos sur le sujet donc je me contente de relayer le communiqué que j'ai eu :

Contre l’agression de Shyne et contre la transphobie : réagissons !

Le dimanche 12 octobre 2008 au soir, soit le lendemain de la marche Existrans, Shyne a été pris à partie par une demi-douzaine de personnes, subissant dans un premier temps des insultes. En entendant le son de sa voix, les individus ont émis des insultes portant sur l’apparence masculine de Shyne et sur sa voix peu grave. L’ayant reconnu comme l’une des personnes qui ont manifesté la veille pour l’Existrans, ils l’ont ensuite passé à tabac. Shyne a été déclaré en incapacité totale de travail de 2 mois renouvelable, et a 2 côtes cassées et 22 points de sutures.

Cette agression est un acte de transphobie. La transphobie est une oppression spécifique qui touche les personnes non conformes au système de genre binaire et figé qui assigne les individus au genre soit masculin, soit féminin. La transphobie touche : les personnes androgynes, les garçons efféminés, les filles masculines, les FtM (Female to Male), les MtF (Male to Female), les personnes intersexes, les personnes qui ne s’identifient et ne sont perçuEs ni comme homme ni comme femme, les personnes transsexuelles, et les personnes transgenres.

La transphobie a des conséquences concrètes : elle fait de l’espace public un espace toujours potentiellement dangereux, elle invisibilise les personnes trans’ en rendant difficile d’avoir une existence sociale dans son genre d’élection, et elle peut amener en retour les personnes trans’ à se replier sur soi, à avoir peur de se visibiliser et à demeurer encore plus isoléEs.

Etre victime de transphobie, c’est avoir des difficultés à retirer un paquet à la poste, c’est être clandestin dans son propre pays parce que ses papiers ne correspondent pas à son identité, c’est avoir des difficultés à être employéE, à trouver un logement, c’est faire d’un banal contrôle de titre de transport l’obligation d’étaler sa vie privée, c’est se sentir en danger dans la rue et face aux policiers, c’est subir des violences symboliques voire physiques, au quotidien, et être soumisE à la mainmise des psychiatres, seulEs habilités à juger du bien-fondé de notre identité et de notre existence.

En France, la transphobie n’a pas d’existence juridique, et la seule autorité compétente, la Halde, a certes des prises de positions favorables aux victimes de transphobie, mais qui ne sont fondées sur aucun texte juridique, d’où le caractère fluctuant et singulier de ses avis.

Pourtant la transphobie existe, c’est pourquoi nous exigeons :

l’inscription de la discrimination de genre dans la loi (Code civil, Code du travail, Code pénal…) la facilitation du changement d’état civil une véritable politique de lutte contre les discriminations fondées sur l’identité de genre une politique d’éducation et de prévention généralisée sur la transphobie et les identités trans’ l’institutionnalisation de la lutte nécessaire contre le binarisme et l’hétéronormativité, afin de lutter efficacement contre la transphobie au même titre que la lesbophobie, l’homophobie et le sexisme et plus largement la dépsychiatrisation des questions trans’, ainsi qu’une refondation des relations entre le corps médical et les personnes trans’, la mainmise des psychiatres étant une forme de transphobie lourde et de long terme.

La transphobie nous concerne touTEs* : nous pouvons touTEs en être le vecteur, et nombre d’entre nous en sont fréquemment les victimes. C’est pourquoi il est nécessaire de réagir aux actes de transphobie et de lutter contre la transphobie.

Nous appelons donc à un rassemblement pour manifester contre l’agression de Shyne et contre la transphobie.

Le collectif UNI-T contre la transphobie

*féminin générique

lundi, octobre 13 2008

Billet post-existrans

J'ai vraiment bien aimé la manifestation de l'Existrans de samedi. Il y avait autour de 400 personnes, ce qui est certes peu comparé à une gay pride, mais j'ai trouvé l'ambiance vraiment sympa, plus que l'année passée (peut-être parce que je connaissais plus de gens, aussi ^ ^)

Bon ça m'a fait bizarre qu'un journaliste (télé bocal je crois, ça doit une télé locale parisienne je suppose) me pose d'emblée une question alors que je venais de débarquer, mon hot-dog/frites à la main. Déjà j'ai du mal avec les caméras, même les petits truc numériques, mais alors quand j'ai pas eu le temps de me poser...

Puisqu'on parle de médias, il y a eu quelques articles dans la presse, que ce soit pour la manif de Paris ou les autres :

Quelques slogans (sonores ou écrits sur des pancartes) que j'ai bien aimés :

  • (voix grave) un homme, c'est comme ça (voix aigue) une femme, c'est comme ça (voix normale) ta gueule, le psy, tu nous fatigues ! (mais il fait mal à la gorge)
  • Psys partout ! hormones nulle part !
  • Monsieur ou madame ? Demande à mon psy, il a lu le DSM-IV !
  • Même pas mal ! Ni femelle ! (mon préféré, personnellement)