Vernis & Sécateur

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mercredi, juin 15 2011

True Blood

Hier, l'Assemblée nationale a voté contre le mariage pour les homos.

Hier, c'était aussi la jourmée mondiale du don du sang[1], l'occasion de rappeler que les gays sont toujours exclus du don du sang. Pour être exacte, la formulation qu'on peut voir dans le questionnaire du don du sang est :

Si vous avez eu des relations sexuelles entre hommes.

Ce qui est à mon avis intéressant de noter, et qui prouve bien qu'il s'agit de discrimination et pas juste de «prise en compte de risques blabla taux de prévalence bla», c'est que contrairement au fait d'avoir :

  • Changé de partenaire sexuel(le),
  • Eu plus d’un(e) partenaire sexuel(le),
  • Eu une relation sexuelle avec un(e) partenaire occasionnel(le)
  • Eu une infection sexuellement transmissible (IST) dont la syphilis.

qui est gênant «uniquement» si c'est dans les quatre derniers mois, le fait d'avoir une une relation sexuelle «entre hommes» semble être rédhibitoire à vie, carrément.

Bref, voilà, les gays peuvent toujours pas donner leur sang, on peut le lire dans la presse (enfin, sur Internet, la presse papier c'est plus chiant de faire les copier/coller) :

Alors bon, voilà, oui, je pense que dans la situation actuelle les dispositions de l'Établissement Français du Sang sont discriminatoires, oui je pense que c'est bien d'en parler, mais quand même, il y a une question qui me trotte dans la tête à chaque fois que je lis ce genre d'articles.

L'exclusion du don du sang ne concerne a priori «que» les hommes gays (si t'es lesbienne ou trans t'as des chances de te faire virer par un médecin réac, mais c'est pas prévu dans le cadre et il est complétement en tort). Du coup je me demandais : si y'avait une mesure qui concernait que les lesbiennes, est-ce que tous ces médias seraient aussi prompts à parler en général «des homos», «des personnes homosexuelles» ? Certes, grammaticalement l'expression «les homosexuels» peut aussi bien signifier «les hommes homosexuels» que «les hommes et les femmes homosexuel-le-s». C'est la beauté d'avoir une grammaire sexiste. Sauf que du coup, ça donne un peu l'impression que les questions qui concernent uniquement les gays deviennent les questions des gays et des lesbiennes ; ce qui en soit ne serait pas très gênant si ça allait dans les deux sens, mais le fait que les questions spécifiquement gays deviennent «les questions homos» et que les questions spécifiquement lesbiennes restent «les questions lesbiennes», je crois que ça ne me va pas.

Bon et sinon, pour justifier un peu le titre et parce que malgré le bémol précédent je pense que c'est important d'être solidaire des copains pédés là-dessus, une petite image :

eric.png

Notes

[1] Eh ouais, le titre est juste racoleur : en fait c'est un billet sur un truc chiant, et pas sur la série True Blood. Mais promis, je ferai aussi un billet sur cette série un de ces quatre.

vendredi, juillet 11 2008

Qu'un sang impur n'abreuve pas nos perfusions

Aujourd'hui, j'ai eu le droit à mon premier refus de me prendre mon sang.

(... Ou pas. En fait, je m'étais déjà fait éjecter parce que je venais d'être malade).

Je leur ai demandé directement, histoire de ne pas perdre de temps (je veux bien arriver en retard au boulot pour donner mon sang, mais quitte à ne pas le donner, autant le savoir tout de suite. Ou alors qu'ils me fassent au moins la piqure, histoire qu'on voit la marque et que ça me donne une excuse) : est-ce que vous acceptez les transsexuels ?

La réponse est : non.

Sur ce, l'infirmière a voulu me convaincre de rester pour avoir les explications du médecin, mais comme je devais aller bosser et qu'il fallait attendre, j'ai refusé. Je me disais aussi que je n'aurais qu'à chercher un peu sur Internet pour trouver la raison.

En fait, non. En cherchant "don du sang transsexuel" sur google, on ne trouve que des pages parlant de l'exclusion... des homos. Discrimination d'un côté, invisibilité de l'autre. (MàJ du 11 juillet : et ce billet. Aha !)

Enfin, discrimination... bon, moi en soi je m'en fous quand même un peu de pas pouvoir donner mon sang. Je veux dire, c'est pas dramatique. Maintenant, bon, vu qu'on est en manque de sang, je me dis que c'est con de se baser sur des préjugés pour ça.

Cela dit, je vais essayer de repasser discuter ce soir, parce qu'il y a peut-être des bonnes raisons, pour le coup. Je prends un traitement hormonal et c'est peut-être gênant pour le don du sang ; je le comprendrais tout à fait.

Par contre ça me ferait chier qu'on me considère comme «à risque» du point de vue du Sida parce que je suis trans', alors que, bon, faut être honnête, niveau risque de ce côté là, il n'y en a vraiment pas beaucoup, vu comment ma sexualité est à peu près aussi vive qu'un zombie (et je parle des vrais zombies tout morts et qui avancent pas vite, pas de ceux qui courent, hein).

Post-scriptum: après un coup d'oeil rapide sur les conditions pour donner son sang, il semblerait que certains anti-androgènes posent problème :

Par exemple, le délai d'attente après arrêt de Roaccutane (Acné), de Chibroproscar (Prostate), de Propétia ( repousse des cheveux), peut atteindre 1 mois.

Le Chibroposcar, c'est de la finastéride, et j'ai l'impression que le Propétia aussi (même si je l'ai vu sous le nom de «Propecia»), c'est-à-dire un anti-androgène assez léger. Du coup j'ai du mal à imaginer que l'acétate de cyprotérone (Androcur), qui est beaucoup plus lourd (c'est un castrateur chimique, quoi) ne me vaille pas une exclusion pour le coup assez légitime.

Post-post-scriptum (mise à jour du 11 juillet 2008): après être retournée dans un camion à sang et avoir discuté un peu, la réponse est : non, ça ne vient pas des médicaments, c'est parce qu'on est une population à risques.

Je lui ai demandé si moi, du coup, je pouvais quand même donner vu que, niveau rapport sexuel, ben voilà, euh, on va dire que y'a pas beaucoup de risque : nein.

Du coup, ce que j'en pense :

  • l'idée de population à risque, plutôt que de pratique à risque, je trouve ça idiot. Il me semble que ça manque complètement de finesse.
  • si les trans' sont une population à risque, est-ce qu'il ne faudrait pas axer plus de prévention vers ces personnes plutôt que de laisser quelques associations faire comme elles peuvent ? La seule étude sur la prévalence du Sida chez les trans' en France doit avoir une semaine et a été l'oeuvre d'associations et non pas du ministère de la santé. Donc d'un côté on se sert de la prévalence pour éjecter du don du sang mais de l'autre côté on ne fait rien pour réduire ce taux. Ça me fout un peu en rogne.
  • s'il y a un rejet de la population "trans'", je me demande sur quelle base ça se fait : autant pour les homos il y a un acte clair "relation sexuelle avec une personne de même sexe", autant pour les trans', euh... Si je retourne dans le même camion et que j'explique que je suis juste un mec qui s'habille en jupe parce qu'il a du sang écossais, je peux donner ? (Ah non, le sang du Royaume-Uni n'est pas trop apprécié non plus). Si je rejette l'appellation "transsexuelle", est-ce que je peux donner ? Ou alors c'est le simple fait de porter une jupe ou de parler au féminin quand on a un zizi qui fait rentrer dans une «population à risque» ?
  • ils m'ont quand même proposé une boisson, ce qui prouve qu'ils ne sont pas si méchants que ça, mais tout de même, ça n'empêche pas.

Post-post-post-scriptum (mise à jour du 18 juillet 2008): j'ai eu un témoignage d'au moins une personne trans' ayant pu donner son sang sans problème. Apparemment, il faut juste ne pas y aller avec ses gros sabots et demander «vous prenez les trans' ?». Si on remplit juste le formulaire, ça passe. (Ça dépend peut-être des médecins, aussi.)