Pendant qu'en France la HAS soumet son rapport sur la situation de la transsexualité en France, aux USA, dans le cadre de la révision du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, en gros la référence pour savoir ce qui constitue une maladie mentale ou pas et comment la diagnostiquer), le groupe de travail sur les troubles sexuels et de l'identité de genre a fait un rapport provisoire dont un compte-rendu est disponible sur le blog de Kelley Winters concernant le trouble tranvestite.
Si l'ensemble est inquiétant et va toujours dans le sens de la pathologisation des trans' et de tout ce qui sort des normes des genres, et si par ailleurs il faudrait que je fasse un billet plus détaillé sur la notion d'autogynéphilie que des psychiatres comme Blanchard essaient d'inclure[1], c'est un passage spécifique qui a attiré mon attention :
First, Dr. Blanchard broadly expanded the definition of paraphilia to include,
“any intense and persistent sexual interest other than sexual interest in genital stimulation or preparatory fondling with phenotypically normal, consenting adult human partners.”
Donc Blanchard suggère que la paraphilie devienne quand même super large, et inclut tout ce qui n'est pas «stimulation génitales ou préliminaires avec des adultes consentants, adultes et phénotypiquement normaux».
Si bien sûr on sent la morale réactionnaire pointer derrière (le sexe est fait pour se reproduire, donc seules les stimulations génitales comptent), je trouve assez drôle la référence au «phénotypiquement normal», qui revient si j'ai bien compris aux personnes cissexuelles et pas intersexes.
Autrement dit : non seulement dans le DSM-V la transsexualité sera probablement toujours une maladie mentale, mais avec cette proposition coucher avec une personne trans' en serait une aussi.
Bref, avec le DSM-V, la transsexualité va devenir une maladie mentale sexuellement transmissible.
On n'arrête pas le progrès.
(Via Transgender Community)
Notes
[1] En très bref ça distingue grosso-modo, pour les MtF, les trans' «homosexuels» (donc attirées par les hommes) et les trans' «autogynéphiles» : si tu n'es pas sexuellement entièrement consacrée au plaisir du mec, mais aussi au tien, c'est donc que tu es autogynéphile. Parmi les critères retenus par un des psys en faveur de cette théorie pour repérer les «vraies femmes» des autogynéphiles, on notera : «Would some of your male friends find this person sexy?» Soit, si on traduit l'idée plutôt que mot à mot, «est-ce que votre patiente est baisable ?»