(Attention: ce billet est susceptible de choquer les personnes notes-de-pages-phobiques)
Dans un billet précédent[1], Transgirls VS féminisme (et dans d'autres), je parlais un peu de Janice Raymond et d'un certain courant transphobe.
Sur les blogs anglo-saxons, ce courant était souvent confondu avec les radfems, c'est à dire les féministes radicales anglo-saxonnes[2][3][4].
Un billet d'une blogueuse féministe américaine revient un peu là-dessus, et explique (j'espère ne pas déformer son propos) qu'en fait, à la base, beaucoup de féministes «seconde-vague» n'étaient pas hostiles aux personnes trans, au contraire, mais qu'en gros c'était la «faction Janice Raymond/Robin Morgan/Mary Daly» qui avaient «gagné» la bataille par la suite.
Dans son billet, DaisyDeadHead cite ainsi des extraits d'un livre d'Andrea Dworkin, Hating Women datant de 1974 parlant des trans. Comme les extraits en anglais sont sur son blog, je me suis dit que ça ne valait pas la peine que j'encombre particulièrement le billet et je me contente de mettre mes traductions en français (sauf pour les noms de chapitres, vous vous débrouillerez), aussi foireuses fussent-elles (mais vous êtes libres de me corriger, chères lectrices).
Chapitre Androgyny: Androgyny, Fucking and Community:
Les recherches sur les hormones et les chromosomes, les essais pour développer de nouveaux moyens de reproduction humains (la vie créée dans, ou considérablement soutenu par, le laboratoire des scientifiques) travaillent avec les transsexuel·le·s, et les études de la formation de l'identité de genre chez les enfants fournissent des informations basiquent qui remettent en cause la notion qu'il y a deux sexes biologiques discrets. Cette information menace de transformer la biologie traditionnelle de la différence des sexes vers la biologie radicale de la similarité de sexe. Cela ne veut pas dire qu'il y a un sexe, mais qu'il y en a beaucoup. La preuve qui est appropriée ici est simple. Les mots «mâle» et «femelle», «homme» et «femme», sont utilisés seulent parce qu'il n'y en a encore pas d'autres.
(...)
Nous pouvons supposer qu'il y a une bonne partie de la sexualité humaine qui est à découvrir, et que notre notion de deux sexes biologiques discrets ne peut rester intact. Nous pouvons alors supposer que nous découvresons des phénomènes en travers des sexes (cross-sexed[5]) en proportion à notre capacité à les voir.
De plus, nous pouvons expliquer (account) la rareté relative des hermaphrodites dans la population générale, la consistence des somatotypes mâle-femelle que nous trouvons, et la rareté relative des caractèristiques cross-sexed dans la population générale (quoiqu'elles apparaissent avec plus de fréquence que nous désirons actuellement imaginer) en reconnaissant qu'il y a un processus de sélection culturelle qui, pour les gens, dépasse l'importance de la sélection naturelle. La sélection culturelle, en opposition à la sélection naturelle, ne sert pas nécessairement à améliorer la capacité d'une espèce ou à assurer la survie. Elle sert nécessaire à maintenir des normes culturelles et à assurer que les somatotypes déviants et les caractéristiques cross-sexed soient automatiquement éliminées de la population.
(...)
Nous sommes, clairement, une espèce multi-sexuée qui a sa sexualité répandue le long d'un vaste continuum fluide où les éléments appelés mâle et femelle ne sont pas discrets.
Section Transsexuality
Cette section commence par une traduction d'un·e ami·e trans :
Comment je peux vraiment me soucier de si nous gagnons «la Révolution» ? De toute façon, il n'y aura pas de place pour moi.
Puis vient ensuite un passage que je trouve assez intéressant, surtout si l'on prend en compte qu'il a quand même été écrit il y a 35 ans :
La transsexualité est actuellement considére comme un trouble d'identité de genre, c'est à dire, qu'une personne apprend un rôle de genre qui contredit son sexe visible. Il s'agit d'une «maladie» avec un remède : une opération de changement de sexe qui changera le sexe visible de la personne et le mettra en accord avec l'identité ressentie de la personne.
Comme nous en savons très peu sur l'identité de sexe, et comme les psychiatres sont impliqué·e·s dans la propagation de la structure culturelle telle qu'elle est, il serait prématuré et pas très intelligent d'accepter le jugement psychiatrique consistant à dire que la transsexualité est causée par une socialisation défectueuse. Plus probablement, la transsexualité est causée par une société défectueuse. La transsexualité peut être définie comme une formation particulière de notre multisexualité générale qui est incapable d'achever son développement à cause de conditions sociales extrêments adverses.
Il n'y a pas de doute que dans la culture de la discrétivité[6] mâle-femelle. Chaque transexuel·le, blanc·he, noir·e, homme, femme, riche, pauvre, est dans un état d'urgence primaire en tant que transsexuel·le. Il y a trois points cruciaux ici : .
Un, chaque transsexuel·le a le droit de survivre selon ses propres termes. Cela veut dire que chaque transsexuel·le a le droit a une opération de changement de sexe, et qu'elle devrait être fournie par la communauté comme une de ses fonctions. C'est une mesure d'urgence pour une condition d'urgence.
Deux, en changeant nos suppositions sur les hommes et les femmes, le jeu de rôle et la polarité, la situation sociale des transsexuel·le·s sera transformée, et que les transsexuel·le·s seront intégré·e·s dans la communauté, et plus persécuté·e·s et méprisé·e·s.
Trois, une communauté construite sur une identité androgyne signifiera la fin de la transsexualité telle que nous la connaissons. Soit le/la transsexuel·le sera capable d'étandre sa sexualité vers une androgynie fluide, soit, comme les rôles disparaîtront, le phénomène de la transsexualité disparaîtra et cette énergie sera transformée dans de nouveaux modes d'identité sexuelle et de comportement.
Notes
[1] Oui, ça fait très résumé de feuilleton, comme entrée.
[2] Je dis anglo-saxonnes, parce que je trouve le discours quand même assez différent (encore que pas forcément de tout le monde) de celles qui m'ont personnellement plus influencée, comme Christine Delphy ou Monique Wittig. Après, bon, si on me dit, «ahahahahahah, ma pauvre fille, mais tu te fourvoies complètement, Delphy et Wittig ne sont pas du tout des féministes radicales, mais de simples féministes matéralistes, t'es vraiment trop nulle, bon, ben tant pis, je pense que je survivrai. Même si je me serais faite plonker pour rien, du coup.
[3] Ce genre de contractions est assez à la mode, que ce soit pour les radfems, le diamat (dialectical materialism, matérialisme dialectique) et autre. Moi, ça me fait toujours penser à du novlangue.
[4] Ce qui peut être frustrant, par exemple lorsqu'on se fait plonker d'un blog féministe trans-friendly parce qu'on se définit féministe radicale.
[5] J'avoue que je ne sais pas si ce terme se réfère à des aspects intersexes, transsexes, ou les deux. J'aurais tendance à penser à la dernière hypothèse, mais quoi qu'il en soit, ma traduction est très boîteuse, je l'admets.
[6] Oui, je sais, ça fait très «bravitude». Mais je préfère utiliser ça plutôt que «discrétion» parce que j'ai l'impression qu'il y a moins de chance qu'on comprenne «pas très visible» plutôt que «constitué d'éléments discrets» (par opposition à continu)