Au début de ma transition, j'avais envisagé de passer par une équipe «officielle», c'est-à-dire celle de Mireille Bonierbale à l'hopital Sainte-marguerite à Marseille. Pas envisagé très sérieusement, mais j'avais envie de voir ce que ça donnait, à moitié par curiosité et à moitié par masochisme.
Depuis, j'ai laissé tomber, parce que c'était naze. J'avais écrit un compte-rendu le jour-même que je n'avais pas mis en ligne, au cas où j'aurais eu besoin d'un feu vert de cette psy pour autre chose (oui je suis peut-être un peu parano mais bon, c'est quand même pas de l'ordre de l'impossible qu'une psychiatre sache utiliser google), puis ensuite parce que j'avais oublié.
Voilà le témoignage à peu près tel que je l'avais écrit le jour même, avec juste quelques modifs.
J'ai rendez-vous à 12h15. J'arrive un peu avant (11h45) par peur d'être en retard et du temps qu'il faudra au niveau administratif. J'avais raison et j'avais tort.
Raison, parce qu'il me faudra effectivement passer un peu plus d'une demi-heure à donner la carte de sécu et à donner des infos sur moi. Je note que l'infirmière qui s'occupe de l'enregistrement dans le pôle transsexualité me demande le prénom que j'utilise (j'en utilise pas (à l'époque), juste un diminutif androgyne de mon «vrai» prénom) et est plutôt respectueuse de mon choix de genre. Cela me semblait loin d'être évident.
J'avais aussi tort, parce que madame Bonierbale ne me recevra finalement que vers 13h30.
Je lui donne la lettre de mon autre psy, elle regarde les papiers que m'a fait remplir l'infirmière et tape quelques trucs sur son ordinateur.
Ensuite, elle me prend en photo. Je ne vois pas trop l'intérêt mais j'accepte, surtout qu'on ne me donne pas vraiment le choix. On m'explique cependant qu'elle ne sera pas sur Internet. Soit. Ça fout vachement en confiance et on n'a pas l'impression d'être considéré comme un extra-terrestre ou au zoo.
Je parle de moi, on discute. Ce n'est pas aussi désagréable que je le craignais : ma psy m'avait prévenue que des fois elle pouvait être fort agressive, là ce n'est pas trop le cas.
Enfin, le truc se termine et elle m'explique un peu vaguement ce qui va se passer pour la suite. Elle n'est pas apparemment trop convaincue par ce que je lui ai raconté : j'ai visiblement d'autres troubles comportementaux, une posture renfermée et je suis timide. Qui plus est, mon projet après ma thèse est de trouver un job de developpeur(euse?) informatique, ce qui me permettrait d'éviter de côtoyer les gens. Il faut donc travailler là-dessus avant d'envisager quoique ce soit parce que ce serait pire après et que c'est possible que ma transition soit une «fuite» pour cacher ça et qu'il faut «stabiliser» ça (je n'ai pas compris en quoi ma timidité était instable, mais je ne poserai pas la question). Surtout que les hormones changent le caractère alors voilà.

Test de Rorschach.
Mais qui psychiatrise les psychiatres ?
De toutes façons il faut que je remplisse plein de tests psychologiques (test de Rorschach notamment. L'infirmière me parle de 6h de tests.), sans compter les problèmes physiques (c'est vrai que j'ai un problème de poids). De toutes façons il y a toujours un minimum d'un an avant la première dose d'hormone. Et puis c'est peut-être pas le bon moment pour moi. En plus vu que j'ai eu le malheur de dire que j'avais rencontré des trans' et que ça m'avait aidé, je vais devenir une créature de la nuit. Un peu interloquée, je lui demande ce qu'elle veut dire et elle me répond qu'en général les trans' vivent la nuit et qu'en gros il y a un phénomène d'auto-suggestion et tout.

Créature de la nuit.
Sorte de junkie assoiffée d'oestrogènes,
elle est obligée d'obtenir sa dose
en buvant le sang de femmes innocentes.
(Parce que, quand une trans' discute avec une autre trans', c'est de l'auto-suggestion. Quand un psy discute avec un autre psy... non évidemment, là c'est différent ?)
Je lui demande si pour le laser c'est possible avant. Elle me dit en substance que je fais ce que je veux (ma question concernait le remboursement, surtout) mais que ça ne servira à rien si je ne prends pas d'anti-androgène, surtout que de toutes façons mes poils sont clairs.
Du coup, je me dis que non seulement je suis pas d'accord avec le fait de laisser à des gens décider à ma place ce qui est bon pour moi, mais que même au niveau visuel on doit pas être construit pareil, parce que pour moi, le noir, c'est pas exactement «clair».
Heureusement pour elle, mon côté timide me laissera béate face à ce qu'elle dit et me fera partir minablement, plutôt que de protester et d'ouvrir ma gueule.
Je ne l'ai jamais revue depuis. Je ne le regrette pas. Par contre, je ne regrette pas d'être allée voir ce que donnait les équipes officielles : maintenant, dès que je vais dans une soirée goth, je peux crâner en disant que j'ai été diagnostiquée «créature de la nuit» par une psychiatre.