Il y a un reproche qui est couramment fait aux féministes, mais aussi de manière plus large dès qu'on pointe que tel ou tel comportement d'un mec est sexiste, c'est que c'est castrateur.
Autant dire que c'est immoral, parce que quand même, c'est une mutilation, et puis ça se fait pas, quoi.
Un bon exemple des hommes râlant sur la castration induite par le féminisme, c'est Éric Zemmour, qui vient pleurer (sans vraiment pleurer, parce que c'est pour les gonzesses) que les hommes ne sont plus assez hommes, qu'il n'y a plus d'autorité, et que tout se perd, ma bonne dame. Un petit exemple de sa prose, récupéré de Wikipédia :
Le Féminisme porte en lui comme tous les mots en « -isme », un totalitarisme. Les femmes ont revendiqué la liberté sexuelle comme les hommes, mais elles en sont revenues. Elles s’accrochent à leurs rêves romantiques et ne supportent pas la moindre infidélité. Comme elles n’ont pas réussi à se transformer en hommes, il faut donc transformer les hommes en femmes.
Ce qui est intéressant dans cette courte citation, c'est qu'elle regroupe différentes critiques (si on peut appeler ça des critiques) faites au féminisme :
- le féminisme est un totalitarisme ;
- le féminisme c'est faire des femmes des hommes (mais ça a raté) ;
- et le féminisme, c'est donc, castrer les hommes pour en faire des femmes.
À cela on pourrait répondre «mon dieu, mais il n'a rien compris, on n'est pas du tout comme ça». Pourtant, personnellement, en toute sincérité, l'idée d'imaginer Zemmour, ou encore Alain Soral ou un de leurs compères, envoyé au goulag ou se faire couper les noix, je peux pas dire que ça me rebuterait vraiment.
Et de fait, je pense que le féminisme est castrateur. Non pas au sens physique du terme (ça n'aurait un intérêt que limité), mais métaphorique : oui, lutter contre une oppression revient à restreindre la liberté de l'oppresseur.
Et évidemment, quand on leur dit ça, les oppresseurs ne sont pas très contents. Surtout quand c'est formulé comme ça, parce que quand on parle d'oppression, ça les fait se sentir un peu coupables, les pauvres.
Du coup, la stratégie est facile : nier l'oppression, en disant que «les femmes ont atteint l'égalité» (quand bien même, par exemple, le salaire annuel moyen d'une femme est inférieur de près de 40% à celui d'un homme), ou encore que «oui, mais les femmes et les hommes sont complémentaires».
Et en parlant de castration, on fait même mieux que juste nier l'oppression : on inverse les rôles, les oppresseurs deviennent les pauvres petites victimes et les personnes qui pointent du doigt l'oppression les méchants bourreaux.
Pour reprendre la «définition de l'opprimé» de Christiane Rochefort que j'ai déjà citée dans un autre billet :
Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous à sa place.
Alors franchement, les types qui parlent de castration... ben je pense qu'en faisant ça, ils se mettent d'eux-même du côté des oppresseurs qui refusent d'écouter (et, c'est là où je suis en désaccord avec le texte que je cite, je ne pense pas que ce soit le lot de tous les hommes, heureusement). À partir de là, comme elle dit, il faut sortir les couteaux.

Ou, puisqu'on parle de castration, la pince Burdizzo. Parce que franchement, le mot ne me fait pas peur. Je sais bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas que l'on nous fasse mais... il se trouve que moi, je suis castrée (chimiquement), alors j'ai le droit.