Vernis & Sécateur

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dimanche, février 12 2012

Être une butch trans en milieu misogyne

Ce texte est paru dans le numéro deux du zine Un Bruit de Grelot, que vous pouvez alternativement télécharger ou acheter à prix libre dans toutes les bonnes boulangeries. C'est vraiment un zine chouette, alors lisez-le, c'est un ordre..


Y'en a pas une sur cent, et pourtant elles existent

Je suis une butch trans, mais ce n'est pas toujours suffisant pour que cela soit clair, parce qu'en général lorsqu'on dit «butch trans», les gens pensent à des personnes assignées dans le genre féminin à la naissance, qui sont sur une identité butch tout en étant trans (ou vice-versa), et rarement à des meufs trans qui seraient butchs. Voire, parce qu'on est quand même dans un milieu un tantinet transphobe, quand on dit «butch trans», les gens pensent plus facilement à des mecs trans qui ne sont pas du tout sur une identité «butch» qu'à, ben, des meufs butchs trans.

Paye ton milieu.

Bref, tout ça pour dire qu'être une butch trans, ce n'est pas forcément être dans le clan hyper-majoritaire, si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui pose différents problèmes pour se construire (il n'y a déjà pas tant de modèles que ça de meufs trans qui ont la classe, ni de butches, d'ailleurs, mais alors des butchs trans, niet, même si ça évolue doucement[1]), pour échanger là-dessus, ou tout simplement pour dire : ohé, j'existe. En dehors de ça, et en plus de ce que se tapent les butchs cis, il y a la façon dont être butch peut interagir avec le parcours de transition, le fait de devoir calculer trois mois à l'avance ses rendez-vous psy ou juridiques pour laisser à ses cheveux le temps de repousser de trois centimètres, les questions débiles du genre «mais pourquoi vouloir devenir une fille si c'est pour ressembler à un mec ?», etcaetera.

Eh ben le truc chouette, à naviguer dans un milieu transpédégouine féministe, c'est que j'arrive quand même à me dire que, malgré tout ça, je suis peut-être mieux lotie que les copines trans plus féminines.

Les trucs de filles, c'est trop pas subversif...

Il faut bien l'admettre : on a beau être dans des milieux qui se proclament féministes, transpédégouines, en dehors des normes de l'hétéropatriarcat, on est quand même dans des milieux bien misogynes. Et notamment, il y a deux aspects qui me paraissent frappants de cette misogynie.

Le premier, c'est la valorisation du masculin par rapport au féminin. Certes, ce n'est pas spécialement révolutionnaire de dire ça, c'est un peu le B.A.-BA du féminisme, mais dans certains milieux où on a tendance à considérer qu'on est bien au-dessus de tout ça tellement on est militantEs et déconstuitEs, ça ne fait pas de mal de le rappeler, surtout que la dévalorisation de la féminité se fait souvent, justement, au nom du féminisme (ce n'est pas si rare d'entendre qu'être féminine et féministe, c'est quand même un peu contradictoire) ou du «subversif» : la féminité, c'est pour les gonzesses, alors que la masculinité, c'est trop révolutionnaire[2].

Le second aspect, c'est l'exotisation et la sexualisation de la féminité. Pour prendre un exemple concret, quand il y a un boulet relou qui va faire de la drague à deux balles sur une copine, en général, ça va être pour la pomme d'une (ou plusieurs) meufs féminines. Même sans parler de drague, les commentaires un peu douteux sur le physique des personnes, c'est souvent les meufs considérées féminines qui se les tapent.

... et les meufs trans, c'est vraiment des caricatures de pas-subversion

En plus de la misogynie, la transphobie est aussi très présente dans ces milieux. C'est un peu le second effet Kiss-Cool de la visibilité trans telle qu'elle est pratiquée actuellement (que ce soit par des trans ou par des cis, d'ailleurs) : on parle plus des personnes trans, on sait qu'elles existent, on sait parfois qu'elles sont trans, ou on le «capte», et comme on fait beaucoup moins de visibilité sur le privilège cis et le fait qu'il s'agit de rapports d'oppression , on oute les gens, on leur pose des questions pourries, bref, on fait de la merde, et comme on a l'impression de tout avoir compris à la question trans, on fait encore plus de la merde que dans d'autres milieux, où au moins les gens se contentent d'estimer que ça a l'air compliqué et qu'ils feraient mieux de la fermer.

Enfin, «on», surtout les cis, quand même, il faut bien le dire.

Bref, on est dans des milieux où on se tape régulièrement des trucs transphobes. Là où je trouve que le croisement avec la misogynie est assez intéressant, c'est qu'autant sur pas mal de choses (entendre des blagues ou des élucubrations transphobes, se faire outer, ce genre de choses sympathiques) je vais subir ma dose de transphobie comme les copines, autant lorsqu'il s'agit d'interactions plus directes du genre questions intrusives, remarques déplacées, etc, j'ai l'impression de relativement échapper à la plupart.

La première hypothèse pour expliquer cela, c'est que les gens n'imaginent tellement pas que les butchs trans puissent exister qu'ils ne vont jamais griller que je suis une meuf trans. Comme je suis quelqu'un qui préfère globalement que les gens qui ne sont pas mes potes ne sachent pas que je suis trans, j'avoue que cette hypothèse m'arrangerait, mais j'ai quand même du mal à croire que ça explique tout. Ne serait-ce que parce que même si c'était le cas, il se trouve qu'il y a des gens dont je sais qu'ils/elles savent que je suis trans qui vont être moins pénibles avec moi qu'avec des copines.

La seconde hypothèse, évidemment, c'est la misogynie. C'est que je suis plus acceptée que des copines trans plus féminines parce qu'on peut moins facilement me sortir le truc à deux balles «les meufs trans sont des caricatures de féminité» sans avoir l'air bête ; c'est qu'on me fait moins chier à savoir si telle ou telle partie de mon corps est «vraie» ou pas parce qu'on considère que la féminité est plus artificielle, plus «fausse», que la masculinité. C'est aussi, bêtement, que je vais être plus acceptée par des gouines cis parce que je rentre à peu près dans leurs codes$$Je précise que je suis dans des milieux où il y a une présence et une visibilité de butchs et une relative acceptation ; ce ne serait peut-être pas vrai dans des mileux où les butchs sont hyper stigmatisées. $$, et que je peux donc rentrer dans la catégorie «bonne trans acceptable qui n'est pas trop une “caricature de féminité”», ce qui ne passe pas pour des copines plus féminines dans un milieu où cette féminité est décriée.

Cela dit, à bien y réfléchir, la première hypothèse relève également de la misogynie et de la transphobie, et ces aspects entrent en jeu dans le fait de ne pas voir que les meufs trans aussi peuvent être butchs et dans les comportements pénibles que cela induit, comme le fait de voir son identité butch remise en cause dès que la personne a capté qu'on était trans. En physique quantique, le chat de Schrödinger est à la fois mort et vivant jusqu'à ce que quelqu'un l'observe, moment à partir duquel il ne peut plus être que dans un des deux états. Être une butch trans est parfois un peu pareil : être les deux, c'est assez facile tant qu'on est seule, mais souvent, en étant observée, il faut choisir entre être une butch – et que l'observatrice ne capte pas qu'on est une meuf trans, ou décide de ne pas le prendre vraiment en compte (estimant qu'on n'est pas assez caricaturalement féminine pour faire partie de ces idiotes de meufs trans) – ou être une meuf trans – et que l'observatrice n'envisage pas qu'on puisse être butch, souvent en estimant que certains attributs masculins ne sont pas révélateurs d'une masculinité (butchitude) choisie, mais de malheureux résidus révélateurs de l'avant-transition.

Si je ne peux pas être superficielle, ce n'est pas ma révolution

Je n'ai pas été butch toute ma vie, et j'ai notamment eu une expression de genre plus féminine jusqu'à il n'y a pas si longtemps. Un des changements que j'ai pu constater, c'est que je suis maintenant considérée comme moins superficielle, plus sérieuse (à chercher le pratique plus que le décoratif), que je ne pouvais l'être avant (et aussi plus agressive, plus violente, et autres caractéristiques plaisantes qui restent associées aux butchs) ; et lorsque je suis considérée superficielle, c'est à cause des choses qui sont censées être «féminines».

C'est fou comme les gens peuvent se planter, parce que, pour ma part, j'ai l'impression de ne jamais avoir autant assumé mon côté superficiel. Prenons les godasses : je kiffe les grosses bottes coquées, montantes, et si possible à sangles. J'en ai un nombre de paires assez considérable, et, franchement ? Ouais, les docs de base, c'est pratique, mais quand t'as des bottes où il te faut une heure pour mettre les lacets, puis les sangles, qui en plus te font un peu mal aux pieds, et ou t'arrêtes pas de t'égratigner les jambes à cause des boucles des sangles, à un moment, il faut quand même admettre que ce n'est pas le summum du pratique. Et, oui, quand je mets ce genre de chaussures, c'est parce que je veux avoir la classe, quitte à avoir mal aux pieds. Ce qui est quand même carrément superficiel.

Un autre exemple ? J'aime bien les cravates. Dans le genre pas pratique, la cravate, ça se pose là. Ou les pointes, aussi, parce que j'aime bien les bracelets à pointes. C'est mon côté fille du métal. Alors les petites pointes, ça va, mais quand je suis vraiment superficielle, ben je sors les grosses impressionnantes, quitte à me galérer à chaque fois que j'enfile ou retire une veste.

Bizarrement, ce n'est jamais là-dessus que les gens font des remarques comme quoi c'est superficiel, pas «pratique» ; non, ça va plutôt être sur les boucles d'oreilles (même sur celles qui ne me gênent pas), les trucs un peu roses et un peu girlys, les jupes (y compris celles qui me permettent plus de liberté de mouvement que la majorité de mes pantalons), etc.

Et puis ce n'est pas à moi qu'on va dire que je suis une «bourgeoise» à cause de mes vêtements ; je pourrais avoir 300€ de fringues sur moi, je me ferais toujours moins emmerder que la fem d'à-côté qui s'habille intégralement en récup' ou chez Tati.

Bref, tout cela ne veut pas dire que je trouve qu'être butch c'est trop facile, qu'on est trop privilégiée, qu'on ne subit aucune oppression ; c'est surtout que la misogynie prend des formes assez différentes quand on est butch (notamment l'accusation d'être violente ou agressive, ou le fait de vouloir faire «comme les mecs»). Par ailleurs, si j'ai l'impression que le fait d'être butch peut, dans un mileu restreint, me permettre d'être parfois mieux considérée que d'autres meufs trans, je ne pense pas que ce soit dû à un statut «supérieur» de la butch, mais plutôt que les oppressions ne s'additionnent pas simplement et qu'en l'occurence les gens ont tendance à trouver incompatibles les statuts «butch» et «meuf trans», ce qui permet parfois d'éviter de subir certaines galères transphobes mais provient d'une invisibilisation et conduit aussi à des choses moins positives, comme devoir choisir quelle identité peut être plus ou moins «reconnue» à un moment donné. Par ailleurs, si j'ai l'impression d'être parfois mieux acceptée que d'autres meufs trans, j'ai bien conscience que je n'ai pas un statut de gouine cis, et que les quelques «privilèges» que je peux avoir sont à la fois très partiels et conditionnels.

Ce bémol précisé, il me semble que l'expérience que je peux retirer de mon parcours de butch trans, et la différence de traitement par rapport à la période où j'étais sur une expression de genre plus féminine, me fait remettre en cause l'idée que les comportements pénibles subis en tant que meuf trans seraient dûs «juste» à de la transphobie, et à prendre en compte le fait que c'est inextricablement lié à la misogynie et à la dévalorisation de la féminité.

Notes

[1] On notera par exemple le blog http://mtfbutches.tumblr.com/

[2] En général, c'est enrobé avec des mots comme «réappropriation», «déconstruction», «queer», pour justifier la masculinité, et «renforcer les normes de genre», «binarisme» pour dévaloriser la féminité. Il faut le reconnaître, le milieu transpédégouine féministe est un peu plus subtil pour faire passer son message «masculinité = révolutionnaire ; féminité = frivolité» que, mettons, le milieu skinhead antifasciste.

samedi, février 12 2011

Ni Washington, Ni Moscou

Des fois, et particulièrement sur Internet, je dois bien l'admettre, ça m'arrive de voir des discussions entre différents courants féministes, sur différents sujets. Le genre de discussion oppose deux pôles bien tranchés, que je ne m'amuserais pas à définir parce que je serais bien en mal de trouver quelles étiquettes leur donner qui soit pertinentes (l'un est parfois appelé «anti-sexe», mais je ne trouve pas qu'il le soit particulièrement, tandis que l'autre est parfois appelé «queer», bien qu'il ne le soit pas plus à mon goût). Le genre de discussion qui n'est pas une (de discussion`, vu qu'on a un peu l'impression de voir deux murs se causer et un peu l'envie de se cogner la tête contre l'un (de mur).

Bref, on a des trucs comme :

D'un côté : «Le porno c'est trop cool, faut que tout le monde[1] fasse du porno, c'est génial, powerful, et tout. Non, c'est pas la peine de s'interroger sur ce qu'on véhicule, la façon dont certains se font du fric sur le dos des autres, t'es anti-sexe ou quoi ? Beurk

De l'autre : «Le porno, en soi et par essence, y compris l'intégralité de ce qui est produit hors de l'industrie capitaliste et par des meufs ou des transpédégouines, est profondément anti-féministe. Le soi-disant «porno féministe» vient d'un complot masculin. Si on aime bien certains pornos, on est forcément anti-féministe.».

Ou encore :

À gauche : «Les trans c'est trop cool, d'ailleurs on est tous un peu trans. On devrait juste se baser sur l'auto-définition, d'ailleurs je suis un homme lesbien ftm enfermé dans un corps de mec cisgenre hétéro, c'est trop subversif.»

À droite : «Les trans sont une invention qui est issue d'un complot masculin pour envahir les espaces féministes en y envoyant des personnes qui se disent «femme» mais sont en fait des agents dormants prêts à se révéler être des T-800 à la solde de Skynet. Ce qui est vraiment l'élément important de l'unification des femmes, c'est uniquement le fait d'avoir deux chromosomes identiques à la 21è paire».

Ou encore :

À l'ouest : «Le BDSM c'est trop génial, c'est pour tout le monde, c'est hyper subversif, on devrait tous dépasser nos limites. Pas besoin de réfléchir sur les abus que ça peut créer si on met pas le bon cadre ou aux notions que ça peut renvoyer des trucs pas cool quand tu fais ça de façon semi-publique, il n'y a que les mal-baisées et les réacs pour se poser ce genre de question.

À l'est : « Le BDSM est toujours complétement anti-féministe, ça revient tout le temps à créer de vrais rapports de domination. Le BDSM est un terme qui vient du complot patriarcal visant à maintenir les rapports de domination hétérosexistes.

Ou encore :

En bas : «C'est trop bien les Butch et les Fem, c'est hyper sexy et un peu exotique, en plus c'est trop cool de se déguiser en Butch ou en Fem pour une soirée, c'est trop subversif. D'ailleurs j'ai une pote hétéra, ben du coup c'est une Fem, et j'ai un pote maçon hyper viril, il est très Butch.»

En haut : «Les relations Butch/Fem reviennent à copier le modèle hétérosexuel et sont une aberration qui proviennent d'un complot hétérosexiste mondial qui vise à introduire de la masculinité et de la féminité dans le havre lesbien.»


Bref, je pourrais terminer en expliquant pourquoi ces oppositions (qui n'en sont pas toujours) ne me vont pas, ou en développant mes positions sur chacune de ces questions, mais comme j'ai une image de stalinienne nazie à entretenir, je me suis dit qu'il était plus pertinent de conclure avec une chanson de Laibach qui (si je ne me trompe pas) cite Tito :

(Paroles : Both those in the east and those in the west should be clear with the fact that we are not moving away from the road that we beat the path for in 48. That is to say we have our own way, we always brave to say what is right on this side and what is not, and what is right on the other side and what is not. It should be clear to everyone that we cannot be no ones appendage of nobody's politics, that we have our own point of view and that we know the worth of what is right and what is not right.)

Notes

[1] Enfin, tout le monde de «queerement baisable», faut pas déconner non plus.

lundi, novembre 16 2009

Contrefaçons

Il y a quelques jours[1], j'ai reçu le harnais que j'avais commandé (le harnais, c'est pour pouvoir mettre des godes à la ceinture, pas pour faire de l'escalade, ni pour promener un chien, je précise.)

Bon voilà, en soi c'est pas forcément une information hyper intéressante[2], mais quand j'avais évoqué le fait que je trouvais ça trop cool, quelqu'un m'avait fait une remarque du genre : «toi, t'es du genre à te faire couper la jambe pour mettre une prothèse ?».

Et en fait, je me disais que c'était assez révélateur de la façon dont étaient perçus les godes-ceintures et peut-être les godes de manière générale : c'est-à-dire, un pâle substitut de pénis pour les personnes qui n'en ont pas.

Alors qu'en fait, ben je vois pas vraiment les choses comme ça. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la façon dont j'appréhende mon gode-ceinture ne va pas être la même que celle dont j'appréhende ce que j'ai entre les jambes.

Ne serait-ce que parce que, déjà, je ne sais pas pour les autres nanas trans, mais moi avec les hormones et tout ça, je suis pas comme les trans dans le porno qui sont capables d'avoir une érection impressionnante[3], et que du coup, ben, euh... disons que si l'envie me prend de faire certaines choses, ça vaudra quand même pas un gode, hein.

À l'inverse, aussi horrible que ça puisse sonner aux oreilles de ma psychiatre, même sans pénétration, je peux prendre du plaisir avec mes organes génitaux. Et du coup, aussi cool que soit n'importe quel gode, ça restera toujours du silicone (ou une autre matière) dépourvu de connexions nerveuses, et qui du coup ne m'apportera pas le même plaisir.

Ce que je veux dire par tout ça, c'est qu'en fait, non le but d'un harnais ou d'un gode n'est pas de copier le phallus et le rapport hétérosexuel classique.

Je veux dire, d'accord, pour l'usage qu'on en fait en général, un gode a intérêt à avoir une forme oblongue, maintenant y'en a quand même pas mal qui cherchent pas à ressembler à des pénis... Genre le truc fluo avec des petites bosses dessus, ben, je suis vraiment pas une spécialiste des bites bio, mais j'imagine que ça doit quand même pas être super courant.

Je peux comprendre que des hétéros (et pas que, parce qu'on vit tou·te·s dans une société hétéro) pensent qu'on ne peut jurer que par le dieu Phallus et que la relation hétérosexuelle est tellement vitale qu'on ne peut rien faire sans, et que du coup tout le reste doit être comparé à ça et vu comme une imitation.

Mais en fait, on peut considérer un gode pour ce que c'est en soi : c'est-à-dire, un gode, et pas forcément en tant que copie de bite bio. On peut donc considérer un harnais comme un moyen de prendre du plaisir et d'en donner, et dont le but n'est pas forcément de «se prendre pour un mec». De même que l'intérêt d'un pisse-debout peut tout simplement être de faire pipi debout et non de vouloir à tout prix... eh bien, là encore, se prendre pour un mec. Ou encore, qu'on peut être butch parce qu'on apprécie être butch, parce que ça correspond à son identité et tout ça, et non pas pour... oh, toujours, se prendre pour un mec.

Bizarrement, à côté de ça, quand je dis que j'aime me prendre des coups de cravache, personne ne vient me dire que je fais ça pour pouvoir «me prendre pour un cheval». Allez comprendr.

Du coup, évidemment, les gens pourront toujours intérprêter et continuer à dire que le but de ci est de se prendre pour un mec, ou que le but de ça est de singer la relation hétérosexuelle ; maintenant je me demande si ça ne reflète pas surtout le fait que ces personnes continuent à placer sur un piédéstal le fait d'être un mec ou la relation hétérosexuelle, et leur incapacité à considérer qu'il puisse y avoir des choses en dehors.

Notes

[1] Au moment où je commençais à écrire ce post ; maintenant, ça fait plus. Et depuis j'ai appris à faire les harnais façon do-it-yourself avec des chambres à air, des rivets, et un anneau de fémidon, du coup c'est con, j'aurais pu faire des économies.

[2] Mis à part que si on compare ma vie sexuelle avec ma collection de sex-toys, on se dit que c'est quand même du fric qui sert à rien, mais voilà, voilà.

[3] Bon, il faut dire que je suis assez impressionnable sur le sujet. À chaque fois que je feuillette une brochure gay explicite je me retrouve à faire O_O' et à demander à des copains gays si ça existe vraiment dans la vraie vie ou si c'est juste grâce à Photoshop, alors qu'en général leur réation c'est «Bof, un peu petit».

lundi, janvier 26 2009

En vrac

Cours

Ça y est, j'ai commencé à donner des cours.

Globalement, c'est pas la fête.

J'ai suivi les bons conseils de mon chef et j'ai rangé bas résilles, jupes, maquillages, vernis, boucles d'oreilles, bracelets et colliers pour y aller «en garçon», histoire de pas avoir à gérer à la fois la transphobie et mon manque pathologique d'autorité.

Ouais, la bonne idée.

La plupart des copines/copains avec qui j'ai discuté de ça m'ont sorti, en général, quelque chose du genre «mais, euh, t'entends quoi par y aller en garçon ? Parce que bon, euh, tu vas pas être trop crédible, hein».

Ben ouais, mais maintenant que j'ai commencé, faut bien continuer.

Mais du coup, ce que j'avais pas prévu, c'est que je pourrais croiser des élèves en dehors du taf. Et du coup, je psychote, et j'ose plus sortir en jupe de peur qu'un de mes élèves ne me voit comme ça (quoique je me demande si ça n'a pas déjà été le cas, je saurai vendredi prochain, je suppose). (Et j'ose pas me mettre en tee-shirt en cours de peur qu'on voit que j'ai vaguement des seins, et du coup j'ai chaud.)

Jusqu'ici, je n'irai pas jusqu'à dire que tout va bien, mais on survit, on fait aller. Mais j'ai quand même la méchante impression d'aller droit dans le mur, et que ça va se finir à coup de lame de rasoir ou d'anti-dépresseurs.

Bah, on verra bien.

Über-femitude

Du coup, comme j'ose plus porter de jupe, et que j'ai quand même pas envie de mettre un pauvre jean quand je vais voir des potes en week-end, j'ai ressorti mon beau treillis (enfin, modèle de chez Tati) que j'avais encore pas trop porté.

Je trouve que ça me va bien, en fait, plus que je ne l'aurais cru, c'est peut-être le bon côté de l'histoire.

Après, je me définis toujours très binairement comme Fem (MiliFem ?), mais ça m'amuse assez de pouvoir jouer potentiellement à «plus viriliste que moi, tu meurs» avec mes copains de la gauche sévèrement burnée (bon, mes camarades loca-ux-les du NPA sont pas trop sur ce modèle, j'ai l'impression, mais j'ai quand même croisé un redskin qui m'a regardé avec un drôle d'air).

Enfin, au niveau du look seulement, parce que bon, je continue à pousser des petits cris au moindre truc et à faire ma pouffe, faut pas déconner.

Fantasme

Sinon, avec ces discussions sur Butch/fem, d'un côté, et que féminiser avec des e partout, ça fait chier, ben je me disais que quand même, autant ça me faisait chier d'être grammaticalement masculinisée de force par la langue française, autant je fantasmais vachement sur le fait de me faire, au niveau du look, masculiniser de force (enfin genre BDSM, de force mais quand tu peux arrêter quand même, pas de force, de force, quoi, hein ?).

(Par une butch, évidemment, ou un FtM à la limite, d'un côté histoire d'avoir quelqu'un qui puisse être capable de faire, et de l'autre parce que si c'est un mec cis, c'est plus un fantasme, mais un cauchemar. Et pis bon, c'est peut-être binaire, mais dans les fantasmes, on a le droit, non ?)

jeudi, janvier 22 2009

Le(s) mot(s) du jour : Butch/Fem

Alors, aujourd'hui, deux mots pour le prix d'un : Butch et Fem.

Pour reprendre Wikipédia :

Les mots « butch », abréviation de « butcher » (boucher) en anglais, et « femme » ou « fem », reprise du mot français ou abréviation de "feminine", apparaissent aux États-Unis dans les années 1940 pour désigner les lesbiennes masculines et féminines.

Je dois avouer que comme je ne m'identifie pas comme lesbienne depuis très longtemps, je ne me sens pas toujours forcément super légitime pour causer des sujets vraiment «lesbiens», mais d'une part j'espère que je ne vais pas dire trop de bêtises (ou que je serais sévèrement corrigée), et d'autre part dans cette série de posts je cherche plus à dire ce que m'évoque personnellement certains mots qu'à donner un grand cours sur leur sens.

Cette précision ayant été faite, commençons par la plus visible : la Butch.

Butch

Butch, grâce au lexique des gouinettes poltronnes, j'ai appris que ça se prononçait :

BEUTCH si vous êtes de New-York ou BOUTCH si vous êtes de Rennes

Alors, comme je le disais déjà pour le mot Shemale, ma prononciation anglaise est vraiment pourrie ; mais en plus à l'oreille je suis super nulle aussi (j'ai jamais fait la différence entre «queer» et «cuir», par exemple), mais j'ai quand même l'impression que y'a quand même vachement de personnes qui viennent de Rennes, l'air de rien.

Une butch, donc c'est une lesbienne qui a un look masculin, genre ce qu'on désigne parfois aussi dans nos vertes contrées comme une «camionneuse». En anglais, ça peut aussi être utilisé pour désigner un mec bien viril (forcément en français si tu dis qu'un mec est une camionneuse, à cause du féminin ça fait bizarre, mais du coup c'est un peu cuir).

Fem

Fem, qui se prononce vachement plus facilement (sauf si on utilise le mot anglais «femme», parce que du coup faut mal prononcer le mot français pour bien prononcer ce qui est devenu un mot anglais), désigne à l'inverse une lesbienne plutôt féminine.

Autant les butches, en général, on les remarque, autant les fems sont, du coup, pas mal invisibilisées parce qu'on les prend souvent pour des hétéros. Ce qui peut avoir ses avantages quand on n'a pas envie de se faire insulter, ou ses inconvénients quand on veut être reconnue en tant que gouine. Ou même parfois en tant que féministe, parce que des fois, y'a un peu le côté «oui mais vouloir être féminine c'est succomber aux stéréotypes de genre et donc c'est pas bien gna gna gna.».

Personnellement, je trouve au contraire la démarche «fem» assez intéressante du point de vue féministe, parce qu'au final je trouve que c'est plutôt se réapproprier la féminité et la dé/reconstruire d'une certaine manière que vraiment «céder aux stéréotypes de genre».

Butch/Fem

Alors en France, moi c'est un truc que je n'ai pas si souvent vu que ça, les couples Butch/Fem, mais apparemment c'était très fréquent aux États-Unis dans les années 40/50, en particulier parmi les lesbiennes prolos.

Du coup il y a le côté un peu mal vu «c'est reproduire l'hétérosexualité chez les lesbiennes», mais au final j'ai l'impression que c'est plus un jeu, se moquer, se réapproprier des codes qui n'ont pas été conçus pour soi, etc. Alors évidemment comme tout ça peut être normatif si c'est pris trop au sérieux (du genre «Oh Mon Gode je n'aime pas les talons, suis-je vraiment une fem finalement ?») mais je trouve qu'il y a un potentiel subversif.

Butch/Fem et identité de genre

Peut-être en tant que trans' (et peut-être pas), je trouve aussi que les identités butch et fem sont vachement intéressantes du point de vue identité de genre.

Pour les butches c'est un peu évident : une lesbienne masculine, qu'est-ce d'autre qu'un «garçon manqué» ? Certaines butches se déclarent transgenre et ne font pas forcément de distinction claire entre «butch» et «ftm».

Pour les fems, c'est un aspect qui n'est peut-être pas aussi visible mais qui est à mon avis tout de même présent : on peut être fem sans se dire femme, et la féminité d'une fem n'est pas forcément celle d'une femme hétéro. Ainsi j'ai vu que certaines fems se disaient «female-to-fem» (ou «female-to-femme» en anglais), considérant qu'il y avait là un aspect transgenre important.

Personnellement, je sais que je préfère me définir comme «fem» ou encore «male-to-fem» que «femme» (sauf en anglais :p). Et je ne pense pas que ce soit «binaire» (au sens binaire butch/fem, pas homme/femme) ou que ce soit enfermant.

Cela dit, vu que je ne porte que des docss et des rangers, est-ce que je suis vraiment une fem, finalement ?