Aujourd'hui, j'ai eu le droit à mon premier refus de me prendre mon sang.
(... Ou pas. En fait, je m'étais déjà fait éjecter parce que je venais d'être malade).
Je leur ai demandé directement, histoire de ne pas perdre de temps (je veux bien arriver en retard au boulot pour donner mon sang, mais quitte à ne pas le donner, autant le savoir tout de suite. Ou alors qu'ils me fassent au moins la piqure, histoire qu'on voit la marque et que ça me donne une excuse) : est-ce que vous acceptez les transsexuels ?
La réponse est : non.
Sur ce, l'infirmière a voulu me convaincre de rester pour avoir les explications du médecin, mais comme je devais aller bosser et qu'il fallait attendre, j'ai refusé. Je me disais aussi que je n'aurais qu'à chercher un peu sur Internet pour trouver la raison.
En fait, non. En cherchant "don du sang transsexuel" sur google, on ne trouve que des pages parlant de l'exclusion... des homos. Discrimination d'un côté, invisibilité de l'autre. (MàJ du 11 juillet : et ce billet. Aha !)
Enfin, discrimination... bon, moi en soi je m'en fous quand même un peu de pas pouvoir donner mon sang. Je veux dire, c'est pas dramatique. Maintenant, bon, vu qu'on est en manque de sang, je me dis que c'est con de se baser sur des préjugés pour ça.
Cela dit, je vais essayer de repasser discuter ce soir, parce qu'il y a peut-être des bonnes raisons, pour le coup. Je prends un traitement hormonal et c'est peut-être gênant pour le don du sang ; je le comprendrais tout à fait.
Par contre ça me ferait chier qu'on me considère comme «à risque» du point de vue du Sida parce que je suis trans', alors que, bon, faut être honnête, niveau risque de ce côté là, il n'y en a vraiment pas beaucoup, vu comment ma sexualité est à peu près aussi vive qu'un zombie (et je parle des vrais zombies tout morts et qui avancent pas vite, pas de ceux qui courent, hein).
Post-scriptum: après un coup d'oeil rapide sur les conditions pour donner son sang, il semblerait que certains anti-androgènes posent problème :
Par exemple, le délai d'attente après arrêt de Roaccutane (Acné), de Chibroproscar (Prostate), de Propétia ( repousse des cheveux), peut atteindre 1 mois.
Le Chibroposcar, c'est de la finastéride, et j'ai l'impression que le Propétia aussi (même si je l'ai vu sous le nom de «Propecia»), c'est-à-dire un anti-androgène assez léger. Du coup j'ai du mal à imaginer que l'acétate de cyprotérone (Androcur), qui est beaucoup plus lourd (c'est un castrateur chimique, quoi) ne me vaille pas une exclusion pour le coup assez légitime.
Post-post-scriptum (mise à jour du 11 juillet 2008): après être retournée dans un camion à sang et avoir discuté un peu, la réponse est : non, ça ne vient pas des médicaments, c'est parce qu'on est une population à risques.
Je lui ai demandé si moi, du coup, je pouvais quand même donner vu que, niveau rapport sexuel, ben voilà, euh, on va dire que y'a pas beaucoup de risque : nein.
Du coup, ce que j'en pense :
- l'idée de population à risque, plutôt que de pratique à risque, je trouve ça idiot. Il me semble que ça manque complètement de finesse.
- si les trans' sont une population à risque, est-ce qu'il ne faudrait pas axer plus de prévention vers ces personnes plutôt que de laisser quelques associations faire comme elles peuvent ? La seule étude sur la prévalence du Sida chez les trans' en France doit avoir une semaine et a été l'oeuvre d'associations et non pas du ministère de la santé. Donc d'un côté on se sert de la prévalence pour éjecter du don du sang mais de l'autre côté on ne fait rien pour réduire ce taux. Ça me fout un peu en rogne.
- s'il y a un rejet de la population "trans'", je me demande sur quelle base ça se fait : autant pour les homos il y a un acte clair "relation sexuelle avec une personne de même sexe", autant pour les trans', euh... Si je retourne dans le même camion et que j'explique que je suis juste un mec qui s'habille en jupe parce qu'il a du sang écossais, je peux donner ? (Ah non, le sang du Royaume-Uni n'est pas trop apprécié non plus). Si je rejette l'appellation "transsexuelle", est-ce que je peux donner ? Ou alors c'est le simple fait de porter une jupe ou de parler au féminin quand on a un zizi qui fait rentrer dans une «population à risque» ?
- ils m'ont quand même proposé une boisson, ce qui prouve qu'ils ne sont pas si méchants que ça, mais tout de même, ça n'empêche pas.
Post-post-post-scriptum (mise à jour du 18 juillet 2008): j'ai eu un témoignage d'au moins une personne trans' ayant pu donner son sang sans problème. Apparemment, il faut juste ne pas y aller avec ses gros sabots et demander «vous prenez les trans' ?». Si on remplit juste le formulaire, ça passe. (Ça dépend peut-être des médecins, aussi.)