Ce week-end, j'étais à l'Existrans. C'était plutôt chouette, et il y avait pas mal de monde, plus que d'habitude, j'ai trouvé. Mais ce n'est pas vraiment le sujet de ce post.
Non, le sujet c'est qu'il y avait aussi pas mal d'appareils photos.
C'est pas un secret, que j'ai du mal à ce que des gens que je connais pas me prennent en photo. Après, voilà, c'est une marche de visibilité, et en général dans les marches de visibilité je suis prête à faire des concessions, comme :
- accepter que les gens prennent des photos des pancartes et des banderoles que je porte
- tolérer que les gens me prennent, moi, en photo, quand j'ai une pancarte ou une banderole, tant qu'il y a pas un truc particulièrement relou[1]
Il y en a d'autres que je ne suis pas prête à faire, comme :
- accepter de poser comme ils en ont envie pour que leur photo soit «mieux» (surtout gratuitement) ;
- accepter que des gens viennent me photographier avant ou après la manif, alors que je suis posée tranquillement.
Maintenant, tout ceci étant dit, pendant toute l'Existrans, selon un calcul pifométrique mais réalisé sur un nombre néanmoins important de photographes, je suis amenée à constater que :
- environ 90% étaient des mecs ;
- dont une très grande majorité de cisgenres.
Bon, alors voilà, assumer de faire de la visibilité, je veux bien, être prête à être photographiée à cause de ça, pourquoi pas, mais, juste, je suis féministe et je suis gouine, et je crois que ça me le fait pas, mais alors vraiment pas, qu'il y ait ce putain de regard masculin magnifié par la lentille et le mitraillage. Et à un moment, quand le cinquantième gars que je ne connais pas me prend une fois de plus en photo, j'en ai plus rien à foutre de savoir s'il me cadre moi ou s'il cible la banderole, de savoir si c'est quelqu'un de chouette ou pas, j'ai juste envie de lui prendre son appareil photo et de lui faire bouffer.
Et j'ai pas de solution miracle (à part peut-être n'autoriser un port d'appareil photo qu'en non-mixité à définir, ou venir à ce genre de manif avec une bombe EMP), mais je crois que là, je me dis que la «nécessité de visibilité» ne justifie pas que non seulement je me tape une saleté de regard lubrique masculin encore amplifié par rapport à d'habitude, mais surtout que je l'accepte sans rien dire et avec le sourire.
Y'a juste plus moyen.
Notes
[1] Tolérer, et pas accepter, ça veut dire que les rares fois où on me demande, ben je dis non. Ce qui permet de réaliser que les rares photographes qui demandent ne sont pas prêts à ce qu'on leur dise non...