Vernis & Sécateur

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mercredi, octobre 26 2011

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) – communiqué alternatif

Parce que, ouais, les espèces de «communiqués» sérieux c'est chiant, voilà une version un peu plus fun (en tout cas selon moi, vous avez le droit de ne pas être d'accord).


Vous avez toujours trouvé que les biographies trans manquaient de guns et de motos ? Vous n'avez jamais compris cette obsession pour la poésie chez les auteures lesbiennes ? Alors vous aimerez «Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», de Lizzie Crowdagger (et illustrée par Rose Butch), située entre «Buffy», «True Blood» et «Sons Of Anarchy», mais avec plus de gouines.

«Une parfaite illustration de la dialectique post-moderniste foucaldienne troublant le genre de manière subversivement queer.»

Butler (Gerard)

«Un torchon pire que le Hellfest et la Pride réunis.»

Christine Boutin

«Les lesbiennes ne sont pas des femmes. Et je ne parle même pas des vampires lesbiennes.»

Monique Wittig

«Ce roman montre à quel point le patriarcat nous aliène.»

Ellen Ripley


Et sinon, si vous avez du goût et que par conséquent ce bouquin vous intéresse, vous pouvez soit le commander sur le site TheBookEdition, soit en contactant l'auteure par mail (crowdagger at reveries point info), soit en passant au centre LGBTQIF de Lille, 19 rue de Condé, pendant le Festival Ô Mots des Flamands Roses (c'est-à-dire, jusqu'au 12 novembre).

mercredi, août 17 2011

Encore un extrait de nouvelle, sans nom pour l'instant

Voià un petit extrait d'un texte qui fera sans doute partie d'«Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», qui devrait – si tout va bien et que j'arrive à m'activer un peu (ce qui n'est pas complétement évident) – sortir pour le festival Ô Mots des Flamands Roses, c'est à dire courant octobre. Ce passage va sans doute être modifié substantiellement, mais je le trouvais sympa comme ça.


La docteur Steiner retira ses petites lunettes rondes et me dévisagea avec attention ; cela me mettait mal à l’aise à chaque fois qu’elle le faisait. C’était peut-être à cause de ses yeux injectés de sang. La plupart des vampires n’avaient pas des yeux qui sortaient de l’ordinaire, mais elle, si. C’était d’autant plus frappant que le reste de son apparence était plutôt banale : légèrement enrobée, les cheveux blancs et courts, une blouse sur les épaules et un stéthoscope — qui devait être inutile pour la majorité de ses patients — autour du cou, elle correspondait à l’image classique qu’on se faisait d’un médecin, et pas d’un suceur de sang.

Elle venait de me renouveler mon ordonnance pour les hormones qui permettaient de féminiser mon corps. J’en avais pris quelques mois de façon pas très légale, puis Rouge m’avais conseillé d’aller voir ce médecin qui exerçait dans une clinique privée, parce qu’elle était plutôt sympa avec ses patients. La plupart de ses patients étaient morts, mais elle avait accepté de me suivre également.

« Vous avez des bleus sur le visage, constata-t-elle. Et une ou deux coupures.

— Oui », admis-je.

Cela remontait à dix jours plus tôt, et ça ne me faisait presque plus mal.

« Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

— Je suis tombée dans les escaliers. »

Elle se recula dans son fauteuil et me jeta un regard désabusé.

« Vraiment ? demanda-t-elle.

— Oui. Il y a eu une légère altercation dans un bar et j’étais dans les escaliers. Il y avait le type, en dessous de moi et sur le coup, ça m’a paru une bonne idée de lui sauter dessus les deux pieds en avant. »

Steiner ne dit rien, et se contenta de secouer la tête d’un air blasé.

« J’avais vu ça dans un match de catch », argumentai-je.

Évidemment, se réceptionner sur des marches d’escalier était peut-être un peu plus douloureux que sur un ring conçu pour, mais dans l’euphorie du moment je n’avais pas eu le temps de réfléchir à ce léger détail technique.

« Cassandra, soupira mon médecin, votre corps est fragile et ne se remettra pas de tout aussi facilement. Vous devriez en prendre un peu plus soin. »

La vampire eut ensuite un léger sourire, dévoilant ses deux canines.

« Bien sûr, il y aurait une alternative qui vous permettrait de ne plus avoir à gérer les désagréments d’un corps mortel, si vous me suivez ?

— J’y réfléchirai », répliquai-je en attrapant l’ordonnance pour mes œstrogènes.

La plupart des personnes transsexuelles n’osaient pas aller chez le médecin parce que :

  • on les appelait dans le mauvais genre ;
  • on réduisait tous leur problème de santé à leur transsexualité ;
  • on leur demandait sans cesse ce qu’elles avaient entre les jambes ;
  • on les pousser à aller voir un psychiatre ;
  • etc.

Je devais être la seule qui repoussais mes rendez-vous parce que je savais très bien que mon médecin allait me faire remarquer que j’étais toujours mortelle, et que ce n’était pas quelque chose d’incurable.

samedi, juillet 16 2011

Un autre extrait de nouvelle : un étrange message

Voilà un autre extrait de nouvelle (où on retrouve certains personnage de l'extrait précédent, d'ailleurs). Bon, c'est toujours un bout pas complet, mais au moins c'est pas (encore) un texte avorté, alors vous aurez peut-être la chance de voir la suite (et le début) un jour.


Il ne faisait pas encore nuit lorsque j’entrai dans l’appartement de Morgue — elle m’avait donné un double des clés — et je m’attendais à ce qu’elle soit encore endormie, mais elle était en train de jouer à la console sur un écran géant.

Son appartement ne ressemblait pas à celui d’une vampire old-school : il était moderne, bien équipé, décoré avec des affiches de film d’action remplies de nanas avec des gros flingues. Il y avait pas moins de quatre posters d’Ellen Ripley. Bref, l’appartement de Morgue faisait plus typiquement gouine que vampire, du moins pour le salon ; sa chambre, en revanche, semblait tout droit sortie de Dracula.

Physiquement, Morgue était grande — un peu plus que moi — et avait les cheveux blonds et partiellement rasés. Elle portait essentiellement du noir et ce soir n’était pas une exception : elle avait mis un débardeur sombre avec une croix inversée, et une longue jupe en cuir qu’elle ne portait pas souvent, préférant les pantalons.

« Salut, ma beauté mortelle, lança-t-elle en me voyant.

— Coucou, Morgue. Tu progresses bien ?

— J’ai eu une nouvelle épée et j’ai passé deux niveaux. Tes cours se sont bien déroulés ? »

Je embrassai avant de lui répondre. Je ne voulais pas parler de la quête de Billie tout de suite.

« Ceux auxquels j’ai été se sont bien passés.

— Tu as encore séché ? Vilaine, vilaine fille.

— Oui, fis-je en me collant contre elle. Je pense que je mérite d’être punie. »

Morgue sourit, dévoilant ses canines proéminentes, et elle approcha sa main de son visage. Je vis ses ongles noirs s’allonger avant qu’elle ne commence à me caresser le cou.

J’attendis la fin de ma « punition » — qui se révéla loin d’être désagréable — avant de lui demander pourquoi Billie m’avait fait sortir de cours.

« Elle a reçu un message bizarre et part chercher un type qui a disparu ? résuma-t-elle une fois que je lui eus expliqué.

— Et trois chats, ajoutai-je.

— Ça mérite d’annuler notre soirée en amoureuses, alors ? » railla-t-elle.

C’est le moment que choisit son portable pour sonner, avec la musique du générique de Buffy.

« Oui, Billie. Cassie m’a expliqué. D’accord. On se retrouve à la friterie en bas de chez moi, d’ici une demi-heure ? À plus. »

Elle raccrocha ensuite, et haussa les épaules.

« On ferait mieux de l’accompagner. Ce n’est pas que ça m’enchante, mais je me sentirais coupable si elle se faisait tuer.

— Je croyais que tu te moquais du sort des pathétiques humaines ?

— Billie n’a rien d’humain, répliqua-t-elle. C’est une geek. »


*****

Nous descendîmes les six étages qui nous séparaient du rez-de-chaussée et nous retrouvâmes Billie qui nous attendait.

« Salut, Morgue, lança-t-elle en nous voyant. Tu as sorti une jupe. »

La vampire jeta un air mauvais à son interlocutrice.

« Qu’est-ce que ça peut te foutre, la façon dont je m’habille ? »

Billie eut un petit sourire gêné.

« C’est juste que j’ai cru remarquer qu’il y avait une certaine corrélation entre certaines choses.

— Quel genre de choses ? demanda Morgue en allumant une cigarette.

— Tu as tendance à frapper plus de gens lorsque tu es en jupe, je ne sais pas si tu as déjà remarqué ? »

La vampire soupira, et commença à se diriger vers la friterie. Billie et moi lui emboîtames le pas.

« Tu n’avais jamais remarqué ? me demanda-t-elle. C’est comme si elle devait compenser le léger surplus de féminité en étant encore plus agressive que d’habitude.

— Peut-être que c’est juste parce qu’on se prend plus de remarques relous quand on est en jupe, répliquai-je. Et Morgue n’est pas vraiment du genre à laisser passer ça sans rien dire.

— Peut-être que t’as raison, admit Billie. En tout cas, on est d’accord, il y a une corrélation. »

Quelques mètres devant nous, Morgue était en train de jeter sa cigarette, pourtant seulement à moitié consumée, et elle entra dans la friterie.

Lorsque nous la rejoignîmes, elle était déjà en train de commander des keftas crus avec des frites.

« Vous savez, plaisanta le serveur tandis qu’elle payait, vous êtes ma seule cliente vampire.

— On est en 2010, répliqua-t-elle en souriant. Il faut bien s’intégrer à la société humaine. »

Je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant dire ça, tellement c’était éloigné de son mode de pensée.

« Hey, t’es un garçon ou une fille ? »

La remarque provenait d’une table à l’entrée, où trois jeunes hommes étaient assis. Je ne sais pas à laquelle d’entre nous elle était destinée : Bille était après tout on ne peut plus masculine, et je me faisais moi-même régulièrement traiter de travelo. Mais Morgue décida que c’était pour elle, et elle s’approcha à grand pas de leur table.

« Excusez-moi, demanda-t-elle en souriant, je n’ai pas bien pu entendre, j’étais en train de payer. Vous pouvez répéter ? »

Je levai les yeux au ciel et décidai de passer ma commande pendant que Billie regardait l’altercation. Moi, je savais déjà comment ça allait se terminer.

« Je me demandais si tu es un gars ou une fille. Parce tu ressembles à un gars, mais tu portes une... »

Le type n’eut pas le temps de terminer sa phrase, parce que Morgue avait resserré sa main sur sa gorge et l’empêchait de respirer. Ses deux amis se levèrent pour l’aider, mais il suffit à la vampire d’un regard lourd de signification, avec ses canines sorties au maximum, pour les en décourager.

« Salade, tomates, oignons ? demanda le serveur, qui devait être lui aussi habitué à ce genre de situation.

— Ouais. Avec un coca, s’il vous plaît. »

Pendant ce temps, à l’autre bout de la pièce, Morgue avait approché ses canines à deux centimètres de la jugulaire de l’importun.

« Tu sais, espèce de poche à sang géante, la question que tu as posé n’est vraiment pas polie. Ça fait un peu, genre, je veux savoir si tu es une proie potentielle. C’est comme si je te demandais de quel groupe sanguin tu es. Tu n’aimerais pas ça, hein ? »

Le type déglutit bruyamment, et je devinai que mon amie souriait.

« Vous savez quoi ? Je suis de bonne humeur. Alors vous allez partir gentiment avant que je réalise que je n’ai pas la bonne sauce Ketchup pour aller avec mes frites. »

Les trois hommes déguerpirent, pendant que Billie me jetait un regard triomphant.

« Il y a définitivement une corrélation, nota-t-elle.

— Elle ne l’a pas frappé », protestai-je.

lundi, juillet 11 2011

Une nouvelle avortée

Voià un début de nouvelle, que j'ai finalement avortée parce que j'avais envie de faire autre chose des personnages.

(Ouais, je sais, moi aussi ça me fait chier les textes inachevés, mais faut bien que je fasse vivre un peu ce blog.)


Il était un peu plus de dix-huit heures lorsque la grande fille blonde qui s’appelait selon toute probabilité Cassandra entra dans ce qui servait visiblement de local pour une Ladyfest, abritant pour un week-end quelques ateliers et concerts à thématiques féministes.

Malgré la température hivernale, elle portait une mini-jupe, des bas résille et un haut moulant. Dehors, des hommes qu’elle avait qualifié intérieurement de « connards libidineux » lui avaient tenu des propos inappropriés auxquels elle avait répondu par un doigt d’honneur. Peut-être que l’espace féministe l’attirait à cause de la promesse d’un calme relatif.

Elle ne se sentait pourtant pas complètement à l’aise et avait l’impression que sa féminité un peu trop exacerbée lui donnait un air suspect, ou que sa taille imposante lui attirait des regards curieux.

Et puis, il y avait le fait qu’elle soupçonnait être transsexuelle, même si elle n’en était pas entièrement sûre, ce qui lui semblait en lui-même assez étrange.

« Est-ce que tu comptes rester plantée là longtemps ? »

Cassandra se tourna vers la femme qui s’occupait des entrées et la dévisagea un moment avec un regard vide, avant de finalement prendre un ticket.

Elle entra ensuite dans la grande salle où se trouvaient un certain nombre de tables tenues par des associations ou simplement par des nanas. Cassandra ne savait pas trop aller, ni à qui parler. L’endroit, le cadre, tout cela lui paraissait familier, mais elle ne reconnaissait personne.

« La blonde en mini-jupe, fit une voix venant de derrière elle. Tu ne trouves pas qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle ?

— Hum, je ne sais pas. Elle est trans, peut-être ? »

Cassandra se retourna brusquement vers l’origine de la discussion. Les deux personnes qui parlaient étaient deux lesbiennes assises derrière la table du bar associatif « From L ». La première, une blonde aux cheveux courts, était plutôt fine et portait une veste et une cravate qui lui donnaient un air vaguement sérieux, tandis que la seconde était plutôt ronde, avait le crâne partiellement rasé et un débardeur au motif camouflage.

« Trans ? demanda la lesbienne en costard. Je ne sais pas. Tu crois qu’elle nous entend ?

— Pas à cette distance, répliqua la seconde. Ne t’en fais pas.

— Sauf qu’elle a l’air de nous entendre. N’est-ce pas ? »

Cassandra soupira et allait éviter les deux importunes, mais celle qui portait le costume avait déjà commencé à se déplacer vers elle. Cassandra n’eut que le temps de remarquer qu’elle portait des Docs roses, qui lui donnaient un air moins sérieux, avant qu’elle ne soit à son niveau.

« Salut ! lança-t-elle sur un ton joyeux. Je m’appelle Billie. Mon amie, c’est Bull. »

Cassandra se contenta de la dévisager en silence.

« Enfin, « amie », c’est un bien grand mot, reprit Billie. Connaissance, disons. Pas la peine de faire des blagues sur Bull et Bill, du coup. Et toi, c’est quoi ton nom ?

— Cassandra ? hasarda Cassandra.

— C’est un joli nom. Écoute, Cassandra, je suis désolée si ce qu’a dit ma pote t’embête, mais...

— Qu’est-ce que tu veux ? »

Billie leva les deux mains en signe d’apaisement.

« Rien. C’est juste qu’il y a quelque chose d’inhabituel chez toi, et je suis une fille plutôt curieuse.

— Il y a un souci ? »

C’était Bull qui venait de poser la question après les avoir rejoints, sur un ton impliquant clairement qu’il valait mieux qu’il n’y en ait pas.

« Ça va, fit Billie.

— Je suis désolée si je t’ai vexée, reprit Bull en direction de Cassandra. Je n’ai rien contre les gens comme toi, tu sais ?

— Les gens comme moi ? » répéta Cassandra pendant que Billie levait les yeux au ciel.

Elle avait toujours trouvé que Bull avait un sens du tact assez limité, et elle avait conscience qu’elle-même n’était pas exactement une référence dans le domaine.

« Écoute, fit Billie sur un ton conciliant, on est désolées. Seulement, je me posais une question à ton sujet. »

Cassandra se tourna brusquement vers elle, une expression de colère sur le visage.

« Alors, c’est ça ? Tu veux vérifier ce que j’ai dans la culotte ? Savoir ce que j’ai subi comme opérations ? »

Billie se mit à sourire et à regarder la fille d’un air concentré.

« À l’heure actuelle, reprit Billie, ce que je voudrais surtout savoir c’est : ça fait combien de temps que tu as arrêté de respirer ?

— Quoi ?

— J’ai trouvé le truc qui clochait chez toi, reprit-elle d’un air triomphant. Depuis que tu es entrée dans cette pièce, tu n’as pas respiré. Tu inspires juste assez d’air pour nous parler. Ce qui tendrait à me faire penser que tu es morte, sauf que tu bouges beaucoup pour un cadavre

— Quoi ? reprit Cassandra en écarquillant les yeux.

— Oh, je sais ce que tu vas me dire : et les morts-vivants, alors ? Sauf que tu n’as pas l’air de ressembler à une zombie et que tu n’as pas les dents de vampires. D’ailleurs, la plupart des vampires font au moins semblant d’avoir besoin d’air. Alors, j’ai conscience que ce n’est sans doute pas poli de demander ça mais : qu’est-ce que tu es, exactement ? »

Cassandra resta silencieuse quelques secondes, puis baissa la tête, embarrassée.

« Je ne sais pas. Je ne me souviens pas. »